
Jerry Lee Lewis a dix ans cet été
1945, lorsque deux colonels du Pentagone se penchent sur une carte scolaire. Au hasard ils tâtonnent puis
choisissent le 38
ème parallèle pour partager en deux la péninsule
coréenne occupée par les Japonais défaits. Les Russes délivreront le nord, les Américains le sud. Sans se soucier
des voies de communications, des évidences topographiques, des liens familiaux,
de voisinage et de propriété, le trait est tiré, la messe est dite. Ainsi est tracée
la frontière, le bord du gouffre qui va engloutir des millions de victimes
quelques années plus tard.
Des
années 50, où le rock’n roll vient résonner au fond des bases américaines,
jusqu’à nos jours où les croix en néons rouges des églises protestantes
évangélistes envahissent le ciel de Séoul, le sud de la Corée est pareil au sud
des Etats-Unis. Le fleuve Han coule ample et obscur comme le Mississipi, la
campagne sent le bayou, les fidèles sont en transe lors des offices gospels et
le son électrique de la musique du diable agite le plexus d’une jeunesse sexy
qui boit jusqu’à l’aube pour oublier qu’à soixante kilomètres au nord de la
ville sont dressées contre eux des centaines d’ogives nucléaires prêtes pour un
Great Balls of Fire.
(Another Barbarian in Asia - Henry Halfwarm)