Mazen Kerbaj
Publié le 21/09/2011

Les amis qui viennent au Liban sont toujours sidérés de voir comment on arrive à vivre dans ce foutoir


Dans quel état est le Liban ? Lamentable à tous les niveaux, notamment au niveau gouvernemental et de l'Etat. Mais j’oserais dire qu’on est habitué à vivre dans cette merde, on s’en arrange très bien. Les amis qui viennent sont toujours sidérés de voir comment on arrive à vivre dans ce foutoir. Mais en même temps, on n’a pas Hadopi, on télécharge gratuitement, tu peux acheter n’importe quel nouveau programme pour 1$. Tu peux fuir les impôts sans problème, tout le monde s’en fout. De toute façon, la corruption passe au-dessus de tout ça. C’est des petites conneries qui contrebalancent la merde dans laquelle on vit et qui font qu’on est bien content de vivre là-bas. C’est bien sûr affreux, la corruption dans l’Etat. Mais d'un côté, la vie de tous les jours est un peu moins prise de tête qu’en Europe. Si à trois heures du matin tu arrives à un feu rouge et qu’il n’y a personne, tu peux passer. Même s’il y a un policier. Tu as encore ton libre-arbitre. Mais, on vit aussi dans un état d’entre-deux-guerres. On ne sait pas d’où elle va venir : est-ce que c’est d’Israël ? Est-ce que c’est une guerre civile ? Il y a plein de scénarios possibles et ça, c’est dur. Depuis qu’on est jeune, au Liban, on a appris à ne pas faire de projets à long terme. Dans trois ans, il y a de fortes chances que tu ne sois plus ici ou que tu ne sois plus du tout. C’est une vie au jour le jour et je m’en arrange très bien. Quand j'étais plus jeune, je voulais venir en France ou en Belgique, dans un pays francophone où j’aurais pu faire de la bande dessinée. Mais en voyageant avec les tournées de musique, j’ai découvert que ça n'est pas mieux ailleurs. Bien sûr ici il y a des subventions pour la culture, il n’y a pas de guerre. Mais en contrepartie, il y a aussi de moins bonnes choses.

> Mazen Kerbaj "Gens de Beyrouth - gens de Paris", exposition à la librairie du Théâtre du Rond-Point jusqu'au 14 octobre 2011
En partenariat avec les associations libanaises ASSABIL, les amis des bibliothèques publiques, et KITABAT, association pour le développement des ateliers d'écriture, et avec le soutien financier de la Région Ile-de-France

Mazen Kerbaj n’a jamais voulu être cosmonaute.
Il travaille depuis sa plus tendre enfance à devenir auteur de bande dessinée, musicien, peintre, barbu et arabe. Il espère être sur le bon chemin pour assouvir cette ambition démesurée.

> www.kerbaj.com

(Dernière mise en jour il y a un paquet d’années. Sinon il y a toujours ce bon vieux Google)

 

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Le 11 août 2010 à 09:45

« Français ou voyou, il faut choisir"

Christian Estrosi, ministre de l'Industrie, Europe 1, lundi 9 août 2010

Normal, c’est la guerre, faut pas se tromper de camp. En cet été 2010, le pays est devenu belligérant  avec déclaration de «  guerre nationale »  par le général Sarkozy, inspection des troupes dans les quartiers des Beaudottes à Sevran et de la Villeneuve à Grenoble par le colonel Hortefeux, charges au clairon des lieutenants Estrosi, Lefebvre ou Marleix. Il faut avoir les oreilles bouchées à la crème bronzante, pour ignorer que la guerre est non pas à nos portes, mais dans nos murs. Les forces hostiles sont assez habiles pour ne pas se présenter en lignes repérables aux frontières, mais agir de l’intérieur en ordre dispersé : braquages,  snipers, caillassages, déprédations et même quelques campements  séditieux. L’adversaire peine ainsi à être cerné car les « voyous »  ne sont pas une nationalité, une ethnie, une classe, une communauté et encore moins une grande cause. Dès lors, avec qui des négociations d’armistice ou de paix pourraient-elles  être engagées ?  Qu’on se rassure,  il n’est pas envisagé par l’état-major sarkozyste d’autre victoire qu’éradicatrice. Christian Estrosi qui a commis une biographie de Napoléon III avec un « nègre » (en situation régulière), l’écrivain Raoul Mille, a-t-il songé pourtant que le sort de la guerre pourrait basculer et que l’ancien maire de Neuilly finisse à Sedan ? Ou même que l’heure de la retraite sonne après le 7 septembre, quand la cinquième colonne syndicale défilera dans les rues ?

Le 4 mai 2011 à 14:53
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Gegenwinde

As-tu un peu de temps pour moi ? Alors je chante une chanson pour toi !

Mon contact à Vents Contraires, pour préserver son anonymat, appelons-le Zwanzighundert Derhahn, m'a demandé pour cette semaine une chronique « plus allemande ».   Exotique et mystérieuse, l'Allemagne est méconnue de bien des Français, ce qui est bien pratique, quand on est leur petit président, pour en profiter pour raconter n'importe quoi.   Pourtant, au-delà des clichés (en allemand : Klischee), nos cousins germains sont des gens sympathiques et joviaux, tous ceux qui ont déjà poussé la youtze au son des Schlager dans une cave bavaroise vous le diront. Et qui parlent une langue plus simple qu'il n'y paraît : alors qu'en français, inventer un mot est passible de lapidation immédiate sur la place publique, en allemand, il suffit d'en coller deux, comme ça, et hop, ni vu ni connu, avouez que c'est tout de même bien pratique.   Et les Allemands ne sont pas si rigoureux et organisés qu'on veut bien le dire, puisque leur pays s'appelle Germany, Allemagne ou Deutschland suivant d'où on en parle, au lieu d'avoir un nom semblable dans toutes les langues comme vous et moi.   D'ailleurs, s'ils pouvaient être un peu plus rigoureux et organisés, ils n'auraient jamais inventé les techno parade et le monde ne s'en porterait que mieux.   Frankfurter, Berliner, Hamburger : la moitié de leurs villes ont été baptisées d'après des trucs qui se mangent, preuve qu'ils portent bien plus d'attention qu'on ne veut bien le dire à la gastronomie.   Et finalement, ils ne gagnent pas toujours à la fin.

Le 13 décembre 2011 à 08:02

Jésus, reviens, ils sont devenus fous

Ah ! Les vilains méchants, les sombres iconoclastes ! Mécréants, incrédules, apostats. A deux semaines de Noël, vous faites de la peine au petit Jésus qui a tant souffert pour nous, sur sa croix. Et à sa maman qui a enduré les souffrances des mamans sans en connaître les plaisirs. C'est-y pas un crève-cœur ? Pour qui c'était, les contractions ? Pour sa pomme. Pour qui c'était la précarité ? Pour sa pomme. Va-t-en accoucher dans la paille entre des bestioles qui puent, toi qui manies le blasphème avec tant d'aisance, et qui prétend de surcroît ramasser de la monnaie avec, alors qu'ils vivaient comme des cloches, ceux que tu injuries. Et pour qui c'était les larmes de la maman devant le cadavre de son enfant unique ? Tout ça pour racheter vos vilains penchants, vos fautes inavouées. Les croisades, les guerres de cent ans, les guerres de trente ans, les guerres où l'on meurt à vingt ans, les conquêtes colonisatrices, les inquisitions, les misères, les holocaustes, les tortures, le mépris des autres, les viols, les assassinats, l'amour de l'or qui est aussi mauvais pour l'homme que le phylloxéra l'est pour la vigne, c'est pour quoi qu'il est mort, le petit Jésus ? Pour vos museaux. Pour vos vilaines trognes de jouisseurs. Bien sûr, les guerres, la misère, les mauvais sentiments. Mais il en faut bien pour prendre conscience de ce qu'est le mal. Et à qui pourrait-on donner à la sortie de la messe s'il n'y avait pas de pauvres ? La pauvreté des autres permet aux personnes bien d'être gentilles. Deux mille ans que l'on vous dit que Dieu est amour et vous ne comprenez toujours pas ? Va-t-y falloir qu'on vous casse les dents, qu'on vous caresse les côtes et l'épine dorsale avec des gourdins, qu'on vous fasse brûler vifs pour vous faire comprendre ce qu'est l'amour universel ? Sales gens. Vous n'avez pas de coeur. Quelle injustice. Jésus, reviens, ils sont devenus fous.

Le 21 septembre 2010 à 14:56

Le Guili-guili show

Rire et résistance en République islamique d'Iran

Contrairement aux idées du prêt à porter médiatique en vogue, il ne faut pas confondre les Iraniens et les institutions qui les gouvernent. Plus les lois morales d’une société sont rigoureuses, plus forte est l’envie de rire et de s’en moquer. Plus il y a d’interdit, plus le désir de transgression devient un état permanent de la société, un passe-temps collectif. Les gens ne s’identifient pas aux lois, ils se mettent en face d’elle et n’arrêtent pas de chercher des moyens de les détourner. Tout peut devenir objet de dérision. Au début de la révolution islamique, il y avait à la télévision une émission animée par un ayatollah qui donnait une interprétation et une explication minutieuse à des situations improbables que pouvait rencontrer dans sa vie tout bon croyant : « Si lors d’un tremblement de terre un homme habitant le cinquième étage tombe sur une femme résidant au quatrième et qu’à l’issue de cette collision un enfant naît, le fruit de cette union est-il légitime ou illégitime ? ». Cette émission qui se voulait sérieuse rencontra un immense succès comique. Les Téhérani l’appelaient le « Guili-guili show ». Vingt ans plus tard la censure s’est assouplie, elle autorise la sortie du Lézard, long métrage de Kamal Tabrizi racontant l’histoire d’un voleur qui s’échappe de prison déguisé en mollah et qui se retrouve malgré lui le saint prédicateur d’une mosquée de village. Il est harcelé par de jeunes apprentis mollahs qui lui demandent ce qu’a prévu le Livre pour le cas où deux cosmonautes homme et femme se trouvent en apesanteur dans l’espace et se touchent ? « Doivent-ils faire un mariage provisoire ? ». En trois semaine, ce film a pulvérisé le record de fréquentation de toute l’histoire du cinéma iranien, avant d’être retiré des salles par les autorités…

Le 8 avril 2011 à 09:14

Vacances en France

Mauvaises rencontres

« Pourtant, qui le croirait ? Un voyage au Morvan offre quelque danger. Des bandes parcourent les routes, composées d'individus d'aspect débonnaire, mais animés au fond de très mauvaises intentions, et qui ne craignent pas d'arrêter le voyageur isolé aussi bien que ceux qui circulent en nombre. Nous n'avons pas ouï dire qu'elles aient dévalisé personne ou pillé les diligences ; mais leur aspect farouche et provocant pourrait déterminer chez le voyageur novice quelque terreur. » Il s'agit de compagnies d'oies, dont le Morvan semble avoir le privilège ; oies puissantes, bien membrées, ayant fort mauvais caractère et portant haut la tête. Ces animaux féroces parcourent en liberté bois, prés et sentiers, et se figurent évidemment que les routes sont faites pour leur circulation exclusive. Dès qu'un bipède non pourvu de plumes et portant nez au lieu de bec se permet d'y mettre le pied, ils s'avancent en bataillon serré, ouvrant à outrance leurs larges becs et crachant à la face de l'intrus tout le catéchisme poissard de leur race. Il y en a toujours une qui est le chef de la bande et marche bravement à l'ennemi, devant toutes les autres, dégoisant un répertoire d'injures et de menaces du plus haut comique. » […] » Du reste, il ne faudrait pas entreprendre une lutte corps à corps avec ces bêtes guerrières. D'un coup de bec elles coupent fort proprement un doigt. Je comprends maintenant pourquoi l'on dit que certains jugements ont "force de l'oie". »(Jean Bertot, Août 1893 : la France en bicyclette : étapes d'un touriste de Paris à Grenoble et Marseille)

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