Les araignées
Chroniques de mon jardin à moi
Dans mon jardin à moi il y a
des araignées grosses comme mon pouce qui tissent des toiles partout, entre les arbres, entre les fleurs, entre les
rosiers. Elles sont belles, ces toiles, brillantes de rosée dans le petit matin
frisquet. Elles en tissent également entre un rosier et mes volets. Ces
toiles-là, je me les prends dans la figure et ça m’agace. C’est poisseux. Et
invisible. Tu as l’impression d’avoir un bout de ruban adhésif en travers de la
figure. Ou de la barbe à papa. Tu tires dessus et tu t’en mets entre les
doigts, dans les cheveux, les narines, les yeux. Et si tu te mets à penser que
ces fils sont sortis du ventre d’un animal répugnant, plein de pattes et de
poils et qui emprisonne ses proies pour les becqueter, c’est comme si tu la
sentais te courir dessus, entre les doigts, dans les cheveux, les narines, les
yeux. Petit à petit tu te sens emberlificoté dans un maillage visqueux,
nauséabond, tu t’agites mais ça fait vibrer la toile et voilà cette sale
bestiole qui descend vers toi, qui agite sa petite bouche, qui en fait gicler
le venin qui va te dissoudre, tu la sens dans ton dos qui te suçote comme quand
tu suçotes une délicieuse araignée de mer à la terrasse d’une brasserie. Et tu
te jures deux choses, la première de ne plus descendre au jardin avant les
grandes gelées. Parce qu’elles gèlent ces connes ! Et la seconde c’est de
ne plus manger d’araignée de mer. Mais ça c’est vraiment les jours de déprime.