Clio Verrin
Publié le 25/10/2011

La fuite de Pan


Une nouvelle inachevée de James M. Barrie

C’était la première fois qu’elle s’échappait aussi longtemps. Elle ne devait pas être bien loin. Depuis deux jours qu’il lui courait après, Peter était maintenant tout à fait perdu. Dans cette ville inconnue, les rares adultes qu’il croisait lui faisaient de grands signes pour le dissuader d’avancer. Il fallait bien pourtant qu’il la retrouve. Enfin il la vit, tapie dans un coin. Le jeune garçon se précipita vers son ombre. Apeurée, elle n’opposa aucune résistance lorsqu’il la fourra dans sa besace. Il demanderait à Wendy de la lui recoudre, solidement cette fois. C’est alors qu’il entendit les détonations. On tirait des coups de feu non loin de lui, sûrement le Capitaine Crochet. Mais nulle part il ne voyait la mer. Un petit garçon qui devait avoir son âge l’interpella à mi-voix : -  "Reste pas là, c’est dangereux !" - "Mais je n’ai pas peur !" - "Alors viens avec moi, on va bien s’amuser". Et Peter Pan suivit Gavroche jusqu’à la barricade.

Niche sous les toits de Paris
Passe le plus clair de ses journées dans les théâtres
Traîna un temps ses guêtres à l’Ecole du Cirque
Prend souvent la ligne 13 en ce moment
Déteste l’hiver
Adore le camembert
Porte régulièrement une casquette de Jules et Jim
Migre, l’été venu, au Festival d’Avignon
Aime les rencontres improbables
N’aime pas trop parler d’elle à la troisième personne

 

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Clio Verrin

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Le 19 janvier 2015 à 10:31
Le 4 décembre 2012 à 12:04

L'Unicef lance un casting pour trouver des visages d'enfants encore plus tristes

L’humanitaire n’empêche pas le marketing. C’est en tout cas ce que montre cette singulière histoire révélée par le journal La Croix ce matin. Le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) entame visiblement sa petite révolution publicitaire. La célèbre agence, Prix Nobel de la paix, a lancé depuis trois semaines un casting géant aux quatre coins du monde. Avec un seul objectif : trouver des visages d’enfants encore plus tristes pour sa prochaine campagne d’affichage. Reportage.   Trouver le prochain visage de l’Unicef En France c’est l’agence de casting Talentuo qui a décroché l’appel d’offre lancé par l’Unicef. Dans un entretien accordé à La Croix, Didier Cros, son patron, revient sur la mission qui est la sienne depuis bientôt un mois : « Nous nous donnons encore deux mois pour trouver le jeune garçon ou la jeune fille qui deviendra l’emblème de l’Unicef pour les cinq prochaines années. Le cahier des charges imposé par les Nations unies est très strict : il ou elle doit avoir moins de 14 ans, il doit être pauvre, non caucasien, si possible sale mais pas trop. Enfin, et c’est le point le plus important de notre recherche, il doit être en mesure d’adopter une expression profondément triste sur son visage. » Ce dernier point semble au cœur de la démarche de l’Unicef, comme le confirme Marixie Mercado, porte-parole de l’organisation : « Au regard des précédentes campagnes, nous nous sommes aperçus que les enfants que nous choisissions étaient tristes certes, mais pas assez pour inciter à un passage à l’action. Ils avaient beau avoir le visage décharné par la malnutrition ou des mouches dans les yeux à cause du manque d’hygiène, cela n’était pas suffisant pour interpeller l’opinion publique. Nous voulons désormais revenir aux fondamentaux. Ce que nous recherchons, désormais, c’est un garçon ou une fille capable de véritablement jouer une tristesse viscérale ou, à défaut, quelqu’un qui soit profondément triste dans sa propre vie. » L’agence Talentuo sillonne donc les routes de France depuis début novembre à la recherche de ce jeune talent. Pour l’instant, elle ne l’aurait pas encore trouvé, selon son directeur qui se rend pourtant dans les lieux les plus propices à ce type de profil : « Nous cherchons évidemment dans les quartiers pauvres, les banlieues. Nous avons fait de belles rencontres mais rien d’assez convaincant pour l’instant. Je passe donc le message à tous vos lecteurs qui seraient intéressés : si vous êtes pauvres et tristes et que vous souhaitez que les gens le sachent, nos portes vous sont grandes ouvertes. » Le Gorafi

Le 14 mars 2014 à 07:48

Enzo, fils à Zizou, ou Fifi, fille à Bob : même combat

A l’instar de Zidane avec son fils Enzo, Bob a des soucis avec Fifi, sa fille. Philomène, surnommée Fifi, joue au foot depuis toujours et, à aujourd’hui 13 ans pour 1m30, on sent poindre en elle le génie qu’avait son père naguère pour le ballon rond. Qui ne se souvient à Conflans, à l’époque où Zizou envoyait la France au septième ciel du foot, de ce quart de Coupe remporté 3-0 par le FéCéCé avec trois buts marqués par Bob : l'un, après une série de dribbles qui les emporta, lui et le ballon, dans les filets de l’ASM ; l’autre d’un lob de cent mètres ; et le dernier inscrit du derrière d’un mouvement chaloupé du bassin : « Le coup du Bob » dit la presse alors, en référence au coup du sombrero. « Bob is back ! » a dit de Fifi Thierry, journaliste à Sport 78, après l’avoir vue jouer un mercredi. Philomène a sa vitesse de course, ce même aérodynamisme qui amenait parfois son père à ne pas pouvoir s’arrêter sans se jeter dans les bras du public ; mais aussi son jeu de jambes et cette étrange façon de dribbler en spirale qui lui faisait conserver le ballon assez longtemps en restant sur place. Depuis, à l’instar d’Enzo, le fils à Zizou, il ne se passe pas un jour sans que les gazettes et la télé régionale ne suivent les faits et gestes de Fifi, la fifille à Bob. « Philomène joue à la balle avec son chien Frank» «Philomène en vacances en Espagne, signera-t-elle au Barça ? » Philomène sur Twitter jekifflechocola!@phil ou encore cette photo volée en compagnie de Marcel Gonflard, présumé agent du Qatar, à la terrasse du Sporting.  « Foutez-lui la paix ! » a dit Bob dans une interview qu’il a vendue à Yvelines Standard, « elle a sa personnalité, et rien ne dit qu’elle sera aussi bonne que moi ». Mais on sent bien que Bob n’y croit pas : cette élégance, cette façon qu’elle a de mettre ses mains sur ses hanches en implorant le ciel ; cette colère contre elle-même quand elle rate un but… Bon sang ne saurait mentir ! C’est tout lui, mais en blonde et avec des seins.

Le 24 septembre 2012 à 09:11
Le 9 septembre 2014 à 11:14
Le 11 juin 2014 à 09:30

Rêves lointains

Rêvons un peu, voulez vous... Une certaine ethnie maya, vivant dans la forêt entre le Guatemala et le Mexique, est connue des anthropologues pour le rapport si particulier qu'elle entretient avec ses rêves. Chez eux, pas de théâtre, pas de chant, pas de danse ni de peinture. Bref, rien, à première vue, de ce que notre société appelle « Art ». Là-bas, l’essentiel de la créativité a lieu au lit.  De quoi rêve-t-on chez les Mayas ? D’abord, de plantes, de fleurs, d'animaux. Chacun ayant une signification bien particulière.Rêver de voir un jaguar signifie que l’on verra prochainement arriver de (dangereux) touristes. Si l’on rêve d’un pied humain, c’est en fait le pied d’un animal. Et si l’on rêve d’un pied animal, c’est forcément un pied humain. Dans le monde du rêve, tout est inversé, et les apparences sont toujours trompeuses. Parfois, leur sommeil ne met en scène que des animaux.Les Mayas sont eux-mêmes, le temps de la nuit, incarnés en animal.Au matin, un des rares rituels qu'on leur connaît par ailleurs, est de se raconter mutuellement leurs rêves.Ce qu'il y a d'étrange dans ce processus, c'est lorsque l'on s'aperçoit que ces derniers se répondent. Parfois même, un habitant racontera qu'il a rêvé rencontrer un certain habitant d'un autre village, qui racontera lui-même avoir rencontré le premier durant son rêve.Comme si l'espace du rêve était réellement un monde parallèle, commun à tous. Un "autre réel". Extrait d’une petite discussion matinale entre deux enfants, rapporté par une amie ethnologue : L'enfant : Cette nuit, j'étais un poisson. J’étais dans le lac et je disais : « l’eau est froide, c’est bien. »Sa soeur : Oui, l’eau est froide le matin. Que faisais-tu dans l’eau froide ?L'enfant : J’étais un poisson, j’étais avec ma femme.La soeur : Que faisait ta femme ?L’enfant : Elle criait. Rires. L’enfant : Je criais sur ma femme parce quelle avait brûlé mon repas, des courges grillées. Rires. La soeur : Ta femme crie parce que les enfants pleurent, ils pleurent parce qu'ils ont froid sous l’eau !L’enfant : Oui, je criais sur elle, ensuite je mangeais du maïs en grain.La soeur : Ah non! C’est impossible, tu es un poisson! Les poissons ne mangent pas de maïs.L’enfant : Si, je mangeais des tortillas que m'a femme m’a préparées. Ensuite, le crocodile est arrivé pour me chasser, j’ai nagé près de la rive pour lui échapper.La soeur : Mais non, les crocodiles ne mangent pas de poisson, ils mangent du gibier. Moi, cette nuit, j’étais le singe hurleur. Je suis descendue pour boire au lac, et c’est vrai, j’ai vu le crocodile s'approcher pour me manger.L'enfant : C'est vrai, j’ai vu le singe hurleur sur la rive, mais ce n'était pas toi, c’était mon père qui était venu pêcher. Etonnant, non ? Le plus surprenant dans tout cela, peut-être, c'est que la plupart des étrangers ayant séjourné plusieurs semaines chez les Mayas, admettent qu'au bout d'un certain temps, leurs rêves évoluent, jusqu'à ce qu'ils ne contiennent eux aussi plus que des mondes constitués de jaguars, de serpents, etc... Comme si le surréel finissait toujours par s'imposer. Lorsque nous pénétrons dans un endroit, nous pénétrons aussi dans tout ce qui dépasse l'espace du visible. Sur ce, je vous souhaite de beaux rêves bien franchouillards.

Le 5 juin 2014 à 09:20
Le 4 juin 2015 à 17:26

Le jeu le plus long

« Venez voir, j’ai trouvé quelque chose ! » L’urgence dans la voix de Christophe nous fit oublier instantanément nos jeux d’Indiens ; nous laissons tomber nos fougères, arcs de fortune, pour rejoindre notre camarade immobile, penché au-dessus d’une crevasse, dans cette partie de la forêt encore vierge de nos aventures. Lorsque nous vîmes ce qu’avait découvert Christophe, un silence terrifiant pétrifia nos petites personnes. Au fond du ravin, parmi la mousse et les orties, le corps d’un homme, inanimé. De son long bâton, autrefois un fusil, Jérémi toucha la dépouille. À notre surprise, l’homme n’était pas mort, et fut réveillé par ce contact timide. Nous ne bougions toujours pas, tétanisés — curieux aussi. « Que... qu’est-ce que je fous là, demanda le ressuscité, hagard ? »Il nous regarda un à un, se redressant difficilement sur ses coudes, les membres crissants enserrés dans ses habits en charpie.« Vous êtes qui, les gosses ?— Des Indiens, répondit Christophe, qui n’était visiblement pas sorti de son rôle. Je suis le grand chef sioux... Et Jérémi est un guerrier d’une tribu adverse.— Des Indiens, hein, réfléchit l’homme... Et les cow-boys ? Qui joue les cow-boys ?— Personne, expliqua Christophe. On n’aime pas les cow-boys. On est tous des Indiens.— Mais des Indiens qui se font la guerre, précise Louis.— Et toi, qui tu es, demandais-je à l’homme ?— Eh bien... Un cow-boy, je suppose... Il en faut bien un. » D’un geste sûr et maîtrisé, il extirpa de son holster invisible deux doigts vengeurs et « pan, pan, pan, pan », nous abattit un par un, sans que nous ayons eu le temps de bander nos arcs ou brandir nos tomahawks. Il souffla satisfait la fumée de son index, et tourna les talons, tandis que nos corps troués dévalaient dans des râles de souffrance les versants du ravin duquel nous l’avions réveillé. Et c’est à ce moment-là que nous nous retrouvâmes confrontés à la question de la mort. À quel moment, exactement, est-il toléré d’arrêter de jouer au mort ?De se lever... et d’enfin reprendre le cours normal de sa vie ?N’est-il pas raisonnable de rester immobile quelques minutes au moins, pour reconnaître, et rendre digne, l’acte de bravoure de celui qui nous exécute ? Ou bien l’étiquette exige-t-elle de feindre la mort pendant plus longtemps, bien plus longtemps, sans quoi le jeu de la vie et de la mort ne serait qu’une série de conflits arbitraires et sans issue satisfaisante ? Ces questions nous taraudèrent bien des nuits — des nuits qui se transformèrent en semaines, puis en années, et nous restions là, inanimés au fond de ce petit ravin, des acteurs de marbre enfermés dans le dilemme insoluble du jeu et du réel, de la mascarade et de la vérité. Nos trois corps poussaient, étouffés petit à petit par les vêtements infantiles dans lesquels ils avaient chu. Jusqu’au jour où un groupe de petites filles essoufflées croise notre sépulture sylvestre.L’une d’elles nous jette un caillou. « Arrête Sophie, tu es folle !— Quoi, c’est des morts, qu’est-ce que ça peut faire ?— Ils sont morts, tu crois ?— Ben oui, ils sont tout ridés tu vois bien. »Toutes poussèrent un délicieux cri en voyant Jérémi se redresser, grinçant et gémissant, extirpé de son rôle par le projectile.— Qu’est-ce que vous faites là, les filles ?— On...— Arrête, lui réponds pas, c’est un fantôme !, redoute la plus petite.— Mais non ; Sophie hausse les épaules : on joue aux princesses, qui s’enfuient du château.— C’est notre père, le roi, qui veut nous marier à un affreux type, explique une rouquine.— Ah... Je vois... » Jérémi observe un à un les petits visages, confondus entre terreur et curiosité, puis reprend :« Et les archers du roi... Ils sont à votre poursuite, j’imagine ?— Oui... Et toute son armée », précise une mignonne, tandis que secrètement, Jérémi extrait avec sang-froid trois flèches invisibles de son carquois imaginaire.

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