L’équanimité du ministre de la Défense a ses limites. Entre
les deux « pas cons » qui s’affrontaient sur France 2 jeudi soir, il
avait comme collègue de gouvernement de l’un d’eux sa petite idée de celui qui
était plus que « pas con… ». Ou moins que con pour ceux qui
comptent à l’envers. Mais le jugement importe moins ici, que l’introduction à
une heure de grande écoute radiophonique du concept de « con » dans
l’analyse politique. Le mot restait confiné aux considérations privées entre personnes d’opinions opposées. Le consacrer
publiquement dans son adjectivation savante et non sa substantivation vulgaire,
ouvre des perspectives nouvelles dans l’étude des caractères politiques. Car si
Hollande et Juppé ont « oublié » d’être con, c’est bien que d’autres
ont dû penser à l’être. D’où sans doute l’expression : jouer au con, que
l’on pourrait appliquer à tel président de la République, pour prendre un exemple au hasard,
laissant croire qu’il pourrait échouer à se perpétuer. Il reste que si certains
ont « oublié » d’être cons c’est qu’il existe bien, dans le tréfonds
de leur vécu, une connerie laissée de côté. Chercher le con en soi, serait dès
lors une de ces introspections que la psychanalyse recommande pour éviter que
le refoulé vienne se venger. Tel Juppé apostrophant Hollande : « on
verra ce que vous ferez », comme s’il avait déjà intériorisé la défaite. L’injonction
« casse-toi pov’ con » serait alors à réinterpréter dans toute sa
complexité polysémique.