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Dans quel état sommes-nous ?
Publié le 02/10/2011
 

Muriel Friboulet


Chroniqueuse

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Le serin de Marcel

Pas désagréable, votre manuscrit. Autrefois, je l’aurais volontiers publié, mais de nos jours je m’en sens incapable et croyez bien que je le regrette. Vous allez devoir trouver un éditeur plus courageux que moi, je le crains. Vous savez, les gens préfèrent picorer. Par exemple ils ne vont pas lire M. P., ça non. Mais ils absorberont avec plaisir Venise avec M. P., Les plages normandes avec M. P., À table avec M. P., c’est plutôt par-là qu’il vous faudrait chasser. Réfléchissez, il reste plein de niches ! Tenez, ça m’y fait penser, Le bestiaire de M. P., il faudrait vérifier la biblio, mais je crois me souvenir que ce n’est pas encore très pris. Oiseaux, chevaux, chiens, vous devriez pouvoir bricoler quelque chose de bien. Tout le monde aime les animaux. Ah, il n’y a pas beaucoup de descriptions naturalistes chez lui ? Tant mieux tant mieux, les illustrations n’en seront que plus fidèles. Après tout, ce sont elles qui constitueront le corps du texte. Allez, au travail ! Ça pourrait sortir pour les fêtes.
 

De la nécrologie comme crotte de chien


Le deuil est un chien comme les autres
Aux fantômes on s’en prend comme aux chiens. On les mate, on les dresse. Assis, debout, couché, attaque, à la niche, lève la patte. Adopter, apprivoiser l’animal, c’est se garantir une domination définitive, s’aliéner un amour à vie. On a son chien, on est quelqu’un. Obéissant, fidèle, loyal, protecteur, craintif, il se montre reconnaissant à jamais de la dépendance où on le tient, l’animal domestique. Il ne connaît ni la rancœur ni l’ingratitude. Sa jalousie, une plus-value, grandit le maître. Le deuil est un chien comme les autres. On asservit le spectre, on le nourrit. On le soumet à nos peurs du grand néant inconcevable. On a une ardoise avec le ciel, on en appelle aux morts, on prie pour la paix de leur âme dans tous les bénéfices du doute. C’est faire avec ce qu’on a, exactement rien. Le deuil, c’est faire avec rien. Et les morts et les deuils s’entrechoquent, on mélange bientôt nos fantômes, les spectres sont pratiques ; ils rapprochent ceux qui restent. Pareils, les chiens se reniflent le trou du cul sous l’œil mouillé de ceux qu’ils baladent, et qui grâce à eux s’accostent enfin. Puis on ramasse les excréments, c’est la moindre des choses. Il faut bien que les vivants traversent le monde sans marcher toujours dedans. Goûter de la nécrologie, guetter l’hommage de tf1, acheter le journal match ou libé parce qu’il a fait sa grande une avec le petit mort de l’année, c’est ramasser dans un sac plastique la crotte de chien ; pour que les vivants marchent un peu au propre, au clair, au calme d’une conscience débarrassée momentanément du suprême effroi d’être soi-même le jouet de la mort.

Un menu raisonnable


Le garçon lui apporta son plateau de coquillages. Soudain, au creux d’une coquille Saint-Jacques, la Vénus de Botticelli lui apparut dans son plus simple appareil. Transporté, émerveillé, il rappela aussitôt le garçon pour annuler les moules marinières.

Malentendu



Ah, dans un canal ! Je croyais qu'on l'avait retrouvé mort dans un canard. Et je trouvais ça bizarre.
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