Ce que veulent les femmes
Pubologie pour tous
En publicité comme en politique, on a besoin d’une opinion
publique. On l’appelle « les gens », « les Français », « la
ménagère » ou « Monsieur Dugenou », mais la réalité de base est
toujours la même : il existe une kyrielle de personnes différentes, avec
des avis différents, des besoins différents et des aspirations différentes,
mais aussi un peu pareils des fois. Et il faut en faire un tout compact et
transparent, qu’on peut facilement saisir et qui offre des généralisations bien
pratiques, du type « les Français veulent plus de sécurité » ou « la
ménagère veut qu’on lui vende du rêve ».
En publicité comme en politique, il n’est pas question de
tirer cette opinion publique vers l’avant. Il est question de la suivre. De la
comprendre au mieux. De savoir de quoi parlent tous les Monsieur Dugenou et les
Madame Duchemin quand ils prennent le thé. Mais en publicité comme en
politique, on ne croise pas Monsieur Dugenou et Madame Duchemin tous les jours
(on a arrêté de prendre le métro, c’est sombre et ça pue la pisse).
En publicité comme en politique, Monsieur Dugenou et Madame
Duchemin sont donc des graphiques en bâtons, des courbes, des camemberts et de
bons vieux clichés réacs. Une pincée de mépris et l’on obtient des certitudes
sur ce qu’ils veulent entendre. Et l’on a bon espoir que si on leur dit ce qu’ils
veulent entendre, ils nous donneront ce qu’on attend d’eux.
Dans une France où tout le monde penserait ainsi, la peine
de mort aurait cours, l’on avorterait encore avec des kits de loisirs créatifs
et la publicité ne serait que le tas infâme et fade de clichés que cette
chronique essaie de dénoncer.
Et maintenant, une parenthèse de fiction théâtrale (toute
ressemblance avec des faits réels est probablement garantie par une étude d’opinion) :
MONSIEUR DUGENOU. - Ah vous verriez ma petite-fille. A 6
ans c’est déjà une vraie petite femme. Comme elle minaude ! Tout ce qu’elle
veut, elle l’obtient !
MADAME DUCHEMIN. - C’est celle dont les parents ont
divorcé ?
MONSIEUR DUGENOU. - Non, ça c’est mon autre
petite-fille. Mon fils n’a pas aimé que sa femme lui fasse un gosse dans le
dos. Il était pas prêt vous voyez. Mais c’est comme ça les femmes, quand y’a
les hormones qui se réveillent, elles peuvent pas attendre. Elles sont faites
pour ça après tout !
MADAME DUCHEMIN. - Ah ben oui hein, c’est la nature. Les
femmes elles ont le charme pour elles, les hommes c’est la force. Il faut
respecter ça.
MONSIEUR DUCHEMIN. - C’est bien vrai ça : il faut
respecter la nature. Tenez, les homosexuels, moi j’ai toujours dit : c’est
contre-nature. C’est qu’ils ont pas essayé d’être normaux, ou que ça s’est mal
passé. J’ai toujours dit : un homme, ça ne peut pas résister à une belle
femme !
MADAME DUCHEMIN. - Bien sûr. Y'a quoi à la télé ce soir ?