Restons soudés
(Comme titre, j'avais aussi "caustique dans les prés")
On m'a dit « Pas mal, ta première
chronique, mais la prochaine fois, il faudrait être plus caustique.
» « Super », j'ai répondu, parce que j'ai des lettres. Avant de
faire une semaine d'angoisse de la page blanche aiguë (j'ai essayé
d'écrire en vert sur fond mauve, ça n'a pas aidé et j'ai eu un peu
mal au coeur). Parce que pour un Suisse (je suis suisse, je ne sais
pas si j'en avais parlé), ce n'est pas si évident d'être
caustique, à cause de la neutralité, du calvinisme et des erreurs
de traduction. En France, c'est beaucoup plus facile : on te
refile une chronique et hop, tu parles de politique, tu balances tes
vannes caustiques avec la verve d'un chacal et la faconde d'un
narval, « Nicolas Sarkozy est petit », « Marine Le Pen est la
fille de Jean-Marie Le Pen, qui est borgne », « Nicolas Hulot a
présenté Ushuaia, comme le savon », c'est drôle, c'est efficace
et avec un peu de chance, tu te fais renvoyer ou insulter par un
autre chroniqueur et là, c'est le succès garanti. En Suisse, c'est
plus compliqué, parce qu'avec la présidence tournante (oui, oui,
comme le ping-pong), personne ne sait jamais trop qui est le Chef
d'état. Le temps qu'on fasse une blague sur sa taille, ses dents ou
ses cheveux (nous aussi, on a de fins analystes de la chose publique,
tu crois quoi?), il a déjà cédé sa place. Et puis de toutes
façons, le caustique, j'y touche pas trop, à cause de mon
hypocondrie.