Vincent Lecoq
Publié le 06/06/2010

Cet enfant est un sataniste potentiel


Détournement d'une campagne de l'Inserm

Bricoleur d’images, de sons et de mots, il a débarqué sur ventscontraires.net via la Piste d’envol et s’est tellement incrusté qu’il a fini par en devenir le responsable éditorial. Il est également l’auteur d’une pièce de théâtre et a collaboré à plusieurs fictions TV.

 

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Gros sur la patate

Pubologie pour tous

On pourrait croire que cette publicité n’est rien d’autre qu’un tableau niais, absurde et clichetonnant d’un bonheur familial parfait tel qu’on en rêvait dans des temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Eh bien c’est plus ou moins le cas. Car ce spot est en fait une reprise de ce spot, datant de 1976. Et puisque la publicité est un miroir de la société, menons une analyse comparative des deux versions pour en tirer des conclusions sur l’évolution (ou la non-évolution) de la société. On notera par exemple, que l’on fait moins d’enfants en 2011 qu’en 1976 : 3 contre 6. Les deux restant cependant au-dessus du taux de fécondité français. Car chez nous, au moins depuis Pétain, une famille parfaite est une famille nombreuse. C’est aussi toujours Madame, en rose, qui cuisine, même si Monsieur, en bleu, est présent en 2011, alors qu’il est absent en 1976. Pour ça, merci les 35 heures ! On remarque ensuite des changements dans les préoccupations des parents. Dans les années 1970, Madame fait de la purée Bidule car elle est « sûre que tout le monde en reprend ». Puis l’obésité est passée par là, 3 des enfants de la première pub sont morts avant 40 ans d’une maladie cardiovasculaire, et l’on s’est mis à privilégier la qualité à la quantité. En 2011, Madame est « sûre de ce qu’il y a dedans », mais aussi, heureusement, « sûre que tout le monde est content ». Ben oui, 35 ans ont passé, mais le rôle de bobonne est toujours le même : contenter Monsieur et ses petits chérubins. Mais comment fait-on pour savoir aussi précisément ce que les gens attendent de la vie et de la purée lyophilisée en 2011 ? Eh bien, on n’a pas trouvé de meilleure idée que de le leur demander. Alors on a plusieurs façons de faire bien sûr. Dans le cas de ce chef-d’œuvre audiovisuel, il est fort probable qu’on ait réuni dans la même salle une petite dizaine de mamans avec deux points communs. D’une part, elles font de la purée lyophilisée à leurs enfants, et d’autre part, elles ont du temps à perdre pour des études consommateurs. Face à ces femmes, un spécialiste hautement qualifié (comprendre : un étudiant en psychologie) observe, relance et oriente la discussion, qui sera enregistrée et décortiquée pour trouver LA vérité de ce que vivent au quotidien les consommateurs de purée lyophilisée. Non, bien sûr que non n’attend pas que le consommateur nous donne une idée. Non. Bon, d’accord, quand, à la 12ème minute, Madame Duchemin a glissé un « ben une chose est sûre hein, quand je fais de la purée Bidule, je suis sûre de ce qu’il y a dedans ! », ça ressemblait à l’idée qu’on a eue, mais ça n’a fait que révéler une solution qu’on avait déjà à l’esprit sans le savoir. Bon par contre, je mettrais ma main à couper que pourtant, personne n’a dit « ben une chose est sûre, moi quand on me prend pour une cruche, ça me donne envie d’acheter de la purée Bidule !»

Le 29 août 2010 à 12:27

Zo d'Axa (1864-1930)

Les cracks méconnus du rire de résistance

« Assez longtemps on a fait cheminer les hommes en leur montrant la conquête du ciel. Nous ne voulons même plus attendre d’avoir conquis toute la terre. Chacun, marchons pour notre joie. » (1891)« La seule certitude, c’est de vivre et sans attendre. Vivons donc et le moins sottement possible. » (1921).C’est le moins sottement possible que le guilleret pamphlétaire et aventurier fin de siècle Alphonse Galland, dit Zo d’Axa, descendant direct probable du navigateur La Pérouse, brûlera rocambolesquement sa vie par tous les bouts « en dehors de toutes les lois, de toutes les règles, de toutes les théories – même anarchistes ».À son palmarès, notamment.•    Une désertion mirobolante. Le pendard coupe court à son service militaire chez les chasseurs d’Afrique en cavalant avec la femme de son capitaine.•    Une mutinerie très Bounty. Acoquiné lors de son expulsion d’Italie avec quinze déserteurs transalpins (« C’était de la graine de révoltés. On s’entendait. ») croupissant comme lui sur un vaisseau quasi-fantôme nommé Pandora (1) ayant levé l’ancre à Trieste, il fomente avec eux une amusante révolte à bord.•    Et quelques évasions arsènelupinesques. Claquemuré dans une cellule de l’Hôpital français de Jaffa, il démolit son lit de fer, élargit avec un de ses débris le trou du tuyau de poêle serpentant à travers la pièce et s’enfuit dans la nuit pluvieuse, poursuivi par une horde de mamelucks hurlants. Une autre fois, à Paris, au poste de police de la rue Cuvier où, Albert Spaggiari et Francis Besse retiendront la leçon, il s’est fait la malle en sautant par la fenêtre, le larron court, court, court à travers le Jardin des plantes, traqué par une meute de pandores. Quand… Le chansonnier libertaire belge Léo Campion nous raconte la suite : « “– Arrêtez-le, c’est un anarchiste !“ Un bon citoyen se campe devant lui, et l’arrête. D’Axa lui colle son poing sur la gueule. Corps à corps. L’homme tombe. La foule se trompe. Zo d’Axa a la tête haute, le regard sûr et des manières de grand seigneur. Le bon citoyen, lui, est mal vêtu. La foule le prend pour l’anarchiste. « Ce n’est pas moi ! », hurle-t-il. Le bon citoyen, après avoir été lynché, est conduit au poste et passé à tabac ».Mais pourquoi le turlupin d’Axa que l’historien mécréant Hem Day nommait « le mousquetaire-patricien de l’anarchie » un peu expéditivement (2) avait-il d’incessants accrocs avec la justice ? Parce que c’était un journaliste de combat fort redouté, doublé d’un féroce satiriste, dont la devise était « En joue !... Faux ! ». Et qu’il n’y allait pas par quatre chemins dans les hebdos harakiriesques qu’il créait et lançait à la mer avec le concours des plumes les plus acérées de l’époque (Félix Fénéon, Georges Darien, Octave Mirbeau, Sébastien Faure et même le futur poseur de bombes Émile Henry). Zo d’Axa sera condamné, par exemple, à 18 mois de maison d’arrêt pour « provocation au meurtre » parce qu’il a comparé le « pesant ministre Loubet » à deux de ses congénères en ces termes : « Ces gens sont de la même famille. Ils devraient être de la même branche, cette branche où balanceraient les cordes à nœud-coulant. »On peut commander aux éditions Plein Chant la meilleure bio détaillée du gentilhomme-agitateur, Zo d’Axa L’En Dehors de Béatrice Arnac d’Axa ainsi que son foudroyant chef-d’œuvre De Mazas à Jérusalem ou le grand trimard (1895). A été réédité en outre en 2010, au Passager clandestin, l’impitoyable brûlot anti-électoral Vous n’êtes que des poires ! (1898).« Allez, électeurs ! aux urnes… Et ne vous plaignez plus. C’est assez. N’essayez pas d’apitoyer sur le sort que vous vous êtes fait. N’insultez pas, après coup, les Maîtres que vous vous donnez. L’électeur n’est qu’un candidat raté. (…) Votez ! Faites la Chambre à votre image. Le chien retourne à son vomissement. Retournez à vos députés. »1)    Petite allusion affectueuse au splendide film d’Albert Lewin « Pandora et le vaisseau fantôme ».2)    Un peu expéditivement certes puisqu’un mousquetaire, loin d’être un flibustier sans foi ni loi, n’est, comme on sait, qu’un vil corsaire du roi.

Le 31 janvier 2011 à 19:17

Comment Ben Ali censurait l'Internet en Tunisie

La censure de type “industriel” d’Internet qu’a pratiqué le ministère tunisien de l’Intérieur pendant dix ans, et que l’on découvre aujourd’hui, n’avait rien à envier à la censure chinoise ou iranienne. Comme son état ultra policier, et les privations de libertés civiques en Tunisie, la cyber-censure a été ignorée de l’Occident et ses cyber-dissidents n’ont quasiment jamais été écoutés ou soutenus. Depuis 2005, ils étaient une poignée, et ont  inventé à eux seuls ce que l’on appelle aujourd’hui le cyber-activisme à travers leur lutte en ligne contre “Ammar”, le sobriquet tunisien de la cyber-censure.Ammar n’existe pas, mais Ammar travaille bien pour le ministère de l’Intérieur, ou bien l’ATI (Agence Tunisienne de l’Internet). Ammar est le chauffeur de la “404 bâchée”. La “404 bâchée” est non seulement une camionnette vintage mythique en Afrique du Nord, c’est aussi une jolie image pour parler à mots couverts d’un site censuré en Tunisie. Une erreur 404, en jargon d’informaticien, est le message d’erreur qu’envoie un serveur informatique pour signifier qu’une page Internet n’existe pas. Cette page web existe, bien sûr. Mais un logiciel de filtrage du web, ou une manipulation policière, empêche tout ordinateur d’y accéder à l’échelle d’un pays. Ce message d’erreur 404 apparaissait si régulièrement sur les écrans d’ordinateurs tunisiens qu’il a inspiré une multitude de graphismes, logos, badges, bannières de blogs, pour protester contre la censure des blogs tunisiens, des sites et blogs étrangers, puis, depuis 2008, des réseaux sociaux, des sites de partages de photos et de vidéos (YouTube,  Flickr, Vimeo, etc).> lisez la suite de cet article sur OWNI

Le 14 avril 2015 à 07:41

Trop honte de son nouveau né, il photoshope les 317 photos de son enfant

C’est un père rongé par la culpabilité. Thomas Renaud, 35 ans, vient d’avoir son premier enfant, un garçon, il y a quelques jours à peine. Alors que tout s’est déroulé comme prévu et qu’il devrait être aux anges, Thomas est en proie à un impressionnant sentiment de honte à l’égard de son fils, Baptiste. Ce qui devait commencer comme une paternité pleine d’amour et de bienveillance a été très vite vicié par l’embarras et la gêne quand Thomas a fait preuve d’une lucidité inattendue sur la qualité physique de son fils. Le tout jeune papa s’est alors lancé dans une course contre la montre en photoshopant l’intégralité des photos prises de son enfant pour tenter de cacher au monde entier le véritable visage de celui qu’il dit « aimer plus que tout». Un cas rare « Je sais pas comment font les autres pères mais moi je peux pas me voiler la face sur mon fils. Je l’aime mais il est moche et j’en ai honte…profondément », nous murmure Thomas pour ne pas réveiller son fils qui dort paisiblement dans la chambre à côté du salon. Les traits tirés et des cernes qui s’agrandissent à vue d’œil, l’architecte de 35 ans n’a pas dormi depuis deux jours à force de retoucher 24 heures sur 24 les plus de 300 clichés sur lesquels figurent son fils au physique « disgracieux comme un furet sous stéroïdes » selon les mots de Thomas. Comment peut-on en arriver là ? Pour ce nouveau père, cela s’est joué très vite : « Passée l’euphorie de la naissance et du sacre de la vie, je me suis petit à petit rendu compte qu’il était objectivement pas si joli que ça. Sa tête est bizarre. On dirait un croisement entre un alien et un devant de Ford Escort. Et puis c’est apparu comme une évidence : mon fils est moche et je ne pouvais le montrer aux yeux du monde sous cette apparence. » Thomas, avec l’accord de la mère, refuse alors toute visite, par honte. Mais le mal est fait, comme le font la plupart des parents, le couple a d’ores et déjà effectué de nombreuses photos de leur fils. Soit autant de preuves de la disgrâce visuelle de ce dernier. Instinct paternel ou simple conscience morale, Thomas prend alors les choses en main : « J’ai décidé de retoucher une à une toutes les photos de Baptiste. J’ai acheté Photoshop pour les nuls et je me suis attelé à l’ouvrage. J’en suis à 243 clichés retouchés. Au rythme de 45 minutes par photo j’espère terminer d’ici 3 jours, si je tiens jusque-là. » Un amour évident malgré tout Quand on évoque la possibilité de tout simplement supprimer ces photos compromettantes, Thomas se met en colère et réaffirme de vive voix l’amour qu’il porte à sa progéniture : « Je ne peux pas supprimer son existence. Je veux juste la rendre plus belle. Si j’avais le choix entre lui et un autre enfant je le garderais lui, mais je me précipiterais peut-être moins sur lui avec mon Canon 5D pour le mitrailler dans tous les sens », nous assure t-il avant de retourner frénétiquement sur Photoshop. Le Gorafi Illustration: Istock / UygarGeographic

Le 2 novembre 2011 à 08:45

France-Ethiopie

Carte postale d'Addis Abeba

Vue à travers les yeux de bon nombre d’Ethiopiens, la France est un Eldorado prodigieux où l’argent déborde des poches de tous comme d’une fontaine inépuisable, où les gens habitent dans de belles et vastes maisons remplies d’objets de prix, où personne ne meurt de faim, où l’on peut rire publiquement du gouvernement ; bref, où liberté et abondance sont les maîtres mots. Un paradis fermé, inaccessible, dont la clé est un visa. Saint-Pierre, qui la détient, habite à l’ambassade, derrière un guichet vitré. Il a laissé sa barbe et son sourire bonhomme quelque part dans les nuages. Il n’est pas très accommodant.   Moi qui suis français, je ne me laisse pas prendre à ces histoires d’une naïveté amusante. Je ne m’en laisse pas conter, non : je lis la presse en ligne. On y trouve toutes sortes de récits édifiants. Les cantines servent trop de viande, le PSG bat Lens sur le score de 3 à 1, les chiffres des derniers sondages baissent, l’immobilier monte, tel politique de droite gesticule vigoureusement, tel autre, à gauche, mouline des bras pour faire du vent (contraire). Je peux embrasser d’un seul coup d’œil cent petites phrases, mille analyses, cent mille faits divers, tous très importants.   A y bien réfléchir, on s’y perd un peu. Je ne la vois peut-être pas si bien, la France, là-dedans…   Si l’on ne peut croire ni le regard des Ethiopiens ni celui des médias, il me reste du moins les yeux du souvenir. Que vous dirai-je ? Vues d’Addis Abeba, les rues françaises manquent de chiens errants et d’ânes en goguette, de chats pelés, d’eucalyptus, de chèvres, d’odeurs de café frais mêlé d’encens, de soleils froids et rasants, de grands tissus blancs flottant derrière les femmes. Mais on peut y déguster en terrasse, dans ce petit restaurant de la rue de l’Arbre Sec, des planches couvertes de fromages et de charcuterie, arrosées d’un rouge léger de Loire dont la seule évocation me met les larmes aux yeux.   La voilà, tiens, la France que je préfère. Celle qui rigole à une table de bistro dans la fraîcheur automnale, les yeux allumés par le Bourgueil.   Cette table même où, il n’y a pas si longtemps, je rêvais de l’Ethiopie.

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