Geoffroy Monde
Publié le 03/11/2011

Pouce


Geoffroy Monde est magique depuis 2004 et a souvent été élu meilleur espoir. Il raconte tout ça dans des albums publiés aux éditions Lapin et sur son blog Saco : Pandemino. Des fois, il ment. 

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Le 26 novembre 2014 à 10:19
Le 1 juin 2011 à 15:44

En bibliothèque

Le journal de Béotius (C'est du lourd, c'est du vécu)

J'entre dans une bibliothèque pour échapper à une averse. Aussitôt, j'avise une jeune femme juchée sur un tabouret.— Plaît-il ? s’enquiert la créature aux formes opulentes, la dextre en suspens.Cette expression désuète titille mon cortex. Pris au dépourvu, je souris niaisement et cherche désespérément une béquille pour mon regard.— Vous aussi, vous voulez vous documenter sur les écrits licencieux du temps jadis ? poursuit-elle.Face à ces propos dépouillés de réserve, je m’enhardis :— Le galbe de vos jambes m’incite à penser que votre culture érotique n’est pas seulement livresque.— Il se peut. Mais songez aussi qu’avec le plat de mes mains, si délicates au demeurant, je pourrais applaudir votre entrée en matière ou appliquer sur vos joues replètes quelques soufflets de ma façon. (Je réfrène un geste d’agacement et suis l’ensorceleuse qui promène les lignes serpentines de son corps.) Mais dites-moi plutôt, si vous étiez un chevalier errant, de quelle manière en useriez-vous avec moi ?— J'accommoderais la roturière comme il sied, à la manière d'un vulgaire manant, lâché-je, non mécontent de réduire à quia l’impudente.Puis je fais volte-face et m'éloigne prestement. « Dans les bibliothèques, l’on ne rencontre que des intellectuelles incapables de sacrifier l’esprit à la chair » murmuré-je empli d’amertume.— Ne pas mettre en parallèle la vacuité de ton existence avec la plénitude de mes formes ! assène la rhétoricienne offensée.Je vacille : cette réplique acérée met un terme à la joute oratoire. « Le commerce d’une cérébrale ne ferait que menacer mon intégrité mentale », me dis-je alors en allongeant le pas pour gagner la sortie de cet endroit hostile.

Le 12 novembre 2011 à 08:24
Le 30 mars 2012 à 09:27
Le 16 avril 2012 à 08:28

Chronique rurale

Huitième jour : l'enterrement de ma mère.

> Premier épisode                    > Episode suivant   Ce matin au petit jour, j’ai enterré maman sur la plage. Je l’ai récupérée après que la poule l’ait traînée toute la nuit et lui ait bouffée consciencieusement toutes les parties les plus grasses. Elle ne lui a laissé que les os et les poils. Beurk. J’ai dit une prière en espérant que quelqu’un l’entende, même si j’ai renoncé depuis longtemps à l’idée d’un Dieu « utilitaire ». J’ai l’impression en effet que la présence du Créateur est toute relative, c’est une sorte d’absence finalement. Ca ne me gêne pas outre mesure, d’ailleurs, puisque j’ai bien compris que vivre seul était précisément le principe de la condition humaine. Dieu nous propose de faire avec. Croire en Dieu est donc un acte purement gratuit, un des derniers encore possibles sur cette Terre. De cela je l’en remercie. Il faudra que j’en touche deux mots au Curé.   Après avoir sauté sur le sable à pieds joints pour bien tasser, j’ai quitté le corps de ma mère vers 9h30, et me suis dirigé vers le Nord. C’est ici que vous me retrouvez. Un vent saharien et radioactif me balaie gentiment la frange. Je croise un restaurant routier dont le toit, soufflé par l’explosion, a été entièrement recouvert de  cadavres d’ouvriers polonais employés par un sous-traitant de Bouygues sur l’ex-chantier de l’EPR, avant l’accident. Je les salue amicalement. Pas de réponse des polaks, belle mentalité !   Un peu plus loin, un peu plus tard. Dans une zone hyper- radioactive - comme l’est maintenant cette partie sinistrée de la Manche -, la sensation du temps est décidément très étrange. Je confirme même une nouvelle fois que je suis le témoin –et la victime- d’une véritable accélération du temps, une sorte de micro-climat spatio-temporel, encore un truc pas prévu par Einstein… Si je dis ça, c’est que mon ventre ne cesse de s’arrondir davantage, une journée semble être à minima l’équivalent d’un mois, et ce que je dois bien désigner comme mon utérus - malgré les doutes persistants sur ma féminité - est sujet à des contractions de plus en plus fréquentes. Je  suppose que j’approche du 7ème mois de grossesse. Je culpabilise un peu de n’avoir pas prévenu le Père et Nadine. Il me suffit pourtant de fermer un instant les yeux, et je les visualise tous les deux : l’un debout en chaire, éclairant les foules béates de la Maison de Retraite par ses enseignements contemplatifs ; l’autre assise en caisse n°4, éclairant pareillement la clientèle par l’évangile de ses deux seins fièrement dressés, son badge d’hôtesse ornant le droit tel un sermon sur la montagne.

Le 18 février 2012 à 08:19
Le 15 décembre 2011 à 07:29

Les gladiateurs de l'horreur

Episode 1

Du sang du sang et rien que du sang ! ( Polignac - mai 2013) Ce matin les nuages, comme juste éveillés, s'en allaient nonchalamment finir leur nuit sur les bords d'un ciel rimmélisé. Un petit vent délicieux semble annoncer, à grand coups de trompettes microscopiques, une radieuse journée d'été. L'Aube est là et pointe son frêle museau de camioneur ébouillanté. Un blond duvet de bébé prend racines sur mon coeur coupé en deux dans le sens inverse des anguilles d'une montre. Au loin la montagne verte me salue de son gros nez rouge qui lui sert de palmes rigolotes multicolores. Eclaboussé de félicité, au paroxisme du bonheur, de joie j'attrape au vol un colibri coquin que j'avale comme un lexomil. La journée peut commencer. Une grenouille au regard dégoulinant de sympathie me saute sur le bras et m'indique de sa papatte verte un chemin plein de rosée. Je lui fourre une cassette des Beach Boys dans le cul et nous voilà lançés moi et mon nouvel ipod sur le petit chemin ombragé et plein de rosée. Aucune sensation n'est plus proche du bonheur que celle résultant du plongeon d'un corps dans un petit chemin ombrageux et plein de rosée. Tout, absolumment tout, TOUT est là, heureux pour vous rendre HEUREUX. Les mille-pattes, Les mille et une senteurs, les sources, les ronces, les baies, les bébêtes, les mauvaises herbes, les cailloux, les grosses pierres et même les clôtures électriques piquent vos sens multipliés, des mille et une aiguilles de l'amour. C'est l'éclosion des sens. C'est l'explosion d'essence. C'est l'accouchement d'un cri de joie sur un petit pont de bois, qui ne tenait plus guère que par un grand mystère. A peine ai-je fait quelques brasses dans ce lac d'orgasme qu'un drôle de lièvre me saisit par la manche. - Bonjour bonjour ! le lièvre sympa aimerait être ton ami. accepter comme ami ? Veux-tu bien passer 17 secondes avec moi autour d'un vers ? Si tu as des obligations je te laisse mon e-mail : lièvre@campagne.fr - Mais avec grand plaisir le lièvre, j'ai plusieurs fois 17 secondes devant moi et nulle obligation si ce n'est celle de passer un agréable moment en ta compagnie ! - Mais d'abord permet moi une question : pourquoi ce cornet devant ta bouche ? - un cornet ? - Là , ici, plus bas, oui voilà là on dirait une pro... une prothèse ! - A part mon bec, l'ami je ne vois pas de quoi tu veux parler ! - Un bec !? - Tu penses me faire avaler que tu n'avais jamais vu de bec de lièvre ? - Si. Mais curieusement jamais sur un lièvre. Tant mieux. finalement c'est rassurant. - Qu'est-ce que tu prends ? Un ver de rosée, un ver blanc, un ver de trop ? - Je vais gouter le ver de trop. Pop pop ! - A la tienne p'tit ! - A la nôtre, le Lièvre ! - Conte moi donc ta vie ami lièvre ! Je la pressens pleine de rebondissements... - Soit, mais avant de te lancer dans mon aventure laisse-moi d'abord te narrer une légende ! - Je t'écoute camarade. (un temps) Oh ! mais qu'est-ce qui te prend ?, mon dieu, oh my god ! au secours au secours, quelle horreur ! NOOOOOOOOOON !    Ami lecteur La suite au prochain épisode ....

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