La découverte de gisements fossilifères est le plus souvent affaire de patientes prospections et de méthodes éprouvées. Plus rarement de hasard et de détermination. A l’occasion, elle peut résulter d’observations originales et qui n’ont rien à voir avec la demarche scientifique.
C’est ainsi qu’en 1898, des paléontologues en campagne remarquèrent sur une colline du Wyoming, un modeste refuge agricole qu’un berger avait édifiée. La dite cabane était sans doute d’un confort relatif et d’une conception rustique qui n’inspiraient que peu l’envie d’y passer un week-end. Si ce n’est que son constructeur, à la recherche de matériaux pour étayer ses soubassements, n’avait eu l’idée surprenante d’utiliser des ossements de dinosaures récoltés dans les environs.
Cette sommaire installation devait beaucoup intéresser nos chercheurs d’os professionnels. Elle serait à l’origine d’un important gisement qui fournira au Muséum d’Histoire Naturelle de New York une bonne cinquantaine de squelettes de reptiles jurassiques (Diplodocus, Apatosaures et autres Stégosaures...) En hommage à cet anonyme berger, architecte paléontologue malgré lui, le site a conservé le nom de Bone Cabin Quarry : carrière de la cabane en os. Rien à voir avec Hensel et Gretel !
Lors de l'expédition franco-anglaise des Dardanelles, plusieurs
unités d'infanterie de la fameuse Armée d'Orient débarquèrent à Thessalonique
et des régiments de zouaves furent expédiés dans les ravins de la campagne
macédonienne pour y aménager des ouvrages de défense. Ces travaux de
terrassement dont on ne critiquera pas l'intérêt défensif eurent un résultat
inédit que n'avaient pas envisagé les stratèges de l'état major. Celui de
mettre à jour une importante quantité d'ossements appartenant à des girafes,
des antilopes et autres petits chevaux fossiles datant du Pliocène. Cette remarquable découverte aurait pu échapper à la sagacité de
ses inventeurs à culotte bouffante si l'un des officiers qui commandaient le
détachement n'avait été paléontologue avant son incorporation. Il s'appelait
Camille Arambourg et possédait un rare talent pour convaincre ses supérieurs
d’affecter une partie des troupes au service de la cause scientifique.
Une importante collection de fossiles fut ainsi recueillie par une
compagnie de zouaves, lesquels abandonnèrent durant quelques semaines leur
baïonnette et leur fusil Chassepot afin de se consacrer à une activité beaucoup
moins belliqueuse. Ces gisements de Macédoine conservent le souvenir de leur
participation aux fouilles et aujourd’hui encore, des sites fossilifères
demeurent appelés Ravin des Zouaves.