Yorick Sirdon
Publié le 02/12/2011

Henri


Dans son petit appartement du bourg de Saint Honoré des Agios, le jeune Henri fume une cigarette. Il est blond comme le blé qui refuse de pousser dans son champ des possibles. Il s'est inscrit au Pôle Emploi du coin. Ponctuellement, on l'y convoque. Quand il réclame un salaire, on lui répond RSA, quand il demande un emploi, on lui répond RAS. « Enfer et Dame Nature, s'écrie-t-il en bon chrétien scientiste, serais-je un éternel insatisfait ? Quand je travaillais, j'avais de l'argent et je n'avais pas le temps de le dépenser, et maintenant que je suis au chômedu, j'ai tout mon temps, mais j'ai plus d'argent. C'est fâcheux. » Son licenciement économique a été pour lui une vraie blessure, il faut l'avouer. Maintenant, chaque fois qu'on lui demande : « Quoi de neuf ? », c'est comme si on remuait le couteau dans la plaie. Du coup, il voudrait la gagner, sa croûte, juste pour ne pas avoir l'impression qu'on le juge. Parfois, en allumant la télévision, il est vert de rage. Mais, quelque part, le vert reste la couleur de l'espoir. D'ailleurs, il n'en veut à personne. Il est de ceux qui considèrent que la vengeance est un plat où il ne faut pas mettre les pieds. D'autres fois, devant la télévision, il rit jaune. Mais, quelque part, le jaune reste la couleur de ses cheveux. Comme un bon rire vaut un steak, il a acheté le livre de Bruno Lemaire, Nourrir la planète, pour tromper sa faim. Il sait, Henri, que tout vient à point à qui sait attendre. Sauf le steak, qui calcine.

Je suis né à Nantes le 21 août 1984. S'ensuit une enfance absolument quelconque qui me mène directement à une adolescence marquée par une pyromanie maladive, canalisée tant bien que mal par mon tabagisme excessif. Après un cursus universitaire en Histoire contemporaine, je me sens à même d'analyser les raisons structurelles pour lesquelles je suis actuellement au chômage.

 

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Yorick Sirdon

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Le 3 août 2015 à 08:42

Du manque d'ambition

Pourquoi, dans toutes les statistiques, on constate ce cas de figure systématique : les femmes sont moins bien payées, font moins carrière, ont moins de postes à responsabilités ? Éliminons d’entrée le fait qu’elles puissent être moins intelligentes. Merci. Et je ne parlerai pas non plus des difficultés supplémentaires qu’elles peuvent avoir à s’imposer dans des domaines ou à des postes trustés depuis très longtemps par les hommes, qui hésitent à leur faire confiance. Ça va, on le sait, je ne veux faire de procès à personne aujourd’hui, je ne suis qu’amour. Non, c’est un autre sujet qui m’interpelle : elles manquent d’ambition. C’est une réalité culturelle et sociologique. Les femmes sont pour moitié responsables de leur situation. Naître fille, c’est être baignée dans un univers où le discours majoritaire n’est pas leur accomplissement personnel, mais celui de l’Autre. Les femmes sont les championnes du « care ». On leur apprend à être aux petits soins, attentionnées, à l’écoute de. Et on leur dit de faire passer leurs ambitions personnelles après. Nous je ne parle pas de 1954, mais bien d’aujourd’hui. On sait que les filles réussissent mieux à l’école, au moins jusqu’à l’entrée dans le Supérieur. Et même là elles sont plus performantes. Si ce n’est qu’elles choisissent plus souvent des filières dont les débouchés professionnels seront moins rémunérateurs, moins spécialisés. Est-ce que les femmes aiment-moins l’argent et la valorisation sociale que les hommes ? De façon biologique ? Ça m’étonnerait beaucoup... Mais on leur a dit depuis toujours que leur essentiel à elles, n’est pas là. L’orientation pour leurs études est moins poussée, moins réfléchie, moins pensée, l’investissement est en deçà de ce qu’il peut être pour un garçon. L’effort qui est demandé est moindre pour la fille. Leur essentiel (l’injonction sociétale de leur essentiel) c’est d’avoir une famille. Une femme a un utérus, elle doit un jour ou l’autre en faire usage. Point barre. Interrogez toutes les femmes qui n’ont pas procréé autour de vous, elles vous diront la pression qu’elles vivent ou ont vécu de la part de leurs familles, amis, entourages professionnels, etc. Une femme qui veut réussir est suspecte. Une femme qui veut réussir et qui ne veut pas avoir d’enfant est présumée coupable (de tout un tas de choses pas super reluisantes). Quid d’un homme ambitieux qui restera sans descendance ? Il a fait un CHOIX, lui. La femme dans la même situation aura SUBI. Voilà ce que l’on nous radote depuis notre tendre enfance. La pauvrette n’aura pas trouvé d’homme acceptant de lui faire des enfants. On a tous une tante machine à 12 degrés de séparations généalogiques dont on nous a rabâché l’histoire : « Elle n’a pas eu d’enfants : c’est une originale/une lesbienne (que cela soit vrai ou non, l’argument de lesbianisme des femmes sans enfant est très très fréquente)/elle n’en a fait qu’à sa tête et elle mourra seule (le truc super déprimant a priori si ce n’est qu’il me semble que l’on meure tous, seuls…). Tonton bidule, lui, qui a eu un parcours similaire, a « réussi sa vie, a été libre, a choisi de faire son chemin ». Sérieusement ? Il faut être très forte dans sa tête pour passer outre ce que l’on nous propose comme modèle. Les hommes ne sont pas en reste, je ne dis pas le contraire, et je ne nie pas leurs difficultés. Mais vraiment c’est incomparable. Revenons-en à nos moutons. La jeune fille fait des études, trouve un métier qui lui plaît se met en couple et fait un /enfant(s) parce qu’elle le souhaite et que c’est cool. Et là, on ne sait trop pourquoi, elle met sa carrière entre parenthèses. Pas le compagnon/conjoint/époux (je généralise, ne hurlez pas que chez vous c’est différent, bien évidemment qu’il y a des exceptions ; mais voilà : des EXCEPTIONS…) qui continue sur sa voie. Être père n’est pas un frein à la carrière professionnelle. Mais être mère….. Comment dire …. ? Parce que ma cocotte, le poupon (voir les 2 ou 3) qui hurlent la nuit, tu les as voulus (pas le papa apparemment…) et maintenant tu vas t’en occuper tu vas être « UNE BONNE MERE ». Ils sont ta priorité absolue. Plus rien d’autre ne doit passer avant. Surtout pas ton travail. Preuve : qui prend très majoritairement les congés parentaux en France ? ….. Pas les hommes. Mais pourquoi les femmes se sentent-elles obligées de se conforter à ce schéma ? Parce que c’est le modèle dominant qui leur est proposé. C’est être dans la norme. Et casser cette norme, défier la société, et son cercle poche, demande une énergie, un courage qui peuvent souvent anéantir toute velléité de faire « différemment ». C’est accepter aussi de se confronter à un monde tenu par les hommes, à leurs dures ambitions (« Ton bébé a 39 de fièvre, ce n’est pas une raison pour arriver en retard, tu l’as voulu, tu assumes ») parce que l’on ne laissera rien passer aux femmes (et c’est ça l’égalité, puisque c’est ce que vivent les hommes) tant qu’elles ne seront pas rentrées de façon massive dans cette démarche. C’est donc aussi par une transformation générale du monde du travail, que l’égalité homme/femme pourra avoir lieu : une transformation globale qui prenne en considération que l’être humain n’est pas un robot. Qu’il soit homme ou femme. P.S : Je n’ai pas parlé du partage des tâches ménagères. Cela aurait été trop long… P.S bis : Je ne souhaite en aucun cas à être stigmatisante ; être une mère au foyer est un choix (quand il s’agit bel et bien de choix) et une liberté tout à fait respectables. Et je sais aussi comme le regard de la société est dur pour les hommes qui choisissent d’être des pères au foyer.   Dessin : James

Le 26 août 2014 à 10:27

« Le droit au travail, c'est un non-sens » (Albert Paraz)

Ce n'est certes pas du boulot que de travailler à la déchéance du travail comme ont su si bien le faire les terribles luddites, dont nous allons rappeler quelques salubres forfaits, et l'utopiste british William Morris, mais aussi le génial « basculeur de légendes » Albert Paraz qui a magnifié mieux que personne les « flemmartistes » dans Les Repues franches(1937). « Le droit au travail, c'est un non-sens. Le monde ne peut être sauvé que si tous les hommes refusent de travailler, car tout homme qui cherche à travailler davantage déséquilibre un peu plus l'économie. Il faut apprendre à tous la paresse avec sa beauté difficile. Il faut réinventer l'idéal perdu de l'homme du grand siècle qui vivait parfaitement sans travailler, il faut retourner au Moyen Âge où le travail était méprisé, revenir à l'Antiquité où les hommes libres n'y pensaient même pas. Il est urgent de déshonorer le travail. » Moins radical que Paraz ou que Fourier, William Morris, à la fin du XIXe siècle, n'en invite pas moins les pue-la-sueur à repenser totalement le travail, à opposer au productivisme capitaliste abrutissant et insensé une « vision du travail héritée des arts populaires où l'artisan, maître de tous les aspects de son art, connaît à la fois un repos abondant, le plaisir créatif » et la satisfaction d'être en phase avec une communauté sympathique. Critiquant sans quartier par ailleurs le militarisme, le colonialisme, l'esprit de concurrence, la propriété privée des moyens de production, la publicité ? déjà ! ?, la destruction de la nature ou le « réformisme tiède », les deux conférences de Morris (1884 et 1886) recueillies fin 2013 dans La Civilisation et le travail (Le Passager clandestin) sont balèzement introduites par Anselme Jappe, la terreur des glorificateurs du travail corniaud. Place au luddisme qu'on peut considérer, selon la formule de Paraz, comme « le travail bien compris ». En 1999, les nauséeux big boss des deux fabriques d'OGM rivales AstraZeneca et Monsanto tombent enfin d'accord : il faut diaboliser à tout prix les nouveaux « luddites » que sont pour eux les faucheurs de céréales transgéniques et les saccageurs de laboratoires de recherches agronomiques pro-OGM entendant « décontaminer l'environnement ». Deux siècles après leur grande insurrection au centre de l'Angleterre (bris de métiers mécaniques, incendies de manufactures, pillages d'entrepôts) contre « la dépossession machinique », et l'impitoyable répression qu'elle suscita (la pire que les Britiches aient connue), les luddites continuent de filer les flubes aux loufiats du capitalisme industriel. Le mouvement luddite a beau déjà s'amorcer dans le Londres de 1710 et laisser même des traces dans la France sans-culotte, où les bris de machines sont fréquents, on peut lui donner une date de naissance très précise : le 20 novembre 1811. Ce jour-là, près de Leicester, l'apprenti tricoteur Ned Ludd se montre si peu zélé au travail que son maître le fait fouetter. En réponse à quoi le garçon démolit le métier à tricoter au marteau. Chaque fois dorénavant, qu'une machine sera sciemment endommagée, on dira que Ned Ludd est passé par là. Retracent méthodiquement la saga des contempteurs en actes de ce qu'on a appelé « les machines odieuses » le bulletin d'infos des chouettes Amis de Ludd espagnols (éditions La Lenteur) ; l'intéressant, quoique souvent casse-burnes, Les Luddites de Bourdeau, Jarrige, Vincent (www.editions-ere.net); l'assez bien foutu Les Briseurs de machines de Ned Ludd à José Bové du docteur en biologie Nicolas Chevassus-au-Louis (Seuil) ; et, de loin mon petit préféré, La Révolte luddite (L'Échappée) de Kirkpatrick Sale connu par ailleurs pour avoir démoli un ordinateur en pleine conférence de presse au New York City Town Hall. De ces lectures, on peut allègrement déduire que les luddites, contrairement à ce qui s'est colporté, via Marx notamment, ne s'opposaient pas aux innovations techniques mais aux conséquences désastreuses de la mécanisation sur le niveau de vie des ouvriers et des artisans du textile. Ce n'était pas d?ailleurs aux machines en soi qu'ils s'en prenaient, c'était, nuance !, aux « machines préjudiciables à la communauté ». Kirkpatrick Sale ajoute que ce qui était mis en question avec fracas par les révoltés, c'était « la légitimité des principes de compétition et de profit illimité ». que ce n'était pas seulement les travailleurs brutalement remplacés par des métiers à tisser mécaniques ou par des tondeuses hélicoïdales qui abattaient leurs lourdes masses sur les machines envahisseuses. Que c'était tout leur quartier, tout leur village. « Tout membre de la classe inférieure est de leur côté », lit-on dans un rapport d'officier de police de 1812. que les luddites précédaient toujours leurs raids d'une lettre de menace signée Ned Ludd, général Justice ou, vingt ans plus tard, Capitaine Swing sommant les patrons des manufactures visées de renoncer à leurs machines. qu'organisés par petits groupes correspondant entre eux par codes, les casseurs n'opéraient pas à visage découvert. Ils se noircissaient la figure, portaient des masques en peau de bouc, revêtaient des pardessus militaires, se travestissaient quelquefois en femmes. Et qu'ayant mené la plupart de leurs premières offensives à proximité de la forêt de Sherwood (à la fin de janvier 1812, près d'un millier de métiers sont détruit dans le Nottinghamshire !), ils aimaient se proclamer les enfants de Robin des Bois. que les choses se sont bientôt corsées. Vu que le luddisme se propage vite à travers le pays, qu'il s'accompagne de plus en plus volontiers d'incendies et de pillages (les fameuses émeutes « frumentaires »), et que le bruit court que certains bousilleurs de machines ont en tête de « renverser le gouvernement et détruire toute forme de propriété », la Chambre des Lords n'y va pas par quatre chemins : elle condamne tous les mutins à la pendaison. Au grand dam, l'on s'en doute, des intellos de gauche de l'époque (Lord Byron, Shelley) qui se mobilisent. Les luddites ne se laissent pas conduire au gibet sans broncher. Ils prennent d'abordage des casernes et s'emparent de dépôts d'armes. La suite des affrontements dans les ouvrages épinglés plus haut. « C'est sur les ruines de l'industrie que fleurit la liberté. » (B. Traven)   P.-S. : Sur les néo-luddites, à lire avant tout les quatre appels au sabordage du « nanomonde totalitaire » des maquisards grenoblois « Pièces et manoeuvres »(www.lechappee.org), le galvanisant brûlot autoricide Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable (L'Encyclopédie des nuisances) de deux ex-proches de Debord, feu Jaime Semprun et le toujours bouillant enragé/situ de mai 68 René Riesel. Et puis, bien sûr, tout Unabomber (www.editions-xenia.com).

Le 19 août 2014 à 08:32

Deux mois dans une fourmilière - suite

Comme je vous l’ai raconté dans mon premier article, j’ai effectué, pendant ma prime jeunesse, un stage de deux mois dans une fourmilière. Beaucoup de lecteurs m’ont contacté pour me demander pourquoi je n’avais pas cherché à y rester, mais en CDI. Après tout, un job bien payé et pour lequel on ne travaille qu’au tiers de son potentiel, ça ne se refuse pas. Pour mémoire, une fourmi ne travaille réellement que le tiers des heures pointées. Le reste du temps, elle l’occupe à ne rien faire, où simplement à faire ce qui lui plaît. La raison qui m'a poussé à ne pas persévérer dans cette voie, c'est que j’étais ambitieux. Pendant ces deux mois, j’ai voulu me rapprocher du sommet de la fourmilière, alors j’ai travaillé dur, très dur. Et travailler deux fois plus que les autres – ce qui ne m’amenait toujours qu’aux deux tiers de mon potentiel, un ratio somme toute raisonnable – m’a permis de gravir plusieurs échelons chez les fourmis. Le problème, c’est que ma méthode fonctionnait, mais que ça n’était pas la meilleure, et à force de me faire passer devant par toutes les fourmis qui utilisaient leur temps libre uniquement à se faire bien voir par la reine, j’ai fini par jeter l’éponge. Maintenant je suis sûr d’une chose, on ne réforme pas une fourmilière de l’intérieur. En revanche, un jet d’eau et quelques bons coups de pelle devraient parfaitement faire l’affaire.

Le 9 juillet 2014 à 09:37

Maintenant nous sommes devenus la Mort

Nous vivons nos vies sous une dictature financière dominée par l’inquiétante bienveillance d’une minorité de criminels, qu’on appelle les super-riches. Le problème, leur problème, c’est qu’ils ne savent pas quoi faire de nous. Tout d’abord, ils vivent sur des principes d’une grande bêtise, qu’ils nous forcent à avaler : l’idée que la compétition entraine l’innovation ; l’idée d’un monde où la richesse appelle la richesse, et où de plus gros profits engendreront davantage de savoir, d’éthique, de bienveillance, de bonté… Autant de beautés et de grandeurs qu’ils n’ont toujours pas réussi à obtenir pour eux-mêmes, mais qu’ils imaginent résider pour nous quelque part au bout de leur incessante quête de réformes plus radicales, et d’inégalités plus massives. Soit ils sont idiots, soit ils nous prennent pour des idiots En fait, le pouvoir rend idiot. Et l’argent rend idiot. C’est presque mathématique : plus ils deviennent riches, plus ils ont peur, et puis ils nous font une vie infernale, remplie de mesures sécuritaires, d’interdits. Ce qu’il leur manque, c’est d’un véritable sens économique à long terme, où ils comprendraient que : plus ils ferment des usines, plus ils créent de la délinquance, et plus ils dépensent leur petits sous à acheter des instruments de flicage. Ce qu’il leur manque, c’est d’une véritable intelligence de l’humain, où, au lieu de considérer autrui comme un prédateur, ils comprendraient que les hommes, dans leur majorité, ne demandent pas mieux que de se comporter correctement, décemment. Leur seule excuse, au fond, ce serait qu’ils soient pervers. Leur seule excuse, ce serait qu’ils aient besoin de savoir que nous souffrons à cause d’eux pour qu’ils soient heureux. Ainsi parlait Jules Renard : « Il ne suffit pas d’être heureux : il faut encore que les autres ne le soient pas. » Leur seule excuse, ce serait qu’ils soient malades. Ils vont nous tuer à la tâche – c’est clair, mais laquelle ? Pour augmenter leurs marges, nos dominants licencient à tour de bras, et ils se retrouvent avec nous, sans maîtres et sans moyen d’adorer leur dieu « immatériel » : l’argent. Et maintenant, pour couronner le tout, ils ont peur. Peur qu’on leur foute de grosses grèves dans la gueule – une bonne grosse grève générale, crémeuse comme un gâteau de mariés, qui « immobiliserait » tout le pays et les « prendrait en otage ». Alors ils nous montent sans cesse les uns contre les autres. Ils créent des conflits partout ; c’est leur seul moyen de tenir. Maintenant il faut en plus qu’ils aient peur. Ce sont des enfants. Le travail – on en a besoin pour être. On en a besoin pour apprendre. On en a besoin pour rire. On en a besoin pour créer. On en a besoin pour aimer. Il n’y a rien de plus horrible que de ne pas travailler… La plus perdue de toutes les journées est celle que l’on a chômée. C’est le professeur Choron qui a raison quand il répond à Pierre Carles dans son grand film Choron dernière : « – Une société où les gens méprisent le travail, c’est-à-dire qu’ils méprisent ce qu’ils font… Pour quelle raison ? Tu vois bien les gars qui foutent rien. Qu’est-ce qu’ils font ? Où c’est que tu les retrouves ? Ils ont rien à se dire. « – Mais c’est pas naturel de travailler. « – Ta gueule, eh con, c’est pas naturel ! Mais tu me parles comme un âne ! Tu sais les ânes, ils ont toujours plein de trucs, plein de machins chouettes, etc. Ils ont tout lu. J’ai lu Proust, la Recherche du Temps perdu, etc. etc. etc. Plus ils ont d’« et cætera », plus ils ont l’air érudit ! Eh ben, le sage, il te dit qu’il faut flinguer tous les gens qui travaillent pas, ça c’est le comble de la sagesse ! » Le travail était autrefois indissociable du parcours initiatique : tout travail était sacré, parce que, dans tout travail, il y avait la transmission d’un regard, et la création d’un rapport entre nous et le monde. Dans tout travail, il y avait la possibilité d’apprendre un instrument qui serait à la fois une arme et une alliance dans la guerre nuptiale entre soi et la réalité. Aujourd’hui, après avoir détruit toute possibilité de transmission d’un savoir-faire avec leurs révolutions industrielle puis cybernétique, ils confient les jobs à des machines, nous privent de travail, et ensuite ils nous traitent de feignants. Mais ce profit a un prix : il plonge la Terre dans les ténèbres. Le monde devient petit. Le monde devient sombre. Ils sont peu et nous sommes beaucoup. Et ils le savent. Et ils savent qu’on ne s’arrêtera pas ; on ne s’arrêtera jamais. Le travail présente trois visages. Le premier visage, c’est la création. Le second, c’est la conservation. Et le troisième visage, c’est celui de la destruction. Quand il n’y a rien, il faut créer. Quand il y a quelque chose de beau, de juste, de décent, il faut le conserver. Et quand ce qu’il y a est pourri, il faut le détruire. Cette destruction est encore un travail, est peut-être le plus difficile de tous. Comme dit le Père Ubu : Nous n’aurons point tout démoli si nous ne démolissons mêmes les ruines ! Cornegidouille : il faut concevoir un travail shivaïque, un travail ubuesque, un travail apocalyptique. Il faut concevoir un travail qui soit le travail de la destruction. Moins ils nous donneront du travail, plus nous travaillerons à détruire cette absence de travail et nous leur prendrons même ce qu’ils ne nous donnent pas ; même ce qu’ils n’ont pas. C’est à détruire leur monde que nous travaillerons. Maintenant nous sommes devenus la Mort.

Le 12 février 2013 à 09:54

L'homme qui prétendait avoir trouvé du travail malgré la crise était un mythomane

Dijon – Stupéfaction à Dijon après l’euphorie du week-end. L’homme qui, vendredi, affirmait avoir trouvé du travail malgré la crise a reconnu devant les enquêteurs avoir totalement inventé l’histoire. Une annonce qui vient briser les nombreux espoirs d’un redémarrage prochain de l’économie française. Une région sous le choc La joie aura été de courte durée. L’homme qui prétendait avoir trouvé du travail malgré la crise a reconnu devant les enquêteurs avoir inventé l’histoire de toutes pièces. « Visiblement, nous sommes en présence de quelqu’un qui était en mal de publicité » ont expliqué les enquêteurs lors de la conférence de presse. Les médias ont été aussi montrés du doigt pour ne pas avoir vérifié davantage l’information. « Il y a dans cette affaire des responsables, mais nous refusons de servir de boucs émissaires » a protesté d’une seule voix la presse. L’homme, quant à lui, à refusé de donner plus d’explications sur son mobile. « C’était quelqu’un d’équilibré, je ne comprends pas pourquoi il a fait ça » explique un proche. « J’ai été choquée d’apprendre qu’il avait menti. Des gens avaient beaucoup d’espoirs et maintenant tout est fini » raconte une jeune femme avant de fondre en larmes. Dans l’immédiat, le gouvernement se refuse à commenter l’affaire plus que de raison. « Cela ne remet pas en cause les agissements et les décisions du gouvernement. C’est un incident isolé, nous souhaiterions que l’opposition ne monte pas cet événement en épingle et se comporte de manière républicaine » a fait savoir Arnaud Montebourg. Le Gorafi Illustration : iStock

Le 29 octobre 2011 à 08:47

Albert Cossery, clochard céleste

Portrait 27

Albert Cossery est né le 03 novembre 1913 au Caire et il est mort 94 ans plus tard à Paris. Entre temps il s’est beaucoup assis, a beaucoup lu et a un peu écrit. Sous les rides d'Albert Cossery, se cachait l’élégance fripée des corbeaux qui ne se laissent pas apprivoiser. Il vient d’une famille bourgeoise d’Egypte et débarque à Paris juste après la seconde guerre. Il s’installe alors dans une minuscule chambre d’Hôtel  et y reste. Jusqu’à la fin. Albert Cossery pratique la paresse (tout comme Perros) comme un art martial. Celui de la contemplation séditieuse. Albert Cossery sait que les choses ne tournent pas rond et que ce n’est pas en allant pointer que la terre se remettra sur ses pieds. Albert Cossery se fait aider par Henry Miller pour publier son premier livre. Il est du côté de l’ironie de la vie et de l’insolence des mendiants. Dans ses romans la fange est noble et  belle. Elle triomphe toujours des servitudes de l’ordre établi. Mais il ne l’idéalise pas. Il est de son côté. C’est tout. Les titres de ses romans sont  beaux comme des poèmes dans la fumée d’un narguilé : Les Morsures, Les Hommes oubliés de Dieu, Les Fainéants dans la vallée fertile, Mendiants et orgueilleux, Un complot de saltimbanques,  Une ambition dans le désert, etc. Lorsqu’on lui demandait « Pourquoi écrivez vous ? » Il répondait : « Pour que quelqu'un qui vient de me lire n'aille pas travailler le lendemain »...> Illustration Frederico Penteado

Le 19 septembre 2011 à 08:38
Le 23 mai 2015 à 08:11

Le Professeur Pascal répond à vos questions

Les riches sont-ils à plaindre?

OUI. Non seulement les riches sont à plaindre, mais il faut absolument les aider à repousser le triste sort qui les accable. Etre riche, vous savez, ce n'est pas drôle tous les jours. Quand on a tout, on ne fait pas grand-chose ; on glande. On glande chez Fauchon, Hermès, Louis Vuitton. On déprime un peu. On se mouche dans des billets de 200 euros. On achète ceci ou cela, mais on n'en a pas vraiment envie, parce que de toute façon, en tant qu'actionnaire majoritaire, on est quasiment propriétaire du magasin. En plus de ça, en tant qu'actionnaire, il faut veiller à ce que l'argent rentre bien tous les jours et qu'il n'aille pas se perdre dans des investissements stupides qui feraient baisser la courbe du chômage. Créer des emplois, c'est bien joli, mais trop de gens qui travaillent c'est autant de grévistes potentiels et de candidats à l'assistanat. Si on est riche, ce n'est quand même pas pour faire plaisir aux autres ! L'argent doit rester là où il est, entre gens bien nés qui savent jouer au bridge et apprécier un Dom Perignon. Oui, les riches sont bien à plaindre, d'autant que, s'ils jouent au bridge, c'est parce qu'ils ne peuvent pas jouer au Millionnaire, vu qu'ils sont déjà bien pourvus de ce côté-là. Et s'il leur arrive parfois de jouer au Loto, c'est juste pour voir à quoi peut bien ressembler ce rêve de pauvre qui consiste à cocher des grilles à la con avec un stylo offert par la Française des jeux. Le stylo fuit affreusement. Le bar-tabac sent l'anisette et le vieux manteau humide. Bonjour l'ambiance ! Tout ça ne vaut pas une coupe au Fouquet's, encore que les Champs ne sont plus ce qu'ils étaient, avec tous ces jeunes de banlieue qui déboulent le ouikend et qui posent leurs pattes sales sur les vitrines de luxe. Eh oui, eux aussi ils aimeraient être riches. Les pauvres ! Les inconscients ! Ils ne savent pas combien il est difficile de conserver sa fortune sans se faire spolier par l’État, combien l'exil fiscal relève aujourd'hui du parcours du combattant ! A ce prix-là, il vaut mieux être pauvre et y rester. Les soucis sont moindres et l'avenir se décline au présent.

Le 20 janvier 2012 à 08:25

Robert

Y’a des fois où Cupidon il a juste pas envie. Il va chez Burger King et il se descend une mauvaise bière en format maxi dans un gobelet en carton. Parfois plusieurs. Il fait des concours de rots avec des potes, mais sinon il est bien souvent seul alors il finit la tête dans la cuvette des toilettes parce qu’il est pété comme un coing et le serveur de chez Burger King doit le mettre dehors à grand renfort de coups de balai et de « Bon et bien maintenant ça suffit hein ». Cupidon, il s’appelle Robert Jourdheuil-Chaussy et il habite à Bastille dans un 22m². Il est au chômage et il est un peu alcoolique. Il ne se rase pas. Il ressemble à Gainsbourg, le talent en moins : il est donc très banal. Il est bordélique : son appartement pue. Robert joue au Loto tous les deux jours dans l’espoir de pouvoir s’offrir la nouvelle enceinte panoramique pour iPod dessinée et pensée par Jean-Michel Jarre, parce que Robert, il a toujours été fan de Jean-Michel. Avant, il aimait lire Rainer Maria Rilke, mais ça fait longtemps qu’il ne lit plus Rainer Maria Rilke : il préfère regarder Plus Belle la Vie sur France 3 parce qu’au final, Rainer Maria Rilke, Robert il trouve ça un peu chiant. Robert a une relation suivie avec Marinette Concrat qui habite à Saint-Denis. Ils ne sont pas attachés l’un à l’autre plus que ça, mais il est vrai qu’au lit, c’est plutôt pas mal : cette Marinette, c’est un peu une vraie cochonne. Marinette elle trompe Robert avec François Quanterin et Philibert Jançay, tout ça en même temps. Robert le sait bien, alors pour se venger, il voit régulièrement Ghislaine Vernot de Montmartre. Ghislaine Vernot, c’est l’ancienne égérie de Fabien Carnaudie, le peintre qui s’est suicidé il y’a trois ans et qu’on a enterré au Père-Lachaise parce qu’il était célèbre. Fabien Carnaudie, comme tout bon peintre, avait la syphilis, ce qui veut dire que Ghislaine Vernot, François Quanterin, Philippe Jançay, Marinette Concrat et Robert l’ont également. Robert sait tout ça : il est Cupidon et de ce fait, même s’il n’est plus le petit angelot tout mignon des représentations, il a accès à des informations très secrètes de ce type. Robert ne croit plus au romantisme qui était pourtant le pilier fondateur de son activité. Robert ne croit plus en rien : il a rangé son petit arc et ses petites flèches depuis bien longtemps et ils prennent la poussière dans un coin de son 22m². Désormais les gens font semblant de s’aimer, juste par habitude, et nostalgie : ça ne dure pas, mais ce n’est pas de la faute à Robert. Robert, il est pas responsable si les gens savent plus vraiment comment faire. Hier Marinette a dit : « Robert, je crois bien que je t’aime. » Robert, il a répondu : « Ouais, ouais ». Elle avait besoin de pognon alors Robert va lui en donner et ne jouera pas au Loto cette semaine. Par amour. Tant pis pour l’enceinte à Jean-Michel Jarre.

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