Soubrette
Que Dominique Strauss Kahn ait
droit à la présomption d’innocence face aux accusations gravissimes portées à
son encontre, c’est normal, et légal. Et même, c’est sain. Mais que la femme de
ménage qui l’incrimine n’ait, elle, pas droit à la présomption du traumatisme
subi, là il faut qu’on m’explique. Depuis dimanche, pas un mot sur elle dans les
médias français, ou dans la bouche de nos politiques (à l’exception notable de
Jean-Luc Mélenchon) sollicités en boucle sur ce qui est d’ores et déjà devenu « l’affaire
DSK ». Pourquoi ? Si les faits qu’elle reproche au patron du FMI sont
avérés, ne peut-on pas légitimement supposer que cette femme souffre des
conséquences d’une telle agression ? Ne peut-on avoir une pensée pour elle,
sans pour autant tirer à boulets rouges sur son agresseur supposé ? Certes
ils ne sont que deux à connaître la vérité, mais pourquoi parler toujours de
lui, jamais d’elle ? Pourquoi la tenir à l’écart de nos colonnes
médiatiques comme on le ferait d’une maladie honteuse ? D’ici à ce qu’on
retombe dans les travers habituels dès lors qu’il y a viol ou soupçon de viol,
sur l’air de : « elle l’a cherché, elle l’a piégé », il n’y a qu’un
pas. Espérons qu’il ne sera pas franchi, avant que la lumière ne soit faite sur
cette lamentable histoire. Gageons que si elle n’était pas femme de ménage mais
femme de pouvoir et/ou d’argent, nos journalistes et politiques nationaux se
souviendraient qu’elle existe et que derrière sa plainte se cache un être
humain, qui ment peut-être mais qui peut-être aussi dit la vérité. Mais elle
est soubrette, et la France s’en fout. Car il ne fait pas bon être pauvre et
sans grade dans notre beau pays. On le savait. Mais ça va mieux (du moins moi
je vais mieux) en l’écrivant.