J'aime le calme serein des passations de pouvoir
Que le pouvoir se fait léger en période de transition. Vous n'aimez pas ces intérims, ces passations qui traînent en longueur ? Hollande et Sarkozy rangés côte à côte devant la tombe du soldat inconnu, l'impétrant pas encore là et le partant déjà presque totalement effacé ? L'Europe qui retient son souffle entre Grèce en sursis et confrontation franco-allemande ? On dirait que le pays est monté dans un ascenseur. Mais au lieu de s'y serrer avec un silence contraint, on se sent libéré, on profite de la parenthèse. Avant que les problèmes, passée leur semaine de vacances, ne nous reviennent de plein fouet dans la gueule. C'est le temps suspendu succcédant au suspense des élections. Tout flotte agréablement. On reste en apné, à la fois soulagé et emprunt d'une gravité qui nous rend plus présents les uns aux autres. Comme avant un accouchement. Comme si nous traversions une contrée hésitant entre la paix et la guerre. Sauf qu'on ne retient plus son souffle : tout s'est joué avec les élections et cependant rien n'a encore commencé. Alors profitons de ce bonheur provisoire, le bonheur du déjà plus et du pas encore. Immobile en plein ciel le caillou jeté en l'air reste un instant sans bouger avant d'être remangé par l'attraction impitoyable. Nous flottons dans une espèce d'apogée irréelle et détendue, où les perdants peuvent souffler et les gagnant encore rêver. Les seuls à paniquer, les seuls qui transpirent à grosses gouttes, ce sont les anciens et les futurs responsables qui voient le nombre des jours où se jouent leurs nominations potentielles (être recasé, être casé) se réduire implacablement. Mais nous, barbotons encore un peu dans l'illusion d'une mer de possibles. Toutes les voies semblent ouvertes à l'infini. Nous sommes à la croisée de mille chemins. Profitons-en. Jusqu'à demain mardi.