Stéphane Trapier
Publié le 04/02/2012

A la conquête de l'emploi


Né le 15 juillet 1790, Stéphane Trapier a toujours raté les rendez-vous de l’histoire. Ancien avant-centre de l’équipe de France, il n’a jamais gagné la coupe du Monde. Il collabore à Fluide Glacial (après le départ de Gotlib), au Monde (sans jamais croiser Beuve-Méry) ou encore à Télérama (dès la retraite de Jean-Claude Bourret). Il a illustré deux ouvrages de Jean-Michel Ribes, et son Rond-Point. Il ne connait pas personnellement Henri Guaino. 

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Le 7 juin 2012 à 09:24

Comment j'ai loupé mon entretien d'embauche

Chronique d'un non recrutement annoncé

La responsable des ressources humaines ouvrit le feu :  «  Comment vous imaginez-vous dans cinq ans ? —Hum…je pense que je serai enceinte de mon troisième enfant répondis-je. » Interloquée, elle ajouta : —Ah… à ce propos… vous avez déjà des enfants peut-être ? —Absolument pas non. Mais je compte bien me mettre à l’ouvrage dès cette année. » Là, il me sembla qu’elle était à deux doigts de s’étouffer. Le petit homme chauve à son côté me regardait avec un air amusé. « Bien, reprit-elle. Je…je suis un peu surprise. Poursuivons ! Pourriez-vous me citer trois défauts et trois qualités qui sont les vôtres ? —Commençons par les qualités, c’est plus positif. Eh bien, voilà la première. Je suis quelqu’un de positif. Je suis également très spontanée et intègre. Quant à mes défauts, on me dit imprévisible, assez indisciplinée et parfois un peu trop radicale. » A cet instant c’est le directeur financier que je vis changer de couleur passant du vert pâle au blanc transparent. « Ce sont des défauts assez… comment pourrait-on dire… ? hésita t-elle —Chiants ! Ce sont des défauts assez chiants pourrait-on dire répondis-je avec la spontanéité que j’évoquais un instant plus tôt.   Un long silence plana alors au-dessus de nos têtes. Silence au terme duquel elle reprit l’entretien avec un détachement significatif. Cinq minutes plus tard j’étais dehors, déambulant sous les arbres qui bordaient l’allée et desquels s’envolaient en bouquets odorants les pétales blancs de cette fin de printemps.

Le 8 juillet 2010 à 18:16

« J'observe aujourd'hui qu'il y a une espèce de collusion médiatico-politico-trotskyste d'extrême qui essaie de jeter l'honneur d'Eric Woerth »

Nadine Morano, cour de Matignon, 7 juillet 2010

Du « Morano » ça doit être restitué in extenso pour en apprécier toutes les hardiesses syntaxiques, audaces conceptuelles, et autres ellipses historiques.  Elle est culte dans l’inculte, la pétaradante secrétaire d’Etat à la famille qui répondit un jour sur RTL où on lui opposait une citation de Georges Clemenceau : « Georges Clemenceau a le droit de dire ce qu’il veut ».  Elle a dû faire des impasses pour décrocher son DESS d’information, communication et organisation des entreprises. Quant aux travaux pratiques ultérieurs, ils souffrent d’approximations dans la « communication de crise » dictée de l’Elysée : taper à bras raccourcis sur Mediapart et son patron Edwy Plenel, connu pour ses sympathies trotskystes de jeunesse, qui ont monté une machination à caractère fasciste visant à abattre Eric Woerth comme la presse d’extrême droite s’attaqua jadis à Roger Salengro, et comme l’honneur de Pierre Bérégovoy fut naguère « jeté aux chiens » selon l'expression de François Mitterrand.  Nadine Morano a lu trop vite ses fiches et les a récitées en langage yaourt, oubliant de caser le qualificatif « fasciste ».  Elle s’est du coup privée de la compréhension des staliniens les plus chenus, lesquels dans les années 50 avaient anticipé, en traquant eux aussi "le complot hitléro-trotskyste."

Le 8 juillet 2014 à 08:51
Le 29 octobre 2011 à 08:47

Albert Cossery, clochard céleste

Portrait 27

Albert Cossery est né le 03 novembre 1913 au Caire et il est mort 94 ans plus tard à Paris. Entre temps il s’est beaucoup assis, a beaucoup lu et a un peu écrit. Sous les rides d'Albert Cossery, se cachait l’élégance fripée des corbeaux qui ne se laissent pas apprivoiser. Il vient d’une famille bourgeoise d’Egypte et débarque à Paris juste après la seconde guerre. Il s’installe alors dans une minuscule chambre d’Hôtel  et y reste. Jusqu’à la fin. Albert Cossery pratique la paresse (tout comme Perros) comme un art martial. Celui de la contemplation séditieuse. Albert Cossery sait que les choses ne tournent pas rond et que ce n’est pas en allant pointer que la terre se remettra sur ses pieds. Albert Cossery se fait aider par Henry Miller pour publier son premier livre. Il est du côté de l’ironie de la vie et de l’insolence des mendiants. Dans ses romans la fange est noble et  belle. Elle triomphe toujours des servitudes de l’ordre établi. Mais il ne l’idéalise pas. Il est de son côté. C’est tout. Les titres de ses romans sont  beaux comme des poèmes dans la fumée d’un narguilé : Les Morsures, Les Hommes oubliés de Dieu, Les Fainéants dans la vallée fertile, Mendiants et orgueilleux, Un complot de saltimbanques,  Une ambition dans le désert, etc. Lorsqu’on lui demandait « Pourquoi écrivez vous ? » Il répondait : « Pour que quelqu'un qui vient de me lire n'aille pas travailler le lendemain »...> Illustration Frederico Penteado

Le 1 juin 2010 à 16:14

« Quand Nicolas Sarkozy nous donne des leçons de maîtrise budgétaire, c'est un peu M. Madoff qui administre quelques cours de comptabilité ».

Martine Aubry, Convention nationale du PS, samedi 29 Mai 2010

Quand la première secrétaire lâche une blague de ce genre elle fait un tabac chez tous les sarkophobes, et ça fait plus de monde qu’il n’en faut pour gagner une primaire présidentielle. Dans le sérail socialiste, il est connu et répété que ce bon mot lui a été soufflé par un spécialiste maison, Guillaume Bachelay, qui est un peu à gauche ce qu'André Santini est à droite.Une aide précieuse, car lorsque Martine Aubry est livrée à sa seule inspiration le trait s’épaissit. En 2006, elle commenta la candidature à la candidature de Ségolène Royal en ces termes : « Il faut proposer un autre modèle aux Français. Donc le problème n’est pas de leur plaire, pas de savoir si on a les bonnes mensurations ».Il est vrai qu’au jeu des « autant demander à », le risque de dérapage est à la mesure du désir de nuire. C’est ainsi que Jean-Marie Le Pen commit en 2007 cet aphorisme d’un goût exquis : « Confier à Jacques Chirac des responsabilités en matière écologique reviendrait à confier la protection de l’enfance à Dutroux ». Dans un registre plus convenable, mais peut-être plus convenu, il faut retenir un éditorial non signé de Lutte ouvrière : « Sarkozy prétend moraliser le capitalisme : autant demander du lait à un bouc » (Août 2007).Ce filon rhétorique du comparatif assassin devrait, grâce à Martine Aubry, s’enrichir de nouvelles perles dans un avenir proche.

Le 7 juillet 2010 à 13:00

Au secours les mots : Martin Page défend le mot "soviets"

Délivrons les mots récupérés et dévoyés!

Parce que la langue est le lieu d'un champ de bataille idéologique, il faut s'occuper des mots dénaturés ou vidés de leur sens par les politiques et les médias. Klemperer Junior invite des auteurs à les réhabiliter. Postez vous aussi vos contributions ici.Il y a des mots qui réunissent contre eux les adversaires les plus opposés. C’est en général le signe de leur importance. Les soviets (conseils) sont nés en 1905 alors que la Russie est traversée par un puissant mouvement contestataire. Les ouvriers, les paysans, les soldats se réunissent, discutent, s’organisent. Les soviets incarnent la démocratie réelle, locale, réjouissante, dans les mains de tous et pour le bien commun. Ce sont eux qui font naître la révolution de 1917. Mais ils n’exerceront jamais le pouvoir : Lénine, Trotsky et les bolcheviques prennent le contrôle du pays et massacrent ceux qui défendent encore la révolution démocratique. Comble de la barbarie, les meurtriers revêtent le nom des victimes : soviets devient un mot défiguré, il est le prétexte à la dictature, la caution de la fin des libertés.Lénine n’est pas le seul responsable de ce dévoiement : les soviets ont été abattus comme les Républicains espagnols le seront quelques années plus tard, avec le silencieux assentiment des autres grandes puissances. Si l’on a laissé ce mot être kidnappé et défiguré, c’est qu’il n’arrangeait personne, ni les tsaristes, ni les capitalistes, ni les syndicats. L’expérience qu'il donnait à voir faisait peur à tous les pouvoirs. Il y a eu une unanimité pour oublier son sens réel."Soviets" est un mot magnifique, il est comme une luciole, il palpite, on le devine, on s’en approche et il s’échappe ; pourtant il est là, comme la possibilité d’une autre organisation de la société, offerte, si nous le voulons. Les mots survivent. Ils hantent le temps et portent en eux des expériences d'une réalité passée que nous pouvons faire nôtre.Pour lire les autres contributions de Martin Page à ventscontraires.net, cliquez là Dernier roman paru : La disparition de Paris et sa renaissance en Afrique (Ed. de l'Olivier) www.martin-page.fr

Le 18 février 2014 à 07:27

Après la théorie du genre, des livres pour enfants leur racontent qu'ils n'auront ni travail ni de retraite

Nouveau scandale dans l’Education nationale. Après les livres qui traitaient de la théorie du genre, plusieurs spécialistes ont repéré des ouvrages sensibles pour les enfants. Des ouvrages qui laissent entendre aux enfants qu’ils auront du mal à trouver du travail plus tard et qu’il leur sera difficile, voire impossible, d’obtenir une retraite décente. Reportage. Encore des livres qui s’en prennent à nos enfants. La découverte de ces livres à problèmes pose un réel problème, estime Michel Eckert, le premier à avoir donné l’alerte. « Sous ses allures guillerettes et innocentes, ces livres racontent comment sera le réel de nos enfants dans quelques années » explique-t-il sur son site internet. « Ainsi dans l’un, on y décrit les péripéties d’une oursonne pour trouver du travail à l’usine. Une usine qui est rachetée par le grand méchant loup. Refusant d’être délocalisée au pays du loup, Missy l’ourse se retrouve alors au chômage avant de sombrer dans la dépendance au miel » écrit-il. Le père de famille ajoute qu’il a dû rassurer son fils sur le fait qu’il trouvera bien plus tard du travail sans problème, dans la filiale qu’il veut et au salaire qu’il veut. Car ce père de famille courageux refuse que ses enfants ne se fassent de fausses idées sur leur futur. Dans un autre ouvrage incriminé, « Pas de retraite pour Papy Libellule » une vieille libellule arrivée à la fin de de sa vie souhaite se reposer. Mais hélas, ses bébés libellules sont tous partis, ne donnent plus de nouvelles et Papy Lib’ va devoir continuer à travailler pour subvenir à ses besoins car le Mouvement De L’Étang et du Fleuve estime qu’il n’a pas assez chassé de moustiques durant sa vie. « Mon fils m’a demandé si cela pouvait arriver dans la vraie, je lui ai dit que non, ça n’arrive pas, toutes les grandes personnes ont leur retraite après avoir durement travaillé » précise-t-il. Le gouvernement n’a pas souhaité commenter cette nouvelle liste de livres sensibles mais plusieurs parents d’élèves sont inquiets. « Les enfants sont des êtres fragiles et naïfs, s’ils apprennent ce qui se passe vraiment dans le monde, cela sera sans doute un choc terrible » réaffirme ce père de famille brandissant un autre livre qu’il estime dangereux. Dans cet ouvrage pernicieux, on peut y voir Isa qui joue avec ses frères à être garagiste. Mais celle-ci réalise bientôt qu’elle est moins bien payée que ses autres frères pour le même travail. « Jusqu’où cela va aller, il faut retirer ces livres avant que cela soit trop tard » s’alarment les parents.

Le 26 août 2014 à 10:27

« Le droit au travail, c'est un non-sens » (Albert Paraz)

Ce n'est certes pas du boulot que de travailler à la déchéance du travail comme ont su si bien le faire les terribles luddites, dont nous allons rappeler quelques salubres forfaits, et l'utopiste british William Morris, mais aussi le génial « basculeur de légendes » Albert Paraz qui a magnifié mieux que personne les « flemmartistes » dans Les Repues franches(1937). « Le droit au travail, c'est un non-sens. Le monde ne peut être sauvé que si tous les hommes refusent de travailler, car tout homme qui cherche à travailler davantage déséquilibre un peu plus l'économie. Il faut apprendre à tous la paresse avec sa beauté difficile. Il faut réinventer l'idéal perdu de l'homme du grand siècle qui vivait parfaitement sans travailler, il faut retourner au Moyen Âge où le travail était méprisé, revenir à l'Antiquité où les hommes libres n'y pensaient même pas. Il est urgent de déshonorer le travail. » Moins radical que Paraz ou que Fourier, William Morris, à la fin du XIXe siècle, n'en invite pas moins les pue-la-sueur à repenser totalement le travail, à opposer au productivisme capitaliste abrutissant et insensé une « vision du travail héritée des arts populaires où l'artisan, maître de tous les aspects de son art, connaît à la fois un repos abondant, le plaisir créatif » et la satisfaction d'être en phase avec une communauté sympathique. Critiquant sans quartier par ailleurs le militarisme, le colonialisme, l'esprit de concurrence, la propriété privée des moyens de production, la publicité ? déjà ! ?, la destruction de la nature ou le « réformisme tiède », les deux conférences de Morris (1884 et 1886) recueillies fin 2013 dans La Civilisation et le travail (Le Passager clandestin) sont balèzement introduites par Anselme Jappe, la terreur des glorificateurs du travail corniaud. Place au luddisme qu'on peut considérer, selon la formule de Paraz, comme « le travail bien compris ». En 1999, les nauséeux big boss des deux fabriques d'OGM rivales AstraZeneca et Monsanto tombent enfin d'accord : il faut diaboliser à tout prix les nouveaux « luddites » que sont pour eux les faucheurs de céréales transgéniques et les saccageurs de laboratoires de recherches agronomiques pro-OGM entendant « décontaminer l'environnement ». Deux siècles après leur grande insurrection au centre de l'Angleterre (bris de métiers mécaniques, incendies de manufactures, pillages d'entrepôts) contre « la dépossession machinique », et l'impitoyable répression qu'elle suscita (la pire que les Britiches aient connue), les luddites continuent de filer les flubes aux loufiats du capitalisme industriel. Le mouvement luddite a beau déjà s'amorcer dans le Londres de 1710 et laisser même des traces dans la France sans-culotte, où les bris de machines sont fréquents, on peut lui donner une date de naissance très précise : le 20 novembre 1811. Ce jour-là, près de Leicester, l'apprenti tricoteur Ned Ludd se montre si peu zélé au travail que son maître le fait fouetter. En réponse à quoi le garçon démolit le métier à tricoter au marteau. Chaque fois dorénavant, qu'une machine sera sciemment endommagée, on dira que Ned Ludd est passé par là. Retracent méthodiquement la saga des contempteurs en actes de ce qu'on a appelé « les machines odieuses » le bulletin d'infos des chouettes Amis de Ludd espagnols (éditions La Lenteur) ; l'intéressant, quoique souvent casse-burnes, Les Luddites de Bourdeau, Jarrige, Vincent (www.editions-ere.net); l'assez bien foutu Les Briseurs de machines de Ned Ludd à José Bové du docteur en biologie Nicolas Chevassus-au-Louis (Seuil) ; et, de loin mon petit préféré, La Révolte luddite (L'Échappée) de Kirkpatrick Sale connu par ailleurs pour avoir démoli un ordinateur en pleine conférence de presse au New York City Town Hall. De ces lectures, on peut allègrement déduire que les luddites, contrairement à ce qui s'est colporté, via Marx notamment, ne s'opposaient pas aux innovations techniques mais aux conséquences désastreuses de la mécanisation sur le niveau de vie des ouvriers et des artisans du textile. Ce n'était pas d?ailleurs aux machines en soi qu'ils s'en prenaient, c'était, nuance !, aux « machines préjudiciables à la communauté ». Kirkpatrick Sale ajoute que ce qui était mis en question avec fracas par les révoltés, c'était « la légitimité des principes de compétition et de profit illimité ». que ce n'était pas seulement les travailleurs brutalement remplacés par des métiers à tisser mécaniques ou par des tondeuses hélicoïdales qui abattaient leurs lourdes masses sur les machines envahisseuses. Que c'était tout leur quartier, tout leur village. « Tout membre de la classe inférieure est de leur côté », lit-on dans un rapport d'officier de police de 1812. que les luddites précédaient toujours leurs raids d'une lettre de menace signée Ned Ludd, général Justice ou, vingt ans plus tard, Capitaine Swing sommant les patrons des manufactures visées de renoncer à leurs machines. qu'organisés par petits groupes correspondant entre eux par codes, les casseurs n'opéraient pas à visage découvert. Ils se noircissaient la figure, portaient des masques en peau de bouc, revêtaient des pardessus militaires, se travestissaient quelquefois en femmes. Et qu'ayant mené la plupart de leurs premières offensives à proximité de la forêt de Sherwood (à la fin de janvier 1812, près d'un millier de métiers sont détruit dans le Nottinghamshire !), ils aimaient se proclamer les enfants de Robin des Bois. que les choses se sont bientôt corsées. Vu que le luddisme se propage vite à travers le pays, qu'il s'accompagne de plus en plus volontiers d'incendies et de pillages (les fameuses émeutes « frumentaires »), et que le bruit court que certains bousilleurs de machines ont en tête de « renverser le gouvernement et détruire toute forme de propriété », la Chambre des Lords n'y va pas par quatre chemins : elle condamne tous les mutins à la pendaison. Au grand dam, l'on s'en doute, des intellos de gauche de l'époque (Lord Byron, Shelley) qui se mobilisent. Les luddites ne se laissent pas conduire au gibet sans broncher. Ils prennent d'abordage des casernes et s'emparent de dépôts d'armes. La suite des affrontements dans les ouvrages épinglés plus haut. « C'est sur les ruines de l'industrie que fleurit la liberté. » (B. Traven)   P.-S. : Sur les néo-luddites, à lire avant tout les quatre appels au sabordage du « nanomonde totalitaire » des maquisards grenoblois « Pièces et manoeuvres »(www.lechappee.org), le galvanisant brûlot autoricide Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable (L'Encyclopédie des nuisances) de deux ex-proches de Debord, feu Jaime Semprun et le toujours bouillant enragé/situ de mai 68 René Riesel. Et puis, bien sûr, tout Unabomber (www.editions-xenia.com).

Le 9 janvier 2013 à 08:51

La mélopée des pierres

Le monde de la finance et de l’économie ne tournant pas rond, celui-ci prend tout sons sens dans les débats du Rond-Point. C’est ainsi que dans son excellente chronique La bulle de l’euro (version 1.0), Pierre-Antoine Durand, chroniqueur économique de ces lieux, nous éclaire brillement sur l’éclatement de la bulle de l’euro et ses conséquences désastreuses pour la Grèce (ou à cause de la Grèce, suivant que l’on se positionne du côté des spartes ou du côté du théâtre de l’Athénée, non loin des Champs-Elysées où la guerre de Troie n’a paraît-il jamais eu lieu). En guise de souffle zéphyrien, je me permets d’ajouter que si l’éclatement de la bulle monétaire est peut être à l’origine de la crise, il n’en est pas de même pour la pierre, dernière valeur refuge des marchés. Preuve en est avec Athènes où beaucoup se bousculent encore pour y visiter ses ruines. Et là, toute la question se pose. Comment ce berceau antique de la civilisation à qui l’on doit  des personnages aussi illustres et essentiels que Socrate, Platon, Aristote, Pythagore, Sophocle, Aristophane, Nana Mouskouri, a-t-il pu finir à ce point endetté ? Rappelons que le mot « économie » vient du grec “oikos” (la maison) et “nomos” (l’ordre). Dans Ethique à Nicomaque, Aristote dénonce l’accumulation de la monnaie pour la monnaie, activité contre nature qui déshumanise ceux qui s’y livrent, condamnant par là même le goût du profit et l’accumulation des richesses. Puisque, selon Aristote, cette activité se veut contre nature, alors pourquoi ne pas spéculer à présent sur quelque chose de plus naturel, à commencer par les océans marins : plus riches, plus vastes, plus diversifiés et d’une profondeur bien plus abyssale que n’importe quelle dette souveraine. Dans un monde suffisamment absurde pour vous faire culpabiliser de prendre l’avion avec votre tube de dentifrice en cabine, rien n’est impossible. Ainsi, nous pourrions spéculer sur la prolifération des algues, l’ouverture des plages boursières dépendrait des marées et le thon n’aurait qu’à bien se tenir. Le cours des actions marines fluctuerait au gré des alizés et le change des devises en fonction de la brise. Selon l’indice de la houle, les agences de notation balnéaires agiteraient des drapeaux de couleur verte, jaune, voire rouge en cas de grosse vague et risque d’effondrement des rochers sur les places côtières. Enfin, les embruns monétaires seraient régulés par le Fonds Marin International lui même administré par des phoques à vingt mille lieues sous les mers. Ah, j’oubliais, pour en revenir à la Grèce, que les marchés se rassurent, la Grèce reste l’un des pays les plus riches, riche de son histoire et de son passé et qu’elle peut être fière, elle, de ne pas voir sa star Nana Mouskouri s’exiler comme d’autres en Russie puisqu’elle réside en Suisse.

Le 30 octobre 2014 à 08:17

Le Professeur Pascal répond à vos questions

Mon fils a toujours le nez dans les étoiles, est-ce grave ?

OUI. Si votre fils a perpétuellement le nez dans les étoiles, je m’inquiéterai pour son avenir et je prendrai conseil auprès d’un psychologue. Je suppose qu’il s’agit d’un ado. Je suppose aussi qu’il se pose beaucoup de questions sur l’univers, Dieu, les soucoupes volantes, toutes ces questions inutiles qui l’empêcheront plus tard de devenir un bon consommateur, un homme heureux, un adepte du sport, un amateur de belles voitures et de Prozac. Quand on se pose des questions, c’est bien connu, on passe à côté de l’essentiel : on n’a plus envie de jouer à la console ou de taper dans un ballon de foot. On devient rêveur. On est dans la Lune. On se voit déjà sur Mars en train de tutoyer les martiens au comptoir d’un bistrot. Là, il y a danger. Il est temps de revenir sur Terre et de songer à l’avenir. Avoir un bon métier, c’est important, même si au final on devient maître-chien à Leader-Price, parce qu’on n’a rien trouvé d’autre après cinq ans d’études en sociologie. Pour en revenir à votre fils, je m’inquiéterai aussi pour sa sexualité. Les étoiles, c’est bien joli, mais les filles s’en foutent pas mal quand il s’agit de les draguer. Personnellement, la seule fois où j’ai dit à une fille que j’avais un beau télescope, elle n’a pas du tout compris de quoi je parlais. A présent, je dis les choses comme elles sont et ça va beaucoup mieux. Bref, il serait peut-être mieux pour votre fils qu’il mette son nez dans les jupes des filles ; cela le détournerait de toutes ces mauvaises questions sur l’origine de l’univers, les trous noirs, les trous normands, la vitesse de la lumière sur autoroute, etc. Et s’il persiste, confisquez-lui son télescope ! Abonnez-le à Play-boy.

Le 9 octobre 2012 à 08:05

Super Mario contre les spéculateurs

Econotrucs #7

Les banques de Wall Street sont des championnes du lobbying et ont influencé les décisions politiques ayant conduit à la déréglementation financières tous azimuts et aux crises récentes. Dans ce contexte, la nomination en 2011 de Mario Draghi à la tête de notre Banque Centrale Européenne (BCE) a posé question : Celui-ci a en effet été vice-président pour l'Europe de la banque d'affaires Goldman Sachs entre 2002 et 2005. Et cette même banque a aidé la Grèce à truquer ses comptes publics au tout début des années 2000. Cela sentait bon le conflit d’intérêt, et certains en ont même déduit que Mario Draghi (qui entretemps fut cinq ans gouverneur de la Banque d'Italie) était resté aux ordres de Goldman et des puissances occultes de l'argent. ( C’est la thèse du documentaire « Goldman Sachs, la banque qui dirige le monde » par exemple). Depuis un ans qu’il exerce son mandat, on constate au contraire que Draghi a pour l'instant très bien joué son rôle, réussissant habilement à intervenir pour stabiliser la zone euro, tout en restant en conformité avec le mandat très étriqué qui lui a été confié. Justement parce qu'il est issu de Goldman Sachs, Draghi connaît très bien les marchés, leur fonctionnement, leurs biais, leur psychologie, et les marchés, de leur côté, le respectent et en ont même peur : les opérateurs des marchés qui ont parié sur un éclatement de la zone euro sont carrément terrorisés par ce Super Mario. Car lorsque que vous pariez sur un événement qui ne se produit pas, vous pouvez perdre beaucoup d'argent. Les grandes banques n'ont pas intérêt à ce que la zone euro s'effondre, (elles seraient les premières touchées,) mais les Hedges Funds, alliés objectifs des eurosceptiques, et tous les représentants de la finance fantôme qui ont contribué aux crises financières récentes, ont depuis 2010 souvent largement parié sur la fin de l'euro. Lorsque Draghi intervient comme il l'a fait en septembre (annonçant des achats illimités de dette si un pays voyait ses taux s’envoler) cela fait beaucoup de mal aux spéculateurs. La question qui se pose, c'est de savoir combien de temps Draghi parviendra à tenir en respect les marchés, si pendant ce temps les gouvernants continuent - le nez sur les sondages - la valse des demi-mesures, demi-tours et autres hésitations ? Une monnaie commune c'est une volonté politique, et c'est cette volonté politique que testent en permanence les marchés. En attendant, on peut remercier Goldman Sachs d'avoir bien formé Mario Draghi.

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