Sid, vicieux
Un texte "plus civilisé"
C'était en 1991, un mardi. J'étais jusque là un jeune homme
enjoué et taquin. Mais un certain Sid Meier fit irruption dans ma vie. Je
m'enfermai dans ma chambre 25 jours consécutifs, pour n'en ressortir, le cheveu
hagard et l'œil en bataille, que pour aller me chercher de quoi me sustenter.
Des témoins affirment m'avoir entendu grommeler : « Encore un dernier tour et
ensuite j'éteins ». 423 derniers tours plus tard, je me mis à hurler «
Foutrebleu, les Aztèques sont arrivés sur Alpha Centauri avant moi ! »
Je venais de découvrir Civilization. Un jeu dans lequel tu diriges un peuple de
4000 av. J.C. à 2100, rien que ça, de la découverte de la roue à celle de la
fusion nucléaire. Depuis, j'ai conquis le monde plusieurs milliers de fois,
grâce à une habile stratégie (ne jamais jouer les niveaux les plus difficiles),
je me suis énervé bien des fois parce que mon tank venait de se faire
déculotter par un archer, j'ai dû me faire poser des pouces en téflon 670
heures après la découverte de la version pour Nintendo DS de ce jeu légèrement
culte. J'ai atterri tellement souvent sur Alpha Centauri que là-bas, tous les
patrons de bistrots me tutoient. Et je n'ai jamais donné la moindre technologie
gratuitement parce que bon, même à la tête des Indiens, je reste Suisse.
J'ai arrêté ma carrière en politique le jour où je me suis rendu compte
qu'augmenter le taux de luxuries ne suffisait pas à rendre les gens contents,
mais je n'ai jamais réussi à me lasser complètement de Civilization, même le
jour où j'ai découvert que ne jamais découvrir l'équitation ne rendait pas mes
sujets plus heureux.
C'est pour ça que, quand chez nos pittoresques voisins français, le ministre
des citations hasardeuses clame : « Toutes les civilisations ne se valent pas
», je ne suis pas choqué outre mesure. Je ne voudrais pas être taxé de racisme
ou quoi, mais franchement, le III est le moins bien de la série.