Raphaël Chabloz
Publié le 18/08/2013

Cheese


J'aimerais, une fois n'est pas couture, profiter de cet espace mis à ma disposition pour parler de quelque chose d'important. Pousser un cri d'alarme. Ça va cinq minutes de faire le guignol, mais il y a des moments où il faut savoir rester sérieux. Il y a des sujets avec lesquels on ne peut pas plaisanter.

En réalité, je ne vois qu'un seul sujet avec lequel on ne peut pas plaisanter : le fromage.

C'est pourquoi, j'aimerais le dire une fois de plus, car je constate, hélas, qu'il y a encore des gens qui l'ignorent. Et l'ignorance, comme on le sait, est mère de tous les vices.

Il n'y a pas, il n'y a jamais eu, il n'y aura jamais de trous dans le Gruyère. Quand vous dites : "ohlala, c'est un vrai Gruyère", en parlant, je ne sais pas, moi, d'un ami à vous, par exemple, vous voulez dire qu'il vient de la riante ville de Gruyères, qu'il est un peu jeune et risque de faire trancher la fondue, qu'il est savoureux, débrouillez-vous, c'est votre ami, pas le mien, mais en aucun cas vous ne voulez dire qu'il est très troué.

Je ne sais pas comment cette méprise est née. Peut-être d'un fromager qui avait un défaut de prononciation, il n'arrivait pas à dire "Emmental" alors il a appelé ça "Gruyère", c'est vrai que c'est assez voisin, comme sonorité, et comme c'était un fromager connu, c'est resté. Peut-être est-ce simplement le signe d'un complot mondial pour nuire à la réputation des fromages suisses. Peut-être, plus simplement, s'agit-il d'inculture : un malencontreux vendeur aura confondu, avec une touchante sincérité, un divin Gruyère avec un caoutchouteux Emmental mais, avec le bagoût qui le caractérie, aura réussi à semer le doute dans les esprits, au point qu'aujourd'hui, des millions de gens confondent. Parfois, on ne croit pas celui qui a le plus raison, mais celui qui parle le plus fort. Cela s'est vu, par le passé : ainsi, on a réussi à faire croire au monde entier qu'il traversait une terrible période de crise et que ça allait pas en s'améliorant, et donc que c'est pas le moment de faire la fine bouche au rayon fromages étrangers, juste en le disant souvent et très fort, on peut bien réussir à lui faire avaler n'importe quel fromage.
Bien que n'ayant jamais pratiqué le water-polo, je suis blogueur, journaliste, suisse, traducteur et parfois même auteur, mais pas trop. J'aimerais vous parler de mon enfance et de ma passion pour les dés de courgette. Hélas, les icônes scintillantes figurant sur ce site me terrifient et, pour le dire franchement car c'est important la franchise, me tétanisent.

http://www.bonpourtonpoil.ch/ 

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Le 4 septembre 2013 à 10:03

La Suisse expliquée aux Français #3

Le Gruyère

Imagine un peu : tu es victime d'un cambriolage. Le cambrioleur te prend deux trucs, un cendrier en rotin Louis XIV, pas génial mais d'assez bonne facture, et un oblitérateur à pommes de terre pour le moins dérangeant visuellement, tu l'avais reçu à Noël et tu n'as jamais osé le jeter. Bon. Déjà, c'est une situation assez pénible à vivre. Mais en plus, tu réalises que le voleur est un très riche marchand d'art des environs. Et qu'en plus, il vend des copies encore plus laides de l'oblitérateur à pommes de terre sous le nom de cendrier en rotin Louis XIV.   Terrible, non ?   Maintenant, imagine qu'un pays où le fromage coule à flots, où vaches et brebis rivalisent d'audace et d'imagination pour produire mille divins nectars, où les produits laitiers sont nos amis pour la vie, décide de produire du Gruyère français et de l'Emmental français, un genre de chewing-gum lacté dont on se sert principalement pour la maçonnerie mais parfois aussi, hélas, pour des gratins, voire des sandwiches dont la simple consommation peut rendre aveugle et sourd. Ridicule, non ?Il ne peut y avoir de Gruyère français vu que le Gruyère vient d'une région intitulée Gruyère et qui tire son nom de la ville de Gruyères, c'est quand même pas compliqué, est-ce que je te vend du Beaujolais moldave et de la saucisse de Toulouse de Francfort ? Non. Donc bon. De la même manière, l'Emmental tire son nom de la riante vallée de l'Emme, dont il aurait bien fait de ne jamais sortir, si tu veux mon avis. Est-ce que le Paris-Dakar a lieu en Amérique du Sud ? Donc bon.   Mais surtout, surtout, le Gruyère n'a pas de trous. On peut en faire, bien sûr, avec une perceuse, si on s'ennuie au bureau, pourquoi pas, nous sommes en démocratie, hélas, mais il n'a pas de trous. Jamais. Nulle part. Contrairement à l'Emmental dont, c'est amusant, les trous sont la partie qui a le plus de goût.   Ainsi, dans l'expression : "ça alors, la défense de St-Etienne est un véritable Gruyère, ce soir, ou bien ?", il ne faut pas comprendre qu'elle a des trous. Mais qu'elle est un peu jeune et manque donc de goût. Ou bien qu'elle entre dans la composition de la fondue moitié-moitié. Ou bien qu'elle a un peu l'accent fribourgeois. Je ne sais pas. Moi, tu sais, le sport, depuis que Federer est redevenu mortel, je n'y comprends rien. Mais ça ne veut pas dire qu'il y a des trous. Jamais.

Le 8 septembre 2015 à 08:09

Une scientifique danoise pense avoir compris l'utilité du côté bleu des gommes bicolores

C’est un mystère de plusieurs décennies qui prend fin. Le Centre de Recherche Physique et Technique (C.R.P.T) de Copenhague  vient d’annoncer ce matin avoir défini à 99% la fonction de la fameuse extrémité bleutée des gommes. Cette partie précise de l’accessoire de dessin et d’écriture servirait finalement à effacer certaines traces bien précises. Progrès. Un autre genre de gomme La fabuleuse découverte a surtout été le fruit du travail de Maria Moltke, directrice de recherche au C.R.P.T. Cette dernière faisait part de sa joie hier lors d’une conférence de presse organisée pour l’occasion : « Avec cette avancée scientifique, nous dissipons un voile d’obscurité de plus de 250 ans. Je suis très fière d’avoir travaillé près de 5 ans sur le sujet et d’être arrivée à comprendre que la partie bleue des gommes bicolores est en réalité une gomme également. » Car selon les résultats obtenus par le Pr.Moltke, cette « gomme bleue » ne serait ni plus ni moins qu’un dérivé de gomme classique spécialement adaptée aux traits de crayons tenaces ou appuyés. Une fonction peu évidente et à côté de laquelle sont passés bien des scientifiques ou plus généralement des gens : « Depuis la nuit des temps, on a imaginé que la partie bleue pouvait se manger, ensuite que c’était un genre de capuchon comme sur les clés USB. Finalement, c’était bien plus simple que ça. » souligne la chercheuse danoise. L’annonce de cette découverte vient évidemment réjouir tous ceux qui ignoraient l’utilité de la « gomme bleue ». A commencer par les producteurs de gommes bicolores eux-mêmes, comme Pascal Dulot, qui gère une entreprise de fabrication de gommes à effacer dans le Tarn : « C’est fabuleux. On rajoutait ça sur les gommes roses classiques parce qu’on trouvait ça plus joli mais on n’avait strictement aucune idée de son utilité. Et il se trouve qu’en fait c’est une autre gomme. Les choses sont bien faites quand même. » S’attaquer à l’énigme des crayons porte-mines Après ce succès plutôt inespéré, Maria Moltke et son équipe de 40 chercheurs souhaitent porter leur attention sur l’un des autres grands mystères techniques de ce siècle et du précédent : l’incapacité de la dernière mine des crayons dits « porte-mines » à descendre lorsque l’on presse frénétiquement le ressort du crayon. « Il y a bien un bruit de mine quand on secoue le crayon près de son oreille mais quand on presse, rien ne sort. L’explication la plus simple voudrait que le corps physique de la mine disparaisse en fait dans une autre dimension alors que sa trace sonore reste dans la nôtre. C’est une hypothèse sur laquelle nous allons plancher dès maintenant. » a déclaré la scientifique danoise.

Le 26 avril 2010 à 14:28

« Dans la crise, c'est l'heure des personnes qui ont du caractère, pas des fromages pasteurisés ou des poissons lyophilisés»

Jean-Luc Mélenchon, Libération, lundi 12 avril 2010

Cet homme « de caractère » n’est pas du style à péter dans la soie, mais du genre à chier sur la bruyère si telle est sa bonne envie. Avec lui c’est fromage qui pue et poisson qui sent, autrement dit un poète de résistance qui fait rimer anti-hygiénisme et anti-américanisme. Dans le « corps traditionnel français », Jean-Luc Mélenchon est de ceux qui font don de leur énergie vitale au destin national. Face à la tourmente, il ne faut pas plus avoir la cervelle que la couille molle. Ames sensibles s’abstenir, la main doit être ferme pour tenir le cap, botter les fesses des pleutres, et poursuivre l’ennemi jusque dans les chiottes. Toute une légende, rien qu’un jeu peut-être quand l’on connaît son sens inné de la provocation pour remplir les meetings à défaut d’avoir les urnes pleines. Le bouc sait pourtant se faire agneau quand il s’agit d’aller brouter dans la cour des grands. Le voici chez Apathie faisant étalage de chiffres sur les retraites, le voilà dans « Voici »  en saint (Patrick?) Sébastien que « les médias ont voulu détruire » par leurs flèches.Il avait pourtant promis de ne plus parler aux « Talibans professionnels » depuis qu’un étudiant en journalisme avait osé le titiller. Mais comme Obama, Sarkozy ou Karzaï, Mélenchon sait, quand il le faut, trouver de « bons Talibans ».

Le 16 mai 2011 à 12:00

Helvète underground

ventscontraires sans frontières

Raphaël Chabloz est un nouveau venu parmi les chroniqueurs de ventscontraires.net. Dans le reste du monde, celui qu'on connaît mieux sous le nom de Raph FlipFlap est une véritable star. Depuis 2003, son blog BonPourTonPoil s'est imposé comme une véritable institution en termes d'absurde, d'humour décalé et de lolistique comparée. C'est depuis son QG secret planqué dans une zone reculée de l'Helvétie profonde qu'il a accepté de répondre à nos questions.Quand et pourquoi avez-vous commencé votre blog ?Le 7 mai 2003. A la base, je voulais écrire un article sur les blogs, alors j'en ai lu quelques-uns. Je me suis dit que c'était pratique pour écrire des bêtises et, surtout, les faire lire, sinon ça n'a pas grand intérêt (je n'ai finalement écrit mon article qu'un an plus tard).Votre premier article parlait de quoi ?Je m'y demandais de quoi parler. C'est assez amusant parce que huit ans plus tard, je n'ai toujours pas trouvé. Vous pouvez le lire là. Lâchez des comms !Comment pourriez vous caractériser votre style/humour/ton ?Spontanément, le mot qui me vient à l'esprit est : chamarré.Mais encore ?L'absurde, les mauvais jeux de mots, le cynisme et les bébés animaux me font beaucoup rire, j'essaie de mélanger un peu tout ça.Qui est, selon vous, l'inventeur de l'humour ?Noé. "Je vais construire un bateau et mettre dedans deux moustiques, deux galagos, des baleines et deux bacilles de Koch", c'était une excellente blague. Dommage qu'on l'ait pris au premier degré, surtout pour les moustiques.D'autres modèles, inspirateurs ?Il y a des gens qui me font rire, et je pense que ça se sent : Gotlib, Alexandre Astier, Edika, Jean-Michel du 59. Et Desproges, bien sûr (je le connais trop mal, mais la loi oblige à le citer)Internet est une source d'inspiration pour vous. Ils faisaient comment les humoristes avant ? Ils sortaient dans la rue ?Je ne sais pas. Il y avait des vidéos de chats, dans la rue ? Internet, c'est pratique, parce que ça permet de passer ses journées au café du commerce sans devenir alcoolique. (Même si, parfois, ça donne envie de boire pour oublier, quand même)Dans la vraie vie, vous êtes quelqu'un à qui on demande de raconter des blagues (ou d'arrêter avec ses blagues) ou quelqu'un de plus sombre ?Je ne raconte pas tellement de blagues, au sens totoesque du terme. Je suis plutôt timide, donc non, je ne suis pas tellement le boute-en-train de la soirée. Cela dit, internet ce n'est pas de la fausse vie.Vous êtes depuis peu chroniqueur pour ventscontraires. Qu'est ce que ça a changé à votre vie ?Le premier effet, ça a été qu'à chaque fois qu'un de mes amis a, comme disent les jeunes, liké la page, j'ai vu ma tronche apparaître sur Facebook, ce qui est assez déstabilisant. Et sinon, j'ai vu que Noël Godin était un de mes « collègues », ce qui est hyper prestigieuxAuriez-vous un message à lui faire passer ?Comment se fait-il qu'Oskar Freysinger* n'ait encore jamais été entarté ? (*Oskar Feysinger, membre du parti populiste suisse UDC, principal porte parole de l'initiative  "Contre la construction des minarets")Suisse et jeune, c'est compatible ?C'était totalement interdit, jusqu'au jour où la Suisse est devenue championne du monde de football des moins de 17 ans. Depuis, c'est toléré, mais à condition de jouer en silence, merci. Et suisse et drôle, c’est légal ?Il y a d'excellents humoristes suisses, comme Frédéric Recrosio et Jean Ziegler*. Titeuf, mais il a mal tourné, Plonk&Replonk et Patrick Juvet.(* Jean Ziegler est un homme politique, sociologue, écrivain et polémiste suisse. Son livre L'Empire de la Honte a inspiré le documentaire We Feed the World.)Au fait, où sont les femmes ?La mienne est au sport, à cette heure-ci. (Oui, on peut être suisse et sportif)L'humour est-il un sport de combat ?Je n'ai jamais réfléchi à la question et pourtant, je ne suis pas trop fan des coups portés au-dessous de la ceinture. Etes-vous tenté par d'autre formes d'écriture : roman, scénario, odes, discours politique ?Roman, oui : j'en suis à mon 1740e chapitre 1 en 18 ans. J'ai aussi écrit des nouvelles, j'ai une idée de scénario de bd sous le coude mais il faudrait que je la mette plutôt sur papier. En fait, je m'intéresse environ à tout ce qui demande de l'imagination, mais je suis aussi et surtout un champion de la procrastination. Et je suis très intéressé par les cartes postales. Quelle est la plus belle carte postale que vous avez reçue ?J'ai une magnifique collection de cartes postales moches, car internet sert aussi à rencontrer des fous. Ma préférée... peut-être cette magnifique reproduction d'un château anglais en hologramme.Quelle carte postale aimeriez-vous envoyer aux lecteurs de ventscontaires.net ?Une carte postale avec des bébés chats, un jeu de mots genre "Chat baigne" et la recette de la souris d'agneau. Et au dos, classique, efficace : temps magnifique, soleil radieux, bisous. Par contre, il me faudra leur adresse.Et enfin, une question simple pour conclure : qu'est-ce qui pourrait changer le monde ?Les jeunes UMP, ou alors l'interdiction de la méchanceté, la béatification de Barack Obama. Ou les bébés chats.

Le 23 juillet 2013 à 14:43

La Suisse expliquée aux Français

Le passage piéton

C'était par une belle après-midi de début d'été. Je déambulais, guilleret, dans les rues parisiennes. Une brise chenue jouait dans ma chevelure désinvolte. Et si, me disais-je, je proposais une nouvelle série sur Vents contraires qui s'intitulerait "La Suisse expliquée aux Français ?" (Parce qu'en fait, je suis suisse, j'aurais peut-être dû le mentionner pour la compréhension). Le pas léger, j'entrepris de traverser la route afin d'aller de l'autre côté : je ne m'imaginais pas, à cet instant précis, que j'allais trouver dans ce fait banal l'inspiration pour la susmentionnée série. Car je ne vais pas vous le cacher, cela se passe grosso modo de la même manière par chez nous.  J'avisai un passage piéton qui somnolait au soleil évanescent et, naïf, j'y posai un pied conquérant. Un automobiliste qui cheminait le long des grands boulevards m'aperçut. Ma sotte provocation ne pouvait rester impunie ! Il piedauplancha, les yeux injectés de sang et le carburateur de diesel. Sur le trottoir, des quidams alertés se saisirent immédiatement de leurs téléphones portatifs afin d'immortaliser ma mortalité. Fort heureusement, je me rendis compte à temps de ma funeste bévue et pus éviter d'un demi-chouïa la fatale rencontre. Car en Suisse, voyez-vous, le piéton est prioritaire. Il suffit de manifester expressément l'intention de traverser, ou même de songer très fort à un passage piéton, pour qu'immédiatement, l'automobiliste plante sur les freins, descende de son véhicule, déroule son tapis rouge, vous aider à traverser en vous tenant par le bras et vous offre une boisson fraîche à mi-parcours. Et l'Office fédéral des routes aimerait également que tous les passages piétons soient éclairés la nuit, car des maladroits arrivent encore, malgré tout cela, à se faire renverser. La statistique officielle ne tient évidemment pas compte des gens qui traversent au rouge ou en dehors des clous, qui n'ont que ce qu'ils méritent.  Il paraît, d'ailleurs, qu'en réalité, les deux législations sont sensiblement pareilles, mais que c'est leurs mises en application qui diffèrent. J'aurais pu vérifier cette affirmation, mais j'ai préféré ne pas le faire.   Tout ça pour dire que la différence principale entre les manières de traverser française et suisse est que du côté riche du Doubs, les passages piétons sont jaunes.

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