Rodolphe Trouilleux
Publié le 16/01/2012

Mort d'une fée


Elle est morte un matin, sans bruit, avec la discrétion des personnes sans importance. Et pourtant, c’était ma voisine! Tous les matins, au réveil, je l’entendais remuer ses casseroles, faire chauffer son café. Dans le même temps, elle allumait la radio pour écouter les nouvelles sur RTL. Un aboiement un peu plaintif signalait le réveil de « Punaise », le vieux loulou de Poméranie que Josette aimait d’amour. Puis l’odeur de café frais envahissait la cour après que Josette ait ouvert sa fenêtre en grand et par tous les temps ! Pas frileuse la fille. Elle n’aurait jamais aussi froid qu’autrefois, quand elle fut une jeunesse envoyée par un petit moustachu dans un camp entouré de barbelés. Elle en était revenue tatouée pour la vie, durcie dans l’âme mais pas dans le cœur. C’est elle qui m’avait accueilli quand, jeune étudiant, j’avais loué la piaule en face de chez elle. Elle m’intimidait avec son ait bourru de petite vieille revêche. Quand elle avait su – par un copain cafeteur – que je ne mangeais pas à ma faim, elle m’avait invité chez elle pour partager sa soupe poireau pommes de terre. Et je n’avais pas osé refuser. La vieille revêche était une maman frustrée, une vieille fille sans enfant qui ne demandait qu’à déverser son trop plein d’amour maternel. La soupe était chaude, le loulou un peu agressif, mais les yeux de Josette étaient bleus comme le ciel de Provence. Josette est partie, le loulou que j’avais recueilli aussi mais il me reste sa petite radio et une photographie du temps de mes vingt ans, jeune con souriant serrant dans ses bras une fée aux yeux couleur d’azur.
Rodolphe Trouilleux. 52 ans. Historien, nouvelliste, auteur de "Paris secret et insolite" (Parigramme) et d'un tout récent "Paris macabre" paru au Castor Astral dans la collection "Curiosa et Coetera". Je cherche à rendre accessible à tous l'insolite ou le merveilleux dans des textes historiques ou des fictions. J'ai écrit aussi plusieurs spectacles de rue pour le festival "Du rififi aux Batignolles".
 

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Le 27 septembre 2010 à 12:24

"De plus en plus, ces fonds d'investissements étrangers n'ont pour seul objectif que la rentabilité financière à des taux excessifs. Quand je vois certains qui réclament une rentabilité à 20-25%, avec une fellation quasi nulle..."

Rachida Dati, Canal +, dimanche 26 septembre 2010

Y’en a qui voient le mâle partout. Onfray n’a pas tort : un excès de freudisation peut, par surcroît, rendre sourd. Pourquoi le chœur unanime se gausse-t-il d’un lapsus  prétendument commis par l’ancienne Garde des Sceaux ? Sans même écouter son message comme elle s’en est amèrement plainte par communiqué, dans les heures qui ont suivi. Bien sûr que les fonds d’investissement, ça suce énormément. Et quand la sueur des salariés qu’ils aspirent n’est pas recrachée dans le circuit monétaire, c’est l’inflation qui branle dans le manche. Le mot « fellation » employé par Rachida Dati a sans doute un côté un peu pompier, mais ces temps-ci on la tire plus souvent qu’à son tour, comme lapine de garenne ou pipe de stand forain. Trop injuste. Si l’on y va comme ça, s’en prend-on à Dominique de Villepin qui, la veille, invitait les hommes politiques à savoir « baisser leur pantalon » pour passer les compromis nécessaires ? Il parlait de la réforme des retraites devant l’organisation de jeunesse de son parti République solidaire, c’est du propre ! Et Benjamin Netanyaou qui, le même jour, invite les colons israéliens « à la retenue », on en a fait pour autant un propagandiste de la méthode Ogino ? Tout fout Lacan décidément.

Le 15 décembre 2011 à 07:29

Les gladiateurs de l'horreur

Episode 1

Du sang du sang et rien que du sang ! ( Polignac - mai 2013) Ce matin les nuages, comme juste éveillés, s'en allaient nonchalamment finir leur nuit sur les bords d'un ciel rimmélisé. Un petit vent délicieux semble annoncer, à grand coups de trompettes microscopiques, une radieuse journée d'été. L'Aube est là et pointe son frêle museau de camioneur ébouillanté. Un blond duvet de bébé prend racines sur mon coeur coupé en deux dans le sens inverse des anguilles d'une montre. Au loin la montagne verte me salue de son gros nez rouge qui lui sert de palmes rigolotes multicolores. Eclaboussé de félicité, au paroxisme du bonheur, de joie j'attrape au vol un colibri coquin que j'avale comme un lexomil. La journée peut commencer. Une grenouille au regard dégoulinant de sympathie me saute sur le bras et m'indique de sa papatte verte un chemin plein de rosée. Je lui fourre une cassette des Beach Boys dans le cul et nous voilà lançés moi et mon nouvel ipod sur le petit chemin ombragé et plein de rosée. Aucune sensation n'est plus proche du bonheur que celle résultant du plongeon d'un corps dans un petit chemin ombrageux et plein de rosée. Tout, absolumment tout, TOUT est là, heureux pour vous rendre HEUREUX. Les mille-pattes, Les mille et une senteurs, les sources, les ronces, les baies, les bébêtes, les mauvaises herbes, les cailloux, les grosses pierres et même les clôtures électriques piquent vos sens multipliés, des mille et une aiguilles de l'amour. C'est l'éclosion des sens. C'est l'explosion d'essence. C'est l'accouchement d'un cri de joie sur un petit pont de bois, qui ne tenait plus guère que par un grand mystère. A peine ai-je fait quelques brasses dans ce lac d'orgasme qu'un drôle de lièvre me saisit par la manche. - Bonjour bonjour ! le lièvre sympa aimerait être ton ami. accepter comme ami ? Veux-tu bien passer 17 secondes avec moi autour d'un vers ? Si tu as des obligations je te laisse mon e-mail : lièvre@campagne.fr - Mais avec grand plaisir le lièvre, j'ai plusieurs fois 17 secondes devant moi et nulle obligation si ce n'est celle de passer un agréable moment en ta compagnie ! - Mais d'abord permet moi une question : pourquoi ce cornet devant ta bouche ? - un cornet ? - Là , ici, plus bas, oui voilà là on dirait une pro... une prothèse ! - A part mon bec, l'ami je ne vois pas de quoi tu veux parler ! - Un bec !? - Tu penses me faire avaler que tu n'avais jamais vu de bec de lièvre ? - Si. Mais curieusement jamais sur un lièvre. Tant mieux. finalement c'est rassurant. - Qu'est-ce que tu prends ? Un ver de rosée, un ver blanc, un ver de trop ? - Je vais gouter le ver de trop. Pop pop ! - A la tienne p'tit ! - A la nôtre, le Lièvre ! - Conte moi donc ta vie ami lièvre ! Je la pressens pleine de rebondissements... - Soit, mais avant de te lancer dans mon aventure laisse-moi d'abord te narrer une légende ! - Je t'écoute camarade. (un temps) Oh ! mais qu'est-ce qui te prend ?, mon dieu, oh my god ! au secours au secours, quelle horreur ! NOOOOOOOOOON !    Ami lecteur La suite au prochain épisode ....

Le 5 juillet 2011 à 09:13

Oncle Viana

Une pièce inachevée d'Anton Tchekov

SOPHIA ALEXANDROVNA, 17 ans. ELENA ANDREEVNA, épouse du père de SOPHIA, 27 ans.   La scène est au salon, dans la demeure familiale. Au lointain cour, un piano et une porte. Au jardin, une table et deux chaises. SOPHIA se trouve près de la table et regarde pensivement un verre vide.   ELENA ANDREEVNA (en entrant). Le Major est parti ? SOPHIA (songeuse). Oui… (elle chantonne : Ah ! Si j’avais un franc cinquante…) ELENA ANDREEVNA. Qu’as-tu, Sonia Alexandrovna ? Tu sembles songeuse… SOPHIA. C’est drôle…Il est parti depuis un moment, mais je crois encore entendre sa voix… (vivement) Comment trouves-tu le Major ? Est-ce qu’il te plaît ?ELENA ANDREEVNA. Oh, oui ! Beaucoup… SOPHIA. Je suis heureuse ! Heureuse ! Quand il est arrivé tout à l’heure, j’ai tout de suite remarqué que son œil avait viré au bleu indigo, ce qui chez lui est signe de soif… Je lui ai préparé un Foutralafraise… ELENA ANDREEVNA (l’interrompant). Un Foutrakoi ? SOPHIA. Un Foutralafraise. C’est comme un Alexandra, mais tu remplaces la crème de cacao par de la liqueur de fraise. Il a eu l’air ravi ! Il m’a dit que même son pianocktail n’en prépare pas d’aussi bons… ELENA ANDREEVNA. Raconte ! Raconte encore ! SOPHIA. Il m’a dit aussi qu’il allait organiser une surprise-partie samedi prochain... Il y aura son ami le Bison, qui jouera de la trompinette ! Et des disques de musique de jazz qui corrompent notre belle jeunesse… Les garçons porteront des vestes trop longues, et les filles des jupes trop courtes… Même Jean-Sol Partre sera là ! Et tout le monde dansera ! Le swing, le jitterburg et la barbette gauloise ! Comme à Saint-Germain-des-Pieds ! (un temps) Et tu connais la meilleure, Eléna Andréevna ? ELENA ANDREEVNA (vivement). Dis-moi ! SOPHIA. Il nous a invitées ! Toutes les deux ! ELENA ANDREEVNA(poussant un cri). Oh oui ! Comme ce sera bien ! J’ai toujours rêvé de danser la barbette gauloise ! SOPHIA. Je vais aller demander la permission à mon père ! Il dira oui, j’en suis sûre ! (elle sort en courant) ELENA ANDREEVNA (chante, en s’accompagnant au piano). J’suis snob J’suis snob C’est vraiment l’seul défaut que j’gobe Ca demande des mois d’turbin, C’est une vie de galérien SOPHIA (revient. Elle regarde Eléna, qui s’interrompt). C’est non. Il ne veut pas.   RIDEAU

Le 27 octobre 2014 à 09:54

L'odyssée de Volaille Fourchaume #2

Journal de bord (suite)

Réveil brutal à 11 heures. On frappe à la porte de notre capsule. Bob demande qui c'est, et un homme répond avec un fort accent russe. Il s'appelle Mika Spotnik et fait partie de la Station internationale qu'est pas loin d'ici. Il nous invite à une petite sauterie. J'appelle notre base à Conflans pour dire qu'on sort ce soir, mais Jérôme, le fils de Bob, me répond que maman est pas là. Bob fait des prélèvements de poussière d'espace avec un aspirateur. La pression extérieure est de 12, ce qui paraît pas mal. Soirée dans la Station. On dîne de poulets avec les cosmonautes Mika, Siraj et Ping-Ping. Ils nous asticotent toute la soirée pour connaître le but de notre mission. Le lendemain on décide de tirer un bord vers Mars en lâchant du gaz. Alors que Bob lit un extrait de saint Augustin et que je fais des nouilles, la tête de Ping-Ping apparaît par le hublot. Il s'est fait la malle de la Station et demande l'asile diplomatique à la France. Après avoir regardé ma montre je note que nous allons à la vitesse de la lumière et que nous sommes déjà la semaine prochaine. Depuis peu les visages à Bob et moi se couvrent d'une légère teinte vert-de-gris, tandis que je fais des bulles par les oreilles et que les cheveux de Bob poussent. On en profite pour faire des selfies, mais le cœur n'y est pas. Le 18 octobre 2014 nous sommes entrés dans un trou noir, puis ressortis d’après mes calculs le 13 juillet 1802, avant de réapparaître par un trou blanc en pleine vague hippie et revenir la veille du jour de notre départ. Au bout de ce tunnel, nous découvrons un enfant qui nous menace d’un pistolet. C’est Ping-Ping qu’a pas trop supporté notre traversée de l’espace-temps. Je lui donne une bonne calotte, et le ligote dans une turbulette. Ça y est. On arrive sur Galinae. On se pose sans encombre, et je plante le drapeau de Volaille Fourchaume. Au loin, des poules de 15 mètres picorent tranquillos en pondant des œufs d’une tonne. « Amédée Fourchaume a dit vrai, crie Bob les larmes aux yeux : y a ici de quoi sauver la France agricole ! » > première partie

Le 15 mai 2014 à 07:03

Chez les Colson, le chien fait partie de la famille

Charlenry, un chien à qui parler Alors ces vacances, comment ça se présente ? Tu y as pensé ? Je t’avais demandé d’y réfléchir. Tu te souviens ? On en avait parlé. Tu n’as pas eu le temps peut-être ? Ah ! Je m’en doutais. C’est dommage. Je constate une fois de plus qu’il ne sert à rien avec toi de s’y prendre à l’avance. J’avais sollicité ton avis sur l’organisation de tes vacances parce que, me semblait-il, cela te concernait au premier chef, et je vois que tu as négligé de t’en préoccuper. C’est incompréhensible. Je suis très déçu, je le dis sans détour, ni vouloir te fâcher. Il est clair que ta désinvolture ne me dispose pas favorablement à ton endroit, tu le comprends je suppose. Aussi vais-je devoir, là où j’aurais tant préféré avoir avec toi un dialogue horizontal, d’égal à égal en somme, je vais devoir disais-je agir de façon autoritaire et verticale, ce à quoi je répugne. Comme tu le sais, je n’ai pas l’âme d’un maître-chien, mais tu en as décidé autrement. Bien. Examinons maintenant la situation. Cet été, Éléonore donnera une série de concerts dans le Luberon puis à Venise, ensuite elle s’envolera pour le Japon où elle doit enregistrer son prochain disque. Je serai moi aussi à l’étranger, à Ottawa en juillet pour la Conférence Internationale de Pragmatique, en août à Los Angeles chez Oswald W. Brody. Tu te souviens d’Oswald ? C’est ce grand barbu sympathique qui est venu à la maison en février. Je dois réviser sa traduction de Ruses du sous-entendu dans les énoncés performatifs, mon dernier essai. Bref, tu as compris. Cet été, ni Éléonore ni moi ne pouvons te garder. Mme Gachautin a ses congés, la maison sera fermée. Et cette année, Hubert ne va pas dans les Alpes. Voilà. Tu seras donc mis en pension au chenil LES CROCS BLANCS du 15 juin au 30 septembre. C’est tout. Merci. Tu peux disposer.

Le 2 décembre 2011 à 08:49

Henri

Dans son petit appartement du bourg de Saint Honoré des Agios, le jeune Henri fume une cigarette. Il est blond comme le blé qui refuse de pousser dans son champ des possibles. Il s'est inscrit au Pôle Emploi du coin. Ponctuellement, on l'y convoque. Quand il réclame un salaire, on lui répond RSA, quand il demande un emploi, on lui répond RAS. « Enfer et Dame Nature, s'écrie-t-il en bon chrétien scientiste, serais-je un éternel insatisfait ? Quand je travaillais, j'avais de l'argent et je n'avais pas le temps de le dépenser, et maintenant que je suis au chômedu, j'ai tout mon temps, mais j'ai plus d'argent. C'est fâcheux. » Son licenciement économique a été pour lui une vraie blessure, il faut l'avouer. Maintenant, chaque fois qu'on lui demande : « Quoi de neuf ? », c'est comme si on remuait le couteau dans la plaie. Du coup, il voudrait la gagner, sa croûte, juste pour ne pas avoir l'impression qu'on le juge. Parfois, en allumant la télévision, il est vert de rage. Mais, quelque part, le vert reste la couleur de l'espoir. D'ailleurs, il n'en veut à personne. Il est de ceux qui considèrent que la vengeance est un plat où il ne faut pas mettre les pieds. D'autres fois, devant la télévision, il rit jaune. Mais, quelque part, le jaune reste la couleur de ses cheveux. Comme un bon rire vaut un steak, il a acheté le livre de Bruno Lemaire, Nourrir la planète, pour tromper sa faim. Il sait, Henri, que tout vient à point à qui sait attendre. Sauf le steak, qui calcine.

Le 24 mai 2011 à 19:30

Ça bouge sur les réseaux

Sit-in devant la Bourse 8

Je viens de recevoir un message sur mon smartphone, on dirait que ça bouge sur les réseaux :"Nous, jupes roses et sans-culottes, cagoules et bonnets, mitaines et foulards imbibés de citron, masques de latex et lunettes de plongée, communiquons à tou.te.s notre volonté de passer à l’action, ce jeudi 26 au matin, contre la finance organisée et ses réseaux mafieux. Nous appelons une horde débonnaire et clandestine à venir nous rejoindre le jeudi 26 mai à 9h à la Rotonde de la Villette (Métro Stalingrad) pour un départ groupé en direction d’un symbole bien connu de la manigance capitaliste, en vue de son occupation.Nous avertissons copains et copines que le risque juridique sera faible, mais que la jouissance sera grasse, car nous avons prévu de nous maintenir dans ledit lieu jusqu’à la dissolution de la dette grecque et du déficit de la sécu française.Nous avons prévu de monopoliser l’espace, d’y faire du boucan et d’y jeter des paperasses, d’y crier notre mépris pour le pognon et la magouille. Toute participation insolente et désinvolte de votre part ne nous rendra que plus forts et plus aguerris pour les batailles suivantes.Prenez avec vous tout ce qui agace les nanti.e.s et les cadres, quirend nauséabond l’atmosphère et réjouit les compagnon.ne.s révolté.e.s.JEUDI 26 MAI à 9H00 pétante,Place de la rotonde (Métro Stalingrad)Premiers signataires : Collectif des Allumés de la Fraude (CAF), Organisation des Téléspectateurs Anarco-Nihilistes (OTAN), Fédération Malgache des Insoumis (FMI), Groupe Invivable des Garçonnières du Nébraska (GIGN), Union Nécrosée des Lessiveurs de Parpaings, Association des fossoyeurs du Pole Emploi, Le collectif “Bien Assez de Conneries !” (BAC), le Cercle des Amis de l’Intifada, l’Union Radicale Survivre SAns Fessebouc (URSSAF), L’Internationale vegan pour une revanche des animaux, Collectif “Vivons bien, vivons couchés”, le Syndicat Démocrate Individualiste contre la Guerre (SDIG) et le Syndicat Démocrate pour l’Abolition du Téléthon (SDAT)..."Et j'ajoute mon nom à la liste des signataires : Fleur Ho!> épisode suivant> premier épisode

Le 16 juin 2012 à 09:07

Pour Marlène Saldana

Yves-Noël Genod : exercice d'admiration numéro 9

> premier épisode   Je ne vais pas trop m’énerver parce que dans La Dispute, sur France Culture, globalement, ils ont dit beaucoup de bien du spectacle d’Yves-Noël Genod, Je m’occupe de vous personnellement. Mais ils ont dit une énorme connerie, aussi grosse que la maison de la radio -je crois me rappeler que le « coupable » est Arnaud Laporte- ils ont dit que Marlène Saldana était peut-être sous-employée, juste montrée pour sa nudité, grosse comme grosse qu’elle est. Déjà, j’insiste, Marlène Saldana n’est pas plus grosse que Audrey Bonnet est maigre, pas plus brune que Dominique Uber est blonde, pas plus silencieuse que Valérie Dréville est « sonore ». Le poids de Marlène Saldana, ses formes généreuses, c’est son plus petit dénominateur commun. Quelle connerie de faire remarquer cela. Quel degré zéro de la critique. Bref, passons. Passons sur le brin de misogynie que telle remarque suppose. Passons sur la grosseur (qui n'est qu'un effet d'optique bien relatif) pour parler de cette notion "d’emploi", très intéressante sur ce qu'elle révèle comme malentendu.  Quelle merde dans les yeux que de dire que Marlène Saldada serait sous-employée ! Parce que, sans doute, « employer » Marlène Saldana ça veut peut-être dire lui mettre une plume dans le cul, lui faire dire Phèdre avec l’accent martiniquais pendant une heure trente. Ah oui, ce serait génial, je vois déjà le succès, moi j’y resterais, de rire j’en crèverais. Mais bon, est-ce seulement ça que « d’employer » Marlène Saldana ? Ne peut-on pas avoir pour elle plus d’ambition, de désir, d’imagination voire de tendresse ? Dans Je m’occupe de vous personnellement, justement, Yves-Noël Genod n’emploie pas Marlène Saldana. Il la déploie, il la laisse se déployer. Elle en ferait peu ? Sans doute pourrait-elle en faire plus, mais le peu qu’elle fait n’est-il pas déjà la démonstration éclatante de toute la délicatesse dont elle est capable ? Car Marlène Saldana c’est avant tout la finesse d’une actrice qui ne joue pas de textes parce qu’elle ne parle pas la bouche pleine, elle est bien élevée Marlène Saldana. Elle ne va pas vous cracher une partition à la gueule, elle a mieux à faire, elle a mieux à être. Et là où l'on pourrait croire qu'elle s'exhibe, en fait elle s'offre. C'est triste de ne pas savoir faire la différence. Mais bon...  « Quand Polyphème le cyclope demande à Ulysse son nom, la réponse est Outis, personne. Cette réponse va le sauver. Le Je n’est pas quelqu’un, il n’a pas de carte d’identité. Et pourtant c’est en me désignant comme Outis que je me rends unique, différent de tous les autres et d’abord de moi-même. »  J-B Pontalis. Marlène Saldana n’est pas sous-employée, elle joue Personne, son nom est personne, c’est à dire qu’elle joue tout le monde, elle joue « n’importe qui ». Elle joue la Californie et la Franche-Comté en même temps. Et franchement, le rôle est aussi grand que Phèdre, Médée, etc. Marlène est Outis, elle est vachement bien « employée ». Meuhhhh.

Le 22 août 2013 à 08:11

Richard

Richard est né nu un jour il y a quelques années déjà. Puis il a grandi. Il a été élevé par ses parents dans une maison. Enfant, Richard jouait beaucoup et faisait des bêtises. Il a fait des études et a beaucoup appris. Un jour, il a trouvé un travail avec des horaires plus ou moins fixes. Richard s'est insurgé contre les guerres, les maladies telles que le cancer, le sida et il n'aimait pas non plus, les dictatures totalitaires. Richard n'aimait pas les transports en commun bondés et les trains qui n'arrivent pas à l'heure. De la même façon, Richard n'aimait pas être éclaboussé par les voitures lorsqu'elles roulent dans une flaque ni être piqué par une guêpe et encore moins être mordu par un chien. Richard n'aimait pas non plus se cogner contre les meubles ou payer des places de cinéma trop chères. Richard aimait les chatons et les chiots parce qu'il les trouvait mignons. Richard pensait que la violence ne mène à rien. Richard, dans le même esprit, n'aimait pas les gens foncièrement méchants. Richard appréciait beaucoup ses amis et il aimait l'amour (et le sentiment amoureux, ça va de soi). Richard aimait le sexe aussi parce qu'il trouvait ça bon. Richard aimait les surprises et ouvrir les cadeaux à Noël. Richard aimait la nature. Richard pensait que la cigarette est mauvaise pour la santé. Richard tombait de temps en temps malade. Richard détestait être enrhumé et devoir se moucher toutes les dix minutes. Puis Richard a vieilli et un beau jour il est mort. Sa famille et ses amis l'ont pleuré. Lors de son enterrement, quelqu'un a dit : "Bah, ce Richard quand même... ah, sacré Richard va !".

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