Romain Boussard
Publié le 14/02/2012

Chaude recommandation


Ancien étudiant en coloriage et pâte à modeler reconverti dans le dessin d'actualité. 
http://rboussard.canalblog.com/
 

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Le 15 décembre 2010 à 12:13
Le 2 décembre 2015 à 09:40
Le 3 juin 2010 à 17:40

Le froid pour tous

Tant qu'il y aura du froid, recherche extime sur une sensation en voie de disparition

Haussmann est préoccupé par la disparition du froid. Il vient d’écrire à Napoléon : « il faut accepter la cherté des loyers et des vivres comme un auxiliaire utile pour défendre Paris contre l'invasion des ouvriers de la province ». Perdu dans ses projets d’assainissement, il se rend compte que la destruction des caves souterraines a un effet immédiat : la glace recueillie en hiver n’a plus de contenant. Privés de froid intra-muros, les habitants risquent d’aller chercher la fraîcheur de banlieue.Charles Tellier, chercheur de laboratoire farfelu, vient quémander quelques attentions au Paris éventré. Haussmann renvoie toutes ses idées mais il est touché par sa singularité et lui glisse à l’oreille : fabriquez-nous du froid !Charles Tellier s’aventure du côté de Faraday, de l’éther, et de l’ammoniac. Il construit une machine à froid dans la fabrique du maître-chocolatier Meunier. En travaillant sur la compression de gaz liquéfié, les désirs de Charles Tellier deviennent grands, très grands. Il veut le froid pour tous et partout.A ses frais, il transforme les cales d’un vieux voilier. Le 20 septembre 1876, le Frigorifique part de Rouen. Le 25 décembre, il arrive à Buenos Aires. Il prouve que l’on peut traverser l’Atlantique avec trente tonnes de viande fraîche à bord. La chaîne industrielle du froid, ainsi inaugurée, bouleversera la frileuse Europe.Poussé par la recherche absolue des basses températures, Charles Tellier va mourir dans le plus grand dénuement. Peu avant son dernier jour, il dira à un de ses proches : « Le convoi des pauvres m'attend, mais ce sort final des travailleurs ne m'effraie pas... ».

Le 28 janvier 2015 à 10:03

Petite archéologie de l'artiste satirique

L'Assiette au Beurre, 8 mai 1909

A l'occasion du lancement du premier numéro de la revue satirique Les Hommes du Jour lancée par Victor Méric en 1908, l'artiste Aristide Delannoy réalise, pour la couverture, une caricature de Georges Clemenceau à l'apparence d'une tête de mort, au lendemain d'une répression sanglante envers les carriers des sablières de Draveil. Redécouvrons un épisode marquant de la liberté d'expression sous la IIIème République extrait de l'ouvrage Un crayon de combat, Aristide Delannoy par Henry Poulaille, 1982. « Nous étions, disait Méric, assez inquiets. Il nous fallait, pour le premier numéro destiné au Grand Flic Clémenceau, un dessin vigoureux, acerbe, mordant. J'avais fait le possible pour le texte. Quand Delannoy, quelques jours après, revint avec son carton et exhiba la fameuse tête de mort, nous trépignâmes de joie. Avec un dessin semblable, c'était le succès assuré. Ce fut le triomphe. La Gueule de Clémenceau tirée à 25 000 s'enleva comme du petit pain ». Clémenceau furieux, se jura d'avoir l'artiste au premier tournant qui se présenterait.[...] Quatre mois se sont écoulés depuis qu'il a reçu son camouflet de bonne année. Voilà l'heure de la monnaie à rendre. Le numéro a paru. Magnifique, plus beau encore que celui qui lui était consacré. Le Général* « pacificateur du Maroc » est représenté en boucher sanglant et le sang dégouline de lui, d'un beau rouge. [...] Les sieurs Delannoy et Méric furent appelés pour répondre devant la justice du crime de lèse- Patrie. Ils eurent chacun un an de prison et 3 000 F d'amende. Clémenceau avait pensé et espéré que leur incarcération gênerait les deux prisonniers dans la marche de leur travail, mais l'un et l'autre avaient pris la précaution de préparer des articles et des dessins pour parer aux accidents possibles et il n'y eut pas de surprise au cours de la publication. Par contre, Delannoy tomba malade au point que ses camarades de geôle démarchèrent auprès du directeur de la prison. Méric et un prisonnier d'Action Française lui exposèrent le sérieux du cas, si bien que Delannoy fut libéré aussitôt. Le malade n'en devait pas moins décéder de son mal qu'avait aggravé le séjour de quatre mois qu'il fit à la Santé. [...] Sa signature se trouve dans plus de soixante fascicules et elle était encore en novembre 1910 dans Messe de Minuit et Réveillons qu'il composa pour Noël 1910. Ce sont ses derniers dessins, avec son Christ chez les Prostituées, paru dans le numéro hors-série sur Noël des Hommes du Jour. [...] Delannoy est mort à 37 ans. [...] Il avait confiance en lui, il acceptait d'aller sur le ring. [...] Ce serait, pensait-il, passionnant. [...] » *d'Amade (ndlr) Source de l'image : Gallica.fr

Le 1 avril 2010

Michel Kichka

Dessinateurs et caricaturistes du monde entier (1)

Si le dessin d’humour était une arme, elle serait pour Michel Kichka, 56 ans, « une fusée éclairante lancée la nuit pour mieux voir», « un missile à longue portée », « une arme de distraction massive ». En couverture de son album Dessins désarmants, il s’est croqué, visage rond, yeux cerclés de lunettes, à sa table de travail : « la liberté d’expression, c’est faire couler de l’encre, pas faire couler du sang ! » Ce dessinateur israélien polyglotte –il est né et a vécu en Belgique jusqu’à l’âge de 20 ans-, nourri au magazine Spirou est « tombé dedans quand il était petit ». Sa vocation s’est déclarée à l’âge de six ans. « J’ai su très tôt que je dessinerai quand je serai grand. Je n’ai plus qu’à l’être, grand. » Descendant de juifs polonais, fils d’un rescapé de Büchenwald, Michel Kichka adjoint au d’aquarelliste celui du calembour, marie ses traits noirs rehaussés de touches de couleur à la formule qui fait mouche. Dans un Proche Orient aux tensions exacerbées, faire entendre la voix de la paix et de la réconciliation relève de la gageure pour cet homme de gauche, partisan d’un compromis territorial avec la Palestine et hostile aux implantations. Depuis vingt-huit ans, Michel Kichka enseigne l’illustration, la bande dessinée et le dessin de presse à la prestigieuse Académie des arts Bezalé. Parmi ses anciens élèves, figure le directeur artistique de Valse avec Bachir. « La société est devenue de plus en plus visuelle, déplore le collaborateur de « TV5 Kiosque » et de Courrier International. On ne peut plus écouter sans regarder, on ne peut plus regarder d’images fixes sans son. J’exerce un métier archaïque. Le temps d’arrêt du dessin de presse donne matière à rire, à réfléchir, à se révolter. Dans un journal, c’est une petite scène privilégiée, l’opinion libre d’un esprit libre.» Blog : fr.kichka.com

Le 30 novembre 2012 à 07:17

L'enclume des jours

Aujourd'hui, je réclame la suppression du mois le plus calamiteux de l'année: novembre. Novembre est froid, long et moche, novembre ressemble à l'apparition de la mort dans un film de Bergman, novembre est idéal pour aller faire une loooooongue ballade dans des sous-bois boueux et glaciaux avant de rentrer chez soi bien au chaud pour se pendre, c'est en novembre que les ventes d'anti-dépresseurs explosent ainsi que le nombre de tentatives de suicides, tentatives ai-je écrit car on rate même sa mort en novembre...   Vous me direz qu'il y a malgré tout deux jours de congé en novembre. Tu parles! Le premier pour aller au cimetière, le second pour célébrer la fin d'une boucherie. On a vu plus festif !   Je propose donc de fusionner octobre et novembre en un nouveau mois appelé octembre. Cela sonne mieux qu'octobre (lequel m'évoque toujours un landau dégringolant des escaliers, c'est bizarre).   Sur ma lancée, je propose également de supprimer le dimanche, le jour le plus chiant de la semaine, surtout si on ne va pas à la messe (d'autant que je n'ai pas l'impression que cette cérémonie ressemble à Jamel en scène ou à la Gay Pride - non, là, j'exagère, surtout par les temps qui courent - ).   Fusionnons aussi dimanche et vendredi en un seul jour : le vendremanche. Oui à la semaine de 6 jours: 4 jours de boulot et le ouiquende, vendremanche et samedi. Pas mal, non ? Et de plus, les mois étant plus courts, leurs fins seraient moins difficiles pour beaucoup (ce qui n'est pas négligeable surtout par les temps qui courent encore et toujours).   A l'heure où j'écris, nous serions donc vendremanche 25 octembre.  Et on se prendrait pour les personnages d'un roman de Boris Vian...

Le 20 février 2015 à 12:10
Le 21 mai 2013 à 10:08

Météo France confirme que la météo sera le sujet principal de discussion au moins jusqu'à fin mai

France - Alors que Météo France a annoncé qu’il n’y aurait pas d’amélioration de la météo, une autre prévision est venue s’ajouter, comme une conséquence quasi implacable. Il semble aujourd’hui évident et certain que la météo médiocre sera aussi le principal sujet de discussion de nombreux Français et des médias, et ce jusqu’à fin mai. Analyse. « Quel temps de chien ! », « Un temps d’escargot », « On dirait la Toussaint ». On dit souvent que c’est l’angoisse du temps qui passe nous fait parler du temps qu’il fait. Et cette situation est loin d’être terminée. Pire, elle devrait durer. Selon Météo France qui a rendu publiques ses prévisions aujourd’hui, on devrait parler encore de la météo pourrie dans les médias et dans les cercles familiers au moins jusqu’à fin mai. « Les Français vont continuer à parler du temps, encore et encore. Ils vont se plaindre de leur week-end raté, de leur barbecue annulé » a expliqué Michel Roin, prévisionniste à Météo-France. Des discussions qui auront lieu n’importe où,  en priorité sur les réseaux sociaux mais aussi lors de rencontres fortuites à la machine à café. « Et comme il y a pas grand chose d’intéressant à causer en ce moment, ils ne parlent que de ça. » rajoute t-il. Selon les experts, l’autre conséquence logique est une forte présence de sujets d’actualité liés à la météo. « On va sans doute avoir des interviews, presse et télé, de personnes directement confrontées à la météo, suivi de sujets sur l’absence de soleil ou de températures printanières » commentent-ils. Selon eux, ce processus pourrait devenir un cercle très vicieux. « Ces mêmes reportages sur la météo seront ensuite au cœur des discussions sur la météo. Cela va créer un cercle vicieux dont il sera très difficile de sortir. La seule option qu’il nous reste est les médias se mettent à parler brutalement de Roland-Garros, du Festival de Cannes ou du Tour de France » explique-t-on. De super cellules très instables Mais là aussi, cette possibilité soulève plusieurs inquiétudes. « Et encore, ce sont des événements très exposés à la météo : la crainte est que les deux types d’événements ne se rejoignent et que leurs force se combinent avec le courant-jet médiatique. Cela pourrait créer de super cellules très instables de discussions ennuyeuses comme ‘Le Tour de France victime de la météo’ ou ‘Quelle météo pour Roland-Garros’ » . Et dans ce cas de figure, cela pourrait alors durer tout l’été. Le Gorafi Photo : iStock/sack

Le 17 octobre 2014 à 08:45
Le 9 novembre 2010 à 09:37

Au bord de la Laponie, Elin Larsson et la nuit polaire

Tant qu'il y aura du froid, recherche extime sur une sensation en voie de disparition

Le deuxième jour, la nuit. Elin Larsson monte sur scène, jeune et faussement fragile. Elle attend que le batteur soit en place, le guitariste aussi. Et elle envoie. Elle envoie tout. Parfois le trombone essaie de s’imposer, mais rien à faire, Elin Larsson est là, le plus prêt possible du micro, avec des notes rapides et précises, jouées avec la plus grande présence possible. Elin Larsson et personne d’autre. Elle absorbe tout, elle prend toute la place. Il est 14h30, nous sommes à Umeå, à quelques centaines de kilomètres du cercle polaire et de la Laponie, au bord de la mer Baltique. La salle de concert se remplie.La nuit n’a pas encore.Mais presque. Le froid non plus.Elin par contre.Elin Larsson parce qu’enfin, il est question de jazz, même en novembre, même à 62° de latitude nord. Il est donc question de basse, de batterie et d’instruments qui s’affirment, qui se combattent, s’affrontent. Elin Larsson est dans son instrument, cuivré, long, recourbé, elle est autre chose qu’une voie, autre chose que le silence ou la retenue. Il est 14h50. La salle est pleine, on est venu nombreux de Stockholm. Quelqu’un allume la lumière. Puis éteint.Elin s’arrête. Décontenancée. Puis la guitare, puis le batteur.Personne ne parle, personne ne bouge.Le silence est revenu.Le silence au nord de la Suède, dans une salle de concert. Elin s’approche du micro.Plus personne ne sait où il est, où il en est.Elin essaie de parler.Je.Je pense que c’est le moment pour Le ciel sombre.Le ciel sombre, celui qui va arriver dans quelques instants et ne plus partir pendant des mois.Elin laisse la guitare, la contrebasse et la batterie s’amuser, dans une musique blanche, adoucie, consolée. Elle les laisse jouer, à contre des jazz anciens, à contre des affrontements et des combats. Puis de conclure par un rire, de nouveau fragile, de nouveau humain.Le ciel sombre peut arriver. Il peut tout absorber. Il peut prendre place, il peut prendre toute la place. A écouter : Elin Larsson Set free.

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