Eric Poindron
Publié le 17/01/2012

Un public (presque) unanime


L’immense Jules – Amédée – Barbey d’Aurevilly sortit un soir fulminant d’un spectacle théâtral qu’il jugeait fort médiocre. Il croise un critique parisien en vue et ce dernier s’adresse à l’artiste :

- Alors mon cher Barbey, qu’avez-vous pensé de la pièce de X ?

- C’est détestable, abominable et j’en oublie…

- Barbey, je ne vous comprends pas, LE PUBLIC a adoré…

Et Barbey de répondre, magnifique, définitif :

- Oui mais il est bien le seul !

Eric Poindron est éditeur, piéton, écrivain, collectionneur obsessionnel, critique, éleveurs de chats, animateur d’atelier d’écriture, détective littéraire et bibliopathonomade. Il vit dans une montagne au pied d’un phare, au milieu des ratons laveurs et des perroquets sauvages. Il est aussi le gardien d’un cabinet de curiosités et édite des livres sous l’enseigne « Curiosa & Caetea » aux éditions du Castor Astral. Il se prend pour un poète et croit que les fantômes existent.
 
> Cabinet de curiosité d'Eric Poindron
 

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Eric Poindron

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Le 23 juillet 2015 à 08:30

Gros sur la patate

Pubologie pour tous

On pourrait croire que cette publicité n’est rien d’autre qu’un tableau niais, absurde et clichetonnant d’un bonheur familial parfait tel qu’on en rêvait dans des temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Eh bien c’est plus ou moins le cas. Car ce spot est en fait une reprise de ce spot, datant de 1976. Et puisque la publicité est un miroir de la société, menons une analyse comparative des deux versions pour en tirer des conclusions sur l’évolution (ou la non-évolution) de la société. On notera par exemple, que l’on fait moins d’enfants en 2011 qu’en 1976 : 3 contre 6. Les deux restant cependant au-dessus du taux de fécondité français. Car chez nous, au moins depuis Pétain, une famille parfaite est une famille nombreuse. C’est aussi toujours Madame, en rose, qui cuisine, même si Monsieur, en bleu, est présent en 2011, alors qu’il est absent en 1976. Pour ça, merci les 35 heures ! On remarque ensuite des changements dans les préoccupations des parents. Dans les années 1970, Madame fait de la purée Bidule car elle est « sûre que tout le monde en reprend ». Puis l’obésité est passée par là, 3 des enfants de la première pub sont morts avant 40 ans d’une maladie cardiovasculaire, et l’on s’est mis à privilégier la qualité à la quantité. En 2011, Madame est « sûre de ce qu’il y a dedans », mais aussi, heureusement, « sûre que tout le monde est content ». Ben oui, 35 ans ont passé, mais le rôle de bobonne est toujours le même : contenter Monsieur et ses petits chérubins. Mais comment fait-on pour savoir aussi précisément ce que les gens attendent de la vie et de la purée lyophilisée en 2011 ? Eh bien, on n’a pas trouvé de meilleure idée que de le leur demander. Alors on a plusieurs façons de faire bien sûr. Dans le cas de ce chef-d’œuvre audiovisuel, il est fort probable qu’on ait réuni dans la même salle une petite dizaine de mamans avec deux points communs. D’une part, elles font de la purée lyophilisée à leurs enfants, et d’autre part, elles ont du temps à perdre pour des études consommateurs. Face à ces femmes, un spécialiste hautement qualifié (comprendre : un étudiant en psychologie) observe, relance et oriente la discussion, qui sera enregistrée et décortiquée pour trouver LA vérité de ce que vivent au quotidien les consommateurs de purée lyophilisée. Non, bien sûr que non n’attend pas que le consommateur nous donne une idée. Non. Bon, d’accord, quand, à la 12ème minute, Madame Duchemin a glissé un « ben une chose est sûre hein, quand je fais de la purée Bidule, je suis sûre de ce qu’il y a dedans ! », ça ressemblait à l’idée qu’on a eue, mais ça n’a fait que révéler une solution qu’on avait déjà à l’esprit sans le savoir. Bon par contre, je mettrais ma main à couper que pourtant, personne n’a dit « ben une chose est sûre, moi quand on me prend pour une cruche, ça me donne envie d’acheter de la purée Bidule !»

Le 15 septembre 2010 à 14:40

Patron de la Culture, tiens bon !

Conseil Citoyen 9

Depuis longtemps déjà, patron dans la culture, Tu diriges pépère une grosse structure Vendant et achetant à tes alter egos Des spectacles souvent qualifiés d’inégaux, Mais que toi tu défends comme étant « Grand Public ». Ce dont se satisfont tes soutiens politiques.   Cette rentrée pourtant te voit le souffle court. La femme d’un copain qui travaille à la cour T’a laissé sous entendre en sortant d’un dîner Qu’on évoque en haut lieu de te déboulonner. Depuis tu ne dors plus. Mais pourquoi tant de haine ? Qui peut vouloir ta tête et ton beau CDN ? Sait-on que tu as dit de cette région centre Où tu as tes fonctions et qui t’accueille en chantre: « Ce centre national est vraiment dramatique » ? Ce bon mot aurait-il engendré la réplique ? Que faire ou bien que dire avant que l’on t’évince ? Comment retrouver l’ombre et l’oreille du Prince ?   Saches-le, pour entrer encore au ministère Le sésame a deux mots: Restrictions budgétaires ! Ainsi, pour tes acteurs, sous-traite à l’étranger Dans un pays bien pauvre et juste ravagé Par une pandémie ou un puissant séisme. Politiquement neutre et emprunt d’exotisme Ton acte humanitaire, engagé, philanthrope, T’offrira du crédit jusqu’aux fonds de l’Europe. Choisis des spécimens assez haut en couleurs, Quelques femmes jolies, sans être racoleur, De ces jeunes qui rêvent d’atterrir en France. Aller les dénicher te fera des vacances. Qu’ils sachent bien bouger et prendre l’éclairage. Le texte quant à lui sera, en sous-titrages, Une histoire du cru traduite à ta façon Dont tu encaisseras ainsi l’adaptation. Paie-les en défraiements, ils ne s’en plaindront pas Et seront même heureux de sauter les repas Et de glorieusement reprendre leur charter Avec ce qui chez-eux vaut un an de salaire. Veille bien cependant qu’aucun d’eux ne se pique De vouloir demander l’asile politique. Bien sûr que des copains te trouveront réac, Tu feras des jaloux au sein du Syndeac, Qu’importe, il faut durer et tu pourras peut-être Finir en commandeur et des arts et des lettres.

Le 16 juillet 2013 à 07:14

Tour de France : un supporter courant à côté des cyclistes contrôlé positif à l'EPO

Cette édition 2013 de la Grande Boucle n’échappera pas aux éternels scandales de dopage. Ce matin, l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) vient d’annoncer un nouveau cas de contrôle positif. Et cette fois-ci, le choc est encore plus rude puisqu’il s’agit d’un spectateur du Tour qui est directement concerné, un Allemand de 61 ansconnu sous le nom de El Diablo. Il accompagnait en courant les cyclistes du Tour de France depuis des années déjà. Les organisateurs de l’épreuve comme les fans de la course se disent abasourdis. Affaire. L’une des figures du Tour Dieter Senft est son nom. Il est connu comme le spectateur le plus fou du Tour de France dont il parcourt les routes depuis plus de 20 ans déjà. Costume rouge et trident empoigné, il était jusqu’à aujourd’hui l’une des attractions régulières du Tour. Seulement voilà, Dieter Senft, qui s’époumonait à courir à la suite des vedettes du Tour vient d’être contrôlé positif à l’EPO par l’AFLD comme l’a confirmé ce matin Christian Prudhomme, le directeur de la Boucle : « De nombreuses analyses effectuées lors des contrôles anti-dopage traditionnels tendent à prouver que El Diablo a bien eu recours à des produits interdits pour améliorer ses performances. Nous sommes obligés de l’interdire dès à présent de toute participation au Tour de France, même dans le public. » Pour Maryse, qui chaque année part en caravane avec son mari pour suivre le peloton au fil des étapes, c’est un terrible coup dur pour l’image de l’épreuve déjà bien écornée : « C’est terrible ! Déjà les coureurs, et maintenant El Diablo…C’est terrible. C’était l’une des grandes figures du Tour, peut-être même plus que les grands noms du cyclisme qui cherchent à y décrocher le maillot jaune. El Diablo c’était le folklore, le bon état d’esprit si propre à la Grande Boucle. Ce matin, je n’arrive tout simplement pas à croire qu’il se soit dopé. » Pour Michel, un autre supporter inconditionnel de la plus grande course de vélo du monde, cette révélation n’est pas tout à fait sans surprise : « Je suis évidemment choqué comme tout le monde mais quelque part je m’en doutais un peu. On le voyait tous courir comme personne derrière les cyclistes en pleine montée d’un col. C’était suspect, surtout à son âge. Peu importe ce que disent les uns et les autres. On ne cavale  pas à cette vitesse et on ne fait pas des sauts de cette hauteur sans se doper. Et ceux qui pensent le contraire sont soit des menteurs soit des naïfs. » Christian Prudhomme, après avoir confirmé les résultats de l’Agence de lutte contre le dopage a également fait part de sa désolation et de sa tristesse : « El Diablo était un ami personnel. On se connaît depuis que je dirige le Tour de France. C’est un peu une trahison qui vient une énième fois jeter le discrédit sur le cyclisme, et en même temps une déception dans ma vie personnelle particulièrement dure à vivre aujourd’hui. »  Une suspicion devenue générale Après cette terrible révélation, le Tour semble à nouveau accuser le coup alors que la course avait jusque là échappé aux affaires de dopage. Désormais, chacun devient suspect. A.S.O, la société organisatrice, a annoncé, dans une volonté de transparence, vouloir renforcer les contrôles anti-dopage pour « toutes les personnes impliquées de près ou de loin » dans le Tour de France. Un grand ménage qui aurait d’ailleurs même déjà commencé avec une grande campagne d’analyse d’urine chez les motards de France Télévisions qui suivent à longueur de journée les coureurs du peloton. Le Gorafi

Le 16 juin 2012 à 09:07

Pour Marlène Saldana

Yves-Noël Genod : exercice d'admiration numéro 9

> premier épisode   Je ne vais pas trop m’énerver parce que dans La Dispute, sur France Culture, globalement, ils ont dit beaucoup de bien du spectacle d’Yves-Noël Genod, Je m’occupe de vous personnellement. Mais ils ont dit une énorme connerie, aussi grosse que la maison de la radio -je crois me rappeler que le « coupable » est Arnaud Laporte- ils ont dit que Marlène Saldana était peut-être sous-employée, juste montrée pour sa nudité, grosse comme grosse qu’elle est. Déjà, j’insiste, Marlène Saldana n’est pas plus grosse que Audrey Bonnet est maigre, pas plus brune que Dominique Uber est blonde, pas plus silencieuse que Valérie Dréville est « sonore ». Le poids de Marlène Saldana, ses formes généreuses, c’est son plus petit dénominateur commun. Quelle connerie de faire remarquer cela. Quel degré zéro de la critique. Bref, passons. Passons sur le brin de misogynie que telle remarque suppose. Passons sur la grosseur (qui n'est qu'un effet d'optique bien relatif) pour parler de cette notion "d’emploi", très intéressante sur ce qu'elle révèle comme malentendu.  Quelle merde dans les yeux que de dire que Marlène Saldada serait sous-employée ! Parce que, sans doute, « employer » Marlène Saldana ça veut peut-être dire lui mettre une plume dans le cul, lui faire dire Phèdre avec l’accent martiniquais pendant une heure trente. Ah oui, ce serait génial, je vois déjà le succès, moi j’y resterais, de rire j’en crèverais. Mais bon, est-ce seulement ça que « d’employer » Marlène Saldana ? Ne peut-on pas avoir pour elle plus d’ambition, de désir, d’imagination voire de tendresse ? Dans Je m’occupe de vous personnellement, justement, Yves-Noël Genod n’emploie pas Marlène Saldana. Il la déploie, il la laisse se déployer. Elle en ferait peu ? Sans doute pourrait-elle en faire plus, mais le peu qu’elle fait n’est-il pas déjà la démonstration éclatante de toute la délicatesse dont elle est capable ? Car Marlène Saldana c’est avant tout la finesse d’une actrice qui ne joue pas de textes parce qu’elle ne parle pas la bouche pleine, elle est bien élevée Marlène Saldana. Elle ne va pas vous cracher une partition à la gueule, elle a mieux à faire, elle a mieux à être. Et là où l'on pourrait croire qu'elle s'exhibe, en fait elle s'offre. C'est triste de ne pas savoir faire la différence. Mais bon...  « Quand Polyphème le cyclope demande à Ulysse son nom, la réponse est Outis, personne. Cette réponse va le sauver. Le Je n’est pas quelqu’un, il n’a pas de carte d’identité. Et pourtant c’est en me désignant comme Outis que je me rends unique, différent de tous les autres et d’abord de moi-même. »  J-B Pontalis. Marlène Saldana n’est pas sous-employée, elle joue Personne, son nom est personne, c’est à dire qu’elle joue tout le monde, elle joue « n’importe qui ». Elle joue la Californie et la Franche-Comté en même temps. Et franchement, le rôle est aussi grand que Phèdre, Médée, etc. Marlène est Outis, elle est vachement bien « employée ». Meuhhhh.

Le 25 juillet 2013 à 09:25

Mollo ! Mollo

Carnet de voyage. C'était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d'Amilcar. Non... c'était à Ürgrübn en Cappadoce, dans la love valley. Après une soirée dansante et arrosée dans un restaurant-grotte, nous n'avons pas envie de rentrer à l'hôtel. Alors, nous prenons le parti de faire comprendre au chauffeur turc du bus de rouler au pas. Nous cherchons des mots dans des langues différentes jusqu'à ce que, en désespoir de cause et, surtout, en manière de plaisanterie, je lance « Mollo ! Mollo ! ». Compréhension et exécution immédiate. Cette injonction est courante dans le vocabulaire familier des machinistes. Elle signifie : aller doucement à la manœuvre. Par exemple : charger à l'amoureuse. Autrement dit, faire descendre lentement le rideau, afin qu'il ne se fasse pas voler la poussière. En revanche, il s'agit de l'appuyer (de le monter), il ne faut pas lui faire faire l'avion. Si le mot mollo est, selon les dictionnaires, apparu tardivement dans le vocabulaire du spectacle vivant – en 1933 -, il est courant, depuis longtemps, dans celui de la marine. Il vient du verbe mollir, utilisé en météorologie marine pour dire que le vent tombe. Or, théâtre et marine sont intimement liés. Les théâtre à l'italienne, à leurs débuts, ont engagé des marins, puisque ce type de théâtre nécessitait des compétences de la marine à voile. Les marins ont apporté leurs superstitions sur les planches en faisant de l'emploi de l'emploi du mot « corde » un interdit ; c'est dire le fatal si le mot « corde » échappe à un machiniste. Sur un bateau, aussi, d'autres mots comme bout (en prononçant le « t »), filin, ganse lui sont substitués. Non seulement par mesure de précision, mais aussi parce que le seul lien qui continue à s'appeler « corde » sur un bateau est celui de la cloche avec laquelle on salue les morts. Les suicides par pendaison qui eurent lieu ensuite sur une scène vinrent renforcer l'interdit. Sur un bateau, on ne mange pas de lapin : il ronge le chanvre des cordages. Un autre exemple de proximité entre la marine et le théâtre : la gamelle. Il s'agit d'une sorte de projecteur mobile placé sur un pied orientable, destiné à éclairer une partie du décor, et non pas les comédiens. Sur un bateau, la gamelle est la soupière pour chaque plat des matelots, composé de sept hommes. N'avoir ni quart ni gamelle, c'est n'avoir rien à faire à bord. A la Comédie-Française, une expression était utilisée dans les années 1970 : chercher la gamelle au frigo, chercher un projecteur dans l'une des réserves du théâtre, endroit non chauffé, où il faisait frigo... Sur un navire comme sur les planches, marins et comédiens sont embarqués sur le même bateau.

Le 18 août 2011 à 08:23

À vendre : Coussin de Culture

Chers spectateurs, grâce au coussin de culture, offrez-vous pour la rentrée l’indispensable objet qui vous accompagnera tout au long de la saison culturelle. Plus que l’incontestable gain de confort qu’il apportera à votre postérieur fatigué par les insupportables fauteuils qui équipent théâtres et salles de spectacles, le coussin de culture est avant tout le moyen de reprendre la parole en douceur.Offrant une face rouge et une autre verte, il permet de marquer son enthousiasme ou son dégoût. Il suffit pour ce faire, de le brandir vigoureusement au dessus de sa tête en orientant la face appropriée vers la scène. Prenez garde tout de même à ne pas fâcher vos voisins de derrière en abusant de cet usage.Si votre voisin direct ne partage pas votre appréciation du spectacle, vous pouvez le frapper sans retenue armé de votre coussin. Attention, il n’est pas garanti qu’il soit, comme vous, l’heureux propriétaire d’un coussin de culture. Dans ce cas, il sera peut être tenté de vous frapper à son tour avec la première chose qui lui tombera sous la main : le programme, son sac, son parapluie, son poing, un autre spectateur…Durant un spectacle comique, si votre voisin direct s’entête à éclater de rire systématiquement quelques dixièmes de seconde avant vous, ou pire, quelques dixièmes de seconde avant même que l’effet comique soit totalement achevé par son ou ses interprètes, étouffez-le en appliquant uniformément votre coussin sur sa bouche et son nez.Une fois le spectacle terminé, plutôt qu’une ovation bruyante et désordonnée, frottez votre coussin de culture contre votre torse d’un mouvement circulaire et régulier, face verte orientée vers la scène. Si vous n’avez pas apprécié, levez-vous, tournez-vous, et fessez-vous (délicatement) à l’aide de votre coussin, face rouge orientée vers la scène.Dans le cas d’un rejet profond du spectacle, pendant le salut, rien ne vous empêche de propulser violemment votre coussin de culture directement sur les acteurs. Grâce à la texture douce et soyeuse de sa toile 100% coton, et à son fourrage en plume de goéland (oiseau bien connu pour son esprit critique), les dits acteurs vous en seront reconnaissants.Sur le chemin du retour, dans le taxi, le métro ou le bus, placez votre coussin sous votre tête et reposez vous un peu. Faites le vide. Vous l’avez bien mérité. Alors, cher spectateur, n’hésitez plus, exprimez-vous, impliquez-vous, commandez sans plus attendre votre coussin de culture. Attention, il n’y en aura pas pour tout le monde !Profondément,La régiePS : Journalistes, critiques, partenaires institutionnels, le coussin de culture « face rouge / face verte » existe aussi en version « face verte / face verte », et en version « face rouge / face rouge ». Une version « face blanche / face blanche » est en cours de conception.

Le 4 mai 2012 à 09:09

Je suis chocolat !

Dans le langage courant, être chocolat, c'est être berné, roulé dans la farine et, plus familièrement, être entubé, l'avoir dans l'os, pour ne pas aller plus loin dans la grossièreté.   Il est admis que cette manière de dire viendrait d'un numéro de clowns ; des clowns qui se produisaient, à Paris, au Nouveau Cirque, en 1896.   George Tudor Hall, dit Footit (1864-1923) était un clown blanc au costume pailleté ; il portait des culottes à pompons laissant nus de gros mollets et un chapeau pointu ; son maquillage renforçait la grimace sanglante de la bouche. Jean Cocteau, qui a vu le spectacle, évoque «  sa voix de duchesse folle », apportant sur la piste « une atmosphère de nursery du diable, où les enfants retrouvaient leurs malices sournoises »   Raphaël Padilla, dit Chocolat (1868-1917) était cubain. Il portait un habit rouge, des escarpins vernis, des bas de soie, un gilet blanc, un petit chapeau melon qu'il ne manquait pas d'épousseter chaque fois qu'il tombait par terre. Avec lui, Footit était d'une mauvaise foi extraordinaire, comme l'annonçait une entrée de clowns appelée Les Deux bouts de bois. Et quand il avait perdu, Chocolat qui était l'Auguste, n'avait de cesse de répéter : «  Je suis Chocolat ! ».   Pour Félicien Champsaur, l'auteur de Lulu – Roman clownesque (1929), Footit « est noir comme l'âme d'un banquier »... surtout quand il entraîne son partenaire dans des jeux cruels du genre : « Nous allons jouer à nous crever les yeux. C'est moi qui commence ! »   C'est l'éternel conflit du fort et du faible, la domination du naïf sur le malin.   Il était tentant pour l'histoire du spectacle et des mots de s'arrêter à cette date : 1896. Mais faire le chocolat existait au moins une décennie auparavant, utilisée par les bonimenteurs dans le sens de jouer à la dupe pour mieux entréper, pour mieux berner le client, le gogo, le pigeon, celui qu'il convient d'arnaquer.   En fait,si le clown Chocolat a donné un corps et un costume à l'expression, elle est bel et bien liée au langage lui-même. Le chocolat étant l'équivalent du cambouis, du charbon, du goudron pour évoquer la sodomie.   Se faire ramoner la turbine à chocolat ou se laisser faire une visite guidée des usines Suchard, c'est aimer le chocolat, avoir des penchants sodomites.   Être chocolat, n'est-ce pas plus jouissif que cette fade expression se faire avoir ? Et, pour se consoler, avoir recours à du chocolat... en tablette.

Le 3 décembre 2011 à 10:27

Jean-Marie Decheneux

Les cracks méconnus du rire de résistance

Ce mois-ci, les loulous, je vais me faire tout petit-petit et m’effacer résolument devant un véritable petit chef d’œuvre d’humour mutin flagellant qui n’était pas du tout destiné à être diffusé. Il s’agit de la lettre historique qu’adressa en 1966 un bouquiniste wallon, toujours en vie présentement, aux responsables des services hospitaliers de l’Assistance publique de Liège. Lesquels, suite au recommandé qui suit, durent se réunir d’urgence pour statuer sur le bien-fondé des trois contre-propositions qu’y formulait leur ancien patient involontaire Jean-Marie Decheneux. Après bien des tergiversations, c’est sur la solution n°2 que l’Assistance publique se rabattit. Attention, il s’agit là d’une histoire belge, les chiffres figurant dans cette lettre doivent être reconvertis en francs français.   Lettre à l'Assistance publique (1966) Messieurs de la Recette de l'hôpital de Bavière (Assistance publique), il y a un peu plus d'un an, j'ai eu le relatif avantage de séjourner quelque temps dans vos locaux. J'y avais été amené à la suite d'une absorption volontaire et massive de barbituriques. Ayant décidé – avec impulsivité peut-être, mais sain d'esprit – de cesser définitivement tout commerce avec ce qu'il est convenu d'appeler mes semblables, j'avais jugé ce moyen propre à ne pas déranger trop de monde. Mal m'en prit : ma femme, âme sensible, s'émut des teintes curieuses que prenait mon véhicule charnel en voie d'anéantissement, d'où mon arrivée chez vous. Vous me sauvâtes donc ce bien qu'on dit le plus précieux : la vie. Je sortis de vos établissements affligé d'une pneumonie mais sauf. Je me remis besogneusement à exister et, jusqu'à ce jour, je croyais bien ne plus avoir, de longtemps, à vous considérer. Je recevais bien de temps à autre quelques papiers portant en guise d'en-tête votre raison sociale, mais, croyant qu'il s'agissait là de publicités pharmaceutiques que ma qualité d'ancien pensionnaire me valait de recevoir, je les mettais d'une main négligente au panier. L'aspect plus solennel de votre envoi du 17 courant (ref: n°1267/2823/05/x) fit que je lui accordai une attention plus soutenue. J'appris ainsi que vous me réclamiez depuis huit mois une somme de 779 FB pour vos bons soins et que, faute de paiement dans les huit jours, vous vous verriez – pour reprendre vos propres termes – « dans l'obligation de recourir à des mesures de contrainte ». Sans préjuger de la nature, ni de l'importance, de ces dernières, les raisons m'apparaissent nombreuses de ne pas donner suite à cette mise en demeure : 1. d'ordre pratique d'abord ; Il me serait fort difficile de réunir une somme de 779 FB en d'aussi brefs délais, mes bénéfices habituels restant fort en deça d'un tel chiffre ; 2. d'ordre strictement technique ensuite : Il me semble pour le moins étrange que je sois tenu de payer des soins que je n'ai jamais sollicités, qui m'ont été infligés contre mon gré et dont le but manifeste était de contrecarrer ma volonté consciente. De surcroît, durant mon séjour chez vous, j'ai été victime, suite à quelques négligences dans le manipulement de ma personne physique, d'un petit traumatisme crânien dont je porte encore la trace visible, à savoir un espace de peau de 3 x 2 cm entièrement dégarni de cheveux. Je n'ai toutefois jamais songé à vous tenir rigueur de cet accident et encore moins à vous réclamer un dédommagement, quelque manifeste que soit le préjudice moral et esthétique subi ; 3. d'ordre moral enfin : Le nom même de votre organisation – Assistance publique – m'inspire la plus grande méfiance. Je suis d'abord opposé à toute forme d'assistance tant aux pays sous-développés qu'à qui que ce soit ; cette forme particulièrement pernicieuse de charité n'ayant pour objet que de retarder les révolutions libératrices et, de surcroît, je dois vous avouer que la simple référence à toute forme de public, groupe, communauté ou société suffit à éveiller en moi des allergies. Toutefois... Désireux de trouver malgré tout une solution satisfaisant les deux parties et guidé, je l'avoue, par le souci de vous éviter des démarches fatigantes et – qui sait ? – peut-être coûteuses, je prends la respectueuse liberté de vous proposer l'arrangement suivant : je suis prêt à vous verser mensuellement une somme de 10 FB jusqu'à extinction complète de ma dette, soit durant une période de 6 ans et 5 mois. Il va sans dire que, tenant compte du caractère éminemment philanthropique et prophylactique de vos services, je ne vous ferai pas l'injure de vous proposer le moindre intérêt. Trois possibilités s'offrent à vous : 1. Devenus sensibles au côté « technique » de mes précédents arguments, vous renoncez à me réclamer la somme de 779 FB (si je ne devais plus avoir de nouvelles de vous, j'interpréterais ce silence comme une décision en ce sens). Le cas échéant, vous n'auriez d'ailleurs pas à vous en repentir ; je me ferais un devoir de recommander votre maison à mes amis et connaissances ; 2. Tenant par-dessus tout à percevoir ladite somme de 779 FB, vous acceptez l'arrangement que je vous propose (veuillez dans ce cas m'en avertir dans les plus brefs délais, je ferai immédiatement un premier versement de 10 FB à votre CCP) ; 3. Négligeant tout ce qui vient d'être dit, vous persistez dans votre intention d'user de « mesures de contrainte ». Dans ce cas, je me verrai contraint de vous restituer la vie que vous m'avez prêtée en m'excusant de l'avoir conservée aussi longtemps indûment. J'userai alors d'un procédé plus expéditif que celui qui fut à l'origine de notre rencontre : j'ai l'avantage d'occuper le troisième étage de l'immeuble où je suis domicilié, la distance séparant mes fenêtres du trottoir me paraît suffire à l'exécution de mon dessein. Est-il besoin de dire que je souhaite vivement vous voir choisir l'une des deux premières solutions. Inquiets comme vous l'êtes de l'ordre public et de la propreté des rues, je crois pouvoir vous faire confiance à ce sujet. Dans l'attente de vos nouvelles, recevez, Monsieur, l'expression sincère de ma considération distinguée.   Jean-Marie Decheneux   P.-S. Auriez-vous l'obligeance extrême de me faire parvenir le détail de ma dette de 779 FB. Je suis particulièrement curieux de savoir si les secours de notre mère la Sainte Eglise catholique qui me furent aimablement et obligatoirement fournis dès mon arrivée en vos locaux ont été tarifés et si oui à combien. Merci.

Le 11 décembre 2012 à 10:10

Faire le Grand Chabanais

C'est, de la part du public, manifester sa désapprobation devant un spectacle qui ne l'a pas satisfait. C'est, pour parler clairement, faire le bordel. Soit en proférant des huées, soit à la fin du XIXe siècle surtout en lançant sur la scène différents projectiles ; des tomates bien mûres, surtout. L'expression fait référence à un bordel de luxe, le Chabanais, situé au 12 de la rue Chabanais, à Paris, entre la Bibliothèque Nationale de la rue de Richelieu et la Comédie-Française. Ouvert en 1878, il était fréquenté par une clientèle de haut vol, en particulier par le prince de Galles. Là, il avait ses habitudes et son fauteuil surnommé l'Indiscret, destiné à des goûts raffinés. Cet accessoire n'était pas le seul ; il y avait aussi une baignoire. Edouard VII la faisait remplir avec du champagne ; des prostituées triées sur le volet, ses préférées, y prenaient un bain. Il buvait quelques verres de cette eau en compagnie de quelques amis. Cette baignoire en cuivre était très sophistiquée : un cygne aux ailes déployées était sculpté comme le sont les femmes aux seins arrogants, placées à la proue d'un navire. Elle fut vendue, en 1951, à un antiquaire parisien. Acquise à un prix fabuleux par des admirateurs de Salvador Dali, elle lui fut offerte, en 1972, alors qu'il demeurait à l'Hôtel Meurice. Il la fit garnir de fleurs et y fit installer un appareil téléphonique surmonté d'un immense récepteur. Autant dire qu'il ne partageait pas les passions d'Edouard VII. On ne doit pas au Chabanais seulement une manière de dire. Rendre visite au Président du Sénat s'employait, à la Belle Epoque, en guise d'excuse par un homme souhaitant cacher à son épouse, sous un prétexte professionnel, une escapade galante. Un équivalent, dans le vocabulaire du théâtre à : avoir un raccord à faire, être raccord. Autrement dit : mettre au point, à la dernière minute, le spectacle avant la représentation. Rendre visite au Président du Sénat figurait sur les documents officiels au moment de la visite de souverains. Entre la soirée de gala à l'Opéra et la réception à l'Hôtel de Ville, le chef du Protocole de l'Elysée prenait soin de prévoir, pour les plus audacieux, une visite au Chabanais qui, célèbre dans le monde entier, faisait partie du rayonnement français.

Le 5 novembre 2013 à 08:52

Les films pornographiques critiqués pour leur manque de réalisme dans les scénarios

Les cinéphiles sont en colère. Selon eux, les films pornographiques ne seraient pas assez réalistes dans leur scénario. Erreurs, contre-sens, ou parfois réalisme scénaristique, autant de griefs qui leur sont reprochés. Greg a 27 ans. Comme toutes les personnes de son âge, il consomme régulièrement des films pornographiques. Et comme d’autres récemment, il s’est ému du manque de réalisme cinglant dans certaines scènes. « La première fois que j’ai noté cela, c’est dans une scène où on aperçoit une très grande télé à l’arrière plan… L’héroïne est censée être une étudiante. Ce n’est juste pas possible qu’avec ses économies elle ait pu acheter ce genre de téléviseur ». Des détails qui empêchent selon lui de se concentrer sur l’action des protagonistes. « D’autant plus que la fille semble vivre dans un deux-pièces assez luxueux. Là aussi, peu crédible pour une jeune étudiante ». Un sentiment qui va en grandissant sur les réseaux sociaux et Internet. Pour beaucoup, le modèle économique présenté dans les films pornographiques est tout simplement fictionnel et irréaliste. « Dans la plupart des films que j’ai vus, quand une jeune fille a une fuite d’eau, le plombier semble arriver quasi instantanément. Moi j’ai dû attendre trois semaines à Paris » raconte Camille, 24 ans qui anime un site qui recense les erreurs les plus courantes dans les films pornos. Et la jeune fille de citer une autre scène très critiquée où une avocate séduit en même temps deux hommes en cellule de garde. « Totalement irréaliste, légalement il y a obligatoirement la présence d’un officier de police judiciaire. De plus la scène s’éternise et personne ne vient voir ce qui se passe dans cette cellule, malgré le bruit des ébats » commente-t-elle sur son blog. « Un minimum de réalisme, c’est tout ce qu’on demande. On a un peu l’impression qu’on nous prend pour des idiots, qu’on nous fait avaler n’importe quoi. Nous ne sommes pas naïfs » conclut-t-elle. Des accusations prises très au sérieux par plusieurs sociétés de productions de films pornos qui ont annoncé leur intention de revoir leur procédé d’écriture afin d’offrir des films plus réalistes et plus ancrés dans la réalité. Marc Dorcel Video semble devancer les critiques et proposera à la VOD un film pornographique plus réaliste. L’histoire serait celle d’une jeune fille attendant la venue d’un plombier pour une fuite, en vain. « L’appartement de la jeune fille s’inonde tandis qu’elle attend pendant trois semaines l’arrivée de l’artisan, laissant libre court à ses fantasmes tout en étant en communication avec son assureur » résume la fiche du film en VOD la semaine prochaine. Le Gorafi  

Le 17 août 2015 à 09:08

De ma participation contre le mansplaining

Quand un HOMME vous dit : - L’avortement, je ne suis pas foncièrement contre, mais… On en reparle quand tu seras doté d’un utérus, ok ? - Les filles maquillées, en jupe et avec des talons c’est quand même vachement plus sexy. Vas-y, commence en premier, mec. Je te regarde.   - Tu sais, je ne suis pas contre le féminisme, mais il y a des priorités dans les combats des femmes. Fais-moi la liste de tes priorités pour ne pas déranger ton petit confort de mâle dominant, que j’aille en faire un autodafé.   - Les féministes, je les supporte à partir du moment où elles ne me cassent pas les pieds avec leur hystérie. Et moi les hommes je les supporte à partir du moment où ils ne me disent pas comment penser et réfléchir. Bisous.   - Tu sais, ton histoire de dégenréer la langue franchement, t’as pas autre chose à faire ? Non.   - Si tu veux mon avis… Je ne pense pas te l’avoir demandé.   - Holala, vos histoires de gonzesses ! On parle prostate de suite, histoire de te mettre à l’aise, ou on attend un peu ?   - Je ne comprends pas pourquoi tu n’as pas allaité tes enfants. C’est mieux pour la relation mère/nouveau-né. Rappelle-moi combien de fois tu t’es levé la nuit pour aider ta compagne qui venait d’accoucher ? Ah oui, tu n’entendais pas le bébé pleurer. Tu es sourd. La masturbation, tout ça…   - Ce n’est pas en t’acharnant sur ce type de sujets (ton méprisant) que tu vas faire évoluer la société pour les droits des femmes. Tu ferais mieux de… … De ne pas écouter un mot de plus de ta diatribe sous peine de me créer un ulcère.   - Moi je les connais pas les mecs dont tu parles, je sais pas où tu les croises. J’aurais bien une réponse, mais je vais rester polie.   - Il faudrait arrêter de monter en épingle les propos de X, Y ou Z, occupe-toi des vrais problèmes. Là, tu deviens mon vrai problème, tu vois.   - Tu es certaine qu’il a dit ça ? Bon, écoute, y a pas mort d’homme non plus. Non mais il y a humiliation de femme.   - Tu n’as pas d’humour, franchement. Tu sais ce qu’on dit, « femme qui rit », etc. Et ben là, tu vois, tu vas même pas pouvoir rêver de mon petit orteil.   - Tu te rends compte tout ce que tu as réussi à faire en tant que femme ? Faut croire que je ne suis pas encore parvenue à être traitée en être humain lambda en revanche.   - Une femme doit faire des enfants. C’est important pour elle. Sinon, ça va la vie ?   - Non mais vous parlez d’agression sexuelle à toutes les sauces maintenant, c’est n’importe quoi ! D’ailleurs ça commence quand une agression sexuelle ? Avec ta main actuellement sur mon cul alors qu’elle n’y a pas été invitée.   Vous pouvez continuer la liste ad lib. Et vous avez le droit de crier aussi. Parce que oui, c’est insupportable.    Dessin : James

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