Léviathan porte ma raison qu'à la fin je me casse
Monumenta 2011
Lorsque j’ai proposé à mon ami une « interpénétration
de nos matières pulvérulentes dans la perspective d'une médiation décomplexante »,
il a un peu hésité. Je dois l’admettre, le dossier de presse de l’exposition
Monumenta 2011 m’avait moi-même laissée quelque peu perplexe, d’autant que je n’ai
pas trouvé tous les mots dans mon Petit
Larousse illustré. J’ai essayé de lui retranscrire au mieux ce qu’il y était
dit de la complexité intrinsèque des palpitations esthétiques de l'oeuvre
d'Anish Kapoor dans son ensemble, mais il a tout de même fallu que je me
résigne à être plus vulgaire : « on va au Grand Palais voir Anish Kapoor
dans le cadre de Monumenta, on aura chaud et un clarinettiste ambianceur nous
empêchera de nous entendre correctement pendant 32 des 35 minutes qu'on aura
passées à faire la queue, on aura une conversation entraînant un quiproquo qui
nous conduira presque à une dispute, ça va être chouette, tu vas adorer ».
Finalement, on a réussi à entrer. Et on a refait la queue pour entrer dans
l'oeuvre. C'était fou.
Je veux dire, toutes ces files d'attente, quel est le
but exactement ? Non parce que moi, ça me fait certes piaffer d'impatience,
mais d'impatience d'en sortir, d'en finir avec tout ça, alors quoi, ils le font
exprès pour pourrir mes dimanches, c'est ça ?
Le pire, c'est qu'il a fallu
refaire la queue pour en sortir. Deux fois. Est-ce que ça fait partie du
dessein du Ministère de la
Culture, complotant avec Anish Kapoor ? On m'espionne, c'est
certain. On observe mon comportement. On analyse mon animalité. On me plonge
dans des viscères délirantes tout droit sorties de l'imagination machiavélique
de cet artiste indo-britannique pour
faire resurgir en moi un sentiment de crainte, de dévotion soumise au corps
originel, d'oppression organique dont j'ai un mal fou à me défaire depuis 21
ans. Ou 31.
Peu importe.
J'ai déambulé, presque ivre, à l'extérieur, sous la
charpente métallique du Grand Palais, autour de ces grosses sphères anatomiques,
me cognant l'esprit contre ces masses qui m'ont rappelé les heures les plus
sombres de mon passé médical.
Après, on a mangé un sorbet à la framboise en observant les
mouettes du jardin des Tuileries.