Nous vous en avions parlé en octobre dernier : deux personnalités d'extrême droite venaient d'être nommées à la direction du Nouveau Théâtre de Budapest. Elles entrent en fonction ce 1er février. Un appel européen à la tolérance sera lu le soir même dans de nombreux théâtres en Europe, et bien sûr au Théâtre du Rond-PointImaginez Jean-Marie Le Pen codirigeant le théâtre du Rond-Point avec un artiste d'extrême droite... C'est ce qui vient d'arriver à Budapest. Le parti Fidesz au pouvoir poursuit sa révolution culturelle contre "l'hégémonie libérale maladive" en nommant à la tête d'un théâtre de Budapest György Dörner, artiste aux sympathies notoires avec le parti d'extrême droite MIEP, un parti qui ne cache pas ses opinions xénophobes et antisémites, loin de là. Pourtant l'ancien directeur du Nouveau Théâtre, István Marta, avait recueilli la majorité des voix
pour ce poste. L'émoi dans la profession et ce qui reste d'opposition a redoublé quand Dörner a choisi comme administrateur István Csurka, 77 ans, le président du MIEP en personne, aujourd'hui retiré de la politique. Il faut savoir que si Csurka, celui qu'on appellait le "Le Pen des Carpathes", n'édite pas des fanfares militaires, il écrit des pièces de théâtre qui ne sont jamais jouées. Avec lui Ubu administre un théâtre... bel exemple d'autogestion à la hongroise.
Dernière nouvelle confiée par nos informateurs de Budapest : une semaine avant leur prise fonction le 1er février, les deux nouveaux directeurs n'avaient toujours pas de programmation pour le mois de... mars suivant !
Voici l'appel lancé de Vienne par l'auteur comédien et clown Markus Kupferblum, directeur de la compagnie Totales Theater, et de nombreux autres metteurs en scène et acteurs en Europe :
"Memorandum
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, cher
public, voici un memorandum qui sera lu aujourd'hui dans la plupart des
théâtres européens, dans la langue du pays, avant chaque spectacle.
Nous sommes aujourd’hui le 1er février 2012.
Aujourd’hui-même, à Budapest, un des plus importants théâtres de la ville passe
sous la direction de deux personnes qui ont depuis plusieurs années
publiquement fait leurs des vues d’extrême-droite. Ils ont personnellement
publié des pamphlets anti-sémites, anti-tziganes, des écrits racistes. A partir
d’aujourd’hui, ils seront directeurs d’un théâtre subventionné par les fonds
publics dans une capitale européenne. Ceci brise un tabou. Mais plutôt que
d’utiliser cette rupture comme une nouvelle occasion de condamner Budapest,
pourquoi ne pas nous engager, dans nos pays respectifs, dans nos vies, pour la
tolérance, pour la diversité et pour la solidarité avec les membres les plus
faibles de notre société ? Nous sommes atterrés par le fait que des forces
politiques, dans beaucoup de pays européens, promeuvent la haine, le mépris et
la jalousie entre les peuples. Notre intention, dans notre travail théâtral,
est de dépasser les facteurs de division dans nos sociétés, pour éveiller la
curiosité et aiguiser les sens du public vers les évidences sociétales – au nom
du bien commun de toutes les personnes, au nom de la paix et de la liberté en
Europe. Après tout, nous autres humains sommes tous libres et égaux en dignité
et en droits, nous sommes tous citoyens d’un seul et même monde. Nous sommes
aujourd’hui le 1er février 2012. Rassemblons-nous pour célébrer aujourd’hui la
première journée du Théâtre Européen pour la Tolérance.
Markus Kupferblum"