Il
n'échappe à personne que le mois de février aime autant
LA
montagne que
L'océan,
que c'est le mois où l'on fête
LA chandeleur
mais aussi
LE carnaval,
que c'est en février qu'on mange
LA
sardine et
LE
cochon,
LA
pintade et
LE
saumon, que c'est le mois
où l'on porte
LA doudoune
et
LE caleçon,
que c'est en février que La Fontaine a écrit
LE
lièvre et
LA
tortue et qu'enfin, février
célèbre autant de saints que de saintes. On l'aura compris, février
est un mois bisexuel.
Son
incapacité à choisir entre le féminin et le masculin, son désir
autant du
IL que du
ELLE l'ont tout naturellement
désigné comme le mois de l'amour que l'on célèbre le 14 février,
fête nommée la "Saint-Valentin" ; vous remarquerez au
passage que, bien que Valentin soit un homme, on dit
LA
Saint-Valentin pour respecter la parité des goûts amoureux de
février.
Mois
bisexuel donc, que la pudibonderie des rédacteurs du calendrier a
caché pendant des années à travers l'appellation "bitextile".
En effet, autrefois, c'était en février que la production de la
laine et du coton (là encore le masculin et le féminin se mêlent)
était la plus abondante, d'où l'idée de célébrer ces deux
matières premières en nommant ce mois où le commerce
s'épanouissait "bitextile". Mais le fort tempérament du
mois de février ne peut longtemps être occulté et, après de
longues négociations entre les admirateurs de la libido du mois et
les défenseurs de la morale du calendrier, on arrivera à un
compromis entre bisexuel et bitextile, il fut décidé que le mois de
février serait bissextile.
Extrait de Mois par moi : almanach invérifiable © Actes Sud 2008
http://www.actes-sud.fr/catalogue/theatre-arts-du-spectacle/mois-par-moi