Le jour d'avant
Le 30 mars
Jane, ma chérie,
Comme je suis heureux d’apprendre que vous quittez ce
Rochester !
Bientôt nous serons à New York, libres de vivre et de nous
aimer !
J’ai enfin réuni la somme nécessaire à notre grand voyage.
Nous partirons de Southampton le 10 avril, sur un paquebot magnifique, le Titanic.
Ma décision est prise, rien ne pourra m’empêcher de fuir avec vous.
Je ne peux plus supporter cette vie de voyageur de commerce,
toujours à courir, à passer d’un train à l’autre. Tout ça pour rembourser les
dettes de mon père ! Il n’a qu’à se trouver un autre pigeon, j’en ai soupé
de tout cela !
Il était temps que je mette un terme à cette existence
imbécile. Depuis quelques mois, elle m’est devenue de plus en plus odieuse. Qui
sait ce qu’il me serait arrivé si j’avais continué !
Pour ne pas éveiller les soupçons, je vais travailler cette
semaine encore comme si de rien n’était…
Ma dernière semaine !
Bien sûr, j’ai quelque scrupule à laisser ma mère et ma sœur
Grete. Je leur écrirai juste avant d’embarquer, et j’enverrai de l’argent à la
maison dès que j’aurai fait fortune en Amérique.
Voilà, Jane, ma chérie, il est très tard et je vais essayer
de dormir un peu avant de prendre le train de cinq heures demain matin.
Je me
sens fébrile, trop de bonheur sans doute.
Je vous embrasse,
Votre
Grégoire