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Publié le 23/12/2011
 

Raphaël Chabloz


Chroniqueur

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a

Noël au bal con

On m'avait demandé une chronique riche en esprit de Noël. J'étais là, penché sur ma planche à chronique, soucieux, angoissé. L'esprit de Noël. Soit je critique la commercialisation et les blagues de l'oncle Roger après trois verres, c'est une plate-forme dédiée au rire de résistance ici, que diable, et je tombe dans les clichés. Soit au contraire, je parle de la joie qui illumine les cœurs des enfants quand la nature a revêtu son blanc manteau, et je tombe dans les clichés. Que faire ?, me disais-je, quand soudain, l'esprit de Noël m'est apparu. Je ne l'ai pas reconnu tout de suite, parce qu'il était en slip.   - Salut mec, grimpe sur mon dos, je vais te montrer un truc, tu vas kiffer sa race », me dit-il tout de go.

- Ouais, ouais, je connais la combine, tu vas m'emmener voir les Noëls d'antan, les Noëls futurs et à la fin, y aura une morale. Tout le monde sait ça. #OLD. »

- Pas du tout, tu m'as pris pour Dickens ou quoi ? »

- Dickens ? »

- Bah le mec qui a écrit le conte de Noël avec les esprits et tout. »

- C'est pas l'oncle Picsou ? »  
Bon. Il m'a expliqué que les excursions dans les Noëls passés, ça ne se faisait plus trop, parce que ça créait des drames familiaux (« Quoi ? Maman, tu nous avais toujours affirmé « Nous, à Noël, tout ce qu'on avait, c'était une orange et on ne se plaignait pas » et que vois-je ? Noël 1957, deux oranges ! Je suis outré et je vais donc me plaindre rétrospectivement. Je ne suis pas très content de cet ours reçu en 1982 alors que j'avais expressément stipulé dans ma lettre au père Noël « Pas de putain d'ours cette année ! ») et que les excursions dans les Noëls futurs, ça se faisait plus trop, parce que Noël, dans le futur, ça ne marche plus tellement depuis que les extrémistes athéistes ont réussi à faire rebaptiser « Fête du sapin et des boules ».  

Là, je lui ai dit d'aller droit au but, parce que je n'avais que 1500 signes à disposition et que j'approchais des 1515, ce qui n'est jamais rassurant pour un Suisse, et il m'a répondu « allons allons, c'est Noël, tu peux bien dépasser pour une fois ».  

Il m'a donc emmené voir l'esprit de Noël Gallagher, ancien chanteur d'Oasis devenu chanteur de Banga suite à un drame familial, et ça n'a pas été facile de le retrouver, il l'avait perdu, puis l'esprit de Noël Mamère, ancien présentateur télé devenu maire pour qu'on arrête tous ces jeux de mots avec son nom (ça n'a pas marché), puis l'esprit de Noël Godin, qui est mon idole, puis l'esprit de Léon Noël, qui habitait la route qui monte vers la forêt, au village, à l'époque, mais on ne l'aimait pas trop (je n'ai jamais su pourquoi), malgré son nom palindromique.  
Il m'a demandé si je voyais où il voulait en venir, j'ai répondu non, il a pris sa tête entre ses mains, je lui ai répondu que c'était une attitude ridicule pour un esprit, il est parti boudeur, j'ai terminé ma chronique.  
Bons baisers de Fort-de-France.
 

12 stations d'acteur avant son entrée en scène


Pièce brève de Pierre Notte
1. 
Pipi
Pipi
Est-ce que j’ai fait pipi (je n’ai pas fait pipi) j’ai fait pipi
J’ai fait pipi
J’ai fait pipi trois fois
J’ai fait pipi trois fois en trois heures
Ça brûle – ça brûle quand même – ça brûle et ça pique et ça monte
Trois fois j’y suis allé (aux cabinets) 
J’y suis allé trois fois (allé, c’est ça) 
mais qu’est-ce que j’y ai fait ?
Qu’est-ce que j’y suis allé faire - est-ce que j’ai fait pipi
est-ce que j’ai seulement fait pipi ? 
Je me suis assis 
Je me suis d’abord déshabillé – déshabillé en partie
et je me suis assis 
(pantalons baissés, caleçon baissé, les coudes sur les genoux, le regard dans le vague, dans le vide) 
J’y suis allé trois fois mais qu’est-ce que j’y ai fait 
mais est-ce que j’ai fait pipi
est-ce que j’ai fait autre chose que regarder dans le vague dans le vide en oubliant pourquoi j’étais là
(ce que j’étais venu faire là – pipi caca etcetera)

 2. 
il y en a – c’est arrivé
c’est forcément arrivé – il y en a eu
des comédiens sur le plateau des comédiens en scène (des comédiennes en scène) 
des acteurs qui se mettent à vouloir faire pipi
des comédiens au cœur de l’action dramatique et du plateau 
et devant le public et face à leur partenaire et sous les lumières et dans le décor
qui se mettent à vouloir faire pipi – a en avoir envie (terriblement envie)
des comédiennes en scène et en jeu – au cœur de l’action et de leur scène dévorés assiégés assaillis par
une envie brûlante (ça brûle merde) de faire pipi 
(un besoin urgent pressant – merde ça presse – de faire pipi)
cela a dû arriver – cela est forcément arrivé
qu’un comédien (une comédienne) en scène et en jeu se trouve pris (prise) de l'envie de faire pipi 
cela a bien dû arriver à quelqu’un 
il faut que j’y retourne 
il faut que j’aille faire pipi 
je dois y retourner – je devrais y retourner
je ne peux pas y retourner – je n'y retourne pas
je veux y aller – je dois y aller – je ne peux pas y aller
ils vont m’appeler
c'est mon tour, c'est mon nom qu'ils vont appeler 
est-ce que je vais rater mon entrée (je ne raterai pas mon entrée)
je préfère encore me pisser dessus que de rater mon entrée 

3.
quand est-ce que j'y suis allé – parce que j’y suis allé (aux cabinets)
j’y suis allé mais je ne sais plus (incapable de savoir) ce que j’y ai fait
non mais quand même
j'y suis allé et je ne sais pas ce que j'y ai fait 
le théâtre c’est ça – tout à fait ça (et tout le temps ça) 
faire ce qu’on fait mais sans le faire
être là mais sans être là 
oublier tout le temps ce qu’on est venu faire là (du théâtre) 
et tout faire (faire tout)
mais oublier ce qu’on est venu faire là (du théâtre) 
et tout faire (sauf du théâtre) 
le pipi – c’est pareil
j’y vais, j’y suis, mais je ne sais plus ce que j’y fait (caca pipi pareil)
j’y suis mais je ne sais plus que j’y suis ni ce que j’y fais
La grâce au théâtre c’est quand le théâtre finit par s’ignorer 
(être spectateur – pareil – la grâce ce serait oublier qu’on est spectateur) 
mais qu’est-ce que je raconte (est-ce que j’ai envie de faire pipi) Est-ce que j’ai fait pipi 
Est-ce que j’ai encore le temps de faire pipi – d’aller faire pipi 
est-ce que je suis seulement en état d’aller faire pipi 
je ne suis pas du tout en état d'aller faire pipi (je ne bouge pas d'ici) 

4. 
je n’ai pas du tout envie de faire pipi
j’ai envie d’aller aux toilettes pour m’éloigner des loges
j’ai envie de m’éloigner des loges pour m’éloigner des coulisses
m’éloigner des coulisses pour m’éloigner du plateau
m’éloigner du plateau pour m’éloigner de la salle
m'éloigner de la salle pour m'éloigner de la représentation
m’éloigner de la représentation pour
m’éloigner de ma frousse
m’éloigner de ma frousse qui me donne envie de vomir
j’ai envie de vomir
j’ai envie de vomir 
je vais vomir 
il faut que j’aille aux toilettes
il faut que j’aille vomir aux toilettes
ce sera la quatrième fois la quatrième fois aujourd'hui
je cours (traverse les loges pour aller aux toilettes vomir tout ce que j'ai à vomir)
la quatrième fois que je cours aux toilettes pour aller vomir
je n’ai plus rien à vomir (j’ai tout vomi jusqu’à la moindre chips)
je ne vomis pas – je ne vais pas vomir
je me tiens je me maintiens je me contiens
je contiens le vomi
à l’intérieur je garde tout entier serré resserré raffermi (c’est du solide)
je ne raterai pas mon entrée 
il n’est pas question que je rate mon entrée
je reste là jusqu'à ce qu'on m'appelle (on va m'appeler d'un instant à l'autre) il n'est pas question que
je rate mon entrée 

5.
ça brûle ça pique ça monte ça grouille
ça bouillonne et ça gargouille
c'est un puits de pétrole au-dedans un geyser à l'intérieur (du coccyx au larynx ça boue là-dedans)
une mine de boue et de gadoue humaine
une semaine de craquers de corn flakes et de café 
en bouillie chaude portée à une sorte d'ébullition tiède 
c'est bien simple
si je me lève c'est bien simple
oh là là la catastrophe
si je me lève tout tombe tout lâche tout coule
le corps le ventre les intestins l'estomac tout dit ciao
ciao bye bye et à bientôt tout le monde dehors (et par ici la sortie)
le théâtre c'est pareil – jouer danser incarner interpréter c'est pareil
tout tenir tout retenir et contenir les déchets les rejets les trucs et les machins mâchés mâchouillés
avalés digérés broyés
jouer c'est tenir – contenir – retenir
on va m'appeler
cela va être à moi – à moi de me lever – d'y aller
d'aller jouer les grands hommes d'intérieur avec mon petit jeu tout intériorisé
et c'est tout le reste qui va partir sortir (hop là)
à l'extérieur toute – raous  
une semaine de corn flakes et de choucroute
tant pis je m'en fous
je vais me chier dessus et je m'en fous
je ne vais pas rater mon entrée sous prétexte que tout me pousse vers la sortie 

6. 
m'allonger
je vais lever mon vieux cul de ma vieille chaise
et m'allonger (hop là debout et couché niniche panier le vieux corps à pépé)
je me lève de ma chaise et je m'allonge
je ne vais pas laisser mon corps me dicter sa loi de corps
je ne vais pas me laisser dicter ma conduite et mes mouvements par un corps qui n'appartient qu'à
moi (non mais tout de même)
je vais répondre de mon corps
je peux encore répondre de mon corps
je ne vais pas me laisser emmerder (pipi caca panique etcetera) par un corps dont je suis le seul (que je sache) à habiter (à nourrir à laver à entretenir à porter à supporter à soigner à chérir - à habiter quoi)
ce n'est pas toi sac de vieille peau de vieille chair de vieux muscles qui va me dicter mes faits et mes gestes (non mais)
je prends le dessus et je m'allonge je m'allonge et je me fais cinquante abdos 
cinquante abdos ça va te calmer tout de suite mon bonhomme
non mais alors ça 
ça qui est mon métier 
mon métier exactement
(répondre de son corps, maîtriser la bête, et la voix et les airs et les mouvements dans l'air et en faire quoi - quoi faire du corps - ça c'est mon métier)
mon métier exactement (comme danseur acrobate artisan du cirque ou nageur coureur tennisman)
acteur si moi (moi) je ne contrôle plus – perds tout contrôle – sur le corps 
si moi acteur je ne maîtrise plus – c'est que le métier n'est pas rentré (est-ce que le métier n'est pas rentré ?)
Le métier est rentré et je vais te le prouver mon petit bonhomme
rien ne sort d'ici ni moi ni caca ni pipi tant que je ne l'ai ni décidé ni choisi ni dit
rien ne sort d'ici (pas question que je rate mon entrée)

7.
cinquante abdos
cinquante pour commencer
je m’allonge
bras derrière la tête
mains croisées dans le cou
je lève – relève la tête menton bien droit – soulève le tout
et la tête et les épaules et le cou et le torse et les ventre
cinquante abdos et j’expulse d’un coup les vielles peurs
les vieux prouts des vieilles soupes de vieilles frousses intérieures
je presse je compresse et je lâche et hop
dehors les vieux pets de l’estomac noué par la poisse et la trouille
vents secs ou foireux je m’en fous après tout
j’expulse je purge j’extirpe hop hop hop je libère les sols occupés par l’ennemi (la peur, l’anxiété et l’angoisse)

8. le théâtre c’est bien ça (ce n’est que ça mais c’est bien ça)
purger expurger
vider le bouc de son sang moisi
vidanger les corps des sacs de pus
crever l’abcès (percer le bouton d’acné)
là pareil (je connais mon métier)
je m’allonge je coince mes pieds sous le dessous de la banquette et je me lève, me relève, le dos ne touche pas le sol, je presse et compresse mes abdos
je contracte et tout le vieux monde des vieilles peurs dehors (je connais mon métier et je peux dire que j’en ai – du métier)
mon métier (et je peux dire qu’il est rentré) c’est faire sortir (tout sortir)
expulser – pousser dehors – repousser au-dehors
et c’est par là que ça va commencer (par les bulles d’air de l’estomac comme les démons de la cité)

8.
ah non pas ça – pas ça
oh non oh non pas ça
je vais péter la couture de mon pantalon
je vais faire exploser les coutures et les doublures (et déchirer le tissu de pantalon de costume cousu sur mesure)
je déforme le costume (tu me déformes mon costume à gonfler comme ça)
cela se voit (on ne voit que ça – on ne va voir que ça – ils ne vont voir que ça – le gonflement soudain – l’énormité gonflée à bloc un zeppelin dans la culotte)
mais comment est-ce possible
comment est-ce seulement possible
ne plus répondre à ce point de son corps
n’en plus maîtriser le centre exact, le nœud central, la pompe à sang qui soudain se met à gonfler
se durcit comme un ballon de rugby
(ils ne vont pas y croire – personne ne va y croire – ils vont penser que c’est un accessoire – personne ne pourra ne voudra croire que j’entre en scène dans cet état)
Le théâtre c’est ça exactement ça tout le temps (ce qui est vrai fait faux ce qui est faux fait vrai)
là c’est tellement vrai (tellement vrai de vrai mais vrai jusqu’à l’obscénité)

9.
Tellement vrai qu’ils diront (je les vois, je les entends d’ici – mais qu’est-ce que tu es allé mettre – quoi et pourquoi – un truc dans ton pantalon)
je ne vais pas – je ne peux pas comme ça tout dur tout raide et tout tendu
entrer – faire mon entrée (calme toi papa respire contrôle pense à autre chose)
pense à autre chose pense à autre chose (autre chose)
quelque chose qui fait que tout reprend sa taille normale (sa taille d’avant l’énervement, d’avant l’émerveillement, d’avant l’excitation, d’avant le rêve américain)
pense aux subventions – pense aux subvention
Je les vois – les entends d’ici
pas la peine de mettre un faux truc dans un costume de scène pour signifier le désir
pas la peine de mettre du sang vrai ou faux pour signifier la violence
pas la peine de se donner des coups pour signifier qu’on se fait du mal
pas la peine de boire du vrai thé pour signifier qu’on boit du thé
qu’on boit du vin pour signifier qu’on boit du vin
ou du whisky pour du whisky
pas la peine de boire jusqu’à la saoulerie pour signifier qu’on est ivre mort
pas la peine d’être mort pour signifier qu’on est mort

10.
pas la peine de faire tomber de la pluie pour signifier qu’il pleut
pas la peine de faire geler de l’eau pour signifier qu’il neige
pas la peine de mettre un faux truc (truc c’est le mot comme on dit « truc » de comédien) pour signifier la ferveur la force et la puissance d’un désir incontrôlable
c’est ça le théâtre exactement tout le temps
quand c’est vrai c’est improbable
quand c’est seulement probable c’est déjà vrai
quand c’est faux c’est probable
et quand c’est improbable c’est enfin vrai  exactement ça – le théâtre et son effet de miroir
(et moi c’est passer de l’autre côté qui me fait tout bousiller à l’intérieur et le pipi et le caca et les airs et le bouillonnement de l’estomac et le sang qui monte à la tête et tout en bas et me redresse et me durcit le truc comme le poing d’un militant communiste)
Pense à autre chose et calme-moi (pas question d’entrer en scène dans cet état)
pense aux abonnés
On voudrait vivre tout ce qu’on dit qu’on y vit
La scène – on voudrait y vivre tout ce qu’on dit qu’on y vit et s’en aller (disparaître et recommencer – le lendemain, recommencer)
Le sexe, l’amour, le vin, le meurtre, les drogues, la souffrance, la vengeance, le pouvoir, le savoir, le diable, les anges, les bonheurs, les riens, le tout, Dieu et les hommes, les femmes et les trolls, les métamorphoses, les crânes, les corps qui flambent, les phrases qui fusent et les samovars qui fument
Tout y vivre
Innocemment, impunément, absolument
S’en aller et recommencer

11.
Mourir aimer assassiner venger détruire souffrir saisir et hop disparaître et recommencer
Mais qu’est-ce que je fais là
Mais qu’est-ce que je fais et de quoi exactement est-ce que j’ai tellement peur
(qu’est-ce que c’est que ça – cette peur, cette frousse, ce froid, et le pipi, le caca, les airs de l’estomac et le machin tout dur – mais qu’est-ce que c’est que ça)
Tout ce que je dis ce n’est pas moi qui le dis
Tout ce que je fais ce n’est pas moi qui le fais
Tout ce que je pense ce n’est pas moi qui le pense
Je ne bouge pas – j’exécute le mouvement dessiné
Je ne parle pas – je fais entendre la parole donnée
Et même mon corps ce n’est plus mon corps (costume, postiche etcetera)
Et même ma peau ce n’est pas ma peau (fond de teint, poudres, lentilles et maquillage)
Le moindre sabre c’est du plastique
La moindre épée le moindre couteau le moindre ciseau (plastique polyester caoutchouc)
Le moindre cri est un faux bruit – le moindre mot est écrit, déjà dit
Mais de quoi est-ce que j’ai peur

12.
Mais de quoi exactement
mais de quoi est-ce que je peux bien encore avoir peur (je ne m’expose pas je ne fais que passer)
ce n’est pas moi qui parle
ce n’est pas moi qui bouge
ce n’est pas moi qui pense qui agis ou qui danse
Je ne fais que passer (et les mots et les gestes et les idées) moi je n’ai rien
Rien d’autre à faire – que ça à faire (passer)
Est-ce que c’est pour cela que ça ne passe pas (à l’intérieur – tout part en vrille)
Est-ce que c’est pour cela que ça ne passe plus (que je me retrouve comme traversé de part en part par tout ce qui bouille bouillonne de liquides intérieurs)
Mais cela passe – cela passe et c’est passé
Enfin passé
Je vais y passer (comme on passe par la fenêtre)
C’est à moi d’y passer et c’est passé (plus de peur plus de froid plus d’effroi c’est fini terminé)
C’est passé (je suis là, assis, vivant, je suis vivant et je le sais)
Je suis vivant, je le sais, je suis prêt enfin prêt
Prêt à tout – à tout vivre et à mourir ce soir - et pour demain recommencer

Noir.

(Une version de ce texte a été interprétée par Olivier Dutilloy lors de la présentation de saison 2010-2011 du CDN de Montluçon, le Festin,  
sous la direction d'Anne-Laure Liégeois.)


Mission Socrate


Un film réalisé par Bertrand Lenclos & Jackie Berroyer - fin

Mission Socrate 1,Cabaret philosophique,Bertrand Lenclos, Jackie Berroyer,Chaya films,ventscontraires.net,Théâtre du Rond-Point
Constatant la décadence croissante et inéluctable de notre société, trois hommes, lors d'une rencontre fortuite au hammam, décident de remonter le temps afin de détourner Socrate de la pratique de la philosophie – qui semble être à la source de cette déchéance.

Avec Arnaud Aymard, Laurent Petit, Fred Tousch, production Chaya Films.
Amphorette d'Or au Festival Groland (Quend) 2009 (prix du meilleur court métrage)
Prix du public et Prix de la création musicale - Festival Premiers Plans d'Angers 2010
3e meilleur court métrage - FEMI Guadeloupe 2010

> 1er épisode
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