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Dans quel état sommes-nous ?
Publié le 16/11/2011
 

Paul Martin


Chroniqueur

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Au bal du Gouverneur


Cette année-là le bal du Gouverneur était particulièrement soporifique et inintéressant.
Aussi, après un rapide coup d’œil à l'assemblée, Mademoiselle de Saint-Martin décida qu'elle allait prendre une bonne grosse cuite jusqu'à devenir très désagréable et vomir partout sur elle-même, son chevalier-servant et quelques convives bien choisis. Normalement, tous ces gentlemen étant très bien éduqués, au moins l'un d'entre eux s'offrirait pour la raccompagner chez elle dans les meilleurs délais.

Larmes à l'oeil


La larme sauve un secteur important de l'industrie textile
Petit volume d'eau salée ayant une forme de goutte ou de perle, qui prend naissance dans l'œil de l'être humain envahi par le rire ou le chagrin.
La larme se répand sur la joue et finit le plus souvent sa course sur son menton. Une grande douleur peut augmenter son poids, il n'est pas rare alors qu'elle atteigne le col de chemise ou le collier de perles.
C'est le mouchoir qui se charge le plus souvent de l'effacer. Mouchoir qui, comme son nom l'indique, n'était pas destiné à l'origine à la récupération des larmes, mais à recueillir les diverses sécrétions nasales et autres glaires nées d'un rhume ou d'une allergie. L'apparition des antibiotiques et les récents progrès des sprays asséchants les muqueuses, ayant diminué de façon significative les diverses infections du nez, ont mis en péril l'utilisation du mouchoir. Sa reconversion dans l'effacement des larmes sur le visage et autour des yeux, a permis de préserver la production du mouchoir à la même cadence qu'avant les antibiotiques.
En permettant au mouchoir de la récupérer, la larme sauve un secteur important de l'industrie textile qui s'apprêtait à disparaître faute de crottes de nez.
Rire ou pleurer crée donc de l'emploi. Un pays sec, sans émotions suffisamment fortes pour déclencher l'hilarité ou la douleur, est un pays qui se condamne à une augmentation régulière du chômage.
"Ne me secouez pas, je suis plein de larmes", écrit Henri Calet inqiet. Qu'il se rassure, au cas où l'homme déborde de larmes, le surplus s'évacue sous la paupière.
L'œil est à l'être humain ce que le trop plein est à la baignoire.

A l'ouest d'Eden



"Oh! on n'est pas si mal installés, on s'y fait, à force… Bien sûr, je regrette le grand jardin qu'on avait avant, mais qu'est-ce que vous voulez… C'est pour mon mari que ça a pas été facile. Au début, il me faisait la tête, comme si c'était de ma faute, l'expulsion… Et puis avec le temps il s'est calmé. Faut dire, il a dû gagner notre croûte à la sueur de son front, lui qui est si paresseux. Je vous assure, Mme Lambert, depuis vingt ans que nous sommes mariés, il n'a jamais rien fait dans la maison. Heureusement que j'ai mon petit dernier, lui, il m'aide, il est si gentil… Pas comme l'aîné, un vrai feignant, et sale, en plus, le portrait de son père. Et puis jaloux, avec ça, l'autre jour, il a voulu cogner son petit frère, ce brutal! Je lui ai collé une de ces roustes… Mais je ne lui fais pas confiance, ça va mal finir, c't'histoire… Allez, Mme Lambert, je cause, je cause, mais je dois filer… Je vais préparer une tarte aux pommes à mon petit Abel, il aime tellement ça!"
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