Christian Chavassieux
Publié le 27/01/2012

Va-nu-pieds


Militons un peu, voulez-vous ? Et pour une chose à peu près inutile, en tout cas bien vaine au regard des urgences de ce monde : la possibilité de marcher pieds nus dans les musées.
Il nous arrive à tous d’avoir mal aux pieds après deux heures de marche et de piétinement dans les salles les plus réputées. Personnellement, je ne résiste pas à la délicieuse sensation de quitter mes chaussures pour ensuite visiter à mon aise, enfin réceptif à toutes les merveilles, ma paire de pompes dans le dos, tenue à la main. Mal m’en prend ! Aussitôt, une armée de gardiens, ou des conservateurs appelés à la rescousse, viennent m’intimer l’ordre de me rechausser. Avant d'obtempérer, je demande, au fond, quel est le problème. Personne n’ose dire « ça ne se fait pas », alors on évoque la sécurité : je pourrais, c’est vrai, lancer une chaussure sur une toile. Mais n’importe lequel des visiteurs peut le faire, et puis les sacs à main des dames alentour me paraissent tout aussi dangereux. Non, ça ne tient pas. Seule une espèce de bienséance oblige à se martyriser les pieds au musée. On ne peut même pas parler de sacralisation du lieu, car un geste insigne des lieux sacrés et de s’y déchausser, justement. Ce qui fait obstacle à cette pratique est le manque d'habitude, la marginalité. Je propose donc une campagne nationale de promenade nu-pieds dans les musées. On commence samedi prochain.
Chavassieux écrit, "et c'est bien à peu près tout ce qu'il est capable de faire", soulignent ses ex. On peut retrouver ses petites phrases et de courtes nouvelles sur son blog, KRONIX. Il est aussi l'auteur de plusieurs romans (le baiser de la Nourrice, Le psychopompe, chez JP Huguet éditeur, Mausolées et Les Nefs de Pangée, chez Mnémos, et L'Affaire des Vivants, chez Phébus), de pièces de théâtre (Le rire du Limule, Peindre, Pasiphaé, Minotaure...) mises en scène par François Podetti au sein de la compagnie NU, de textes poétiques (Les chants plaintifs, édition La petite fabrique ou Nos Futus, chez Sang d'Encre), d'un essai sur sa ville (J'habitais Roanne, chez Thoba's éditions), il est invité à participer à des revues (MIcrobe, le chasse-patate, etc.). 

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Christian Chavassieux

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L'amour en kit

À propos de "Ma mère et les autres", l'exposition de Pippo Delbono à la Maison Rouge

     Trois pièces, comme trois moments ou périodes de la vie du metteur en scène Pippo Delbono : le réfectoire, la chambre noire et le dédale blanc. Derrière ces espaces, comme en surimpression : l'asile, la chambre mortuaire et la scène.      Ma mère et les autres montre spatialement un virage, un U-turn comme dit la langue pragmatique des anglo-saxons. L'allure de l'exposition, entre le chantier et le bloc opératoire, est là pour ne pas encombrer la parole de son concepteur, pour justement exiger de nous d'en devenir les témoins attentifs. C'est l'exposition d'un homme qui voyage léger mais qui voyage des choses lourdes.      Les fines bâches de plastique y font à la fois office de cloisons et d'écrans. Les images de sa mère agonisante tournées au portable, comme plus tard celles insouciantes et joyeuses de Bobò punaisées au mur, insistent sur leur caractère profondément « pauvre », nécessaire et à portée de main. Une mallette posée à la fin dans l'une des salles, ouverte comme ultime symbole de cette exposition.      Les paroles étouffées de la mère se fondent lentement dans les cris d'enfants, ou de « grand-père » se demande le metteur en scène, et qui sont ceux de Bobò. Un plan de fin chaplinesque les réunit bras dessus bras dessous. Une phrase de St-Augustin citée plus tôt par sa mère résonne d'un tout autre sens : « Je ne t'ai pas abandonné, je t'ai seulement précédé ». Ma mère et les autres, c'est cette tentative d'un homme de 55 ans d'avoir voulu devenir mère à son tour. >Texte en intégralité sur http://mamereetlesautres.com/

Le 24 juin 2010 à 16:07

Della Monna Lisa al Cavaliere della Notte

Réponse aux textos de Pierre Notte à Mona Lisa

Treize messages reçus.  Archivés. Tredici piccoli testi en mémoire dans ma petite boîte noire. Treize, nombre étoilé au ciel mathématique, mon chevalier de la nuit.Pourquoi répondre ? Si tu m’avais vraiment regardée, tu aurais vu ce que cachaient mes mains abandonnées sur mon giron. Si tu m’avais observée, tandis que d’un coup de pouce tu expédiais tes messages, tu aurais vu s’abaisser mon regard, s’entrouvrir discrètement mes doigts. A chacune des treize fois, tu aurais perçu le frisson sur ma peau à l’apparition de ton nom. Tu aurais vu se creuser mes fossettes et se fendre mes yeux. « Regardez ! Elle sourit ! », s'extasiaient les convenus. « C’est moi qu’elle regarde ! », clamaient les vaniteux. Non je ne répondais pas. Je cherchais par-delà le troupeau moutonnant ta silhouette fébrile. T’apercevais me regardant mais ne me voyant pas. D’ailleurs tu étais souvent en compagnie. Gérard Philipe, Catherine Deneuve, des journalistes, deux petites dames du Nord… Rarement seul.Alors… Garce ? Non ! Juste une ragazza comme une autre, un peu sage, un peu folle, un tantinet perverse. Tu m’en veux, n’est-ce pas, d’avoir publié mon courrier intime, et toi seulement en page 117, entre Valmont et Sibleyras ! Tu ne supportes pas d’être un parmi d’autres ! Petit garçon… Mais si j’avais répondu, je n’aurais plus reçu ton désarroi, tes impatiences, tes menaces et tes serments ! Nous nous serions perdus à parler pour ne rien dire que des banalités.Pourtant, je romps l’omerta aujourd’hui. Parce que j’ai peur. Oui, moi, la Gioconda ! Peur qu’un jour tu ne te lasses, ne te taises à ton tour. Peur de ne plus sentir vibrer tes mots et que meure à jamais mon envie de sourire quand je pense à toi.> voir Pierre Notte "Textos restés à ce jour sans réponse à madame Lisa" 

Le 23 septembre 2012 à 10:47

Mona Mailing n°5

Attendez voir si je me lève !

Dites-donc vous ne voyez pas que derrière mon écran de sfumato, je suis brûlante comme l’Etna ? Et entière ! Un jour, je vous jure, je sortirai de mes gonds. Les alarmes pourront bien hurler, je sauterai par-dessus votre fichu cordon sanitaire et je sortirai la boîte à gifles. Je ferai voler les appareils photos et les téléphones mobiles, je fendrai la foule, je dégringolerai les marches 4 à 4, et, ô jouissance absolue... j’exploserai les présentoirs. Fini la Joconde en tête de gondoles, non mais quelle infamie pour une Florentine ! Je pulvériserai les tasses, tordrai le cou aux cravates, lacérerai les livres. Je laisserai juste les cahiers de coloriage pour que les gosses et les Duchamp continuent à m’en faire voir de toutes les couleurs. Qu’est ce que ça fera du bien, depuis le temps que j’en rêve… plus de deux siècles que ce traître d’italien francisé, ce révolutionnaire césarisé m’a livrée aux peuples acculturés. Moi qui aimais tant l’intimité troublante des cabinets privés, la confidence et l’exclusivité, le souffle chaud et les doigts caressants sur mon décolleté. Que du prince, que du roi, que du gibier de choix ! Maintenant c’est le tout venant. Pas de tri sélectif, l’incessant défilé et jamais de sévices. Fini le gémissement du vernis qu’on écorche, le craquement du bois qu’on lapide, les enlèvements romantiques, les amants éperdus qui risquent la prison, les amours défendues. J’avais l’habitude avec Giocondo ! L’amour qui déchire, cris et réconciliations et pour finir la couche et de jolis enfants. Voilà, vous êtes contents : je suis cataloguée ! Me voici définitivement fille publique, en pâture. Mona Lisa, fille de joie. 9€ la passe. Produits dérivés en sus. Sauf le mardi pour cause de repos et contrôle sanitaire.

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