Christian Chavassieux
Publié le 15/01/2012

Sur un plateau


Enfin la consécration ! Je passe à la télévision, dans l'émission « la grande librairie ». A peine installé dans un fauteuil, le présentateur François Busnel m'assaille de questions : « Vous êtes qui ? Qu'est-ce que vous voulez ? Et d'abord qui vous a laissé entrer ? »
Chavassieux écrit, "et c'est bien à peu près tout ce qu'il est capable de faire", soulignent ses ex. On peut retrouver ses petites phrases et de courtes nouvelles sur son blog, KRONIX. Il est aussi l'auteur de plusieurs romans (le baiser de la Nourrice, Le psychopompe, chez JP Huguet éditeur, Mausolées et Les Nefs de Pangée, chez Mnémos, et L'Affaire des Vivants, chez Phébus), de pièces de théâtre (Le rire du Limule, Peindre, Pasiphaé, Minotaure...) mises en scène par François Podetti au sein de la compagnie NU, de textes poétiques (Les chants plaintifs, édition La petite fabrique ou Nos Futus, chez Sang d'Encre), d'un essai sur sa ville (J'habitais Roanne, chez Thoba's éditions), il est invité à participer à des revues (MIcrobe, le chasse-patate, etc.). 

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À Elia Kazan : Sur les couettes

Sous ma couvrante, tout dépend du livre que je me farcis Comment ça se passe sous ma couvrante ? En fait, ça dépend essentiellement du livre que je me farcis peu avant ou peu après avoir pénétré dans le pagnot. Ou alors dans le Pagnol. Il m’est en effet arrivé pendant la crémaillère d’un poteau bouquiniste de souffler mes clairs sur les piles des œuvres complètes de Marcel Pagnol que j’avais préférées à celles d’André Gide ou à celles, moins dodues il est vrai, de l’apôtre des résignations fétides Cioran. Je me dois de préciser encore que je ne fais pas pipi au lit chez les amis. Sinon c’est certainement dans le coin Philippe Sollers que j’aurais choisi de coincer la bulle. Voici les parutions récentes que j’ai examinées ces jours derniers dans les bannes. Elles ont toutes un petit côté libidinal. Car on commence à comprendre que c’est là que Jean-Michel Ribes et Jean-Daniel Magnin désirent en venir, que les larrons, en effet, ont de plus en plus en tête de refiler du rond-point à leur public. Ce qui impliquerait si l’on se réfère aux recherches langagières de leur vieil acolyte polygraphe, le regretté François Caradec, qu’ils mijotent vraiment, avec la distance philosophique qui s’impose, de lui faire subir à ce public un « coït anal » cathartique Trêve de jacasseries, il faut que je prouve à présent que je sais causer livres et cul à la fois au cas où François Busnel serait à la recherche d’un documentologue particulier. Quelques mots donc sur les ouvrages plastronnant sur ma tablette de nuit en rêvant de se plumarder bientôt avec vous. Livre et cul : parutions récentes sur ma tablette de nuit Par exemple Emeuta Erotika (éditions Sao Maï), six nouvelles de Lilith Jaywalker, une féerique sorcière aimantée par « l’étrange, la révolte, le dérèglement » qui sait fort bien, telle la Nelly Kaplan du Réservoir des sens, comment convier en même temps à toutes les espèces de transgressions toniques pimentées en entrelaçant les plaisirs du déchaînement sexuel sans freins avec ceux du déchaînement insurrectionnel anti-marchand à la Black Block. Autre recueil de nouvelles perturbantes (cette fois, y en a une cinquantaine), à lire pour bien faire avec un balconnet sur le thorax, La Plus Belle Paire des seins du monde (Wombat) de l’irremplaçable Topor qui nous explique comment rendre aujourd’hui hommage à Dada en se passant du centre Pompidou et des omniscients époux Virmaux. « Jetez un œuf contre le mur.Crevez une toile qui s’y trouve accrochée.Effeuillez les pages d’un livre pris au hasard dans votre bibliothèque.Mouchez-vous dans votre moquette.Jetez vos souliers par la fenêtre.Pissez dans votre frigo.Chiez sur votre télé.Au nom de Dada, merci. » Le troisième livre de ma pile est plutôt à brandir qu’à éplucher. C’est  le Nouveau Moyen de bannir l’ennui du ménage ou les 20 épouses des 20 associés (Finitude), fricassé en 1781 par Rétif de la Bretonne, qui propose aux jeunes mariés menacés par la routine de s’associer avec dix-neuf autres couples dans des communautés prônant l’égalité et l’entraide. Mais le texte du précurseur de la science-fiction Rétif restant curieusement pondéré et moraliste et allant jusqu’à réprouver tout « désordre avec les épouses les uns des autres », il vaut mieux le réinventer dans sa tête ou en polissonne compagnie. Ce qu’il n’y a pas lieu par contre de réinventer, c’est le somptueux « hymne à la lubricité » de l’éducatrice dépravée Delphine Solère qui, dans son premier roman, Le Goût du désamour (La Musardine), nous convainc sans peine que, expérience oblige, le meilleur endroit de Paris pour se branler l’un l’autre amoureusement, ce sont les chiottes du Fouquet’s. Il n’y a pas non plus à réinventer les deux récits historiques fort bien torchés appelant à la liberté sexuelle explosive qui ont tellement aimé faire dodo avec moi ces dernières semaines. Le Sylvia Bataille d’Angie David (Léo Scheer) qui n’a pu s’écrire qu’à partir des souvenirs des proches de la pétroleuse, cette dernière ayant détruit ses principales archives, est passionnant. Il nous montre à quel point la femme de Georges (Bataille), avant de devenir celle de Jacques (Lacan !), personnifia l’amour libre irréductible pendant l’entre-deux-guerres. La subjuguante Sylvia ne se laisse pas encager par sa mère possessive, sèche les cours du collège Sévigné, a le bon goût d’être fort vite déçue par la compagnie d’André Gide (dormez plutôt sur Marcel Pagnol), expérimente à dix-sept ans la formule du ménage à trois enjoué, refuse les avances de Guy de Rothschild pour convoler avec Georges Bataille qu’elle trouve aussi fédérateur que transgressif, cautionne les frasques incessantes de son mari dans les bordels, fait du théâtre d’avant-garde, est adoptée par la bande à Prévert, perd tous ses sous au casino avant qu’un mystérieux inconnu (Jules Berry !) ne les lui regagne, devient vedette de cinéma (Topaze, Jenny, Le Crime de M. Lange, Une partie de campagne…), s’acoquine avec le groupe révolutionnaire Contre-Attaque et avec la société secrète dionysiaque Acéphale. Sur la couverture du livre, et sur la mienne quand je lis au lit : une incandescente photo de Sylvia Bataille, les rebelles dénudés, prise par Denise Bellon. L’autre traité d’histoire ayant bercé mes nuits est frigoussé également par une tigresse érudite, Linda Williams, une prof de Berkeley connue pour ses études sur le ciné porno démontrant que le plaisir sexuel y est systématiquement filmé d’un point de vue phallo-macho. Dans Screening Sex (Capricci), Linda cherche à comprendre pourquoi, au fil du temps, certaines images à caractère sexuel, initialement considérées comme « ob/scènes » sont vues à présent comme étant « en/scènes ». Comment se fait-il que tout à coup Elizabeth Taylor s’est mise à balancer à ses partenaires des mots orduriers jusqu’alors interdits ou que les cow-boys de Brokeback Mountain s’empapaoutent soudain extatiquement. Pour nous sortir les bonnes réponses, la sociologue se fait épauler futefutement par Freud, Benjamin, Foucault et le docteur J. B. Pontalis. Heureusement que j’ai un grand plumard !

Le 12 juillet 2015 à 12:16

Mon gynécologue

Une fois une femme m’a quitté quand elle s’est rendu compte que nous avions le même gynécologue.Cela fait des années que je vais voir un gynécologue.Il y a quelque chose de très doux chez un gynécologue. J’aime comme il pose sa main sur mon épaule et me prie de m’asseoir sur la banquette. Je trouve ça rassurant d’aller voir un médecin qui aime et respecte les femmes. Il ne va pas parler d’un stupide match de foot l’haleine chargée de bière. Il soutient le droit à la contraception et à l’avortement.Je n’aime pas les médecins généralistes. Ils vérifient votre tension et tapotent votre genou pour voir si vous fonctionnez bien. Vous pouvez parler, ils ne vous écoutent pas : ils interrogent votre corps. Et puis, un généraliste n’a choisi aucune spécialité, il prend toutes les maladies, tous les patients, sans distinction d’âge ou de sexe. C’est suspect. Ça me fait penser à ces restaurants où on peut manger du chili con carne, de la choucroute et du cassoulet. Ce n’est pas très bon signe. Les autres médecins spécialistes ne me plaisent pas plus. Vous imaginez un jeune étudiant en médecine qui se dit « je rêve de me spécialiser en phlébologie » ? Comment peut-on envisager de passer sa vie à soigner des veines ? Non, définitivement, la gynécologie est la seule spécialité valable. Personnellement, j’ai porté mon choix sur un gynécologue obstétricien. Un professionnel habitué aux nouveaux-nés saura prendre soin de moi. C’est vrai, le premier rendez-vous a été un peu tendu, mais rapidement il s’est pris d’affection pour moi. Je lui change les idées. Et je lui permets de réviser. La première fois que je me suis déshabillé devant lui, j’ai vu l’émotion dans son regard : il n’avait pas vu de corps d’homme depuis la fin de ses études. Il était fou de joie. Mon gynéco est devenu mon médecin-traitant. Je vais le voir dès que j’ai un rhume. J’en profite pour lui poser des questions sur les femmes. Il n’y a pas meilleure source de renseignements. Nous nous entendons à merveille, après tout nous avons la même passion.

Le 10 juin 2013 à 08:22

Le jardinage est un sport de combat

Le jardinage est un sport de combat. Je pense que les copains qui viennent le dimanche au barbecue ne s'en rendent pas bien compte. Entre l'hostilité des végétaux qui poussent quoi qu'il arrive, la prédation des volatiles et l'envahissement sourd des insectes grouillants, le jardinier est seul face aux éléments. Souvent même, sa femme bien trop affairée au pavillon douillet n'en a pas conscience non plus. Il y a le gazon bien sûr, le plus visible d'entre tous. Celui-là même pour lequel il faut s’acquitter de la corvée de tondeuse hebdomadaire afin de ne pas courir le risque de la double peine le week-end suivant. Trop long à la première tonte de la saison, il ordonne des pauses à la machine à chaque aller-retour. Vous savez, cette pause où vous lâchez le levier de sécurité pour arrêter la lame, levez le panier et videz la charge pesante dans le composteur... puis où vous vous cassez le dos courbé sur le lanceur à ficelle pour redonner vie aux pétarades puantes et fumantes du moteur. Ce gazon souvent trop humide et qui colle à la lame que vous avez affûtée dans le secret de vos soirées d'hiver. Ce gazon où prolifère le pissenlit, honte du jardinier. Elle ignore tout du pissenlit, la copine de la ville qui vient au barbecue. Sait-elle seulement la chasse que je vous lui faites, armé de votre binette, au pissenlit ? Pour elle, en salade. Pour vous, nourriture de lapins. Pour elle, souffler mièvrement sur les aigrettes dans la brise du printemps est un jeu. Pour vous, une contamination mortelle avec l'intention de semer le déshonneur sur vos plate-bandes. Et puis il y a les haies bien plus encore, qui obligent à un exercice harassant autant que dangereux où les lames croisées du sécateur électrique frôlent alternativement le visage du tâcheron en équilibre sur l'escabeau et le fil d'alimentation entortillé dans la végétation. Et les tailles qui jonchent les alentours après la coupe, et qu'il faut rateler, saisir à bras le corps en se griffant les avant-bras, charger dans le coffre du break, porter à la déchetterie où les retraités écolos du samedi pullulent hagards et oisifs. Ce stockage temporaire des tailles de haies dans votre véhicule, occasion unique pour toutes sortes d’arachnides de le coloniser durablement... Il serait illusoire de croire que le potager offre une compensation à ces besognes par quelques largesses du côté du comestible. L'espace est contraint par le cadastre imaginaire de Madame, globalement assez soucieuse que votre carré de culture ne s'étende pas trop. Aussi, dans le soucis de préserver la paix du ménage, osez-vous tout au plus un coup de bêche supplémentaire chaque année afin d'étendre votre parcelle. La joie atavique que vous procure le travail de la terre, la fierté des ongles noircis par la glèbe ne doivent pas pour autant vous emporter : un ou deux repas de petits pois par an, quelques tomates et puis c'est tout. Un plan de courgettes ? N'y pensez même pas ! Trop gourmand en place ! Les fourmis, les étourneaux, l'envahissement du trèfle, les épines des ronces scélérates ; le jardinier est un être en éveil, toujours prêt au combat toujours plein d'abnégation face aux ampoules du manche de l'outil. Mais plus que tous les autres combats, c'est l'indifférence des copains urbains à tous ces efforts, et qui jouissent du barbecue en devisant de leurs lectures du samedi qui lui fait le plus de mal.

Le 6 octobre 2010 à 15:21

« J'ai oublié de vous dire, j'étais l'amant de Martine aussi, mais gardez-le pour vous. »

Bernard Tapie, France Info, 6 octobre 2010

Sigmund reviens, ils vont nous rendre fous ! Rachida venait de faire fourcher sa langue sur l’inflation, lorsque l’irremplaçable Nanard nous a plongé dans la troisième dimension érotique du deuxième degré politique, à propos d’un livre faisant état d’une rencontre secrète entre Jean-Marie Le Pen et lui, avant le second tour des législatives de 1993. L’anecdote est minuscule, sa vraisemblance moyenne, mais « hénaurme » est la réaction de Tapie qui choisit France Info pour se livrer à un démenti acrobatique. Par dérision il renchérit sur les questions en assurant que, oui il a toujours été copain avec ce « gros con » de Le Pen, même qu’ils jouaient ensemble au poker, au tennis-ballon, sans oublier que…. Mais là, patatras, Tapie a beau faire désormais l’acteur, il s’est planté dans son impro en parlant d’une certaine « Martine » à la place de Marine, la fille de qui l’ont sait. Eliminons un retour de libido pour la regrettée Martine Carol, et parions à coup sûr que c’est Martine Aubry qui est lovée dans son subconscient. Martine, dont Tapie disait en 2007 qu’elle aurait fait une meilleure candidate que Ségolène, mais Martine qui, tout récemment, s’indignait du « cadeau » de 285 millions d’euros fait par l’Etat à un homme « aux pratiques pas toujours convenables ». Une maitresse femme qui ne châtie bien que ceux qui la désirent. C’est une souffrance intime que nous a livré le «sévèrement burné ».

Le 15 avril 2012 à 09:19
Le 1 avril 2015 à 12:44

Les Bouddhas de Bâmyân

J’avais douze ou treize ans. Mon père travaillait depuis peu à Kaboul où il n’y avait pas encore la guerre. Ma sœur et moi vivions avec notre mère en Belgique. L’année scolaire se terminait. Nous avons alors pris l’avion pour Téhéran où nous avons passé une nuit qui m’a paru magique et le lendemain matin un autre avion nous déposa sur la piste ensoleillée de l’aéroport de Kaboul. Je n’ai qu’un souvenir flou de cette ville qui s’est dissoute dans ma mémoire, n’y laissant que quelques filaments de bonheur. Mais ce que j’ai gardé pour toujours, comme un talisman indélébile, c’est le souvenir du voyage à Bâmyân où nous sommes allés découvrir les Bouddhas sculptés dans le grès de la montagne. Le voyage fut long sur les routes chaotiques. Mon père était assis à l’avant de la jeep, à côté du chauffeur. Ma mère, ma sœur et moi nous tenions à l’arrière, stoïques dans les soubresauts du véhicule sur la piste caillouteuse. Des caravanes arrivaient souveraines à notre rencontre, je contemplais ces lents cortèges surgissant brusquement – comme auréolés de poussière –, les montures immenses, les hommes enturbannés reparcourant des chemins ancestraux. Ils nous dévisageaient un instant avec une indifférence princière puis continuaient leur transhumance, laissant en moi le choc de leur archaïque beauté. La jeep grimpait à flanc de montagne sur la piste étroite et sinueuse puis elle redescendait suivant le ruban tracé dans la montagne, remontait encore, m’ouvrant des horizons vertigineux, une provision d’images qui se fixaient définitivement sur ma rétine. Enfin nous sommes arrivés à destination. Nous sommes descendus de la jeep, fourbus, courbaturés. Et je les ai vus : ils se dressaient, immenses – deux statues colossales excavées dans le grès –, ils m’offraient l’hospitalité, m’invitaient à partager leur immobilité séculaire. Nous sommes restés longtemps en silence devant les bouddhas de pierre. La douceur de leur corps… Les plis de leur vêtement. Notre chauffeur souriait de notre éblouissement. Pour moi il ne faisait aucun doute qu’ils étaient là en toute éternité. Ils avaient pénétré ma mémoire, je pouvais repartir. Les bouddhas de Bâmyân ont disparu en mars 2001, torpillés par des talibans fiers de détruire « l’horreur impie ». Je me souviens de mon effroi quand cela est arrivé. Ces statues avaient été pour moi un rite de passage. Elle m’avait bercé de leur bienveillance quand de retour en Belgique j’attendais de grandir pour échapper à cette adolescence qui me désespérait. La guerre éclata en Afghanistan quelque temps après ce voyage. Mais la guerre pour moi était théorique, lointaine. Je ne comprenais pas encore que j’avais eu la chance de traverser un pays légendaire qui allait sombrer comme tant d’autres dans la barbarie et la fureur. Quand, en mars 2001, les bouddhas furent bombardés pendant un mois, jusqu’à ne plus exister, la guerre pour moi était encore lointaine, mais elle n’était plus théorique. Elle se rapprocha, toujours plus spectaculaire, avec la destruction des deux tours new-yorkaises. Et puis, ces chapelets d’atrocités… Comment parler de tout cela ? Où trouver les mots qui diront, écriront l’horreur ? Pourquoi cette folie ? Pour l’heure je ne peux parler que de ces statues détruites, fracassées, je ne peux parler que de Bâmyân…Moussoul, Ninive. Je ne peux pas encore parler des journalistes surpris par la mort, des touristes massacrés, des otages immolés, des femmes enlevées, violées, vendues. C’est trop tôt. Les mots ont besoin de temps. Il faut d’abord accepter d’être fracassé, muet. C’est après seulement qu’on pourra, qu’il faudra tout dire, raconter.

Le 5 mai 2011 à 14:35

SuPorscherie

Même nos chroniqueurs se font enfumer

Le 3 mai, dans les colonnes du Parisien,  une photo d’Anne Sinclair et Dominique Strauss-Kahn illustrait un article évoquant la recherche d’un QG de campagne par le candidat putatif. On les découvrait aux abords d’une Porsche Panamera d’une valeur de plus de 100.000 $. Il n’en fallait pas plus pour que les détracteurs du président du FMI s’emparent du cliché pour le transformer en symbole. Sur son site, le blogueur influent  et consultant en communication politique, Emery Doligé s’emploie à monter en épingle les photos prétendûment compromettantes avec une approche d’une finesse rare. Comment sous-entendre que DSK roule en Porsche sans le dire explicitement et s’exposer à la contradiction. Le procédé est simple et bien connu de tous ceux qui souhaitent faire décoller une information et augmenter son référencement sur les moteurs de recherche. Il suffit de poser « naïvement » la question : DSK roule en Porsche ? Notez que le blogueur, pourtant lettré, ne prend pas la peine de formuler correctement la question « DSK roule-t-il en Porsche ? ». Ainsi l’URL de son billet devient tout naturellement « dsk-roule-en-porsche » et le tour est joué. Inattaquable, Emery Doligé (MRY) n’a fait que poser une question anodine et son enquête s’arrête avant même d’avoir commencé. Il existe des photos de DSK à côté d’une Porsche, une d’Anne Sinclair montant à bord du bolide : tout est dit et le blogueur s’empresse de conclure : CQFD… SK. Pour être sûr que l’information capitale bénéficie de l’audience qu’elle mérite, MRY la twitte à cinq reprises pour que ses 10.000 followers n’aient aucune chance de passer à côté de LA nouvelle. Le buzz est lancé et très vite, le « topic » Porsche se hisse parmi les tendances France de twitter. Même ventscontraires.net est tombé dans le panneau. Evidemment l’entourage du Président de la République, par la voix du conseiller spécial Brice Hortefeux, s’est emparé de l’affaire pour fustiger «une évolution curieuse du Parti socialiste» et ironiser sur « la Porsche au volant » qui succède au « poing et la rose » de 1981. Peu importe désormais que le couple DSK-Sinclair n'est pas propriétaire de la voiture de la honte, l’expression « gauche Porsche » vient de faire une entrée tonitruante dans le vocabulaire de la campagne présidentielle et aucun démenti n’y fera rien : le mal est fait ! Dans toute cette histoire, on peut malgré tout, comme le blogueur Versac, noter une bonne nouvelle : DSK Porsche a désormais supplanté « DSK juif » dans les suggestions de google associés à DSK. C’est déjà ça.

Le 14 décembre 2011 à 08:48
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