Elosterv
Publié le 04/12/2011

Phylactères


La rébellion

Elosterv naît le 25 juin 1703 à Atlanta pendant les grandes émeutes. Témoin de son époque, Elosterv sera tour à tour dentiste équestre, chercheur à l'INRA dans le domaine de la mie de pain et enfin groseille dans un verger à Plougastel. Aujourd'hui auteur de bande dessinée installée à Rennes, elle est à ce jour la personne la plus agée sur terre.

Adresse blog: http://elosterv.blogspot.com/

Tumblr: http://dadadirladada.tumblr.com/

 

 

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Le 15 décembre 2015 à 09:51

Rennes : un groupe de copains heureux d'aider l'industrie de l'alcool dès 9h du matin

C’est un geste de solidarité qui fait chaud au cœur. Ce matin, aux alentours de 9 heures, un groupe de 5 copains a fait irruption dans un bar de la rue Saint-Michel à Rennes. Dans une ambiance conviviale empreinte d’amitié et d’anecdotes personnelles, ils ont tous ensemble entrepris de soutenir fièrement le marché de l’alcool. Et c’est évidemment en consommant allègrement de nombreux spiritueux qu’ils ont décidé de montrer leur soutien sincère à cette industrie vieille comme la France. Reportage. Privilégier les marques françaises Cet acte militant s’est donc déroulé dans un des très nombreux bars de la rue Saint-Michel, plus communément appelée rue de la Soif. A peine arrivés, les cinq camarades de chômage rennais sont de suite passés à l’action. Et c’est en attaquant la journée avec des alcools produits et vendus par le français Pernod Ricard, qu’ils ont souhaité entamer leur soutien, nous explique Patrice, 3,5 grammes : « Rouge, blanc, whisky, Cognac : on essaie de boire un peu de tout pour que notre geste de solidarité soit le plus complet possible. On essaie au mieux de garder une certaine égalité entre les différentes marques du groupe. » Les 5 hommes, à quelques heures seulement d’un rendez-vous collectif au Pôle Emploi, ont tout de même tenu à montrer leur volonté de soutenir toute l’industrie de l’alcool et pas seulement celle basée en France. C’est donc en enchaînant par une tournée de boissons produites par l’anglais Diageo, n°1 du secteur, qu’ils ont prolongé leur happening : « Là ça devient un peu dur mais y’a toujours une ‘tite place pour une mousseuse et un Bourbon. » scande Laurent, 6,7 grammes. Revenir tous les jours pour consolider le mouvement C’est donc à la limite du coma éthylique et avec un rendez-vous au Pôle Emploi loupé que nos 5 collègues terminent leur journée de mobilisation vers 21H. Une mobilisation qu’ils ont promis de renouveler tous les matins, même endroit, même heure, précise Patrice, 4,8 grammes : « C’est un engagement de fond. Et pour que notre soutien ait un effet concret sur la vitalité de l’industrie de l’alcool, il faut que cela se fasse tous les jours. Après tout, le Rhum ne s’est pas fait en un jour ! Hein ? Excellent nan ? »

Le 22 octobre 2010 à 10:00

David Foenkinos fait parler Lennon

Un chroniqueur de ventscontraires.net a encore frappé

Depuis mercredi, on trouve enfin en librairie le nouveau roman de notre chroniqueur David Foenkinos, après le succès public et critique du précédent La délicatesse. C'est un long monologue que Lennon : John Lennon chez la psychanalyste qui est installée dans son immeuble et que, donc, on n'entendra jamais, elle. L'ex-Beatles s'y raconte, en toute immodestie, en toute (brillante) intelligence. Et avec pas mal d'humour, ça lui fait au moins un point commun avec l'auteur du livre.En avant-première et affectueusement pour les lecteurs de ventscontraires.net, voici un extrait de cet ouvrage paru chez Plon : la première visite des Fab'Four à New York City.“ Vous n'avez jamais mis les pieds dans un pays, et des milliers de personnes sont là à vous attendre. Dans le froid, dans la nuit, peu importe. Les aéroports étaient le lieu des premières scènes d'hystérie. Parfois, j'ai pensé que ce n'était pas possible. Ce que je voyais ne pouvait être qu'une distorsion de mes iris. Le vêtement de mes hallucinations. Mais non, tout ça était bien réel. Aussi réel que je suis là à vous parler. En arrivant à New York, j'ai levé le bras pour saluer la foule. J'étais un chef d'Etat, j'étais la reine d'Angleterre devant ses troupes. On nous a précipités dans une salle. Avec des centaines de journalistes. Des milliers, peut-être, je ne sais pas. Il aurait pu y avoir le début de la Troisième Guerre mondiale ce soir-là que personne n'en aurait parlé. Tous les Américains voulaient nous découvrir. Ils voulaient savoir comment on parlait, comment on bougeait. On a été grandioses. On était vraiment drôles en conférence. Notre humour a joué dans la Beatlemania. Je ne sais pas comment on faisait, mais il n'y avait jamais de blanc. A chaque question, l'un de nous trouvait quelque chose à dire, une blague ou je ne sais qoi. Je me souviens qu'on nous avait demandé si on aimait Beethoven, et Ringo avait répondu : "Oui, surtout ses poèmes." Après la conférence, on a quitté l'aéroport en Cadillac. Pour aller au Plaza. Sur la route, les filles continuaient de crier. Une fois à l'hôtel, dans notre chambre, on a trouvé ça dingue de voir autant de chaînes à la télévision. On est restés au moins une heure, fascinés, à regarder tous les programmes possibles. Pour nous, c'était là le symbole ultime de la démesure. Mais il fallait rester concentrés. On devait affronter un défi majeur : l'Ed Sullivan Show. Cette émission était la Mecque. Fallait pas qu'on se plante. Et ça a été énorme. En quinze minutes, l'Amérique entière nous connaissait. Les parents inquiets de l'hystérie de leurs enfants ont été rassurés de nous voir. Surtout le visage poupin de Paul. Je suis certain que notre succès vient de là : nous étions comme une folie maîtrisée. Une révolution douce. Nous étions à la fois subversifs et respectueux. C'était comme s'introduire dans une maison, baiser la fille au premier étage, mais avant de faire tout ça, on aurait pris soin de bien s'essuyer les pieds sur le paillasson. ”> Lire les chroniques de David Foenkinos sur ventscontraires.net

Le 12 août 2013 à 08:26

Ce qu'on nous cache sur Marcel

Il est temps de révéler ce que de bienséants biographes nous cachent : Marcel Proust est l'inventeur du maillot de corps qui porte son prénom. Voici les faits : sa bonne maman, toujours inquiète de ses bronches fragiles, lui avait acheté par un beau jour d'avril tout un lot de sous-vêtements thermogènes, à commencer par le fameux Rasurel en ouate de tourbe et le célébrissime Damart avec lequel tu n'auras jamais froid, toi, mon fils! Ce que voyant et entendant, le capricieux Marcel se rue sur les Damart et Rasurel que lui présente Maman, et rageusement il les met en pièces … C'est alors, parmi les vestiges des Rasurel et des Damart, qu'il avise à ses pieds, produit de ses furieux travaux, une sorte de haillon sans manches, très échancré, et dans une inspiration il s'en saisit illico. Sans un regard pour sa pauvre mère en larmes, il tombe le veston noir, la chemise à faux-col de celluloïd, il endosse ce moulant maillot minimal, le parfait en quelques coups de ciseaux, et le jour même de la prise de cet habit il va se baguenauder en ce simple appareil au bord de la Seine, sous l'oeil de dockers fascinés, non par le torse fluet du jeune bourgeois, mais par son maillot de corps inconnu, qu'ils eurent bientôt adopté. D'où l'appellation professionnelle de "débardeur", voisinant avec celle poétique de "marcel" en l'honneur de son inventeur qui ne le quitta plus, même dans son lit dont sortait un bras nu armé d'une plume qui courait sans s'arrêter jamais.

Le 22 avril 2015 à 09:01

[title]Le corps et la machine[-title]

[head][title]Le corps et la machine[-title][-head][body] [b]Je ne vous parle pas de mes vies parallèles dans les univers immersifs. Je vous parle de la vie primaire.[-b] Dans celle-là, mes doigts ont changé de forme, il y a plusieurs mois. J'étais le seul à m'en rendre compte, c'était d'abord un ressenti de l'intérieur. Et puis c'est devenu évident : plus longs, plus rigides, la peau plus blanche qu'avant, les articulations plus volumineuses. Une plus grande force dans la frappe. Puis ce fut le tour de mes jambes. Je les sentais moins réactives et plus courtes qu'avant. A la différence de mes bras, qui semblaient avoir grandi. Mes yeux devenaient moins souples. Regarder en face ne me posait pas de problème, mais sur les côtés, c'était un effort. Dans le même temps, mon tour d'oeil a quasiment doublé de taille, les paupières ayant reculé. [b]Je ne vous parle pas de mes vies immersives dans les univers parallèles. Je vous parle de la vie primitive.[-b] Dans celle-là, je suis allé voir un médecin, qui a confirmé que je développais tous mes symptômes. J'étais venu avec une photo d'avant, et malgré tout son professionnalisme, il n'a pu s'empêcher cinq ou six aller-retours entre l'image et la réalité. Quasiment à voix basse, il a dit : [q]"Tendinite"[-q]. Et je suis sûr qu'il a ajouté : [q]"Bof"[-q]. Il a  arraché une feuille d'un bloc de papier. Il a noté quelques mots et me les a tendus, et avant même que je réagisse : [q]"Vous donnerez ça à votre pharmacien, bonne journée"[-q]. Il me poussait dans le dos, j'ai eu juste de le temps de récupérer ma veste. A l'officine, personne n'a réussi à déchiffrer l'ordonnance. Le médecin ne répondit à aucun appel. Quelques jours plus tard, je constatai que mon cou diminuais. Je ne m'affaissais pas : précisément, ma tête entrait dans mes épaules. Mes jambes perdaient chaque jour quelques millimètres, que mes bras regagnaient. Mes cheveux étaient chaque jour plus longs et plus translucides. [b]Je ne vous parle pas de mes immersions temporaires dans les dimensions alternatives. Je vous parle de la partie [i]blood and guts[-i] de la vie[-b]. [q]"C'est à cause de la machine"[-q], m'a dit hier un ami, effrayé par ma nouvelle apparence en constante évolution. Je n'ai pas compris tout de suite de quoi il parlait. [q]"C'est ton nouvel appareil"[-q]. Il parlait ma de nouvelle interface. Elle nécessite une position particulière pour un fonctionnement optimum, mais c'est son seul inconvénient. [q]"Elle te contraint"[-q]. Elle me permet la connexion la plus rapide du marché, une immersion sans équivalent. Peut-être que dans six mois un concurrent proposera mieux, mais pour le moment, grâce à elle, mes vies parallèles n'ont jamais été aussi fluides. Je ne vois pas en quoi la machine serait liée à mon état.  * [b]Je ne vous parle pas de mes plongées quotidiennes dans les autres mondes. Je vous parle de la vie dite niveau zéro[-b]. Dans celle-là, je ressens une [FONT color=red]douleur[-FONT] légère, trop légère. Au début, ça me permettait de dire que c'était mieux que pire, mais ça finit par m'inquiéter. [U]Plus personne de me reconnaît[-U]. De toute façon je n'ose plus sortir. J'ai été contacté par une firme de santé qui a proposé de me livrer gratuitement une série de prothèses en [FONT face=Helvetica]bêta-test[-FONT], contre l'usage de certains éléments de ma vie primaire pour [a href="http:--www.megacure.com" target="_blank"]leurs recherches et leur publicité[-a]. J'ai accepté, j'ai retrouvé temporairement l'usage de mes jambes, une partie de mon cou a réapparu, et puis les prothèses ont été [a href="http:--www.megantivirustroyan.cm" target="_blank"]contaminées par un bug[-a]. Je suis revenu à mon état initial, puis en deçà. Mon corps est devenu une sorte de cube, ma tête a disparu sous la ligne de mes épaules, j'ai perdu la vue, je suis désormais incapable de me mouvoir sur mes deux membres inférieurs atrophiés.  Heureusement il me reste assez de force dans mes bras effilés pour mettre l'interface en route, vers 7h. D'ailleurs, en ce moment, je vous parle depuis mes [i]vies parallèles et immersives[-i]. Je porte une casquette, la douleur est totalement absente et le moral est bon.[-body] [-html] 

Le 19 septembre 2015 à 09:09
Le 28 janvier 2015 à 10:03

Petite archéologie de l'artiste satirique

L'Assiette au Beurre, 8 mai 1909

A l'occasion du lancement du premier numéro de la revue satirique Les Hommes du Jour lancée par Victor Méric en 1908, l'artiste Aristide Delannoy réalise, pour la couverture, une caricature de Georges Clemenceau à l'apparence d'une tête de mort, au lendemain d'une répression sanglante envers les carriers des sablières de Draveil. Redécouvrons un épisode marquant de la liberté d'expression sous la IIIème République extrait de l'ouvrage Un crayon de combat, Aristide Delannoy par Henry Poulaille, 1982. « Nous étions, disait Méric, assez inquiets. Il nous fallait, pour le premier numéro destiné au Grand Flic Clémenceau, un dessin vigoureux, acerbe, mordant. J'avais fait le possible pour le texte. Quand Delannoy, quelques jours après, revint avec son carton et exhiba la fameuse tête de mort, nous trépignâmes de joie. Avec un dessin semblable, c'était le succès assuré. Ce fut le triomphe. La Gueule de Clémenceau tirée à 25 000 s'enleva comme du petit pain ». Clémenceau furieux, se jura d'avoir l'artiste au premier tournant qui se présenterait.[...] Quatre mois se sont écoulés depuis qu'il a reçu son camouflet de bonne année. Voilà l'heure de la monnaie à rendre. Le numéro a paru. Magnifique, plus beau encore que celui qui lui était consacré. Le Général* « pacificateur du Maroc » est représenté en boucher sanglant et le sang dégouline de lui, d'un beau rouge. [...] Les sieurs Delannoy et Méric furent appelés pour répondre devant la justice du crime de lèse- Patrie. Ils eurent chacun un an de prison et 3 000 F d'amende. Clémenceau avait pensé et espéré que leur incarcération gênerait les deux prisonniers dans la marche de leur travail, mais l'un et l'autre avaient pris la précaution de préparer des articles et des dessins pour parer aux accidents possibles et il n'y eut pas de surprise au cours de la publication. Par contre, Delannoy tomba malade au point que ses camarades de geôle démarchèrent auprès du directeur de la prison. Méric et un prisonnier d'Action Française lui exposèrent le sérieux du cas, si bien que Delannoy fut libéré aussitôt. Le malade n'en devait pas moins décéder de son mal qu'avait aggravé le séjour de quatre mois qu'il fit à la Santé. [...] Sa signature se trouve dans plus de soixante fascicules et elle était encore en novembre 1910 dans Messe de Minuit et Réveillons qu'il composa pour Noël 1910. Ce sont ses derniers dessins, avec son Christ chez les Prostituées, paru dans le numéro hors-série sur Noël des Hommes du Jour. [...] Delannoy est mort à 37 ans. [...] Il avait confiance en lui, il acceptait d'aller sur le ring. [...] Ce serait, pensait-il, passionnant. [...] » *d'Amade (ndlr) Source de l'image : Gallica.fr

Le 2 février 2012 à 08:20
Le 18 novembre 2013 à 08:31
Le 9 juin 2015 à 08:28

Des scientifiques découvrent que les rayures des zèbres ne sont pas noires, mais blanches

C’est la stupeur dans la communauté scientifique, après la découverte d’un chercheur lituanien qui s’intéressait de près au pelage des zèbres. Le spécialiste en zoologie est parvenu à démontrer que les rayures qui ornent l’animal ne sont pas noires sur fond blanc, mais bien au contraire, blanches sur fond noir. Le chercheur, Irmantas Rajoksis, aura passé plus de deux ans à observer l’animal rayé avant de rendre publiques ses conclusions. « Nous pouvons confirmer à 95% qu’à l’origine, l’animal est bien noir » explique le scientifique. « Les rayures sont donc bien blanches, ajoutées sans doute par pure coquetterie » précise-t-il, en tournant en dérision la théorie d’un de ses confrères qui prétendait que les zèbres étaient des chevaux en pyjama. Irmantas Rajoksis a commenté dans la presse locale les récentes avancées dans ses recherches. Des travaux menés à l’université de Vilnius et rendus difficiles selon lui par le manque de moyens qui l’ont forcé à travailler à partir de clichés photographiques pour mener ses recherches. « Nous avons trop peu de ressources pour nous permettre des observations sur le terrain » explique Maria, une étudiante du professeur. « M. Rakjoksis est sûrement le lituanien qui a mené le plus d’observations de clichés d’animaux » précise-t-elle, admirative. Les travaux d’Irmantas Rajoksis avaient déjà dépassé les frontières de son pays, puisqu’il avait démontré il y a plusieurs années que les poissons clowns n’avaient probablement aucun humour.

Le 7 juillet 2010 à 13:00

Au secours les mots : Martin Page défend le mot "soviets"

Délivrons les mots récupérés et dévoyés!

Parce que la langue est le lieu d'un champ de bataille idéologique, il faut s'occuper des mots dénaturés ou vidés de leur sens par les politiques et les médias. Klemperer Junior invite des auteurs à les réhabiliter. Postez vous aussi vos contributions ici.Il y a des mots qui réunissent contre eux les adversaires les plus opposés. C’est en général le signe de leur importance. Les soviets (conseils) sont nés en 1905 alors que la Russie est traversée par un puissant mouvement contestataire. Les ouvriers, les paysans, les soldats se réunissent, discutent, s’organisent. Les soviets incarnent la démocratie réelle, locale, réjouissante, dans les mains de tous et pour le bien commun. Ce sont eux qui font naître la révolution de 1917. Mais ils n’exerceront jamais le pouvoir : Lénine, Trotsky et les bolcheviques prennent le contrôle du pays et massacrent ceux qui défendent encore la révolution démocratique. Comble de la barbarie, les meurtriers revêtent le nom des victimes : soviets devient un mot défiguré, il est le prétexte à la dictature, la caution de la fin des libertés.Lénine n’est pas le seul responsable de ce dévoiement : les soviets ont été abattus comme les Républicains espagnols le seront quelques années plus tard, avec le silencieux assentiment des autres grandes puissances. Si l’on a laissé ce mot être kidnappé et défiguré, c’est qu’il n’arrangeait personne, ni les tsaristes, ni les capitalistes, ni les syndicats. L’expérience qu'il donnait à voir faisait peur à tous les pouvoirs. Il y a eu une unanimité pour oublier son sens réel."Soviets" est un mot magnifique, il est comme une luciole, il palpite, on le devine, on s’en approche et il s’échappe ; pourtant il est là, comme la possibilité d’une autre organisation de la société, offerte, si nous le voulons. Les mots survivent. Ils hantent le temps et portent en eux des expériences d'une réalité passée que nous pouvons faire nôtre.Pour lire les autres contributions de Martin Page à ventscontraires.net, cliquez là Dernier roman paru : La disparition de Paris et sa renaissance en Afrique (Ed. de l'Olivier) www.martin-page.fr

Le 26 février 2012 à 08:32

Tics et tocs

Nombre de nos concitoyens, voire de nos compatriotes se trouvent affligés de tics. Ce constat effectué, il convient de classifier ces petits désagréments. Nous les rangerons dans deux catégories distinctes : les tics polis ou polis tics et les tics pas polis autrement désignés sous la locution de malpolis tics.Nous traiterons ici de polis tics.Le clin d'œil. Cligner de l'œil ne représente pas un gros handicap, à part pour les borgnes. Il consiste à faire du pied avec son œil, c'est-à-dire inviter un interlocuteur à adhérer à son opinion, ou lui indiquer que l'on n'est pas aussi éloigné de lui que semblent l'affirmer les apparences. Le clin d'œil à l'adresse d'un borgne a un effet aléatoire, selon que le destinataire est susceptible de l'interpréter comme une moquerie.Le haussement d'épaules. Hausser les épaules consiste à faire dire à son corps la sottise émise par un contradicteur, ou le manque d'intérêt que suscite une question de journaliste. Il peut se verbaliser par une locution du genre « pauv' con ».Le jeter de menton. Projeter le menton en avant consiste à affirmer une position ou lancer un défi. Certains remplacent le menton par une épaule.Le raclement de gorge. Bien que peu harmonieux au micro, le raclement de gorge constitue un tic subtil. Car comme le rasoir à deux lames, il a une double utilité. Il indique en premier lieu le malaise que le locuteur ressent lors d'une prise de position contre nature, mais insiste sur son courage à l'avoir exprimée. Dans le domaine sexuel, on pourrait le comparer à la prime décomplexion du puceau.La logorrhée.Souvent assimilée à une diarrhée verbale, la logorrhée consiste à dire souvent, très fort et à n'importe quelle occasion n'importe quoi, et particulièrement des imbécillités. Elle a pour effet de marquer en amplifiant sa nature la différence entre les imbéciles de chaque camp. Elle provoque l'indignation en chaîne. Celle ou celui qui profère une énormité s'offusquera de l'indignation outrancière de celui ou celle qui, naturellement offensé, outragé, choqué aura réagi à la sortie originellement émise. On constatera par là que la logorrhée est auto-productive. Certains spécialistes rangent une certaine forme logorrhée, proche du syndrome de la Tourette, parmi les polis tocs plutôt que parmi les malpolis tics.Le lâcher de culotte, autrement appelé le baisser de pantalon. Hormis quelques cas, le baisser de pantalon ne heurte pas la morale, du moins celle que l'on accole au comportement sexuel. Il consiste à renier sa pensée profonde, se trahir et trahir ses proches, mais toujours dans la dignité en invoquant le changement des circonstances.

Le 1 septembre 2011 à 09:00

Austère été

Qu’ouïs-je ? A l’aube de cette nouvelle rentrée, l’austérité est de rigueur. Les bienheureux n’ont qu’à bien se tenir, leur sourire béat n’y échappera pas. Il faut dire qu’on nous a travaillé au corps, afin de nous austériser, de nous rigoriser (je me permets ces néologismes, qui vont sûrement faire leur entrée dans le Larousse au début de l’année 2012). Sans compter les déboires météorologiques de l’été. On crierait presque au complot.   Les politiques ont déjà annoncé la morne couleur. Concernant la mode, les grands couturiers annonceront bientôt une collection automne-hiver fondée exclusivement sur le port de vêtements de couleur noire, le gris ne prenant le relais qu’au printemps, afin de nous égayer un tant soit peu. Quant à la gastronomie, cette fantaisie superflue, on pourvoira les étals des supermarchés de topinambours et de cucurbitacées, dont on variera éventuellement les formes afin de rompre la monotonie de nos habitudes alimentaires.   Aussi proposé-je, afin de participer à l’effort national, la vente organisée de kits d’austérité. Ceux-ci se composeront, en premier lieu, d’une palette d’un maquillage permettant d’agrémenter les yeux rieurs de cernes oblongues. On trouvera également une feuille, présignée naturellement, accordant le droit aux chefs d’entreprise de s’emparer de l’ensemble des biens dudit signataire (on sera néanmoins autorisé à conserver une brosse à dents, lieu suprême de la dignité humaine). Enfin, licence exquise, on remarquera la présence de bons pour des vacances, d’une durée de 4 jours, qui seront mises à profit en vue de la construction d’une autoroute entre Brest et Rennes. A défaut de l’huile adéquate, serrons nous les coudes ! Et bonne rentrée à tous…!

Le 31 mars 2012 à 08:26
Le 22 septembre 2011 à 08:00

Devenir caméléon

Pourquoi se battre ? Pourquoi faire des efforts ? Je crois que je ne vais plus bouger. Avec de la chance je vais finir par prendre la couleur de mon environnement. Je veux devenir un caméléon. Jusqu’à maintenant je me suis conduit comme si j’avais le pouvoir d’être un anti-caméléon : je voulais donner mes couleurs au monde. L’influencer, le changer, l’amender. Mais le monde est récalcitrant. C’est une lutte sans fin pour un résultat incertain. Alors il vaut mieux devenir comme le monde. Se fondre dans la masse. Ne plus bouger. Ne plus offrir sa fatigue et son énervement, ne plus sacrifier sa bonne humeur. C’était une erreur. Il faut se laisser couler. La noyade est la seule règle de vie valable. C’est à partir de ce moment que l’on peut agir, car on ne gaspille plus son énergie à tenter de rester à la surface. Se noyer, doucement, se laisser porter par les courants. On veut tout le temps prendre position et se tenir face à un monde monstrueux. Résister. Mais on est ignoré, souvent même écrasé. Nous ne changerons rien à la destruction de la planète et à la domination sociale. Nous avons passé des années à nous battre sans résultat. La lutte pour un monde meilleur nous abîme. Nos épuisements et nos cicatrices ne sont pas des victoires. Peut-être la solution est de devenir invisible. Parer les coups de l’éternelle déception, de la dureté, de la solitude, de l’incompréhension. Invisibles, non pas à nos yeux, mais aux yeux de ce qui nous opprime. Ne pas prendre le monde si sérieusement que l’on se croit obligé d’apparaître entièrement face à lui, et donc offert à ses coups. Il faudrait ne plus être honnête. Superbement mentir. Apprendre à faire disparaître des parties de nous-mêmes et les garder en secret. Les nouvelles révolutions seront menées par des hommes et des femmes qui sauront être des fantômes.

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