Mario Monicelli : un uomo grande grande
Se faire la belle par la fenêtre
Il se défendait d’être « le
père de la comédie à l’italienne ». Tel était son surnom depuis 1958,
année de sortie du génial « I Soliti Ignoti » (Le Pigeon). Menée par Peppe
la panthère (Vittorio Gassman), boxeur raté mais beau parleur, une bande de
cambrioleurs du dimanche projette de commettre un casse au Mont de Piété avant
de percer le mauvais mur et de finir attablée dans une cuisine autour d’un plat
de spaghettis aux pois chiches, à débattre des talents culinaires de la fiancée
de Peppe.
Pour Mario Monicelli, la comédie
à l’italienne était née bien avant lui du temps de la Commedia dell’Arte, à
travers les personnages de Polichinelle ou d’Arlequin, deux serviteurs qui
luttent pour sortir de leur condition et se protéger de la misère ou des
maîtres qui les maltraitent.
Pourtant, en 65 films et 60 ans
de carrière, Monicelli a su mieux qu’un autre brosser les désirs, les
désespoirs et les turpitudes des Italiens, donc des humains, en mêlant le
comique et la farce à la mort et à la maladie. Réalisateur prolifique et
maintes fois couronné – Lion d’or de Venise en 1959 pour « La Grande Guerra » (La Grande Guerre) – il
n’a jamais cessé son combat politique, donnant des interviews jusqu’à la fin de
sa vie pour brocarder les dérives de Berlusconi et la passivité de ses
concitoyens.
En 1977 il tourne « Un
borghese piccolo piccolo » (Un bourgeois tout petit petit) dans
lequel Alberto Sordi, magistral, campe Giovanni Vivaldi, un bourgeois obsédé
par l’idée de venger la mort de son fils et qui en perd toute dignité, avant de
sombrer dans une folie meurtrière.
Le 29 novembre 2010, Mario
Monicelli, âgé de 95 ans, s’est jeté par la fenêtre de sa chambre
d’hôpital à Rome. « Un uomo grande grande » (Un homme
grand, très grand). Ça ferait un joli titre pour un dernier film.