Hop une citation !
Publié le 01/05/2012

Je n'aime pas le travail, même quand c'est quelqu'un d'autre qui travaille.


Mark Twain

« Si vous voulez avoir des idées propres, changez-en comme de chemise. »
Francis Picabia 

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Le 13 décembre 2013 à 10:10
Le 17 septembre 2013 à 10:18

Passer le Kärcher

On ne dira jamais assez combien passer le Kärcher est un travail ingrat et fastidieux. Il s'en faudrait de peu que vos proches ne remarquent même pas que vous avez nettoyé la terrasse avec cet instrument ce samedi pluvieux, au lieu de vous cultiver comme font tous les hommes libres. Peut-être aurez-vous eu la visite de Madame au beau milieu de votre besogne. Observant le contraste entre la partie nettoyée qui recouvre la couleur originelle de ladite terrasse et la partie sale de couleur indéterminée, elle vous aura alors gratifié d'un « eh beh !? y'en avait bien besoin ! ». Vous aurez alors ressenti cette fois encore, l'amalgame très subtilement féminin qui mêle en trois mots la congratulation soft et le reproche de n'avoir pas traité le problème plus tôt ! Si par malheur personne ne passe pendant le temps de votre tâche, votre initiative, les heures où vous avez moisi dans vos bottes, sous votre cirée jaune, les doigts crispés sur une gâchette ridicule et dans le bruit de la buse, sombreront dans les oubliettes de la petite histoire. Un peu, Mesdames, comme quand vous rentrez de chez le coiffeur et que Monsieur n'avez rien remarqué. Car vous y avez passé un certain temps, en effet, à promener le jet d'eau sous pression qui décape la surface d'une pièce de deux euros. Il vous aura fallu la patience du laboureur pour promener cette zone dérisoire sur l'ensemble de votre terrasse. Vous aurez glorifié la patience de ces générations de laboureurs qui passèrent leur vie à retourner paisiblement la terre d'un bout à l'autre de leur parcelle. Vous aurez encensé les tricoteuses qui alignèrent avant l'invention de la machine, les rangs à l'envers, à l'endroit dans la progression lente de leur ouvrage. Ne te presse pas ni ne te disperse, petit homme du XXIème siècle qui vit dans le monde du deux point zéro. Fais abstraction de toute autre préoccupation pendant deux heures. Ne cherche pas à finir avant d'avoir commencé. Lenteur et longueur. Abnégation. Tu dessines des figures géométriques avec le jet. Tu calcules le temps qu'il te reste pour terminer peut-être un jour. Tu tentes de maîtriser ta crispation qui monte par moment... Tu respires fort et attends la fin de cet interminable labeur. Un jour, un Ministre avait promis de nettoyer métaphoriquement une dalle de banlieue parisienne avec cet instrument. L'image était bien mal choisie. Mais peut-on reprocher ce mauvais choix à un homme qui ne s'est pas illustré dans sa carrière, par la droiture du sillon qu'il a creusé symboliquement dans son champ ?

Le 12 juin 2011 à 10:00

Manuel de communication à l'usage des honnêtes gens et des délinquants

Juin - méprisez vos adversaires

— Sire, le peuple à faim ! — Eh bien, qu’il mange. — Mais Sire, il ne peut pas. — Il n’a qu’à se forcer !   Comme l’illustre ce petit dialogue, réputé avoir été tenu peu de temps avant la révolution, entre Louis XVI et l’un de ses conseillers, il est parfois possible de balayer d’un revers de main les doléances ou les critiques de vos détracteurs. En effet, s’il est des situations dans lesquelles il faut se montrer diplomate, il en est d’autres qui ne nécessitent aucun effort. Après avoir passé la moitié de l’année à recourir à des trésors d’hypocrisie et de mauvaise foi pour faire valoir vos droits, pendant ce mois de juin, vous avez bien le droit de vous lâcher un peu. Certains de vos détracteurs ne méritent tout simplement pas que vous dépensiez votre temps et votre énergie pour réfléchir à une quelconque stratégie afin de leur répondre. Faites le leur comprendre en coupant court à la conversation. Attention néanmoins à bien choisir les victimes de votre mépris, sans quoi, à l’instar de Louis XVI, cela pourrait vous coûter votre tête.   Au SDF qui fait la manche, un : « Tu n’as qu’à travailler. » coupera court à toutes ses revendications. S’il est petit et malade, vous pouvez ajouter : « Fainéant. » Ne le faites pas s’il est plus costaud que vous.   À votre adjoint, qui propose une autre stratégie de vente que la vôtre, un simple : « C’est complètement con. » devrait faire comprendre qu’il a pour devoir de rester à sa place et d'adhérer totalement aux idées de son supérieur, c’est à dire aux vôtres.   Quelques exemples :   "Tout est question de volonté, pas de moyens" – Xavier Lemoine, maire UMP de Montfermeil (Seine-Saint-Denis).     "C’est stupide." – Nicolas Sarkozy au sujet de l’intégration des œuvres d’art dans le calcul de l’ISF. "Il n’y a pas d’alternative." – Nicolas Sarkozy dénigrant les 35 heures.

Le 8 juillet 2014 à 08:51
Le 12 février 2013 à 09:54

L'homme qui prétendait avoir trouvé du travail malgré la crise était un mythomane

Dijon – Stupéfaction à Dijon après l’euphorie du week-end. L’homme qui, vendredi, affirmait avoir trouvé du travail malgré la crise a reconnu devant les enquêteurs avoir totalement inventé l’histoire. Une annonce qui vient briser les nombreux espoirs d’un redémarrage prochain de l’économie française. Une région sous le choc La joie aura été de courte durée. L’homme qui prétendait avoir trouvé du travail malgré la crise a reconnu devant les enquêteurs avoir inventé l’histoire de toutes pièces. « Visiblement, nous sommes en présence de quelqu’un qui était en mal de publicité » ont expliqué les enquêteurs lors de la conférence de presse. Les médias ont été aussi montrés du doigt pour ne pas avoir vérifié davantage l’information. « Il y a dans cette affaire des responsables, mais nous refusons de servir de boucs émissaires » a protesté d’une seule voix la presse. L’homme, quant à lui, à refusé de donner plus d’explications sur son mobile. « C’était quelqu’un d’équilibré, je ne comprends pas pourquoi il a fait ça » explique un proche. « J’ai été choquée d’apprendre qu’il avait menti. Des gens avaient beaucoup d’espoirs et maintenant tout est fini » raconte une jeune femme avant de fondre en larmes. Dans l’immédiat, le gouvernement se refuse à commenter l’affaire plus que de raison. « Cela ne remet pas en cause les agissements et les décisions du gouvernement. C’est un incident isolé, nous souhaiterions que l’opposition ne monte pas cet événement en épingle et se comporte de manière républicaine » a fait savoir Arnaud Montebourg. Le Gorafi Illustration : iStock

Le 18 août 2014 à 09:59

Démission

Je me suis appliqué

J'ai livré. J'ai coiffé. J'ai salué. J'ai couru. J'ai corrigé des dictionnaires. J'ai endormi des patients. J'ai servi des verres. J'ai musclé un poète. J'ai chassé en ligne. J'ai emballé des médicaments. J'ai cherché de l'or. J'ai mouché des enfants. J'ai vendu des parties de mon corps. J'ai loué des extrémités. J'ai marqué des buts. J'ai pelé les bananes d'une famille aisée. J'ai gratté les piqûres de moustique d'un industriel zurichois. J'ai charmé des serpents. J'ai soigné des morsures. Je me suis appliqué.   J'ai cuit des pâtisseries d'ici et de là. J'ai rempaillé des chaises. J'ai conseillé des touristes. J'ai encadré des équipes et des tableaux. J'ai raconté du vrai. J'ai menti. J'ai construit du solide. Je me suis appliqué.   J'ai enduit des murs, des sols, des plafonds. J'ai peint des murs, des sols, des plafonds. J'ai préparé des silures, des soles, des saumons. J'ai supervisé des cures sur la Costa del Sol pour un fabriquant d'avirons. Je me suis appliqué.   Et puis j'ai eu un regret subit et total. J'ai successivement cessé de chasser, de livrer et de cuire. Ah j'aurais voulu n'avoir rien fait de tout cela. Alors j'y suis allé à reculons. J'ai racheté tout ce que j'avais vendu, unité par unité. J'ai vidé ce que j'avais rempli, j'ai débranché, j'ai dépoli, j'ai désarticulé. J'ai remis les fautes dans le dictionnaire et la morve aux enfants. J'ai énervé les serpents, récupéré l'intégralité de mon corps, caché l'or, dit au revoir. Ce fut un très long travail, mais tout y est passé.   Je me suis assuré alors qu'il ne resterait plus une trace de mes activités professionnelles. Puis je suis passé à la compta prendre mon chèque.

Le 28 août 2014 à 08:41

Travailler tue. Ne pas travailler aussi

La stratégie des dinosaures

Dès qu’on essaye de nous faire croire que des choses saines sont excitantes, il y a anguille sous roche. Comme ces gens qui disent que le travail, c’est la santé. N’importe quoi. C’est totalement idiot. Si c’était le cas, les médecins prescriraient du travail, pas des médicaments.Remettons les pendules à l’heure : le travail est une maladie. On ne s’en aperçoit pas, parce qu’on est payé pour cette maladie. La stratégie est brillante.Regardez les gens dans le métro à six heures du matin, vous verrez sur leur visage que le travail n’est pas une chose saine. Il est moins dangereux d'avoir la grippe ou un zona que de travailler. C'est un virus virulent qui vous pourrit la vie pendant quarante ans.Je pensais à ça après avoir vu un documentaire sur la disparition des dinosaures. C’est fascinant de penser qu’une espèce qu dominait la planète a subitement disparu. Il y a plusieurs théories pour l’expliquer. La principale est celle de la météorite qui s’écrase sur terre et soulève un nuage de poussière qui cache le soleil. Résultat : la faune et la flore s’éteignent.Avouons-le, l’explication est un peu simpliste.J’ai une théorie différente.Selon moi, les dinosaures ont disparu parce qu’ils ont refusé de travailler.Ils avaient atteint un stade de leur évolution où ils allaient accéder à la civilisation. Mais ils aimaient trop leur vie de loisir et de flânerie. Ils aimaient tendre lentement le cou pour manger de jeunes pousses sur les arbres, se rouler dans la boue et se réchauffer au soleil.Alors ils ont refusé de domestiquer le bétail et de développer l’agriculture, de construire des routes et des villages. Ils ont refusé de travailler.Ils se sont laissé mourir pour ne pas évoluer vers la civilisation.Il y a une grande sagesse dans la fin des dinosaures : plutôt que de gâcher sa vie à être utile et productif, pourquoi l'espèce humaine ne mettrait-elle pas en œuvre sa propre disparition ?  

Le 6 mai 2011 à 09:36

Mort de Ben Laden

Le web pourri par de fausses citations

Le 2 mai dernier, en écho à la mort de Ben Laden, un internaute nous proposait de publier une citation de Mark Twain, "Je n'ai jamais souhaité la mort de quelqu'un, mais j'ai lu quelques nécrologies avec grand plaisir ! ". En recherchant sur le net l'origine de cette phrase, la rédaction de ventscontraires.net a très vite découvert que la version anglaise de la phrase circulait déjà massivement sur les réseaux sociaux, Twitter notamment. Dans la langue de Shakespeare et de Mark Twain, cela donnait : "I've never wished a man dead, but I have read some obituaries with great pleasure". Pour des milliers d'internautes, la citation était l'illustration parfaite de leur sentiment à l'égard de la mort du leader d'Al Qaida : un mélange de satisfaction et de refus de se réjouir de la mort d'un homme, quel qu'il soit.Parfaite illustration mais peut-être un peu trop parfaite. Car la phrase de Mark Twain a quand même un petit défaut : l'écrivain ne l'a jamais écrite ou prononcée. Il existe une autre référence avérée cette fois mais elle est l'oeuvre de Clarence Darrow, avocat américain né en 1857 et mort en 1938 : "“I have never killed a man, but I have read many obituaries with great pleasure." / "Je n'ai jamais tué un homme mais j'ai lu de nombreuses nécrologies avec grand plaisir". D'après certaines explications, la citation de Darrow se serait retrouvée à proximité d'une phrase de Mark Twain dans un recueil de citations en ligne et c'est de cette proximité que la serait née la confusion, amplifiée ensuite par la viralité d'Internet.Sur les réseaux sociaux, toujours à l'occasion du décès de Ben Laden, une autre phrase est devenue un best seller. Elle était cette fois attribuée à Martin Luther King : "I will mourn the loss of thousands of precious lives, but I will not rejoice in the death of one, not even an enemy" / "Je pleurerai la perte de milliers de vies précieuses, mais je ne me réjouirai jamais de la mort d'un seul, pas même un ennemi". Cette fois encore, l'auteur de la phrase n'était pas celui qu'on croyait. Il s'agissait en fait de quelques mots personnels postés dans un statut facebook par une certaine Jessica Dovey, une Américaine de 24 ans, professeur d'anglais au Japon, en exergue d'une véritable citation de Luther King. Les mots de la jeune femme attribués par erreur au pasteur américain ont ensuite été relayés sur son compte Twitter par un acteur et écrivain américain du nom de Penn Jillette. Et comme le brave Penn Jillette compte la bagatelle de 1 600 000 "followers", il n'en a pas fallu plus pour que la "citation" fasse le tour du monde et des réseaux sociaux.PS : la citation du titre n'est pas de Saint Matthieu.

Le 12 décembre 2010 à 09:20

Sauvons notre sève !

Ils nous ont demandé de creuser avec une petite cuillère, creuser la terre, creuser la pierre, avec une cuillère. C’est idiot c’est sûr. Mais avec les collègues, on rigole bien et on creuse un beau trou. Ils nous ont demandé de remplir des tableaux avec le nombre de cuillérées de terre par jour et par personne, le nombre de cailloux et d’insectes, calculer des pourcentages, établir des comparaisons, justifier, tracer. Totalement idiot ! Et forcément, le trou se creuse moins vite. Mais les collègues sont devenus des copains et on est des pros dans notre domaine. Ils ont remplacé nos cuillères par des fourchettes à escargot pour ne prendre que des petits cailloux et de la terre épaisse. Ils ont instauré La procédure de creusage : planter la fourchette selon un angle précis, propulser son contenu selon une trajectoire déterminée et veiller au partage des tâches entre creuseurs et propulseurs. C’est vraiment stupide mais on tient le coup. On a de la chance, on a un boulot ! Alors, ils ont apporté PGI, le prodigieux guidage intégré. Fini le travail d’amateur ! PGI est programmé pour donner au creuseur le bon geste, guidant sa main sanglée dans la direction idéale. Le propulseur est harnaché de sorte que son corps adopte la position idéale. Pitoyable résultat ! Les trous se creusent n’importe où tandis que les cuillérées de terre ou de vide se trouvent rejetées à l’endroit même d’où elles viennent d’être extraites. Et nous voilà isolés les uns des autres ! Insupportable rupture du Nous. Elément déclencheur. Assez ! Nous avons cassé PGI. Nous avons pris des pelles. Nous avons chanté. Nous avons repris possession de notre travail. Nous en vendrons peut-être le fruit mais nous en garderons la sève.

Le 10 mai 2015 à 07:55

Hommage aux pauvres « ingrats, gloutons et désobéissants »

« Je n’aime pas les pauvres, s’écriait l’irréductible Georges Darien dans La Belle France en l’an 1900. Leur existence qu’ils acceptent, qu’ils chérissent me déplaît ; leur résignation me dégoûte. À tel point que c’est, je crois, l’antipathie, la répugnance qu’ils m’inspirent qui m’a fait révolutionnaire. Je voudrais voir l’abolition de la souffrance humaine afin de n’être plus obligé de contempler le repoussant spectacle qu’elle présente. » Octave Mirbeau s’étonnait lui aussi que « les misérables ne brûlent pas plus souvent la cervelle aux millionnaires qu’ils rencontrent ». C’est dans le même état d’esprit qu’en 1891, le grand Oscar Wilde a fricassé un des plus stupéfiants chefs-d’œuvre du livre d’inadhérence aux normes, L’Âme de l’homme sous le socialisme, réédité il n’y a pas longtemps aux Mille et Une Nuits ainsi qu’aux Cahiers de l’Herne, et disponible en e-book. Après avoir filé une belle giroflée aux réalités sordides de la société victorienne (la misère matérielle et intellectuelle des ouvriers, le culte du veau d’or et des possessions, le règne du paraître, de l’hypocrisie, du conformisme, la sanctification de la virilité, de la famille, de la religion, du sport). Après avoir défini férocement la démocratie (« le bâtonnement du peuple par le peuple et pour le peuple ») et avoir dénoncé un grand soir prolétarien qui déboucherait sur une « caserne industrielle », une tyrannie collectiviste, une négation dialectique des désirs individuels. Après avoir bien souligné, du bout des lèvres et un verre de cherry brandy à la main, que, pour lui, la vraie révolution, ce n’est pas de sacrifier ses inclinations égoïstes au profit d’une société vertueuse, mais c’est tout au contraire de magnifier ce qu’il y a de plus égoïste en nous, de plus personnel, de plus subjectif, de plus libidinal dans un monde réinventé : le monde du complet épanouissement de chacun. « La réalisation de soi-même est le premier but de la vie. » « La forme de gouvernement qui convient le mieux à l’artiste est l’absence totale de gouvernement. » « L’homme ne vaut que dans ses libres associations. » Après toutes ces fracassantes mises au point, L’Âme de l’homme sous le socialisme ne manque pas de se gausser de la charité ordinaire qui « abaisse, démoralise » et encourage la soumission. « Ne nous dit-on pas souvent que les pauvres sont reconnaissants de la charité qu’on leur fait ? Certains, sans doute, mais les meilleurs d’entre eux ne le sont jamais. Ils sont ingrats, mécontents, désobéissants, révoltés. Ils ont bien raison. La charité n’est à leurs yeux que ridicule et dérisoire esquisse de restitution, ou une aumône sentimentale que les sentimentaux accompagnent généralement d’une arrogante prétention à exercer leur tyrannie sur la vie privée des pauvres. Pourquoi ceux-ci devraient-ils se montrer reconnaissants des miettes qui tombent de la table des riches ? Ils devraient y être assis, et ils commencent à s’en rendre compte. Quant à être mécontent, quiconque ne le serait pas dans de tels décors et avec un tel mode de vie ne serait qu’une parfaite brute. La désobéissance, pour qui connaît l’histoire, est la vertu spécifique de l’homme. C’est par la désobéissance qu’il a progressé, par la désobéissance et par la révolte. On loue parfois les pauvres de leur frugalité. Il est aussi grotesque qu’insultant de conseiller aux pauvres la frugalité. C’est comme si on conseillait à un homme qui meurt de faim de moins manger. Il est absolument immoral pour un travailleur de la ville ou de la campagne de cultiver la frugalité. L’homme n’est pas fait pour prouver qu’il peut vivre comme un animal mal nourri. Il doit refuser ce genre d’existence, et se mettre à voler (…) Quant à la mendicité, il est moins dangereux de mendier que de voler, mais il est plus noble de prendre que de mendier. Non : un pauvre, qui se montre ingrat, peu frugal, mécontent, et révolté, a des chances d’être une véritable personnalité et d’être capable de grandes choses. » Hé oui, c’est comme ça, Wilde et Darien nous invitent en quelque sorte à choisir nos pauvres. Comme on choisit ses compagnons de jeu, de table, de combat ou ses partenaires sexuels. Dans tous les cas, il importe de savoir sélectionner ses mauvaises fréquentations. Mais voilà le moment pour Oscar Wilde de s’en prendre violemment dans son pamphlet à toute forme de travail ne dispensant pas du plaisir. « Tout travail monotone, ennuyeux, tout travail impliquant des contacts répugnants, des conditions déplaisantes, devrait être accompli par la machine. Les machines doivent travailler pour nous dans les mines de charbon, assumer les services d’hygiène, chauffer les vapeurs, nettoyer les rues, transmettre les messages sous la pluie, se charger de toutes les besognes fastidieuses ou déprimantes. (…) L’esclavage humain est odieux. L’avenir du monde dépend de l’esclavage mécanique. » Et c’est là évidemment que « le poète au tournesol » soulève des tempêtes en milieu rebelle. C’est en proposant tout à trac comme les abondancistes des années 70, Jacques Duboin et Cie, et comme les situs dans quelques-uns de leurs premiers textes traitant de l’automation généralisée, La Grande Relève des hommes par la machine. Je suis persuadé, pour ma part, qu’on peut être, fût-ce au prix d’acrobaties vertigineuses,  à la fois wildephile et proluddite, qu’on peut sans se renier tantôt bousiller impitoyablement des machines antipathiques et tantôt les mettre au service des conseils d’anti-travailleurs qui s’annoncent. Le débat est lancé. Les jeux ne sont pas faits.  

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