Oser, même en basse vallée - Chamoniarde 3/3
Tant qu'il y aura du froid, recherche extime sur une sensation en voie de disparition
J’ai connu Chamonix au temps des diligences. Ce ne
fut que vers 1905 que j’entendis parler du ski. Les Hommes portaient des
jambières, des chandails remontant jusqu’au cou, la tête encapuchonnée dans un
sérieux passe-montagne. Les skieurs, à leurs débuts, se considéraient un peu
comme des explorateurs.
Bien que pratiquant depuis bien des années le grand
alpinisme et portant pour cela des culottes, je n’avais pas encore osé
l’adopter en basse vallée. J’avais simplement imaginé, à la sortie du village -
Chamonix était encore un village - de relever ma jupe avec des pinces. Cela
était déjà très audacieux.
J’allais bientôt juger la jupe incompatible avec un sport où
il fallait parfois faire de l’acrobatie pour se démêler dans la neige, c’est
pourquoi, ainsi que Marie Marvingt, l’aviatrice et l’alpiniste bien connue,
j’arborais courageusement la culotte… Des mères de famille détournaient la tête
scandalisée par la tenue que je portais.
Madeleine Namur-Vallot, 1907