Mort d'une fée
Elle est morte un matin, sans bruit, avec la
discrétion des personnes sans importance. Et pourtant, c’était ma voisine! Tous
les matins, au réveil, je l’entendais remuer ses casseroles, faire chauffer son
café. Dans le même temps, elle allumait la radio pour écouter les nouvelles sur
RTL.
Un aboiement un
peu plaintif signalait le réveil de « Punaise », le vieux loulou de
Poméranie que Josette aimait d’amour. Puis l’odeur de café frais envahissait la
cour après que Josette ait ouvert sa fenêtre en grand et par tous les
temps ! Pas frileuse la fille. Elle n’aurait jamais aussi froid
qu’autrefois, quand elle fut une jeunesse envoyée par un petit moustachu dans
un camp entouré de barbelés. Elle en était revenue tatouée pour la vie, durcie
dans l’âme mais pas dans le cœur. C’est elle qui m’avait accueilli quand, jeune
étudiant, j’avais loué la piaule en face de chez elle. Elle m’intimidait avec
son ait bourru de petite vieille revêche. Quand elle avait su – par un copain
cafeteur – que je ne mangeais pas à ma faim, elle m’avait invité chez elle pour
partager sa soupe poireau pommes de terre. Et je n’avais pas osé refuser.
La vieille
revêche était une maman frustrée, une vieille fille sans enfant qui ne
demandait qu’à déverser son trop plein d’amour maternel. La soupe était chaude,
le loulou un peu agressif, mais les yeux de Josette étaient bleus comme le ciel
de Provence.
Josette
est partie, le loulou que j’avais recueilli aussi mais il me reste sa petite
radio et une photographie du temps de mes vingt ans, jeune con souriant serrant
dans ses bras une fée aux yeux couleur d’azur.