Stéphane Trapier
Publié le 02/12/2014

Rapporteur !


Né le 15 juillet 1790, Stéphane Trapier a toujours raté les rendez-vous de l’histoire. Ancien avant-centre de l’équipe de France, il n’a jamais gagné la coupe du Monde. Il collabore à Fluide Glacial (après le départ de Gotlib), au Monde (sans jamais croiser Beuve-Méry) ou encore à Télérama (dès la retraite de Jean-Claude Bourret). Il a illustré deux ouvrages de Jean-Michel Ribes, et son Rond-Point. Il ne connait pas personnellement Henri Guaino. 

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Le 11 décembre 2014 à 10:06

Mystères et boules de gomme

J’ai appris à nager dans un bénitier. Enfant, je tombais en oraison devant le moindre signe de la nature : un rayon de soleil et hop : extase – j’avais une vie bien compliquée. A cet âge quand on dit à son chien « allez viens Toutou on va sortir » et qu’il remue la queue, on croit au miracle. Un été alors que je jouais au scaphandrier dans la mer, j’ai croisé un poisson qui ressemblait à mon ancêtre. Soliste dans le Chœur des Petits Enfants de Clermont-Ferrand, je suis entré, après ma mue, dans le Chœur des amis de l’Auvergne. Un jour, en Anatolie, j’ai été poursuivi par le chien d’un pope qui était la réincarnation d’un canard que j’avais mangé au réveillon de 1972. A 30 ans je me suis retiré dans un monastère pour réfléchir à mes 20 ans, quand je suis sorti, j’en avais 40. J’aime quand il pleut placer mon parapluie au-dessus de la tête des passants pour qu’ils croient à la Providence. Au cours d’une retraite bouddhiste, après avoir jeuné pendant quarante-huit heures, je me suis tapé un poulet. Un jour que je dansais dans une rue de Paris en robe safran et agitant des clochettes, un homme s’est approché de moi et m’a demandé l’heure. Quand je bois un verre de Lacryma Christi, au bout d’un moment, j’en vois deux. Lors de la dernière sortie de mon corps astral, je suis allé au rayon lingerie des Galeries Lafayette. L’autre jour dans le RER après avoir donné deux euros à un paralytique, je l’ai vu sauter de joie sur le quai en agitant sa béquille. Une fois, au milieu d’un oratorio de Bach, je me suis mis à léviter et a voleter dans l’église jusqu’à me coller en haut de la nef les bras en croix. Il n’est pas rare qu’à la station Saint-Lazare une voix impérieuse me commande de me lever et de marcher vers la sortie. Quand je dors il m’arrive de rêver que je prie, mais je ne sais pas qui.

Le 10 février 2015 à 09:47
Le 16 décembre 2014 à 09:36
Le 2 avril 2010

Cadeau : cliquez et gagnez 70 Euros

ventscontraires.net s'est procuré les romans à paraître ces jours-ci. Soyez à la page tout en économisant temps et argent, le Service Rond-Point les a lus pour vous  Seule ma nuque me remarque, de Astrid Biel (Ed. Pragma 21 Euros) Qu'advient-il quand le passé précipite le présent ? Quand la réalité dissout l'imaginaire ? Quand vérité et mensonge entrent en fusion ? Clara, protagoniste de ce récit tout en intériorité, mènera-t-elle à terme ce projet fou de refaire l'amour avec son père, désormais grabataire, ou retournera-t-elle auprès de Bruno, son "Homme Cendre", le mari dépressif, l'homme qui ne sait pas ce qui se trame en elle ?La réponse du Service Rond-Point Elle renonce à son père et revient se garer gentiment auprès de Bruno.Le Flegme des orchidées, de Réginald Durand (Ed. du Loquet 26 Euros)R., paléontologue septuagénaire, héberge une jeune étudiante cambodgienne, Thinrâh, enceinte de six mois. Elle vient avec des relevés de crânes retrouvés dans des fosses communes, à la recherche de ses parents. Connaît-elle le passé  de R. proche de certains dirigeants Khmers rouges rencontrés à la Sorbonne? Est-elle venue se venger? Ou cèdera-t-elle aux bienfaits de R., tenaillé par sa culpabilité ?La réponse du Service Rond-PointElle renonce à retrouver ses parents et vient avec flegme se garer auprès de R.Le Trou blanc, de Claude Dominik (Ed. Follimard 23 Euros) Myriam,  jeune Strasbourgeoise, est humiliée en public par son mari à plusieurs reprises parce qu'elle est issue d'une famille juive. Déprimée, elle va se réfugier chez ses deux sœurs, très religieuses, qui partagent la même maison. Elles la convainquent de prendre conseil auprès du rabbin de la communauté alors que Myriam s'en est écartée depuis son adolescence. Hésitante, elle se rend néanmoins à un premier rendez-vous, "pour voir", dit-elle. Peu à peu, l'homme censé lui porter secours s'avère un manipulateur qui tente à tout prix de fiancer religieusement Myriam avec son fils autiste. Myriam perd pied, va-t-elle sombrer encore plus bas ?La réponse du Service Rond-Point Elle couche avec le rabbin pour humilier publiquement son mari.21 Euros + 26 Euros + 23 Euros = 70 Euros

Le 13 décembre 2014 à 08:26

Dieu : « J'aimerais tellement que les gens comprennent que je n'existe pas »

On croyait Ses voies impénétrables mais Il a pourtant choisi de se mettre en travers de notre chemin. Dans le journal La Croix daté d’aujourd’hui, le Seigneur a décidé de prendre la parole à l’occasion d’une interview où Il s’exprime sans détour. Le souverain céleste regrette notamment que les êtres humains ne soient pas davantage lucides sur le monde dans lequel ils vivent. Il condamne entre autres tous ceux qui affirment qu’Il existerait bel et bien et serait tout puissant. « Un dogme stupide et dangereux » Dans cette fameuse interview publiée ce matin, Dieu emploie un langage plutôt rude à l’égard de tous les croyants, au risque de choquer ses plus fidèles fidèles : « Franchement je sais pas d’où ils sortent tout ça. Le truc sur l’omniscience et l’omnipotence là… Et alors le couplet sur la bienveillance universelle, c’est sûr c’est beau et super optimiste mais ça manque profondément de réalisme. » Le Seigneur fictif invite ensuite tous ses fidèles à changer de comportement : « Je pense que les croyants actuels du monde entier devraient arrêter de s’accrocher à leurs histoires, sympathiques au demeurant, mais légèrement absurdes. » Dans cet entretien accordé au journal La Croix, le divin créateur décrit la surprise qu’Il ressent à voir des millions et des millions de personnes continuer à croire en lui depuis des milliers d’années : « Pourquoi les gens persévèrent-ils alors qu’ils n’ont aucune preuve attestant de mon existence ? Je trouve évidemment ça très honorable d’avoir la foi comme ça mais là ça me paraît un chouia excessif. » Une incompréhension qui s’accompagne d’un sentiment de tristesse en constatant les dégâts provoqués par ce qu’Il qualifie de « superstition de comptoir » : « La croyance en mon existence a engendré tellement d’atrocités. J’aimerais tellement que les gens comprennent que je n’existe pas. Je ne sais pas trop comment faire dans la mesure où ma marge d’action est quasi nulle. Pour l’instant je vais juste continuer à ne pas être. C’est le mieux que je puisse faire. » Le Vatican indigné Cette prise de parole de Dieu a très vite entraîné des réactions en chaîne sur les réseaux sociaux. « Courageux d’avouer ça publiquement ! », lance cet internaute sur Twitter. « WTF !!! Dieu qui s’exprime dans La Croix ? C’est sérieux ou quoi ? », lance, plus dubitative, cette autre utilisatrice. Mais la réaction la plus attendue était évidemment celle de Rome et de l’Eglise catholique. Et cette dernière ne s’est pas faite attendre puisque le porte-parole du Vatican s’est fendu d’un communiqué pour le moins virulent dans lequel l’Eglise condamne les propos du Saint-Seigneur : « Les paroles tenues par M. Dieu sont inadmissibles, même si elles restent divines. Il vient semer le trouble dans la foi de ses croyants.  Des croyants qui ont besoin spirituellement et psychologiquement de croire en Lui. Sans parler évidemment de toutes les conséquences économiques néfastes que ce genre de discours négationniste peut engendrer. »

Le 16 décembre 2011 à 08:15

L'archipel de la connerie

Lorsque Les Paravents de Jean Genet fut créée en 1966 au théâtre de l’Odéon à Paris, la troupe d’intégristes nationalistes qui s’acharnait à jeter sur la scène des rats morts et des punaises sur la comédienne Maria Casarès et ses autres confrères et consœurs, invoquait le scandale que cette pièce représentait pour l’honneur de la France et l’autorité nationale déchue de l’autre côté de la Méditerranée. Ils s’insurgeaient non d’une guerre injuste et de ses motivations profondes, mais de l’œuvre d’un dramaturge repris de justice, et sodomite qui plus est, représentée sur la scène d’un théâtre national, donc avec les deniers de l’Etat.Bien des années plus-tard c’est une pièce de Daniel Lemahieu intitulée Viols qui provoque à Avignon la haine d’un certain public qui désosse les fauteuils et les jette sur la scène du théâtre en menaçant l’auteur, une partie du public et les comédiens. Ce diktat de la connerie grégaire, cette incapacité à considérer la critique, la création artistique, ou toute forme d’expression hors de ses propres avis entendus, les siens ou ceux d’une communauté fétichisant une parole ou une pensée à travers laquelle on se définit, détermine toutes les formes de fascisme banal. Pasolini avec Salo, ou les 120 jours de Sodome, a pour sa part, même indirectement, payé cette production coprophage, sadomasochiste, bestiale et poétique de sa vie, alors qu’il dénonçait le degrés de corruption de son Etat durant les années de plomb minées par différentes formes de terrorisme et d’affaires de corruption (cela ne vous rappelle pas quelque chose ?) ; en 1988 dans une salle de cinéma à Paris, ce sont treize spectateurs qui sont sévèrement blessés suite à l’attentat d’un groupuscule terroriste chrétien qui a voulu manifester contre la projection de La dernière tentation du Christ de Martin Scorcese, d’après le roman d’un auteur et philosophe grec (décidément ces grecs, y savent rien faire que corrompre la jeunesse – dixit cet enculé de Socrate ; et vider les bourses de l’Europe) Nikos Kazantzakis.En Grande-Bretagne le théâtre aussi choque. C’est dans les années 1960 une pièce du Dramaturge Edward Bond qui provoque un public bourgeois et bien-pensant, très démocrate-chrétien, s’indignant de voir une scène de violence où un landau (et son bébé) se trouve lapidé par des jeunes ; trente ans plus-tard c’est la pièce Anéantis de Sarah Kane, décrivant la situation d’un journaliste cynique, cancéreux en fin de vie, enfermé avec une jeune femme qui lui servira de victime puis de bourreau pendant qu’au dehors une guerre civile se déroule, qui défraye la chronique. A chaque fois c’est l’artiste et son propos qui choquent et non la réalité dans laquelle nous vivons, conduisant ces bien-pensants, au nom d’une prétendue idéologie décatie ou d’une spiritualité dont ils ne connaissent rien du sens et de la portée profonde, à manifester et à invoquer la censure plutôt qu’à s’insurger contre le monde dans lequel ils vivent et dans lequel jour après jours les principes fondamentaux de nos démocraties et de notre république sont malmenés ou piétinés. Ces bien-pensants préfèrent huer le comédien qui symboliquement lève un poing emprisonnant une pierre au-dessus d’un landau vide, plutôt que le ou la chef de gouvernement qui s’apprête à bombarder, selon les époques, les îles malouines, ou les civils irakiens au nom de leur démocratie et surtout du portefeuille.Ce théâtre des morts qui est le nôtre depuis l’antiquité, en passant par Shakespeare, Müller et le théâtre d’agit-prop critiquant le consumérisme et la morale qui le soutient, ce théâtre dans lequel le sang, la sueur, l’argent, la merde et leurs inséminations se lient au cynisme du monde dénoncé sur la scène du théâtre où l’amoralité profonde de notre humanité éructe, les irrite et c’est bien normal, car leur souci n’est pas l’état de leur monde, mais l’état de leur pré-carré, de leur maison, de leur salon, de leur salle à manger et de leur chambre à coucher. Selon eux l’on peut tuer et mourir dans des conditions indignes tant que la morale, leur morale, est préservée, et s’installer tout en mangeant devant son poste de télévision. En ce sens, ils ne diffèrent par réellement de certains chefs d’entreprises, du banquier ou du gros actionnaire du CAC 40 qui préserve son veau d’or à tout prix, malgré les conséquences de cette vénération.Ils préfèrent s’indigner devant le badigeonnage d’une figure dévote sur la scène d’un théâtre national (même si l’on peut librement considérer que badigeonner la figure du Christ de merde, ou mettre un crucifix dans un bocal rempli de pisse, n’est pas l’acte artistique le plus subversif ni le plus intéressant de toute la création de notre ère), alors que leurs saintes écritures sont pleine de cette haine, de ces feux de la géhennes divine brûlant des âmes impies : Job le plus fidèle serviteur d’un seigneur vengeur, jaloux, colérique, si humain finalement, recouvrant son serviteur le plus dévot et chevronné de pustules et de vermine, lui faisant perdre femme et enfants parce que son Dieu n’a finalement pu résister à la tentation de Satan, de la même manière que ces dévots ne peuvent résister à la tentation de leur propre ignorance. Ces catholiques d’extrême-droite ou de droite conservatrice s’indignent que l’on puisse malmener un fétiche, un bout de bois ou une image, mais ne semblent pas faire preuve de la même ferveur, ni même du même amour du prochain en voyant ces hommes et ces femmes contraints de dormir sur le bitume ou dans des tentes de fortunes dans les bois (pour certains des employés mal payés) parce qu’ils ne trouvent pas de logement et que leur situation, et celle de leurs familles, indiffère la plus-part d’entre-nous. Ils devraient s’indigner devant la paupérisation galopante de leur pays et de nos démocraties occidentales qui est le fruit d’une politique économique brutale et amorale qui nous conduit droit dans le mur, plutôt que devant les gestes symboliques et rituels de celui ou de celle qui s’exprime librement sur la scène d’un théâtre où dans les pages d’un livre. Ceux qui ont manifesté et qui manifesteront devant le théâtre du Rond-Point, comme devant n’importe quel autre théâtre du monde pour ces raisons, ne réalisent pas à quelle point leur attitude, comme celle de ces intégristes ayant brûlé la rédaction d’un journal parce que ce dernier avait publié des caricatures dites hérétiques d’un autre prophète, incarnent eux-mêmes par leur aveuglement le mal et l’intolérance qu’ils prétendent dénoncer et qui tue réellement, et non symboliquement, jour après jour. Leur indifférence à l’humain. Cet archipel de la connerie qui est notre propre goulag.

Le 6 décembre 2011 à 08:39
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