La guerre des bouffons
Qui ose dire que le cinéma
français manque de créativité ?
A l’heure où le monde arabe rugit
pour recouvrer sa liberté, où les marchés financiers s’affolent, alors que les
reconduites à la frontière s’accélèrent avant la grande échéance de 2012 et que
la Grèce est pointée du doigt comme une feignasse, que nous pond notre cinéma ?
Deux adaptations, enfin deux
resucées, sortant coup sur coup, du roman de Louis Pergaud : « La
guerre des boutons », déjà immortalisé par le génial Yves Robert dans son
film de… 1962.
50 ans après, il est rassurant de
constater que nos créateurs sont poussés par le même vent d’inspiration
débridée et parfaitement nouvelle.
Quelle peut être la raison de
cette soudaine éruption, non de boutons, mais de « copié
collé » ? Un ras-le-bol des zips et autres fermetures éclair, qui se
coincent sournoisement dans les tissus et parfois dans nos chairs ? Non.
La vérité, toute bête, se niche ailleurs : les droits du livre de Pergaud
tombent dans le domaine public en 2011. En clair, plus besoin de verser un
centime à l’éditeur ou aux ayants droit de l’auteur pour adapter le roman.
N’écoutant que leur audace, qui
ne leur disait rien, deux producteurs se sont emparés de la bête. Avant de se
livrer une vraie guerre cette fois, la guerre des bouffons, à coup de têtes
d’affiche et de stratégies marketing hautement élaborées.
Au final, la promotion, non le
talent, fera la différence. Il ne reste plus qu’à nous tourner vers d’autres
cinémas ou vers le théâtre pour trouver des raisons d’espérer.
Sinon, vous pouvez toujours
débourser dix euros pour aller voir un téléfilm avec plein de boutons au
cinéma. Mais à la sortie, il y a fort à
parier que vous emprunterez à l’un des gamins du chef d’œuvre d’Yves Robert
cette réplique culte : « Si j’aurais su, j’aurais pas
venu ».