Mazen Kerbaj
Publié le 27/10/2011

Les femmes de Ladurée


Mazen Kerbaj n’a jamais voulu être cosmonaute.
Il travaille depuis sa plus tendre enfance à devenir auteur de bande dessinée, musicien, peintre, barbu et arabe. Il espère être sur le bon chemin pour assouvir cette ambition démesurée.

> www.kerbaj.com

(Dernière mise en jour il y a un paquet d’années. Sinon il y a toujours ce bon vieux Google)

 

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Le 6 août 2011 à 08:38

Le cerveau millimétré

J’aime le papier millimétré. Avec lui, on sait toujours où l’on va. Un centimètre est un centimètre, sauf les jours de pluie, bien sûr, car il s’étire, et le centimètre de la réalité devient un centimètre virgule un millimètre ou même deux millimètres sur le papier. Alors la transcription de la réalité s’en trouve imperceptiblement changée, car dessiner ainsi n’est pas confortable et la mauvaise humeur qui s’en suit est peu propice à l’annotation rigoureuse de cette sorte d’éléments pondérateurs. Bref, on CROIT dessiner ce que l’on mesure, et sans y prendre garde on majore tout – dans une proportion raisonnable – mais indéniable. Et par un petit glissement analogique, qu’en est-il de l’influence de la pression atmosphérique sur l’enregistrement de nos impressions ? Les aires du cerveau aussi, après tout, forment un support plastique – non pas extensible à l’infini, hélas – mais du moins variable en volume selon les circonstances. Et alors, des yeux charmants, une silhouette pleine de vénusté, des propos spirituels même, ne prennent-ils pas dans notre mémoire une place un peu disproportionnée si on les croise sous un ciel bas ? Je ne suis pas loin de le penser. Evidemment, il en serait de même pour les mauvaises rencontres, mais si les mufles et les laiderons n’échappent pas à cette extension générale, le mal n’est pas grand, les souvenirs les meilleurs sont plus vivaces, paraît-il, que les mauvais. Dans cette perspective, un été pluvieux n’est pas une calamité, bien au contraire. Nous en sortirons tous grandis.

Le 18 décembre 2011 à 08:36
Le 12 novembre 2011 à 08:24
Le 3 juin 2010 à 17:40

Le froid pour tous

Tant qu'il y aura du froid, recherche extime sur une sensation en voie de disparition

Haussmann est préoccupé par la disparition du froid. Il vient d’écrire à Napoléon : « il faut accepter la cherté des loyers et des vivres comme un auxiliaire utile pour défendre Paris contre l'invasion des ouvriers de la province ». Perdu dans ses projets d’assainissement, il se rend compte que la destruction des caves souterraines a un effet immédiat : la glace recueillie en hiver n’a plus de contenant. Privés de froid intra-muros, les habitants risquent d’aller chercher la fraîcheur de banlieue.Charles Tellier, chercheur de laboratoire farfelu, vient quémander quelques attentions au Paris éventré. Haussmann renvoie toutes ses idées mais il est touché par sa singularité et lui glisse à l’oreille : fabriquez-nous du froid !Charles Tellier s’aventure du côté de Faraday, de l’éther, et de l’ammoniac. Il construit une machine à froid dans la fabrique du maître-chocolatier Meunier. En travaillant sur la compression de gaz liquéfié, les désirs de Charles Tellier deviennent grands, très grands. Il veut le froid pour tous et partout.A ses frais, il transforme les cales d’un vieux voilier. Le 20 septembre 1876, le Frigorifique part de Rouen. Le 25 décembre, il arrive à Buenos Aires. Il prouve que l’on peut traverser l’Atlantique avec trente tonnes de viande fraîche à bord. La chaîne industrielle du froid, ainsi inaugurée, bouleversera la frileuse Europe.Poussé par la recherche absolue des basses températures, Charles Tellier va mourir dans le plus grand dénuement. Peu avant son dernier jour, il dira à un de ses proches : « Le convoi des pauvres m'attend, mais ce sort final des travailleurs ne m'effraie pas... ».

Le 27 janvier 2015 à 08:45

Rencontre fortuite

Ce photomontage (d'un goût douteux) à la fois lourd et léger, me permet de poser plein de questions. Depuis quelques jours, j'essaie de réfléchir sur l'irreprésentabilité dans le dessin. Comment dessiner quelque chose que l'on n'a pas le droit de représenter ? Parce que c'est clair qu'on n'en a pas le droit. Il y a eu 12 morts pour appuyer cette idée, et depuis, en réitérant à 7 millions d'exemplaires ce méfait, même avec un message de paix, on comprend que c'est formellement interdit. La censure se cache derrière de nombreux mots doux : la bienséance, le respect, la prudence, le péché ... On commence à entendre, après de nombreux défilés soutenant la liberté d'expression, que plusieurs représentations de spectacles sont annulées, des affiches retouchées, ou retirées des panneaux... Peur de choquer, ou peur de remettre de l'huile sur le feu ? La liberté s'arrête là où la sueur froide coule. Oui, mais une contrainte, dans le dessin, c'est un challenge. C'est une consigne même. Ça pourrait être un sujet de cours d'illustration : représentez ce qui est interdit. Et comment fait-on ça ? En questionnant la notion même d'interdit. Qu'est-ce que nous avons sur cette page blanche? On pourrait très bien répondre « Enfoiré, t'as représenté Voldemort avec un nez en forme de saucisse ! Mais je vais t'égorger !! ». Mais en réalité, on voit quoi ? Une belle cacahuète, deux olives farcies, deux chips paysannes, un mini-boudin, et des piques d'apéros. Bon, mis à part le fait que ce l'ensemble soit un peu haram, c'est pas bien grave. Qui se représente une autre image que celle visible au premier regard ? C'est le cerveau de celui qui zieute. Hahaaa, qu'on vienne me reprocher mon image pour autre chose que ce qu'elle est, à savoir, un hommage aux masques bachiques de l'Antiquité, une évocation d'un portraitiste italien , un clin d'œil à Lautréamont, et à ses descendants, ou encore un manifeste en l'honneur d'un moment convivial. Celui qui viendra me soupçonner d'autre chose, bah ce sera en gros « celui qui dira qui sera ». Pour en revenir à l'interdit, à partir du moment où celui-ci se retrouve fortuitement bravé, quel châtiment préconiser ? Et si on ne représente l'image défendue qu'en partie, en kits, à l'envers ou même qu'on la fait fabriquer par quelqu'un d'autre (dessins en point à relier), qui doit-on punir, et à quels degrés ? Rhalala, il y a des choses pas claires dans tout ça... Il va vraiment falloir mettre au point une charte, un truc précis. Mais en attendant, ça laisse le champ libre pour s'aventurer aux alentours de ces limites pour lesquelles le sang a coulé. L'histoire de l'illustration regorge de techniques permettant de diffuser des images subliminales. Généralement, c'était plutôt pour faire passer des scènes érotiques, mais bon, chaque époque a les petits péchés mignons qu'elle mérite. Evidemment, ça s'applique à nombre d'autres tabous visuels, mais comme celui-ci est le plus bouillant du moment, ça donne envie de s'y frotter.

Le 10 janvier 2013 à 08:18
Le 14 décembre 2011 à 08:48
Le 21 juin 2014 à 09:08
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