Yorick Sirdon
Publié le 29/10/2011

Lutter contre la pauvreté


J'ai lu dans un journal dont je tairai le nom, afin qu'on ne puisse pas anéantir la validité de mes assertions, j'ai donc lu qu'une commune avait interdit aux gens de fouiller dans les poubelles.

Ça en a choqué certains, au nombre desquels je ne figure pas moi-même, je l'avoue. Je n'étais pas plus choqué du reste quand, en 2008, j'appris l'arrêté de la municipalité d'Assise interdisant de mendier à moins de 800 mètres des églises de cette ville.

Croyez-vous que Saint François se soit retourné dans sa tombe, ou bien que ses organes se soient retournés dans leurs reliquaires ? Rien ne permet de l'affirmer.

Dans le sus-dit journal, on trouvait, illustré d'une photo du maire, au milieu de ses conseillers municipaux, un article où on pouvait lire : « Mais qu'espèrent-ils trouver dans ces poubelles ? Un peu des millions de tonnes d'aliments encore viables négligemment jetés par le Français lambda ? »

Dans ce même journal, le lendemain, un autre article accompagné lui aussi d'une photographie du maire au milieu d'un tas d'ordures (soulignons au passage la cohérence de la ligne éditoriale), on y lisait une harangue adressée aux bien-pensants qui critiquaient sa politique de santé publique : « Qu'ont dit les principaux intéressés ? Rien ! Car le pauvre le sait que, de même qu'il faut fermer sa bouche quand on mange, il faut aussi savoir la fermer quand on n'a rien à manger, c'est une question de politesse ! »

Je suis né à Nantes le 21 août 1984. S'ensuit une enfance absolument quelconque qui me mène directement à une adolescence marquée par une pyromanie maladive, canalisée tant bien que mal par mon tabagisme excessif. Après un cursus universitaire en Histoire contemporaine, je me sens à même d'analyser les raisons structurelles pour lesquelles je suis actuellement au chômage.

 

Plus de...

Yorick Sirdon

 ! 

Partager ce billet :

À voir aussi

Le 19 mai 2015 à 06:27

La Pitié ou la Potence

Le Pauvre est décevant

Le Pauvre, ailleurs, est un calendrier d'ONG. Le Pauvre, ailleurs, est un sujet photographique. Ses oripeaux bariolés, ses activités étranges, ses sourires caressants, ses élans affectifs, ses danses, ses artisanats de bouts de ficelle. Le Pauvre, ailleurs, lorsqu'il n'est pas trop insistant, est une composante agréable du voyage. Il vous reconnaît, vous ouvre les portes de la réalité de son pays. Il chante pour vous, vous enseigne les rudiments de sa langue et rit si vos chorégraphies manquent de grâce. Certes il exagère parfois un peu les prix et tente de vous prendre vos lunettes de soleil mais vous savez vous montrer ferme.Son charme principal réside dans son immobilité : sa vocation est de rester là où il est né et de n'en point bouger. Il ne vous suit pas dans l'avion et vous n'emportez que des images qui feront de très beaux fonds d'écran, un diaporama pour les amis ou le sujet d'un blog qui confirmera vos talents de voyageurs.Mais le Pauvre, ici, est décevant. Lorsque l'on est friand d'humanitaire à l'étranger, il est difficile moralement d'adopter une posture de rejet du Pauvre du bas de chez soi. Cela nécessite la construction d'un discours imparable, humaniste et étayé. Ce racisme  ne peut s'affirmer comme tel par quelqu'un comme vous qui pense être imprégné des valeurs de la gauche. Parce que, comme le rappelle Jérôme Valluy : « du fait de la mémoire de la Shoah et de ses soubassements racistes (…) le racisme se trouve disqualifié tant comme théorie scientifique que comme discours politique. (...) De ce fait, la xénophobie se substitue parfois au racisme d'antan, en introduisant plus de précautions dans la désignation des stigmates de l'altérité honnie »1. Il s'agit donc de prouver ce que Pierre Bourdieu2 résumait en une phrase :  « ils n'ont que ce qu'ils méritent » et ainsi de vous protéger de toute culpabilité d'être un xénophobe social. Dès l'occupation d'un terrain par des Pauvres, vous vous présentez à eux. Vous sentez l'urgence humanitaire à portée de main. Poussé par une recherche affective et par votre goût de l'altérité, convaincu que vous serez reconnu, remercié et adopté, vous vous imaginez déjà racontant à vos amis des anecdotes concernant X ou Y ou sur l'enfant à naître qui portera sans doute votre prénom. Vous amenez des vêtements et des chaussures, ceux qui attendaient depuis des mois que vous alliez les déposer dans une association de recyclage. Parfois vous amenez de la nourriture que vous achetez dans un magasin discount dans lequel vous n'allez jamais pour vous-même.Mais très vite vous êtes déçu : les femmes trient les vêtements, rejettent ce qui ne correspond pas à la saison et refusent  les pantalons. Tout le monde  boude vos tenues indiennes. Face à  la nourriture, votre incompréhension s'accentue : les mères vous rendent les ingrédients inconnus dont elles ne peuvent lire le mode d'emploi ainsi que les préparations culinaires dont elles ne connaissent pas la composition. Vous vous effrayez de l'accumulation d'aliments gras dans le menu des enfants qui se déroule comme un apéro sans fin. Vous cherchez les 5 fruits et légumes par jour. Vous peinez à comprendre l'impossibilité de stockage dans l'exiguïté des espaces de vie, l'envie de suivre la mode dans un tel contexte et l'existence de goûts et de couleurs chez le Pauvre.Puis vous surprenez le retour des mères de leur activité de mendicité. Pourquoi emmener les bébés  avec elles ? Il serait tellement plus sain de les déposer à la crèche ou chez l'assistante maternelle plutôt que d'exciter la pitié des passants avec leurs visages joufflus. Vous interprétez avec horreur ces carences éducatives sans vous poser la question de la faisabilité. Vous qui savez gérer vos enfants, qui les levez tous les matins dans une maison chauffée et éclairée pour les emmener à l'école, vous demandez poliment mais agacé pourquoi les sauvageons qui farfouillent dans votre sac ne sont pas en classe à apprendre votre belle langue. Vous êtes gêné par les miroirs argentés qui dissimulent les regards des jeunes. Leurs déplacements en meute vous mettent mal à l'aise. Vous cherchez votre sac à main du regard. Vous vous sentez visé par leur potentiel d'incivilités. Vous en oubliez la définition de l'adolescence et ne décodez plus les comportements.Et puis, cerise sur le gâteau bien roboratif, voici la valse des grosses berlines et des beaux habits. La Mafia ! Vous avez enfin la preuve d'une  fortune illégale donc cachée et la misère devient un décor. Ces « crasseux, méchants clowns » comme les appelait Louis Ferdinand Céline3, vous jouent, vous en êtes sûr, la comédie de la misère. Vous ne voyez plus les mains rougies des femmes qui lavent le linge dans les bassines d'eau froide. Vous ne voyez plus les gazinières allumées pour réchauffer les tôles. Vous ne voyez plus les stigmates de la fatigue sur les visages des enfants. Et vous niez les mouvements des nuisibles sous les détritus. Vous ne voyez que des individus fainéants et menteurs. L'urgence humanitaire n'est plus. Leurs atavismes immoraux sont indubitables. Et si votre cœur est toujours soulevé, c'est par les remugles de la benne ouverte en plein ciel ainsi que par la vue des ruisseaux de fange qui coulent derrière les grillages. On peut aborder la pauvreté de deux manières : en mettant en cause le système injuste qui la produit ou en accusant les déficits moraux des individus. Il s'agit bien ici d'un symptôme de ce que Ruwen Ogien4 définit comme la préoccupation actuelle des plus nantis : leur peur de « l'effondrement d'un certain ordre moral fondé sur le goût de l'effort, le sens de la hiérarchie, le respect de la discipline et le contrôle des désirs » entre autres. Vous trouviez les hommes beaux et les femmes altières, vous pensez maintenant qu'un peu plus de discrétion et de modestie siéraient mieux à leur position. Nous sommes très loin de l'injonction de Baudelaire5 « assommons les pauvres ». Celui-ci souhaitait réveiller le mendiant silencieux, docile et honteux en le rouant de coups : « Par mon énergique médication, je lui avais donc rendu l'orgueil et la vie. » Il s'agit aujourd'hui de blâmer les victimes, pas de compatir.  Alors la bascule peut s'effectuer dans votre tête telle qu'elle s'est déjà effectuée au sein des ministères dans son accompagnement des plus défavorisés : de l'Etat maternant à l'Etat paternaliste qui contrôle, punit et redresse6. Gentil voyageur plein de pitié pour les Pauvres que vous croisez lorsque vous « faites» le Burkina Faso, vous réclamez « la potence » pour ceux d'ici. Vous avez décillé les yeux : il faut qu'ils partent,  ceux qui ont pris la route pour venir s'échouer sur nos rivages et qui ne comprennent pas qu'ils sont seuls responsables de leur vie misérable. Ils sont le miroir de notre impuissance à modifier la société injuste dans laquelle nous nous faufilons. Ils sont  la limite de nos convictions et de nos capacités compassionnelles et de solidarité. Aurons-nous honte un jour de notre inaction et de nos discours pour la justifier comme nous avons eu honte hier devant les morsures infligées par les rats sur les visages des bébés des bidonvilles de Saint Denis et de Nanterre7 ? ________________________________________________________________________________Le titre de ce billet fait référence au livre de Bronislaw Geremek La potence ou la pitié, l'Europe et les pauvres du Moyen Age à nos jours.  Gallimard, 1987.1 Jérôme Valluy, Immigration et xénophobie d'état, In Les métamorphoses du contrôle social. Sous la direction de Romuald Bodin, La Dispute, 20122 Pierre Bourdieu, La distinction- Critique sociale du jugement, Les Editions de Minuit, 1979.3 Louis-Ferdinand Céline, Correspondance avec Roger Nimier, 23 juillet 19594 Ruwen Ogien, La guerre aux pauvres commence à l'école, Grasset, 2013.5 Charles Baudelaire, Assommons les pauvres ! In Le spleen de Paris, Michel Levy, 1869.6 Loïc Wacquant, La fabrique de l'état néolibéral : insécurité sociale et politique punitive, In Les métamorphoses du contrôle social. Sous la direction de Romuald Bodin, La Dispute, 20127 Robert Bozzi, Les gens des baraques, Arte France, 2004.

Le 27 septembre 2011 à 11:18

Jean-Paul Clébert, clochard céleste

Portrait 25

Jean-Paul Clébert a été surnommé un temps, le clochard qui a failli avoir le prix Goncourt. Jean-Paul Clébert est né le 23 février 1926 et il est mort la semaine dernière, le 21 septembre 2011. Dans son nom, Jean-Paul Clébert est à une voyelle de clébard. Après avoir été cheminot, trimard, résistant puis avoir parcouru l’Asie, il tape la cloche dans le beau Paris Insolite des années cinquante. Ses compagnons de route ? Doisneau, Giraud, quelques surréalistes, quelques situationnistes. Il écrit au dos des paquets de gauloise après avoir découvert Bourlinguer de Cendrars. C’est lui qui l’introduira chez Denoël. Son seul maître, avec peut être Henry Miller à qui il fait visiter les bordels Parisiens. Clébert parlait des gitans, des arabes, des juifs, des caniveaux, des chiens, des petits matins rouges, des ficelles, des putes, des chineurs, de la faim et du vin. Il n’idéalisait rien et surtout pas la misère. Il montrait ce que personne n’en connaissait, sa beauté, sa fierté, son courage. Il était venu finir sa vie pas loin de chez moi, dans les collines du Luberon, loin du Paris frimeur qu’il ne reconnaissait plus, écrire des livres sur l’ail ou la Provence. Mais il sera resté jusqu’au bout du même bord ; «avec ces hommes qui crèvent de  faim, se foutent pas mal des beautés de la liberté et de la marche à pied, ont misé sur l’avenir et le boulot bien fait et dont on apprend du bout des yeux le décès dans la colonne des faits d'hiver, vieux et vieilles morts solitaires dans un taudis innommable, ou rongés tout vivants sur leur grabats par les rats». Les éditons Attila ont rééditées son Paris Insolite il y a deux ans.

Le 11 février 2012 à 09:20

La bourse ou la vie !

Comme je n’attends pas que la vie me donne des coups ou qu’un type me braque pour me piquer mon fric, je me suis mis un bon coup de poing dans le ventre, puis j'ai mordu ma main, avant de me tirer les oreilles. Je n’ai même pas eu mal, car je n’ai pas du tout peur de moi ! C’est tout de même moins impressionnant de se faire agresser par soi-même ! Dans la vitre de l’abribus, je me suis lancé un regard froid avec un tas d’insultes : « Pov con ! Donne-moi ton sac ! » avant de me menacer avec un couteau, à bout rond, en plastique — parce que je ne voulais pas avoir de problèmes avec les flics ! Je me suis fait les poches, puis j'ai couru, avec mon portefeuille sous mon pull, vers les toilettes publiques plantées sur la place de ma ville-dortoir. À l’intérieur, je suis tombé sur un vieux (aux grosses valises sous les yeux) qui pissait dans un urinoir bouché, en fredonnant du Brel. Quand il m’a vu, il a vite remonté sa braguette, et il est sorti, sans se laver les mains. En nage, j'ai plongé ma tête sous le robinet du lavabo, avant de me fixer avec un sourire carnassier, dans un miroir moucheté d'eau. J’ai ouvert le portefeuille que je venais de me voler, mais — cruelle déception — il ne contenait qu’un billet de cinq euros. Pourquoi prendre autant de risque pour si peu ? C’est vraiment la crise, les gens n’ont plus un rond sur eux ! Alors, j’ai foncé dans le premier café perdu, pour m’acheter un jeu à gratter. Optimiste ? Sûrement ! Je crois que la chance, ça existe encore, et qu’on ne peut pas recevoir que des coups dans la vie !

Tous nos invités
Tous les dossiers

derniers podcasts

je m'abonne :   
La masterclass d'Elise Noiraud
Live • 16/04/2021
La masterclass de Patrick Timsit
Live • 16/04/2021
La masterclass de Lolita Chammah
Live • 16/04/2021
La masterclass de Tania de Montaigne
Live • 08/03/2021
La masterclass de Sara Giraudeau
Live • 08/03/2021
Tous les podcasts

ventscontraires sur Youtube

Découvrez la chaîne
La revue en ligne du Rond-Point
Auteurs maison   Vedettes etc.   Confs & Perfs   Archives   Tous les chroniqueurs
Les vidéos   Les sons   Les images   Les textes  Nous contacter   Presse
ventscontraires.net, revue en ligne, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point.
Site administré par
© 2014 - CC.Communication