Thierry Noellec
Publié le 22/10/2011

L'odeur de l'amour


Jeannette était heureuse. Enfin, enfin ! Elle avait déniché cet homme charmant, ce compagnon galant, cet amant responsable qu’elle avait tant espéré depuis des lustres. Se remémorant leurs fougueux ébats de la veille, elle esquissa un sourire radieux. Le souvenir en était encore si présent ! Les gestes, les regards, la marque des étreintes au plus intime de la chair et jusqu’à cette coquine odeur de caoutchouc brûlé qui témoignait de l’ardeur de leur amour.
Depuis toujours scribouilleur en amateur, je consacre mon temps libre à écrire des romans noirs impubliables (et d'ailleurs non publiés) et à écrire des billets où l'humour potache et trash s'amuse de la médiocrité du monde. Ce qui me convient bien car on ne parle jamais aussi bien que de ce que l'on connait bien. 

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Thierry Noellec

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Le 10 août 2015 à 09:35

Des Male Tears

- He bébé, tu te rends pas compte, mais la place des hommes dans la société c’est quand même super difficile. - Yo mon frère, on va causer un peu.   Une terminologie qualifie ces plaintes et récriminations, terminologie inventée par les féministes anglo-saxonnes : « les male tears » (alors, même moi qui suis une quiche en anglais j’ai saisi le truc, je te fais donc grâce de la traduction). Quand un représentant du sexe masculin (je précise : un homme blanc cisgenre hétérosexuel de 30 à 60 ans, grosso modo) commence à dire qu’il souffre de la moindre place qui lui est accordée en tant qu’homme et que sa position est difficile, tu peux le regarder bien gentiment (n’agresse pas, même quand tu en as par-dessus la tête, ça sert à rien, sauf à t’épuiser) et lui asséner : « Male tears, mec » Parce que l’homme blanc cisgenre hétérosexuel de 30 à 60 ans est – même s’il ne l’a pas choisi – tout en haut de l’échelle de domination de notre société. Nombreux en sont conscients, mais beaucoup sont encore dans le déni ou trouvent cela insupportable, cette vérité, parce que cela les empêche d’être dans la plainte. Il y a 3 grandes catégories de plaintes. - injonction à la virilité : un homme doit se comporter…. « en homme ». On ne pleure pas, on est un battant, on a de l’ambition, on est courageux et fort, etc. - les difficultés professionnelles, dans un pays où l’hyper compétitivité ainsi qu’un certain immobilisme laissent énormément de gens sur le carreau de l’emploi, - les plaintes de l’ordre de la séduction ou de la sexualité, parce que « aujourd’hui ça devient très compliqué de séduire les femmes, elles sont trop exigeantes », la solitude, les frustrations sexuelles, etc.   Je vais être extrêmement claire : je n’ai jamais dit qu’être un homme c’est facile. Et je n’ai jamais nié ces difficultés. En revanche, ce qui est mis en balance, c’est qu’être une femme est encore plus difficile.   - L’injonction à la féminité. HUHUHUHUHUHUHUHUHU.Hem, pardon. C’est nerveux. - Les difficultés professionnelles. Dans un pays où le travail à temps partiel est celui des femmes, où le chômage des femmes est nettement supérieur à celui des hommes, où les salaires ont un écart de 15 à 20% à postes égaux, et où les hautes fonctions sont investies par les hommes à plus de 80%, je ne vais pas me lancer dans un cours : j’ose espérer que je n’aurai pas à subir de malhonnêteté intellectuelle de qui que ce soit. Parce que je ne crierai pas (voir plus haut), mais ça va me faire énormément fulminer. « Oui mais attends Marie, t’es bien gentille, mais comprends le souci : qui va garder les gosses ?! »… Parce que voilà, il y a ÇA aussi.   - La séduction et la sexualité. « Tu sais, si tu cherches un mec, dans une soirée, ou sur internet (ou n’importe où), toi en tant que femme tu auras bien plus de chances que moi (homme blanc, etc.) de pouvoir vivre une relation SEXUELLE ». Ok. Peut-être bien. Et encore ça reste à prouver, mais j’accepte le postulat (et après on dira que je ne fais pas d’effort…). Et alors ? Parce que clairement, je n’ai strictement rien contre le fait que l’on puisse chercher des partenaires de sexe pour et uniquement dans cette optique, mais encore faut-il que cela soit a minima de qualité…. Or dire : « Mets des photos de toi à poil sur le net et tu vas pécho grave », je vais être extrêmement claire sur le fait que cela intéresse finalement assez peu de femmes et souvent si tel est le cas, dans des contextes ou périodes spécifiques de leur vie (je répète « chacun fait ce qu’il lui plaît », je ne porterai jamais un quelconque jugement de valeur sur la sexualité de qui que ce soit, je m’en fous pour tout dire, je ne fais que rapporter des faits généraux). Mais pour trouver une relation – même si elle n’est basée que sur l’attrait sexuel – un tant soit peu intéressante (quel que soit le point de vue d’où l’on se place) les choses ne semblent pas plus simples pour les femmes que pour les hommes. Et je ne parle même pas des critères liés au physique, à l’âge, à la situation socio-professionnelle, etc. Nous aurions besoin d’un tableau excel. J’ai pas envie. Donc ok, je veux bien admettre que c’est plus simple de se faire choper à l’arrière d’une voiture pour une femme que pour un homme, si le désir nous en prend, mais comme ce n’est pas dans la très grande majorité ce qui est recherché par ces mêmes femmes, je ne peux le valider comme argument du « c’est plus simple pour vous ». Ah oui, une dernière chose sur ce point : arrêtez définitivement de nous parler de vos « pulsions ». Franchement, passé 14 ans, ce n’est plus entendable.   Ma vie est assez facile. Je suis une femme blanche de 40 ans, qui correspond à des critères sociétaux valorisés sur plein de points, j’ai un contexte familial d’ascendance et de descendance protecteur. Je suis assez haut dans l’échelle de domination sociétale (et dans ce cadre il me semble que le féminisme intersectionnel est une urgence absolue et je suis extrêmement admirative de celles qui s’y collent parce que ce chemin est bien plus ardu que le mien). Or je fais attention à ne pas faire de MGBV Tears face à des personnes bien plus dominées que je le suis ; et si cela se produit malgré-moi (puisque personne n’est exempt d’égocentrisme et de Caliméro style), d’écouter ce que l’on me dit. Pour y réfléchir. Tout simplement.   Alors Messieurs, s’il vous plaît, arrêtez de plaindre votre petit nombril en permanence, il se porte plutôt bien, et entendez un peu ce qui vous est dit. Ce sera déjà un énorme pas vers notre égalité.   Dessin : James

Le 1 juillet 2011 à 08:29

Ce que veulent les femmes

Pubologie pour tous

En publicité comme en politique, on a besoin d’une opinion publique. On l’appelle « les gens », « les Français », « la ménagère » ou « Monsieur Dugenou », mais la réalité de base est toujours la même : il existe une kyrielle de personnes différentes, avec des avis différents, des besoins différents et des aspirations différentes, mais aussi un peu pareils des fois. Et il faut en faire un tout compact et transparent, qu’on peut facilement saisir et qui offre des généralisations bien pratiques, du type « les Français veulent plus de sécurité » ou « la ménagère veut qu’on lui vende du rêve ».En publicité comme en politique, il n’est pas question de tirer cette opinion publique vers l’avant. Il est question de la suivre. De la comprendre au mieux. De savoir de quoi parlent tous les Monsieur Dugenou et les Madame Duchemin quand ils prennent le thé. Mais en publicité comme en politique, on ne croise pas Monsieur Dugenou et Madame Duchemin tous les jours (on a arrêté de prendre le métro, c’est sombre et ça pue la pisse).En publicité comme en politique, Monsieur Dugenou et Madame Duchemin sont donc des graphiques en bâtons, des courbes, des camemberts et de bons vieux clichés réacs. Une pincée de mépris et l’on obtient des certitudes sur ce qu’ils veulent entendre. Et l’on a bon espoir que si on leur dit ce qu’ils veulent entendre, ils nous donneront ce qu’on attend d’eux.Dans une France où tout le monde penserait ainsi, la peine de mort aurait cours, l’on avorterait encore avec des kits de loisirs créatifs et la publicité ne serait que le tas infâme et fade de clichés que cette chronique essaie de dénoncer.Et maintenant, une parenthèse de fiction théâtrale (toute ressemblance avec des faits réels est probablement garantie par une étude d’opinion) :MONSIEUR DUGENOU. - Ah vous verriez ma petite-fille. A 6 ans c’est déjà une vraie petite femme. Comme elle minaude ! Tout ce qu’elle veut, elle l’obtient ! MADAME DUCHEMIN. - C’est celle dont les parents ont divorcé ?MONSIEUR DUGENOU. - Non, ça c’est mon autre petite-fille. Mon fils n’a pas aimé que sa femme lui fasse un gosse dans le dos. Il était pas prêt vous voyez. Mais c’est comme ça les femmes, quand y’a les hormones qui se réveillent, elles peuvent pas attendre. Elles sont faites pour ça après tout !MADAME DUCHEMIN. - Ah ben oui hein, c’est la nature. Les femmes elles ont le charme pour elles, les hommes c’est la force. Il faut respecter ça.MONSIEUR DUCHEMIN. - C’est bien vrai ça : il faut respecter la nature. Tenez, les homosexuels, moi j’ai toujours dit : c’est contre-nature. C’est qu’ils ont pas essayé d’être normaux, ou que ça s’est mal passé. J’ai toujours dit : un homme, ça ne peut pas résister à une belle femme !MADAME DUCHEMIN. - Bien sûr. Y'a quoi à la télé ce soir ?

Le 28 décembre 2011 à 08:10
Le 3 décembre 2014 à 09:17

Le Professeur Pascal répond à vos questions

Langue de bois et dérivés.

Tout le monde connaît la langue de bois, mais on ignore ses dérivés. En voici quelques uns : La langue de bois vernis. Essentiellement parlée dans les soirées mondaines, la langue de bois vernis se susurre entre deux coupes de champagne. Elle ne parle que de choses élégantes et futiles, qui sont pourtant essentielles à la survie du luxe. C'est la langue des gens bien nés et particulièrement vernis. Les pauvres n'y ont pas accès. La langue de sous-bois. Un brin gauloise et libidineuse, la langue de sous-bois se pratique aux abords des aires autoroutières et du bois de Boulogne. On la croit fleurie, mais elle dit les choses comme elles sont. Une chatte est une chatte, une pipe est une pipe, nom d'une pipe ! Souvent, la langue de bois se réduit à une série de râles virils et broussailleux pour s'achever en formules de politesse assez conventionnelles : « Merci, Madame. Je vous souhaite une bonne journée. » La langue de bois de chauffage. Langue de nos terroirs bien de chez nous, c'est autour d'un feu de bois et d'une bouteille de gnôle qu'elle s'épanouit vraiment. Elle rassemble aussi bien des chasseurs après une battue que des bobos parisiens venus s'encanailler dans un bled perdu de La Creuse. Les moustaches et la chemise à carreaux en coton gratté s'accommodent bien avec cette langue. La langue de bois-que-je-me-chauffe. Souvent réduite à des apostrophes agressives comme « putain » ou « enculé », la langue de bois-que-je-me-chauffe s'exprime vertement dans les embouteillages et devant un pauvre imbécile qui s'échine à respecter les limitations de vitesse. A noter que « enculé » est souvent associé à « sale pédé ». La langue de bois de cerf. Idiome préféré des chasseurs, il se débite en différentes parties appelées communément « la curée ». Le cerf n'a pas son mot à dire. Les biches et les faons observent le spectacle, interloqués. On offre les parties nobles à ceux qui ont organisé la chasse à courre. Pour les gueux, il reste les sabots. Ça fait toujours classe dans un salon, accroché à côté du berger allemand en tapisserie. La langue en aggloméré de bois. Uniquement parlée dans les magasins Ikea, cette langue résulte d'un mélange audacieux de mots suédois, de chiffres et de pictogrammes expliquant à quoi ressemble un clou et un marteau. C'est une langue lisse comme un plan de travail de cuisine. Attention quand même à ne pas la parler n'importe comment, sinon vous risquez de vous prendre les étagères sur le coin de la gueule. La langue de sciure. Ce qui reste de la langue précédente, quand on a décidé de tout bazarder à la déchetterie pour se meubler en style Louis XV. Recyclable, la langue de sciure se transforme en litière pour chats et lapins nains. La langue de bois de rose. C'est la langue des amoureux un peu gnangnan. Elle se réduit à des mots simples comme « je t'aime », « j'ai envie de toi », « tu es l'amour de ma vie », « je veux bien prendre une douche avec toi ». Avec le temps cependant, elle peut devenir râleuse ou carrément hostile : « Pauvre naze ! Et dire que je t'ai épousé ! » est une de ses formules préférées. La langue de bois de sapin. Pratiquée par les employés des Pompes funèbres, la langue de bois de sapin sent le sapin et l'after-shave bon marché. La gueule de l'emploi est requise pour la parler, le costume un peu long aux manches. C'est une langue qui parle de la mort en termes techniques : « Le défunt mesure combien environ ? » ; « Pour la toilette mortuaire, on met un parfum bio ou pas ? » Pour autant, cela n'interdit de faire un petit geste commercial en direction des familles dans le besoin, à condition qu'elles soient solvables. La langue des bois de justice. Celle-là vous coupe le sifflet en moins de deux. Disparue en France depuis 1981. Certains nostalgiques la parlent encore ; on dit même qu'ils apprécient la tête de veau.

Le 10 mars 2015 à 08:19

L'autre, espèce menacée

Dans mon pays, noir comme la beauté, où il pleut du soleil sur l'humain à longueur d'année grégorienne, nous avons un problème : nous ne sommes, en définitive, que des Hommes. Nous aimons, haïssons... et avons la perfidie fatale et suave d'être des Hommes dans toute la complexité contiguë au genre.Donc, dans mon pays, noir comme un jour de guerre, il y a une sagesse colorée qui dit : "Celui qui n'a personne ne se permet d'avoir une plaie dans le dos". Au delà de la proverbialisation atypique de la langue fongbé* que j'ai essayé de traduire sans en altérer l'essence du sens, que comprendre de la sagesse tropicale de mes ancêtres ? N'avoir personne au Bénin porte le sens de "ne pas avoir de famille (père, mère, frères/sœurs...)." C'est qu'au Bénin, l'individu se définit par le patronyme et par sa provenance géographique sur les 112.622 km² du territoire-pays. Et quand un Béninois rencontre un Béninois, il recherche l'altérité du Béninois d'en face. Parce que le ciment social n'a pas la même portée sémantique, cognitive ou sociologique partout sur notre belle bleue tourneuse, ici, il commence par "Comment t'appelles-tu?" et "De quelle région es-tu?" avant le "Je t'aime" expiatoire qui re-lie les sables liés dans le sablier de l'humain, ou le fatal "Tu es l'autre" qui ostracise et jette aux gémonies l'humain de par le fait de l'humain. Je suis l'autre, mais dans la communauté de nos peines et de nos pains ; de cette terre, ses scènes et son sein, il nous reste – c'est ma foi têtue – une parcelle de poésie qui nous permettra de sauver "notre" espèce car si je suis ton autre, tu es le mien. Nous sommes tous les "autre" des uns. De mon pays, noir comme un espoir, j'inaugure le geste enfanteur. Je croque la pomme en égérie sacrificielle d'un poème nouveau pour qu'il ne soit mal écrit et je signe l'ouvrage entamé de l'unique ardeur de mon vœu vivant.  C'est une invitation violente : "Inhumons l'inhumain" et soyons l'autre qui aime l'autre ! ______________________ *Fongbé : langue du continuum "gbé" parlée majoritairement au Bénin et au Togo (Afrique de l'Ouest)

Le 25 juin 2013 à 09:04

La Sécurité routière veut encadrer le port de la frange au volant

Un effet de mode qui s’avère particulièrement pervers. Selon les statistiques présentées aujourd’hui, le port de la frange au volant aurait causé plus de 5% des accidents de la route l’année passée. Et contrairement à ce que laissent penser les expressions machistes et sexistes sur les femmes et la conduite, les hommes sont tout aussi concernés que les femmes par cette mesure. Reportage. C’était un samedi ordinaire pour Isabelle (*). Elle sort de chez le coiffeur et prend sa voiture pour rentrer chez elle. Soudain, le trou noir. « J’ai réalisé que je n’y voyais plus rien du tout. Et quelques secondes plus tard, c’était l’accident ». La voiture d’ Isabelle percute plusieurs voitures en stationnement, fort heureusement, sans blessures graves. Pour Isabelle, il apparaît clairement, elle en est même certaine, que c’est la frange qu’elle venait de se faire faire chez le coiffeur qui a causé l’accident. « Elle était trop longue. Quand je me suis assise, cela a créé comme un rideau opaque, tout était sombre devant moi, je ne voyais plus mes mains ni le volant » raconte-t-elle. Des témoignages de la sorte, la Sécurité routière en dénombre plusieurs centaines.  Ceux de jeunes femmes, qui, succombant à une mode capillaire, ont bien failli perdre la vie dans des accidents de la circulation. « Selon nos statistiques, 5% des accidents de la route en 2012 sont liés à des ports de frange non réglementaires. Tout se déroule en quelques secondes : la conductrice ne voit plus rien, elle perd immédiatement le contrôle de son véhicule ». Pour Céline Montclair, auteure du rapport qui met en cause la frange, il faut mettre en place de nouvelles réglementations avant  que d’autres accidents plus graves se produisent. « Toutes les conductrices sont concernées. Mesdames, ne mettez pas votre vie en jeu. Aujourd’hui nous constatons cela chez les automobilistes, mais dans un avenir proche, d’autres catégories socioprofessionnelles pourraient être touchées, comme les conductrices de train ou les pilotes d’avion ». Le rapport propose donc une réduction de la taille maximale de la frange et met en garde non seulement les jeunes femmes mais aussi les hommes, de plus en plus tentés par cette mode. « Les statistiques font mentir les expressions sexistes sur les femmes au volant : elles sont prudentes. Et nous avons constaté qu’il y avait plusieurs hommes parmi les victimes de frange au volant. ». Selon elle, il s’agit de cas isolés, mais il faut prendre la chose au sérieux. « Cette coiffure a été popularisée par le chanteur Justin Bieber et hélas, les jeunes douchebags ne se rendent pas compte qu’ils sont non seulement ridicules mais en plus dangereux » affirme aussi le rapport. (*) le prénom a été modifié Le Gorafi Photo: iStock/IsaacLKoval

Le 28 décembre 2012 à 10:43
Le 3 août 2015 à 08:42

Du manque d'ambition

Pourquoi, dans toutes les statistiques, on constate ce cas de figure systématique : les femmes sont moins bien payées, font moins carrière, ont moins de postes à responsabilités ? Éliminons d’entrée le fait qu’elles puissent être moins intelligentes. Merci. Et je ne parlerai pas non plus des difficultés supplémentaires qu’elles peuvent avoir à s’imposer dans des domaines ou à des postes trustés depuis très longtemps par les hommes, qui hésitent à leur faire confiance. Ça va, on le sait, je ne veux faire de procès à personne aujourd’hui, je ne suis qu’amour. Non, c’est un autre sujet qui m’interpelle : elles manquent d’ambition. C’est une réalité culturelle et sociologique. Les femmes sont pour moitié responsables de leur situation. Naître fille, c’est être baignée dans un univers où le discours majoritaire n’est pas leur accomplissement personnel, mais celui de l’Autre. Les femmes sont les championnes du « care ». On leur apprend à être aux petits soins, attentionnées, à l’écoute de. Et on leur dit de faire passer leurs ambitions personnelles après. Nous je ne parle pas de 1954, mais bien d’aujourd’hui. On sait que les filles réussissent mieux à l’école, au moins jusqu’à l’entrée dans le Supérieur. Et même là elles sont plus performantes. Si ce n’est qu’elles choisissent plus souvent des filières dont les débouchés professionnels seront moins rémunérateurs, moins spécialisés. Est-ce que les femmes aiment-moins l’argent et la valorisation sociale que les hommes ? De façon biologique ? Ça m’étonnerait beaucoup... Mais on leur a dit depuis toujours que leur essentiel à elles, n’est pas là. L’orientation pour leurs études est moins poussée, moins réfléchie, moins pensée, l’investissement est en deçà de ce qu’il peut être pour un garçon. L’effort qui est demandé est moindre pour la fille. Leur essentiel (l’injonction sociétale de leur essentiel) c’est d’avoir une famille. Une femme a un utérus, elle doit un jour ou l’autre en faire usage. Point barre. Interrogez toutes les femmes qui n’ont pas procréé autour de vous, elles vous diront la pression qu’elles vivent ou ont vécu de la part de leurs familles, amis, entourages professionnels, etc. Une femme qui veut réussir est suspecte. Une femme qui veut réussir et qui ne veut pas avoir d’enfant est présumée coupable (de tout un tas de choses pas super reluisantes). Quid d’un homme ambitieux qui restera sans descendance ? Il a fait un CHOIX, lui. La femme dans la même situation aura SUBI. Voilà ce que l’on nous radote depuis notre tendre enfance. La pauvrette n’aura pas trouvé d’homme acceptant de lui faire des enfants. On a tous une tante machine à 12 degrés de séparations généalogiques dont on nous a rabâché l’histoire : « Elle n’a pas eu d’enfants : c’est une originale/une lesbienne (que cela soit vrai ou non, l’argument de lesbianisme des femmes sans enfant est très très fréquente)/elle n’en a fait qu’à sa tête et elle mourra seule (le truc super déprimant a priori si ce n’est qu’il me semble que l’on meure tous, seuls…). Tonton bidule, lui, qui a eu un parcours similaire, a « réussi sa vie, a été libre, a choisi de faire son chemin ». Sérieusement ? Il faut être très forte dans sa tête pour passer outre ce que l’on nous propose comme modèle. Les hommes ne sont pas en reste, je ne dis pas le contraire, et je ne nie pas leurs difficultés. Mais vraiment c’est incomparable. Revenons-en à nos moutons. La jeune fille fait des études, trouve un métier qui lui plaît se met en couple et fait un /enfant(s) parce qu’elle le souhaite et que c’est cool. Et là, on ne sait trop pourquoi, elle met sa carrière entre parenthèses. Pas le compagnon/conjoint/époux (je généralise, ne hurlez pas que chez vous c’est différent, bien évidemment qu’il y a des exceptions ; mais voilà : des EXCEPTIONS…) qui continue sur sa voie. Être père n’est pas un frein à la carrière professionnelle. Mais être mère….. Comment dire …. ? Parce que ma cocotte, le poupon (voir les 2 ou 3) qui hurlent la nuit, tu les as voulus (pas le papa apparemment…) et maintenant tu vas t’en occuper tu vas être « UNE BONNE MERE ». Ils sont ta priorité absolue. Plus rien d’autre ne doit passer avant. Surtout pas ton travail. Preuve : qui prend très majoritairement les congés parentaux en France ? ….. Pas les hommes. Mais pourquoi les femmes se sentent-elles obligées de se conforter à ce schéma ? Parce que c’est le modèle dominant qui leur est proposé. C’est être dans la norme. Et casser cette norme, défier la société, et son cercle poche, demande une énergie, un courage qui peuvent souvent anéantir toute velléité de faire « différemment ». C’est accepter aussi de se confronter à un monde tenu par les hommes, à leurs dures ambitions (« Ton bébé a 39 de fièvre, ce n’est pas une raison pour arriver en retard, tu l’as voulu, tu assumes ») parce que l’on ne laissera rien passer aux femmes (et c’est ça l’égalité, puisque c’est ce que vivent les hommes) tant qu’elles ne seront pas rentrées de façon massive dans cette démarche. C’est donc aussi par une transformation générale du monde du travail, que l’égalité homme/femme pourra avoir lieu : une transformation globale qui prenne en considération que l’être humain n’est pas un robot. Qu’il soit homme ou femme. P.S : Je n’ai pas parlé du partage des tâches ménagères. Cela aurait été trop long… P.S bis : Je ne souhaite en aucun cas à être stigmatisante ; être une mère au foyer est un choix (quand il s’agit bel et bien de choix) et une liberté tout à fait respectables. Et je sais aussi comme le regard de la société est dur pour les hommes qui choisissent d’être des pères au foyer.   Dessin : James

Le 21 juin 2014 à 09:08
Le 22 mars 2012 à 08:09

Semaine internationale de la courtoisie sur la route

Par son éblouissante richesse et sa douce fragilité, la biodiversité nous rappelle sans cesse combien nous sommes bien peu de chose. Quant à l’observation de la faune en milieu naturel, celle-ci nous offre à contempler des spectacles sauvages emprunts de si grands mystères. Comprendra-t-on ainsi un jour quel réflexe instinctif opposé à la raison donne lieu au comportement abscons et très souvent obtus qui conduit l’automobiliste à klaxonner frénétiquement lorsqu’il se retrouve coincé dans les bouchons ? Grâce à la phylogénie qui étudie les relations de parentés entre les espèces, nous savons que cette manifestation primitive observée chez l’être humain relève d’une pathologie psychosomatique qui, à vrai dire, le différencie du singe. Je pense donc je suis. Je conduis, donc je te suis. Je suis coincé, donc je klaxonne et même que je t’emmerde pauvre con. A l’égal d’une certaine conception que je peux me faire de la politique, klaxonner ne fait pas moins consommer de pétrole qu’il n’apporte d’idées. Geste d’autant plus saugrenu qu’il ne fait en rien avancer les choses, ne débouche pas plus sur une sortie de crise que d’autoroute si ce n’est sur un certain état d’agitation aigüe propre à quelques chauffards ou autres chefs d’Etat. Ce qui fait le malheur des hommes, ce sont les désirs insatisfaits et les embouteillages. Bienheureux dans les encombrements le philosophe à bicyclette, qui, dans le méandre des pares chocs rutilants à la cacophonie grave et hurlante parvient à se frayer un chemin en narguant tous ces as du volant. Quel étrange comportement que celui de ces automobilistes coincés dans un embouteillage. Contendants du volant qui, dans l’isolement de leur habitacle, fulminent jusqu’à la déraison et qui, au plus haut point de leur colère, agissent d’un geste désemparé emprunt d’éréthisme en tambourinant bêtement sur le klaxon de leur grosse caisse. Moi, lorsqu’il m’arrive d’être coincé dans les embouteillages, je ne m’énerve pas. Pour ça je laisse faire mon chauffeur.

Le 22 septembre 2015 à 10:18

Juste un condensateur

C'est une pièce minuscule, quasiment nanométrique. Elle est issue d'un terminal mobile de dernière génération dont la caractéristique essentielle est l'émission et la réception (à très grande vitesse) d'ondes électromagnétiques. Ce terminal a été piétiné il y a quelques jours par Robert Gontran Mulligan, né à Falltown, Etats-Unis d'Amérique, le 11 mai 1979, lors d'une violente dispute en plein M Street à Falltown, USA, avec sa compagne Monica Li, née à Shanghai, République populaire de Chine, le 4 août 1985. M. Mulligan reprochait à Mlle Li une supposée liaison avec John Michael Collins, né à Falltown, Etat-Unis d'Amérique, le 31 juillet 1957, propriétaire et gérant de NeoSwin Inc., dont la fortune est évaluée à 17 millions de dollars. Il a donc saisi le terminal, le projetant contre le bitume du trottoir de M Street, à la hauteur du numéro 1244, le rendant dès lors inutilisable. Pour autant, il s'approcha de ce qu'il en restait pour l'écraser violemment sous son talon à coups répétés. Des éléments volèrent derechef, certains jusqu'au numéro 1248 de M Street, où ils demeurèrent trente-six heures, malgré le dense passage de population à cette hauteur de la rue (le 1248 M Street est l'adresse du Porfirio Club, l'établissement pour adultes le plus couru de Falltown, et par ailleurs le seul. Il se trouve que John Michael Collins en est un des actionnaires, minoritaires mais assidus). Le terminal mobile faisait partie du dernier lot importé par NeoSwin Inc. avant que Mr. Collins ne se convainque que le marché était sans perspective de nouvelle croissance conséquente, et qu'il se tourne vers le négoce de bassins de piscines pré-carrelés. Cette pièce minuscule, presque nanométique, est un bout de condensateur, qui contient du tantale, métal extrait de la colombo-tantalite, minerai dont la rareté et la demande provoquent des guerres en Afrique. Un jour il n'y en aura plus. Cette pièce minuscule, nanométrique ou peu s'en faut, est inutile en dehors de la coque d'un terminal mobile et du voisinage de nombreux autres composants. Elle continue pourtant d'exister, rare, précieuse, riche de qualités (elle ne rouille pas) : elle est en ce moment même collée à votre semelle. Le hasard a dû vous faire passer récemment devant le 1248 M Street. Vous allez l'emporter chez vous, sans y prendre garde, sans même en avoir conscience. Elle se glissera alors entre deux mailles de votre tapis et y restera plusieurs jours jusqu'au passage d'un aspirateur. Bien avant ça, Monica Li, folle de douleur, tentera de reconquérir le coeur de Robert Gontran Mulligan. Elle y réussira sans grande difficulté, la rage de Robert Gontran Mulligan n'ayant été qu'une expression de son amour proportionnel. Mais trois mois plus tard, Robert Gontran trouvera dans le nouveau terminal de son amie un message sans ambiguité signé des trois lettre JMC. Il se saisira alors de sa vieille carabine, visera la tête de Monica puis la sienne propre, non sans avoir placé une balle dans le nouveau terminal. On retrouvera des éléments de Mlle Li, de M. Mulligan et de la machine électronique jusqu'au 1252 M Street. Ce jour-là, vous jetterez le sac de l'aspirateur dans votre poubelle, au fond de laquelle disparaîtra alors cette minuscule pièce, pour ainsi dire microscopique.

Le 18 juillet 2013 à 09:15
Le 18 avril 2011 à 14:01

Je me suis fait couper la banane

Je ne l’avais jamais trompée. Des années de vie partagée, sans le moindre démêlé et pourtant… S’il est vrai qu’avec le temps, nos rapports aux tumultes échancrés se faisaient moins fréquents, jamais pour autant la lassitude de ces couples éplorés n’était venue enrayer notre petite complicité. Même à cran, rien ne pouvait altérer la dépendance de notre relation, pas même cette chute irréversible, signe d’un vieillissement de moins en moins latent.   Et pourtant… En ce petit matin ensoleillé de doux printemps, un aquilon volage souffla sur mes désirs sont air le plus défendu. Ce temps nouveau qui fait monter la sève, me plongea tout droit dans l’incommensurable corsage d’une charmante demoiselle. Elle que chaque matin, je croisais derrière sa vitre, sans prendre le temps de m’appesantir, devint soudainement pour moi l’attrait d’une nouvelle jeunesse.   Si peu éclatant paraissait son esprit, sublime en revanche était sa poitrine. Bien que ma timidité farouche et mon éducation puritaine me décontenancent au moindre string qui dépasse, je pris soudainement mon courage à deux mains et fis le premier pas. « Ce soir si vous voulez » me répondit-elle d’un large sourire au chewing-gum qui dépasse. Le soir venu,  je me rendis non sans une certaine appréhension au lieu dit du rendez-vous. Etais-je vraiment certain de la chose ? N’allais-je pas commettre là une bêtise impardonnable ? A peine me fit-elle entrer dans son salon que mes doutes se dissipèrent, elle qui pour me mettre à l’aise, me défit rapidement de mes affaires.   Je me retrouvai là, docilement allongé, enivré par la douceur sur ma tête de ses fines caresses, maîtrisant parfaitement bien la chose, elle me fit peu à peu vaciller, elle, penchée sur mon corps, moi, bercé par ses déhanchés et le formidable cliquetis de son voluptueux doigté. Impossible de reculer.  Sitôt l’acte achevé, elle m’interrogea sans ambages sur mon sentiment à propos de tout ce qui dépasse. Honteux, après un tel déshonneur, c’est à peine si j’osai me regarder dans la glace. Après tant d’années de fidélité, je me posai alors cette question, cette douloureuse question… Comment ai-je pu délaisser ma tondeuse à cheveux, pour aller me faire couper les tifs chez un quelconque coiffeur ?

Le 6 août 2015 à 08:40

Biche oh ma biche / Zoophilie, mon amie

Pubologie pour tous

Vous y avez cru n’est-ce pas ? Que c’était une vraie pub. Ne vous cachez pas, ça arrive à tout le monde de se faire avoir. Mais en réfléchissant bien, c’est évident que c’est impossible. Vous imaginez trois mecs autout d’une table avoir cette discussion (pour souligner le côté fantaisiste de toute cette histoire, les protagonistes auront des noms de légumes oubliés) : RUTABAGA.  - Hé les mecs, j’ai bien étudié les tendances, et j’ai compris un truc, vous allez voir c’est astonishing, vous n’y avez jamais pensé. Voilà : les gens, sur Internet, ils regardent énormément de vidéos de chats ET de vidéos pornos. C'est évident : la zoophilie est une tendance qui revient. Ca vous en bouche un coin hein. TOPINAMBOUR. - Mais oui ! Je vois d’ici une campagne trash-sexy-décalé qui va rajeunir la marque en jouant sur son héritage sensualo-pop et en exploitant à fond son ADN punchy-audacieux. SALSIFI. - Juste un truc : comment on fait pour toucher la cible senior ? RUTABAGA. - Laisse ça aux créas, on va bouffer ? Y’a des frites à la cantine. T’as vu le dernier Wenders ?Et vous pensez sérieusement qu’ensuite, d’autres gens se seraient dit qu’il serait efficace visuellement et tellement second degré de jouer sur l’image du vieux pervers et de sa pin-up au 105D. En plus c’est pas avilissant c’est pas une vraie femme. Mais au cas où les gens ne comprendraient pas que c’est tendancieux-punchy-sexy-cool, on simulerait une éjaculation avec une bouteille. Vous croyez franchement qu’on se fout à ce point de vous ? Réveillez-vous. La pub a changé.

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