Jean-Daniel Magnin
Publié le 20/04/2012

Eric Chevillard : l'Autofictif répond à des questions


Entretien avec Eric Chevillard

Peut-on vous considérer comme un marathonien du minuscule ?

42,195 kilomètres à petits pas, vous n’y pensez pas ! Mais disons, pour filer la métaphore, que je cours volontiers sur plusieurs distances, le roman, la note, la chronique. Et bien sûr, quand j’écris un roman, je n’en considère pas moins que mon unité d’écriture est la phrase, donc il y a une tension vers l’aphorisme ou la formule. Et quand je prends des notes, au contraire, celles-ci se proposent aussitôt d’enfler démesurément et de se développer aux dimensions d’un livre. Si bien que j’ai dû mettre au point une stratégie que je trouve assez fine : je laisse mes romans devenir des aphorismes et mes aphorismes des romans ; ainsi, finalement, mes deux pentes naturelles d’écriture sont suivies jusqu’au bout.


Avez-vous accompli votre devoir autofictif aujourd’hui ? Prenez-vous parfois de l’avance ? Avez-vous des réserves secrètes ? Où, quand, comment expédiez-vous les trois aphorismes du jour ?

Mon devoir, il y a de ça hélas… Un comble, puisque l’idée au départ était justement d’être souverainement libre, qu’il s’agisse du format (si peu apprécié des éditeurs) ou des contenus : tous azimuts. Mais l’assiduité aussi fait partie du principe de l’entreprise et je me dois de ne pas lâcher l’affaire. Il me semble que se dessine ainsi, jour après jour, un tracé qui vaut bien ceux de l’électroencéphalogramme et de l’électrocardiogramme pour juger de ma santé physique et mentale. C’est aussi la forme d’une vie. J’ai souvent en effet des notes d’avance, elles me viennent par rafales… Mais je construis le petit triptyque quotidien juste avant de le poster, comme on dit, avec l’envie souvent de donner à lire les notes les plus récentes. Quelques-unes finissent par être oubliées dans le puits sans fond de l’ordinateur. Enfin, je publie mon billet vers minuit, depuis chez moi ou depuis mon netbook si je n’y suis pas.


Etes-vous maniaque, bordélique, voleur, prolixe, jaloux, douloureux  ?

Maniaque et pointilleux comme la plupart de ceux qui rêvent d’une révolution générale qui ne laisserait pas debout une seule pierre de ce monde…


Pour vous ces pépites d’écriture sont-elles :

  • des romans morts-nés ?

  • des graines de romans ?

  • des fulgurances aussi vite oubliées qu’écrites ?

  • autre ?

Des décharges nerveuses, des parades et des ripostes, des épées tirées et des sabres avalés. Des pensées d’idiot affectant la forme sentencieuse que le sage affectionne, ou au contraire des idées auxquelles je tiens lancées comme des plaisanteries. En fait, je crois que je n’en sais rien. Tout est possible dans ce carnet, des formes élaborées, des griffonnages, toutes sortes de tentatives hasardeuses, de spéculations, de paradoxes.

 

Pourriez-vous un jour écrire un “De qui se moque-t-on ?” sur l’aphorisme ?

Non, parce que ce serait redondant. Tout aphorisme en effet dit plus ou moins cela, « de qui se moque-t-on ? »


Etes-vous un geek de la littérature ou un poète du net ?

Je n’ai pas la religion d’Internet. Je publie mes livres, y compris LAutofictif. J’écris pour l’essentiel au crayon sur de petits carnets ou de grands cahiers, et encore c’est parce qu’on ne trouve plus de stylet et de pierres à graver. Mais je dois reconnaître qu’Internet offre à l’écrivain l’expérience inédite de la présence, le direct, lui qui semblait voué à ne pouvoir jamais exister qu’à contretemps de ses contemporains, comme s’il évoluait de son vivant même à la manière d’un fantôme, dans la brume d’une indécidable et toujours virtuelle postérité. Paradoxalement, donc, c’est ce monde virtuel d’Internet qui lui permet de prendre corps dans l’époque et de vivre l’écriture comme un art martial, où le réflexe compte autant que la méditation.

 

> Le dernier billet d'Eric Chevillard sur ventscontraires.net

> Les aphorismes d'Eric Chevillard mis en ligne sur son site l'Autofictif sont rassemblés et édités par les éditions de l'Arbre vengeur


Mes rêves : ouvrir à 17 ans le Boui-Boui, café d’art à Genève ; filer à Berlin ; étudier la philo à Paris ; créer des spectacles « hors théâtre » aux festivals de Nancy, Polverriggi ou Avignon ; ouvrir Mac Guffin, cabinet de scénaristes ; voir vivre mes pièces de théâtre à la Renaissance, dans le In d’Avignon, à la Bastille, au Vieux Colombier avec la Comédie-Française, et à l’étranger. Et ce rêve de rassembler les écrivains de théâtre en 2000 ; et d’écrire avec Jean-Michel Ribes le projet du Rond-Point ; et là, de mettre ventscontraires.net sur la piste d’envol.

Dernière publication, un roman : Le Jeu continue après ta mort

 

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Le 3 décembre 2012 à 11:27

De qui se moque-t-on ?

14. Le miroir

Chaque matin, sitôt levés, nous allons droit dans le mur : nous nous confrontons au miroir. Oh, malheur ! Sans mentir, il serait plus doux de croiser un égorgeur au coin d’une ruelle obscure... Mais la lumière nous tombe dessus comme une douche froide et il est trop tard, nous y sommes, dans le miroir, le dos au mur. Qui viendra nous nouer sur les yeux le bandeau des fusillés ?       Nous sortons du rêve de la nuit. Il était voluptueux, héroïque, nous y faisions belle figure. Mais il semblerait que le héros soit fatigué après cette bonne nuit de sommeil, il a mauvaise mine. Son armure étincelante est un pyjama clownesque, et froissé. Ses formidables épaules lui tombent aux genoux comme des branches de sapin mort. Ses paupières se soulèvent aussi difficultueusement que le rideau de fer rouillé d’une boutique de brocanteur. La vitrine de celle-ci aurait bien besoin d’un coup d’éponge. Et quels vieux coucous en devanture !       Cause toujours, miroir, c’est celui qui le dit qui l’est !       Miroir lisse et étale comme la surface de l’étang : je suis donc le vilain crapaud qui vit sur ses berges. Miroir noir comme le tableau où s’inscrit la leçon du jour : vite effacer ce visage de craie ! Nous avons pour cela les brosses et les savons de la toilette, et l’eau qui tremble dans la coupe de nos mains, limpide, où noyer notre reflet.       Savamment dosés, le verre, l’étain et le mercure composent donc cette amère potion qui nous rend gris ou vert, qui nous tuméfie la face mieux qu’une ruade, qui nous creuse les yeux et nous fige sur les lèvres un rictus de moribond. On ne verserait pas ce poison dans le verre à dents de notre pire ennemi.       Encore une chance : le miroir est sans mémoire. Nous ne faisons qu’y passer. Il ne nous retient pas. Assez vu. Disparaissez. Mais ne pourrions-nous pas nous vexer de cela aussi, tout bien réfléchi ? Pourquoi le miroir ne daigne-t-il jamais s’empreindre de notre image ? Nous avons pourtant des titres à faire valoir, et un petit air qui n’appartient qu’à nous. Il y a dans les galeries des châteaux des portraits de gros marquis qui n’ont pas accompli le quart de nos exploits ni de nos œuvres et devant lesquels défilent pourtant des milliers de visiteurs attendris (et payants).       Pourquoi enfin dérapons-nous toujours sur cette glace, nous qui traçons des 8 parfaits sur celle du lac ou de la patinoire ? Pourquoi y figurons-nous toujours ce personnage de comédie burlesque aux mouvements saccadés, à l’équilibre instable       Ce n’est pas faute pourtant de prendre des poses avantageuses. Nous rentrons le ventre, nous bandons des muscles dont nous n’avons jamais l’emploi, qui ne servent qu’aux haltérophiles et aux boxeurs dans l’exercice de leur profession – peine perdue : l’armoire à glace se rit encore de notre formidable carrure. Nous ébouriffons follement nos mèches : la cupide psyché rafle tout l’argent de nos tempes et ne nous laisse plus un poil sur le caillou. La monnaie de singe au moins flatte le chauve qui se mire dedans. Le miroir nous plume comme des alouettes.        Il bégaye, mais sa démonstration est implacable. Il affirme preuves à l’appui que le présent est sinistre et l’avenir plus calamiteux encore : sept ans de malheur peut-être pour le maladroit qui le casse, mais toute une vie de désespoir et de lamentations pour le délicat qui le fait briller avec un chiffon doux.       Le miroir est malveillant. Il est aussi le rétroviseur dans lequel se précipite en catastrophe notre passé. Entre les rides du vieil âge qui s’annonce, nos cicatrices évoquent inlassablement notre jeunesse difficile, les coups de cornes de la vache enragée, les petits métiers pénibles exercés pour ne pas mourir de faim : partenaire d’un lanceur de couteaux dipsomane, toiletteur dans une ménagerie de fauves, modèle pour un tatoueur parkinsonien, sparring-partner d’un chirurgien esthétique, etc.       Et c’est sur le miroir encore qu’elle a écrit Adieu, la belle petite que nous aimions par-dessus et par-dessous tout, et effectivement elle n’est plus dedans (abîmée sinon dans ses profondeurs insondables, ensevelie dans ses vases) ; nous n’y voyons qu’un misérable qui tente d’effacer l’injure avec sa manche et découvre que le rouge à lèvres qui surlignait divinement le sourire d’Ida est un composé gras de suif de mouton et de sang de cochenille qui s’étale sur toute la surface réfléchissante et forme avec la buée de ses soupirs le brouillard dans lequel désormais il va vivre, seul comme un chien, puis mourir bientôt.    À moins décidément de se rebeller et d’envoyer son poing dans la face déjà floue de ce pitoyable jumeau : le miroir s’étoile et me voici soudain rayonnant, beau comme un astre.

Le 8 juin 2015 à 09:24

De qui se moque-t-on?

7. L'oiseau

Faudra-t-il que nous soyons jusqu’au bout puis au-delà encore – sous la terre couchés –, faudra-t-il, même quand notre vaillante foulée nous conduit aux cimes les plus hautes, faudra-t-il, d’une aube à la suivante, incessamment, faudra-t-il que nous soyons survolés par des piafs ? N’avons-nous rien de mieux à faire de l’infini qui nous surplombe qu’y regarder sourdre puis s’évanouir l’oiseau insensé ? Quoique empenné du croupion et le bec fort pointu, il ne se connait ni archer ni cible et nulle raison donc d’ainsi fendre l’air en sifflant comme une flèche. Pourquoi vole-t-il enfin ? Mais parce que volent le moustique et le moucheron qui lui sont chips et tartelettes – est-ce cependant un suffisant motif pour s’arracher à l’attraction terrestre au mépris des lois physiques les plus élémentaires ?       Or jamais oiseau dans le ciel virevoltant n’a découvert une lune ! Il y aurait au firmament aussi peu d’étoiles que dans la tanière de l’ours à en croire l’astronomie aviaire. À quoi bon l’oiseau décidément si ce n’est comme torchecul, en quel emploi Gargantua lui-même ne lui connaissait rien de supérieur ? Nuançons cependant ses conclusions : il se publie presque quotidiennement en France des romans mieux indiqués encore pour cet usage ; à défaut d’autres qualités, celle-ci n’est pas négligeable et je pourrais citer ici bien des plumes contemporaines qu’il conviendrait de réserver strictement à cela. C’est misère en effet de les voir s’astreindre à d’autres besognes alors qu’elles sont si douées pour celle-ci – quel gâchis ! Et pourquoi dans ce pays ne peut-on vivre honnêtement de ce que l’on sait faire ?       L’oiseau pour sa part fait un frugal poulet rôti et c’est à peu près tout (notez que la garniture de pommes frites ou de haricots n’est même pas fournie : cette mesquinerie constitue le trait le plus flagrant de l’animal). Je suppose que personne ne va m’opposer ses prétendus talents de chanteur et de mélodiste ? Il faut n’avoir jamais eu un geai dans son chêne, une fauvette dans sa haie, une mouette sur son mât ou une ronde de corneilles autour de son clocher ! Ce ne sont que criailleries, jacasseries, sinon d’affligeants et répétitifs pipeaux moins inspirés qu’un sifflet de garde-champêtre.       L’oiseau serait joli ? J’admets qu’il en existe de bien criards. Les autres sont lugubres et s’ils se perchent parfois sur notre épaule, c’est que nous avons fait une partie du chemin en nous élevant dans les airs au bout d’une corde. La Ballade des pendus nous apprend tout ce qu’il faut savoir en matière d’ornithologie. La colombe de la paix elle-même, quand on y regarde de près avec la loupe idoine, possède des pattes de vautour.       Alors que faire ? Nous pourrions être tentés de rejoindre les rangs des chasseurs. Ce serait oublier pourtant que ceux-ci élèvent et engraissent eux-mêmes perdrix et bécasses afin de les tirer plus à l’aise quand elles viennent picorer la farce dans leurs mains et qu’ils attirent avec des leurres les canards sauvages dans nos paisibles marais. Le chasseur est l’ami des oiseaux, il aime à le répéter, son carnage automnal relève du crime passionnel. Nous ne saurions l’encourager dans cette voie : il y entre encore trop d’amour. La plume s’éparpille aussi quand le plomb crève l’édredon de l’épouse pourvue de deux paires de pieds. Non. Fermons plutôt les yeux, bouchons-nous les oreilles, ignorons l’oiseau. Que notre mépris et notre indifférence soient tels qu’ils achèvent de volatiliser complètement les volatiles ; alors il nous sera permis d’éprouver – sans craindre qu’un coup d’aile nous les dérobe ou qu’un coup de bec cruel soudain nous détrompe – la douceur des choses délicatement enfouies sous les cendres et les mousses de ce bas monde.

Le 10 mai 2012 à 11:00

Eric Chevillard lu par Michel Fau et Dominique Reymond

Interview avant mise en voix au Rond-Point

Si vous souhaitez rencontrer le romancier et blogueur "Autofictif" Eric Chevillard, venez au Théâtre du Rond-Point, les 10 et 11 mai prochains : Michel Fau et Dominique Reymond lisent un montage de ses textes – certains inédits ou parus sur ventscontraires.net  En partenariat avec France Culture et la Sacd Qu’êtes-vous donc allé faire dans ce théâtre ?
C'est plutôt : que va-t-on m'y faire ? (je suis très inquiet)

 Est-ce que vous concevez vos textes plutôt pour l’œil ou pour la voix ? Qu’en est-il du passage de l’un à l’autre ?
Certainement pour l'œil. Je me demande même parfois si j'écris ou si je dessine. Et quand je les entends, portés par la voix d'un comédien, il me semble du coup qu'ils se mettent debout. Qu'ils passent de l'horizontal au vertical. Je les redécouvre ainsi, je ne les savais pas capables d'un tel rétablissement acrobatique. Dans cette position, ils me sont un peu étrangers, certains me déçoivent, d'autres y gagnent une évidence qu'ils n'avaient pas dans les arabesques de l'écriture.

 Si vraiment le métier de romancier n’est plus ce qu’il était, comment renommeriez-vous votre métier ?
Il y a toujours des romanciers, je n'en suis pas tout à fait un. J'ai peu d'imagination, tout s'invente et se féconde dans la langue, c'est elle qui prolifère et se déploie, va chercher le sens et l'histoire. Ecrivain est un nom qui me convient, c'est un titre que l'on s'attribue toujours prétentieusement, mais cette prétention est punie par le soupçon de vanité dont le mot même se fait très distinctement l'écho.

 Quels conseils donneriez-vous aux comédiens qui souhaitent  “s’emparer” de vos écrits ? 
Aucun conseil. C'est moi qui leur en demande : d'où cet aplomb ? cette aisance ? Comment être si désinhibé, si courageux ? Dites-moi !

 Avez-vous déjà / Pourriez-vous un jour avoir : écrit du théâtre ? Un scénario ? 
Il y faudrait une occasion, une rencontre, une sollicitation. Ce n'est pas naturellement mon terrain. Je n'ai écrit que quelques pièces radiophoniques. Trois de mes romans ont fait l'objet d'adaptations théâtrales, d'ailleurs très réussies mais dans lesquelles je n'étais pas directement impliqué. 

 Quelque chose à ajouter ?
Toujours, mais faites-moi taire ! > Un autre entretien avec Eric Chevillard sur ventscontraires.net : "L'Autofictif répond à des questions" > Infos sur la lecture des 10 et 11 mai > Les billets d'Eric Chevillard sur ventscontraires.net

Le 24 février 2017 à 09:29

Nicolas Truong, intervieweur interviewé #2

Il conçoit et met en scène "Interview", avec Judith Henry Nicolas Bouchaud : l’interview qu'il connaît bien pour le pratiquer lui-même, comme lieu théâtral à explorer Après Projet Luciole, voyage dans la pensée critique et philosophique contemporaine dont j’observe par  passion et profession les contours depuis vingt-cinq ans, Interview est également une façon de partir de mon  expérience et de mettre en scène une partie de ma propre pratique : celle d’un journalisme d’idées qui ne cesse d’utiliser cette figure imposée du métier, cet exercice de style médiatique, cet art de l’accouchement des  pensées. Inépuisable matière à situations de jeu, lieu d’une rencontre, expression d’une parole solidement bâtie – parfois totalement réécrite – ou de l’improvisation orale, l’interview s’impose assurément comme un singulier théâtre de la parole qui appelle pour ainsi dire le plateau.   Le fil scénique du projet repose sur des entretiens réalisés avec des interviewers menés par les comédiens et moi-même. Nous sommes allés à la rencontre de la journaliste Florence Aubenas, de l’écrivain Jean Hatzfeld, du sociologue Edgar Morin, du médiologue Régis Debray et des cinéastes Raymond Depardon et Claudine Nougaret. Nous les avons interrogés sur leurs façons de questionner, d’approcher, de mettre en confiance leurs interlocuteurs. Comment s’adresse-t-on à un sportif, à un paysan, à un jeune des cités, à un tueur de masse ou un rescapé ? Comment recueille-t-on la parole des gens ordinaires dans la France périphérique d’aujourd’hui ou dans l’ex-Yougoslavie en guerre ? Comment fait-on parler un routier ou un politicien ? Et le résultat est passionnant. Car  cette parole est inédite. Mis à part les albums souvenirs des interviewers starisés de la télé, les propos de ceux  qui questionnent sont rares. Et ils nous apprennent beaucoup de ce qu’est devenue la parole aujourd’hui, sur la façon dont on fabrique les  « bons clients » qui reviennent tout le temps dans les médias par leur bagou et leur art oratoire. Judith Henry  et Nicolas Bouchaud sont donc partis avec moi rencontrer ces artistes de la rencontre. De ces discussions est  né un texte, principalement composé de ces entretiens. Judith et Nicolas sont donc tour à tour Jean Rouch et  Edgar Morin (qui nous a donné accès aux rushs du film Chronique d’un été), Florence Aubenas et Jean Hatzfeld, Claudine Nougaret et Raymond Depardon.   Il s’agira bien sûr de mettre en scène les différentes figures de l’interview. De jouer avec, et de voir ce que l’interview fait au jeu : entretiens célèbres appréhendés du seul point de vue de l’intervieweur ; montage qui  tronque un entretien ; intervieweur finalement questionné par l’interviewé, pure gestuelle de dialogues, etc. Mais aussi de dessiner un portrait de l’intervieweur. Et de raconter une histoire, de composer un récit, celui  de l’acheminement vers la parole qui aboutit à l’urgence et à l’éloge du silence dans le monde du bavardage généralisé. Nicolas Truong

Le 22 décembre 2011 à 09:22

De qui se moque-t-on ?

6. Le froid

Le froid est une sensation désagréable. Vous en pensez ce que vous voulez, mais moi je n’y suis pas favorable. Intellectuellement, d’abord, je n’en vois pas la nécessité et, physiquement aussi, je dis non. C’est bien simple, tout mon corps se rétracte avant même d’en éprouver la sensation, à cette seule idée. Ma peau glabre se hérisse comme le poil d’un chat livré aux chiens. Mon sexe se replie, se recroqueville, quasiment s’invagine dans une tentative désespérée de trouver en lui-même la volupté dans ce monde hostile. Chose certaine, il ne se dressera pas, ne se tendra pas, ne pointera nulle direction qui serait encore celle d’un pôle, il ne veut rien avoir à faire avec le froid, ni briser la glace ni fendre du bois pour le feu. Le froid est un bien lamentable phénomène. Nous voici à claquer des dents comme pour mettre en pièces un gibier – et pourtant, quel maigre repas de squelette ! Nos lèvres bleuissent. La mort a posé son doigt sur elles. Nos mains gourdes ont renoncé aux caresses, à la musique, aux délicats travaux de couture ou d’écriture. Oui, nous pouvons encore assommer un phoque avec ces battoirs, et c’est à peu près tout. Nous nous couvrons. Nous sommes les prédateurs impitoyables du mouton. Nous le guettons depuis de hautes branches et nous lui tombons dessus avec une sauvagerie qui l’incline à préférer la compagnie du loup. Nous revêtons ses défroques ; jusqu’à ses pattes grêles qui nous fournissent inexplicablement deux paires de chaussettes épaisses. En grattant entre ses oreilles son crâne lisse et ras avec nos ongles, nous lui arrachons même un pompon pour notre bonnet. Peine perdue. Le froid s’infiltre sous ces lainages comme une lame. À son tour, il nous tond, il nous écorche vifs. À notre tour, nous ne savons que bêler dans le phylactère de buée attaché à nos lèvres. Quant au rhume, il nous pend au nez. La morve goutte à nos canalisations gelées. Transis jusqu’aux moelles, grelottant, nous n’éprouvons plus rien, aucune des sensations fines qui nous distinguent de la bûche ; à l’instar de celle-ci, d’ailleurs, nous rêvons aux flammes qui nous rendraient nos couleurs et notre esprit crépitant. Nous sympathisons avec les chenets à tête de sphinx ; immobiles et taciturnes, ils sont nos plus joyeux lurons et francs camarades. Alors que faire ? Je ne vois qu’une solution : chauffons ! Chauffons, mes amis, brûlons tout ! Ce monde inflammable ne demande qu’à s’embraser. Croyez-vous donc que la fine allumette qui ravage la forêt – première pousse de l’incendie qui sera le futur jardin d’Eden – laissera de bois nos charpentes, qu’elle laissera de marbre la banquise ? Puis nous irons sur les neiges fondues, sur les braises ardentes, sur les cendres moelleuses, dans un hammam aux dimensions du monde, attendris jusqu’à la pâmoison par la douceur nouvelle des choses.

Le 30 avril 2015 à 09:16

Internet mais internet biohardcore

Il y a une analogie structurelle entre Internet et la nature : prenons une forêt : il y a de l’internet à fond là-dedans, tellement d’interconnexions, d’échanges de données que l’on peut tranquillement affirmer : forêt = Internet = forêt. Partant de là allons-y à fond : profitons-en pour sauver le monde. Sauvons le monde sauvons ses poumons. Sauvons le monde sauvons ses poumons-internet : ses forêts. Or impossible de sauver les deux grands poumons de la terre (les forêts amazonienne et congolaise) tant qu’elles ne s’appartiennent pas, n’est-ce pas ? Tant qu’elles ne seront pas autonomes ? Oui car une forêt vierge est vierge précisément de toute connexion autre que celles de son internet intérieur : pour sauver les poumons du monde – et notons au passage l’analogie structurelle entre le réseau interne des bronches, bronchioles, alvéoles et la frondaison de l’arbre – il faut connecter son réseau internet intérieur à un réseau internet extérieur de type révolutionnaire biohardcore ; si vous voulez mon avis. Si vous voulez mon avis, le World Wide Web convient parfaitement comme outil politique pour faire accéder les forêts-poumons à l’autonomie, à la libre disposition de soi. Si vous voulez mon avis, pour sauver le monde et donc les forêts, il faut que ces forêts deviennent des Etats indépendants. Et ça, c’est possible grâce au www et au potentiel révolutionnaire de l’excitation inhérente à la jeunesse mondiale. Ce que je propose c’est de créer un jeu vidéo hyper addictif auquel jouera un nombre sans cesse croissant de jeunes nerds, un jeu vidéo dans lequel le but est de sauver le monde en lui sauvant ses forêts en les transformant en états indépendants. Un jeu, on l’aura compris, qui sera un jeu complètement sérieux, un jeu connecté au réel pour du tout tout vrai : alliance secrète des jeunes addicts biohardcore du monde entier, alliance improbable entre le nerd boutonneux allemand et l’enfant-soldat psychologiquement ravagé du Sierra Leone, alliance entre le petit chiffonnier de Calcutta, la petite esclave prostituée du Cambodge, l’écolier orphelin du Nord-Kivu, le fils de diplomate saoudien, etc., complétez à souhait cette liste infinie. Quelqu’un a une idée de comment réaliser ceci ? Regroupez toutes ces forces, pour combattre par drones par exemple les multinationales minières de tout poil, aider les pygmées et les indiens, connecter le réseau internet forestier intérieur au www et ainsi fabriquer des prototypes de biocratie ? Oui car cette utilisation révolutionnaire du www extérieur permettra la mise au point d’un système politique plus fun que celui de la démocratie – trop défectueuse à trop de points de vue comme nous le savons tous. La biocratie biohardcore, c’est pas fun ça, comme concept opératoire ? Un système de solution collective des problèmes non pas sur base de la volonté supposée de quelque chose comme le peuple – qui bien sûr est une vulgaire fiction – mais sur base de la volonté de quelque chose comme la vie, la nature, dans tout ce que nous lui fantasmons de hardcore – ce qui bien sûr n’existe pas non plus, mais est quand même dangereusement plus fun. Voilà le plan : la vie est révolutionnaire, la vie dans la fleur de l’âge est révolutionnaire, connectons la jeunesse révolutionnaire à la révolution biohardcore. Allez les jeunes on y va, on se défonce à la web-addiction, on se met en réseau, on y va on crée un jeu qui fout bien la merde dans le réel, on bosse à connecter l’énergie de la jeunesse, l’énergie inhérente à l’explosion foisonnante hormonale de la jeunesse, on bosse à connecter ce foisonnement chimique hormonal juvénile au foisonnement électrique et nerveux du www. Le projet est évident : connexion évidente entre le chimique et l’électrique, le tout dans une perspective biohardcore et révolutionnaire puisque la face du monde ne nous plaît pas – le monde contemporain dans sa face tangible ne ressemble plus du tout assez à une forêt, ce qui est triste car nous croyons au paradigme de la forêt, nous croyons à un retour du monde sur lui-même, comme une sorte de vague, une vague dont le pitch est la forêt, l’intensivité chimique et électrique de la forêt. C’est pourquoi au paradigme « forêt » est lié le paradigme « central park », nous verrions bien le monde en tant que structuré autour d’une série de places centrales, centrales mais sauvages-jungles, comme à New York mais en pire, en bien bien pire. Le centre sera le plus sauvage, noyau dur du sauvage, du foisonnement sauvage et morbide de la vie : tension biohardcore de la grande ville mondiale vers une série de central park-poumons-biohardcore. Cette tension-là, nul doute que l’on puisse lui augmenter efficacement l’intensité grâce à une saine tension entre la charge hormonale foisonnante inhérente à la jeunesse et le délire hétérogène, électrique et nerveux du www, allez les jeunes on y va.

Le 15 août 2013 à 09:03

De qui se moque-t-on?

2. Le ciel

Le ciel ! Mes amis, le ciel ! Alors nous serions condamnés à avoir le ciel toujours au-dessus de nos têtes, et personne pour y trouver à redire ! Personne pour s’en offusquer. Nous levons les yeux, et quoi ? Le ciel ! Et pas juste un coin, juste un angle, non, sur toute l’étendue, le ciel, d’un bord à l’autre, et peut-être même au-delà ! Voilà encore un fait accompli, une donnée brute dont nous sommes supposés nous accommoder froidement et sans broncher. Oh l’ennui pourtant de ce ciel toujours là et pas si changeant qu’on le dit ! Et que faire d’autre que lancer des plaintes dans cet abîme bleuâtre et sans matière où elles se perdent d’ailleurs irrévocablement ?       Sans matière, car on ne saurait tenir pour consistant le mol nuage qui stupidement navigue dans ces hauteurs, affectant la forme d’un marabout puis d’un bout de ficelle puis d’une selle de cheval puis d’un valet de pique, et crève soudain en pluie crépitante sur nos crânes qui ne sont pas des têtes de canards mais qu’une virile calvitie bien souvent – conséquence de la surchauffe cérébrale nécessaire à l’élaboration de nos conceptions les plus hardies et de nos philosophies les plus amères – livre nus, sans autres nageoires que nos oreilles si peu étanches que nous n’ignorons rien de ce qui se murmure sur notre compte, à ces inondations.       Rien de bon ne nous vient du ciel : ni la grêle, cet iceberg en grenaille, ni la contondante météorite, ni la foudre qui nous rôtit debout dans la ficelle de nos strings, ni les bombes, ni le guano, ni la colère de Dieu.       Et la manne ? me direz-vous.       C’est vrai, il y a la manne.       Il y a la manne, en effet. À quoi bon se charger d’un panier de victuailles pour pique-niquer dans la campagne alors que nous pouvons compter sur la manne, la munificente pluie de manne qui ne manquera pas de tomber sur nous, dans nos bouches grandes ouvertes, dès que nous aurons faim, après quoi, nous nous offrirons une bonne sieste digestive au pied d’un chêne, les mains croisées sur nos ventres rebondis ?       Il se trouve que, par une suite de hasards malheureux, sans doute, une déveine à peine croyable, je n’ai jamais été personnellement gratifié d’une pluie de manne.       Jamais, et vous comprendrez que cette mesquinerie à mon égard conforte mon dépit et la haine que le ciel m’inspire. Et la perspective de devoir y séjourner après mon trépas redouble encore mes préventions envers la mort – nulle envie pour ce qui me concerne d’errer parmi les nuées pâles et les vertiges dans l’éblouissement d’une aveuglante clarté.       Alors, que faire ? Je ne vois qu’une solution : plafonnons ! Plafonnons partout, sur toute l’étendue. Poursuivons l’œuvre admirable entreprise dans nos maisonnettes individuelles. Bâtissons des plafonds entre les plafonds, relions les plafonds jusqu’à ne plus voir le ciel avide de nos âmes et de nos pensées. Œuvrons à ce monde sans ciel où nous irons, tête nue, sous l’abri solide de nos charpentes, émus depuis nos voûtes plantaires par la douceur nouvelle des choses.

Le 22 avril 2015 à 09:23

Rodrigo García : "Le Net c'est vertigineux et souvent superficiel"

Rencontre avec l'écrivain, metteur en scène et directeur de théâtre Rodrigo García au resto du Rond-Point. 3e épisode : le Net. "Pour moi, Internet est un outil de travail magnifique. Par exemple quand je lis un livre et que l'auteur cite un autre auteur qui cite lui-même un auteur, avant, il fallait que j'aille à la librairie, que je me déplace, que j'achète le livre, que je le commande, maintenant je peux savoir rapidement qui est l'auteur. Chacun utilise Internet pour ce qu'il veut. Avant, les gens devaient se déplacer au cinéma porno pour se masturber, maintenant, ils peuvent se masturber à la maison et c'est un avantage parce que les gens peuvent se masturber à la maison et évacuer leurs tensions sans aller au cinéma porno en supportant l'humiliation d'être vus par d'autres gens. Pour la recherche, c'est aussi très intéressant mais il faut faire attention parce que les informations ne sont pas toujours authentiques et elles ne sont pas toujours complètes alors même si j'aime beaucoup aller d'un auteur à un autre, naviguer sur le réseau, je préfère de loin aller dans une bibliothèque, prendre les livres et y consacrer du temps parce que le temps en ligne est un temps vertigineux, très rapide. C'est agréable de prendre le livre, de l'ouvrir, chercher la page et je pense que ça prédispose à une meilleure lecture et à une meilleure compréhension. De l'autre manière, c'est vertigineux et souvent superficiel." Traduit de l'espagnol par Vincent Lecoq

Le 21 novembre 2013 à 11:56

Epiphanie

 Un soir de novembre 1983, je me suis assis sur un banc devant un théâtre parisien. C’était il y a trente ans, j’avais alors dix-huit ans, je m’étais installé à Paris quelques semaines plus tôt, pour faire mes études. C’est le soir, c’est l’automne, c’est novembre, c’est une soirée tumultueuse, emplie de tourbillons venteux, avec de lourds nuages qui cavalent à l’intérieur du ciel, lequel est éclairé d’en bas par les lumières de la ville, qui y révèlent une émulsion gazeuse de couleur jaune suspendue dans l’atmosphère. Des feuilles mortes sont aplaties, lourdes de l’humidité qui les imbibe, sur le sol sableux des allées. Des cuvettes forment des étangs peu étendus, plus substantiels que des flaques, que les piétons doivent contourner. Des lampadaires de fonte, sombres, sculptés, d’une facture assez précieuse, ponctuent les allées de loin en loin et enrichissent d’un soupçon de féerie l’atmosphère de la nuit. Il se trouve que ce soir-là, je n’allais pas très bien, l’avenir et la réalité me faisaient peur, terriblement peur : je craignais de ne jamais trouver ma place en ce monde. Assis sur mon banc aux abords du théâtre, je voyais de nombreux nuages lourds qui avançaient à toute vitesse dans la même direction : la ligne droite des nuages coupait obliquement l’axe est-ouest de la ville, et ce désaxement du ciel par rapport à la géographie urbaine me plaisait beaucoup. Un tumulte extraordinaire m’environnait : vacarme du vent, violence physique des tourbillons, branches noires qui remuent, papiers et sacs plastique qui volent. Je me vivais, ce soir-là, comme un exilé, un apatride, un orphelin, une entité détachée : nulle terre hospitalière, me semblait-il, ne s’offrirait à m’accueillir, jamais : j’entrevoyais mon avenir comme un monumental désastre. Mais quelque chose, dans ce spectacle des nuages noirs qui circulaient à toute vitesse selon un axe inflexible, me rassurait, et m’apaisait. Un flash métaphorique illumina alors mon esprit, il me sembla que les nuages étaient animés par l’énergie d’une détermination inexorable : élan massif de tout le ciel par-delà la stratosphère urbaine. Oui, je me suis dit alors que j’étais là-haut et non pas ici-bas, j’ai éprouvé une grande ivresse à me sentir dans un rapport de complicité analogique avec la vitesse et l’obliquité des nuages, je me suis dit que je serai sauvé par quelque chose de comparable à ce qui pousse le ciel avec une telle vitesse et selon un axe aussi déterminé. Une puissance. Une force intérieure. Le hasard et la chance. Le désir et la volonté. Une puissance et une force qui renverseraient tous les obstacles : car nul obstacle n’interrompait la course de ce ciel sombre et mouvementé. Ce qui précède est la description de l’une des plus puissantes épiphanies de toute ma vie. L’un des moments les plus intenses que j’aie jamais vécus, dans un rare entremêlement d’effroi et de confiance, comme si soudain, dans les ténèbres, à la faveur d’une subite éclaircie, j’avais entrevu ce que pourrait être ma vie trente ans plus tard. Je peux dire que cette soirée de novembre 1983, aux abords de ce théâtre, m’a longtemps servi de socle. J’y ai pensé souvent, avec le plus grand réconfort, toujours. Ce fut pour moi une nuit fondatrice. J’ai raconté cette épiphanie dans mon roman Cendrillon. Pour rendre sensible ce qui s’est joué de fondamental en moi cette nuit-là, je l’ai mise en scène comme une expérience de laboratoire, en postulant deux personnages théoriques, le Personnage A (moi à dix-huit ans, tout juste débarqué de ma banlieue) et le Personnage B (le jeune adulte nanti et socialement établi que je n’étais pas). Postulons le soir, postulons l’automne, postulons novembre, pour que cette expérience épiphanique et visionnaire puisse commencer. Ces quelques pages de Cendrillon, Bertrand Belin en a fait une chanson que j’adore, Postulons, dont les paroles sont toutes des phrases extraites de mon livre. Frédéric Fisbach a eu l’idée d’ouvrir son spectacle, Elisabeth ou l’Equité, en diffusant Postulons dans la salle, lumière allumée, et de faire entrer les comédiens sur ses dernières mesures, comme un fondu enchaîné, avant d’éteindre la lumière, une fois la scène bien engagée. Un fondu enchaîné entre le dehors et le dedans, la réalité et la fiction, le passé et le présent, la vie et l’œuvre, le biographique et le romanesque. Mais surtout un merveilleux principe de continuité entre ce soir de novembre 1983 où j’ai rêvé mon avenir et tous ces soirs de novembre 2013 où ma première pièce de théâtre est représentée, comme si ces soirs présents étaient autant de visions oniriques créées par ce soir ancien, ce soir lointain. Car le théâtre devant lequel, arrivé en avance, je me suis assis, sur un banc, sous le grand ciel désaxé, en novembre 1983, était le théâtre du Rond-Point. Je sais maintenant ce que j’ai entrevu de si beau ce soir-là : c’est ce que je suis en train de vivre en ce moment, ma première pièce créée dans ce même théâtre, le théâtre du Rond-Point, en novembre, exactement trente ans plus tard, comme un rêve, une vision automnale réalisée.

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