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Publié le 30/01/2012
 

Geoffroy Monde


Chroniqueur

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Chronique rurale


Septième jour : la phase active du plan

Ca y est, je suis enfin passé dans la phase active du plan, j'irai voir maman demain. Je revêts une combinaison anti-radiations et un masque. Cela sied à ma silhouette d'individu enceint (je ne sais pas trop comment dire). Je marche dans la zone interdite d'un pas alerte, je ramasse des petits oiseaux morts pour faire du feu. Dans les rues désertées de Saint- Lô -c'est fou que le souffle de l'explosion soit parvenu jusqu'ici !-, je croise une poule qui redescend la côte menant à la Maison du Département. Depuis quelques jours, il se passe un truc effrayant : on a remarqué que les poules sont en train de devenir carnivores sous l'effet de la radiation. Elles se bouffent entre elles. Je marche encore, j'arrive dans la campagne : l'herbe est cramée, sous un ciel abscons. Etouffant sous mon masque et empâté dans ma combinaison, je m'emmêle dans les fils barbelés, je trébuche, et je m'étale sur le sol cramoisi d'un champ dévasté. Au travers des petits trous pratiqués dans la coque de mon masque de plomb, je devine un nuage qui pisse une fine pluie jaune. Etendu dans l'herbe sèche, je pense à Nadine et à Monsieur le Curé, ils sont tout ce que j'ai au monde. Je sens un coup de pied du bébé dans mon bas-ventre - j'ai l'impression que le très haut niveau de radiation accélère anormalement la croissance du foetus, malgré la combinaison de protection que j'ai achetée sur le Bon Coin. C'est alors qu'une voix m'arrache à mes douloureuses rêveries : maman est là, juste au-dessus de moi, elle s'est échappée de la maison de retraite. Ses yeux révulsés me scrutent avec une insupportable angoisse. Je me rends compte que je ne suis toujours pas allé lui rendre visite. - « Quand est-ce que tu viens me voir ? » se plaint-elle d'une voix typiquement geignarde. Et alors que me redressant sur mes coudes moites, j'hésite entre une réponse hypocrite et une affirmation cynique, je vois soudain maman partir en arrière, comme happée par une force inouïe qui l'arrache à son tour à ses reproches maternels. Elle hurle. Une poule carnivore lui a choppé le pied avec les dents et la traîne sur la longueur du champ, traçant un sillon digne d'une grosse charrue. Mû par un réflexe inattendu, je parviens à ôter ma combinaison empêtrée dans les barbelés, puis à me lancer à la poursuite de ma mère et de la poule dentée qui lui bouffe le pied. Raclant la terre et soulevant un nuage de poussière rouge, maman laisse échapper un cri continu et néanmoins saccadé, rythmé par les rebonds de sa nuque sur les mottes de terre séchées. Je cours quant à moi de toutes mes forces, mais la poule carnassière qui retient ma malheureuse génitrice reste incontestablement la plus rapide. Impuissant, je les vois s'éloigner dans le soleil couchant, et j'assiste à la désolante dévoration de ma mère par une poule radioactive et sans pitié. (A SUIVRE...)   > Premier épisode

Lucy et les Beatles


Histoires d'os 17
Au pavillon de l’Observatoire de Meudon, elle repose dans une vitrine comme dans un cercueil de verre. Depuis trois millions d’années, Blanche-Neige réduite à un squelette bruni par le soleil d’une vallée d’Ethiopie, elle attendait qu’un prince charmant vienne la ressusciter et lui offrir une seconde vie sous les feux de l’actualité. Aujourd’hui, elle est devenue une star. Les scientifiques du monde entier se pressent à son chevet, pour admirer ses pauvres restes et les imaginer en chair.

Le soir dans leur campement, après une chaude journée de fouilles, ses princes charmants buvaient une bière en écoutant un peu de musique : les Beatles très souvent. Notamment, Lucy in the sky with diamonds. En souvenir des moments de détente que leur prodiguait cette chanson fredonnée dans la nuit, ils attribuèrent son nom à leur précieuse découverte.

Le petit australopithèque de sexe féminin qui se déplaçait dans la savane, debout sur ses deux pattes arrière, ne partage sans doute pas grand-chose avec la jolie fille aux yeux de kaléidoscope ni avec ses images hallucinées de cieux de marmelade mais elle porte crânement son prénom. Et ce nom lui convient si bien qu’on n’ose imaginer que ses parrains paléontologues, amateurs de musique anglaise auraient pu écouter Angie des Rolling Stones ou même Lady d’Arbanville de Cat Stevens.
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