Geoffroy Monde
Publié le 20/12/2014

Les apparitions de Dieu


Geoffroy Monde est magique depuis 2004 et a souvent été élu meilleur espoir. Il raconte tout ça dans des albums publiés aux éditions Lapin et sur son blog Saco : Pandemino. Des fois, il ment. 

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Le 22 décembre 2014 à 11:00

En quoi donc peut-on encore croire, ventre de boeuf ?

Je ne crois pas en tout cas En Dieu, « ce grand linge sale, dont le nom n’est jamais invoqué que pour faire tourner en eau de boudin la colère du peuple aux poings de pierre, aux yeux de flamme, et qui, tant qu’il n’aura pas été chassé comme une bête puante de l’univers, ne cessera de désespérer de tout ». René Crevel. À lire ses très jouissives Œuvres complètes, éditions du Sandre, 2013. En l’abstinence : « La règle stoïque de subvenir à nos besoins en supprimant nos désirs équivaut à se couper les pieds pour ne plus avoir besoin de chaussures. » Jonathan Swift. À lire les désopilants Modeste Proposition et autres textes, Folio, 2012. Et Résolutions pour l’époque où je deviendrai vieux et autres opuscules humoristiques, Flammarion, 2014. À la morale et au bon goût : « La morale et le bon goût sont un vieux ménage : ils ont pour enfants la bêtise et l’ennui. » Francis Picabia. À lire le tranche-dedans Man Ray / Picabia et la revue Littérature, Centre Pompidou, 2014. En l’électoralisme : « Nous ne voulons pas voter, mais ceux qui votent choisissent un maître, lequel sera, que nous le voulions ou non, notre maître. Aussi devons-nous empêcher quiconque d’accomplir le geste essentiellement autoritaire du vote. » Albert Libertad. À lire le féroce Et que crève le vieux monde !, Mutines Séditions, 2013. En la gauche parlementaire : « Toutes les oppressions, suppressions, prohibitions légales qui se sont accomplies depuis la malencontreuse invention du régime parlementaire sont dues beaucoup plus à l’opposition qu’aux gouvernements : je dis beaucoup plus, parce que c’est à deux titres que ces mesures tyranniques incombent à l’opposition, premièrement parce que c’est elle qui les a provoquées, en second lieu, parce qu’elle s’est rendue régulièrement complice de leur adoption en les discutant. » Anselme Bellegarrigue. À lire ses explosifs Textes politiques présentés par Michel Perraudeau, L’Age d’Homme, fin 2014. Au travail : « Le droit au travail, c’est un nonsense. Le monde ne peut être sauvé que si tous les hommes refusent de travailler. Il faut apprendre à tous la paresse avec sa beauté difficile. Il est urgent de déshonorer le travail. » Albert Paraz. À lire les truculents Le Gala des vaches. Valsez saucisses. Le Menuet du haricot. L’Age d’Homme, 2013. À la cause du peuple : « Qu’est-ce que c’est que le Peuple ? C’est cette partie de l’espèce humaine qui n’est pas libre, pourrait l’être, et ne veut pas l’être ; qui vit opprimée, avec des douleurs imbéciles ; ou en opprimant, avec des joies idiotes ; et toujours respectueuse des conventions sociales. C’est la presque totalité des Pauvres et la presque totalité des Riches. C’est le troupeau des moutons et le troupeau des bergers. » Georges Darien. À lire son impitoyable L’Ennemi du peuple. L’Age d’Homme, 2009. Et je ne crois pas plus, comme Ernest Cœurderoy, En la propriété : « Ta propriété !, c’est le vol ; elle engendre le vol – à détruire. » Au mariage : « Ton mariage !, c’est la prostitution ; il perpétue la prostitution – à détruire. » En la famille : « Ta famille !, c’est la tyrannie ; elle motive la tyrannie – à détruire. » Au devoir : « Ton devoir !, c’est la souffrance ; il répercute la souffrance – à détruire. » À lire le génial Jours d’exil d’Ernest Coeurderoy, en trois tomes. Archives Karéline, 2010. Non, jambon à cornes !, je ne crois pas en toutes ces carabistouilles. Mais en quoi donc peut-on encore croire ? En la Zomia par exemple. En la Zomia que je ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam il y a encore quelques printemps. D’autant moins qu’elle n’apparaissait sur aucune carte. La Zomia, chouagamment décrite par le prof d’anthropologie de Yale James C. Scott dans Zomia ou l’art de ne pas être gouverné (Seuil),  qui est aussi bien que son titre, serait, d’après notre puits d’érudition, « la dernière région du monde dont les peuples refusent obstinément leur intégration à l’État-nation ». Assez récent, le terme Zomia désigne l’ensemble des territoires se nichant à des altitudes supérieures à environ 300 mètres, des hautes vallées du Vietnam aux collines élevées du Nord-Est de l’Inde, en passant par le massif continental du Sud-Est asiatique (le Vietnam, le Cambodge, le Laos, la Thaïlande, la Birmanie) et par quatre provinces chinoises. « Il s’agit d’une étendue de deux millions et demi de kilomètres carrés abritant près de cent millions de personnes appartenant à des minorités d’une variété ethnique et linguistique tout à fait sidérante ». Et les habitants de cet immense territoire montagneux à la périphérie de neuf États et au centre d’aucun, et à cheval sur les découpages régionaux courants (Asie du Sud-Est, Asie de l’Est, Asie du Sud), réussissent depuis deux millénaires à échapper aux contrôles des gouvernements des plaines. Traités de « barbares » par les États entendant les soumettre, les peuples nomades évoluant dans cette vaste zone d’insoumission ont en effet mis en place des stratégies de résistance parfois étonnantes pour échapper au travail forcé, aux impôts et aux corvées, à la conscription, aux guerres, aux épidémies, aux hiérarchisations diverses et aussi à l’enfermement dans des identités imposées (« leur identité, précise James C. Scott, c’est l’autonomie »). Leurs pieds de nez non-stop aux contraintes de la société d’en bas et aux « discours de civilisation » « n’imaginant jamais la possibilité que des gens choisissent volontairement de rejoindre les barbares » sont favorisés bougrement par leur dispersion physique dans de gigantesques espaces accidentés pas encore fliqués, leur mobilité infinie, leurs modes de survie (le pastoralisme, le glanage, l’agriculture itinérante) et leur sens développé de l’auto-organisation spontanée qui sonneraient le glas du vieux monde autoritaire-marchand s’il se propageaient. Propageons donc. Dong, dong, dong, dong, dong !

Le 13 décembre 2014 à 08:26

Dieu : « J'aimerais tellement que les gens comprennent que je n'existe pas »

On croyait Ses voies impénétrables mais Il a pourtant choisi de se mettre en travers de notre chemin. Dans le journal La Croix daté d’aujourd’hui, le Seigneur a décidé de prendre la parole à l’occasion d’une interview où Il s’exprime sans détour. Le souverain céleste regrette notamment que les êtres humains ne soient pas davantage lucides sur le monde dans lequel ils vivent. Il condamne entre autres tous ceux qui affirment qu’Il existerait bel et bien et serait tout puissant. « Un dogme stupide et dangereux » Dans cette fameuse interview publiée ce matin, Dieu emploie un langage plutôt rude à l’égard de tous les croyants, au risque de choquer ses plus fidèles fidèles : « Franchement je sais pas d’où ils sortent tout ça. Le truc sur l’omniscience et l’omnipotence là… Et alors le couplet sur la bienveillance universelle, c’est sûr c’est beau et super optimiste mais ça manque profondément de réalisme. » Le Seigneur fictif invite ensuite tous ses fidèles à changer de comportement : « Je pense que les croyants actuels du monde entier devraient arrêter de s’accrocher à leurs histoires, sympathiques au demeurant, mais légèrement absurdes. » Dans cet entretien accordé au journal La Croix, le divin créateur décrit la surprise qu’Il ressent à voir des millions et des millions de personnes continuer à croire en lui depuis des milliers d’années : « Pourquoi les gens persévèrent-ils alors qu’ils n’ont aucune preuve attestant de mon existence ? Je trouve évidemment ça très honorable d’avoir la foi comme ça mais là ça me paraît un chouia excessif. » Une incompréhension qui s’accompagne d’un sentiment de tristesse en constatant les dégâts provoqués par ce qu’Il qualifie de « superstition de comptoir » : « La croyance en mon existence a engendré tellement d’atrocités. J’aimerais tellement que les gens comprennent que je n’existe pas. Je ne sais pas trop comment faire dans la mesure où ma marge d’action est quasi nulle. Pour l’instant je vais juste continuer à ne pas être. C’est le mieux que je puisse faire. » Le Vatican indigné Cette prise de parole de Dieu a très vite entraîné des réactions en chaîne sur les réseaux sociaux. « Courageux d’avouer ça publiquement ! », lance cet internaute sur Twitter. « WTF !!! Dieu qui s’exprime dans La Croix ? C’est sérieux ou quoi ? », lance, plus dubitative, cette autre utilisatrice. Mais la réaction la plus attendue était évidemment celle de Rome et de l’Eglise catholique. Et cette dernière ne s’est pas faite attendre puisque le porte-parole du Vatican s’est fendu d’un communiqué pour le moins virulent dans lequel l’Eglise condamne les propos du Saint-Seigneur : « Les paroles tenues par M. Dieu sont inadmissibles, même si elles restent divines. Il vient semer le trouble dans la foi de ses croyants.  Des croyants qui ont besoin spirituellement et psychologiquement de croire en Lui. Sans parler évidemment de toutes les conséquences économiques néfastes que ce genre de discours négationniste peut engendrer. »

Le 3 novembre 2014 à 15:33

Qui crée quoi ?

Le Vatican va de l'avant

(AFP2) Le pape François vient de créer de toutes pièces, ex nihilo, comme Jéhovah créa le monde, la Congrégation pour les Idées Nouvelles, dont il a confié la direction au cardinal Mateo Falcone, 31 ans, archevêque de Vigata. Mgr Falcone, qui vient tout juste de recevoir le chapeau, s’est aussitôt attaqué à la grave question de la pluralité des mondes. Certes, il y a urgence, puisque les astrophysiciens découvrent tous les jours une nouvelle planète, et pour la plupart sont d’avis qu’il ne peut pas ne pas y avoir, dans la vastitude de l’Univers, des planètes habitées par des êtres pensants. Reste à savoir si c’est le Dieu de la Bible qui a créé ces planètes extra-solaires et leurs extra-terrestres habitants ? S’appuyant sur le texte de la Genèse, Mgr Falcone n’a pas eu peur de déclarer, dans le tout premier communiqué de la Congrégation dont il est le Préfet, que « Le Dieu de la Sainte Bible et de l’Église de Rome  n’y est pour rien » (sic), car « Les extra-humains ne sauraient être de son ressort. » Dans un récent entretien accordé au magazine Play Boy, s’agissant de savoir qui aurait créé ces êtres non-adamites, il a évoqué « l’action d’un autre Dieu, ou d’autres Dieux, opérant sur d’autres sites. » Il a même envisagé l’hypothèse d’une « guerre des Dieux », ajoutant que « le nôtre est le plus fort ». S’il ne s’est pas encore prononcé sur ces propos de Mgr Falcone, François vient de lui renouveler publiquement sa confiance, en lui pinçant familièrement l’oreille. Une encyclique est attendue qui devrait trancher, non pas ladite oreille, mais la lourde question théologique soulevée par le préfet de la nouvelle Congrégation.

Le 21 avril 2012 à 08:54

Spleenons

Quand elle me prend dans ses bras, qu'elle me parle tout bas, je vois la vie en gris, ma fidèle compagne, ma déprime. Un jour on se réveille et tout est triste : c'est la dépression, on est nervous breakdown. On fait bouillir le café du bout du nez, tout est foutu, vanité des vanités, cette corde est trop courte, ce lustre trop fragile, ce troisième étage crie tétraplégie, tout est contre nous. Qui plus est, en toute lucidité, on le sait, c'est médicalement presque prouvé, la dépression est un virus de l'âme qu'il ne faut pas cracher aux visage des autres. J'irais plus loin, c'est une gastro de l'esprit. Un rien nous fait chier. Cachez ces couleuvres que je ne saurais avaler, vous me faites tous vomir ! Que fait Dieu, grand architecte à la retraite (ne parlons pas de ses annuités), je vous prie ? Lui seul le sait. Un jour que j'avais cru comprendre qu'un de mes ennemis (trop nombreux malheureusement, et oui, je suis aussi paranoïaque) était mort, je me suis écrié : « Dieu existe ! » En fait, Dieu n'existe pas, et cet homme vit encore à l'heure où j'écris ces lignes. Enfin bon, Dieu existera sûrement un jour, après tout, nul n'est éternel. Le bonheur, quittant à pas feutrés le domaine des souvenirs, s'est glissé sournoisement au milieu d'autres hypothèses improbables qui hantent mon subconscient, il gît désormais entre l'amour et la justice. A cela, il n'est point de remède. Au jour de l'entretien Pôle emploi, je n'ose m'indigner auprès de ma conseillère de peur de la contaminer. Qui osera nier ma philanthropie ?

Le 2 mars 2011 à 08:00

L'oeuf et la poule

Question métaphysique

Qui de l'œuf ou de la poule est apparu le premier? Bien sûr, s'il fallait l'écouter, Darwin répondrait l'œuf. Heureusement, les replis des soutanes abritent des objections imparables. Il ne faut pas prêter l'oreille à Darwin. Et d'ailleurs, Darwin ne rend pas les oreilles qu'on lui prête. La bonne réponse à cette question métaphysique, l'unique, l'indiscutable réponse est… Dieu.Un jour, Dieu pondit un œuf. Et Dieu, examinant cet objet d'une forme parfaite, vit que cela était bon. Il s'interrogea longtemps, abîmé dans une profonde méditation, se priant lui-même de lui apporter la clé à ses interrogations : à quoi cela peut-il servir ? Il posa par-dessus son gros cul divin après l'avoir orné de plumes duveteuses. Une fantaisie qui lui prenait de temps en temps, les soirs où il se rendait au Lido. Il vit que cela était bon. Puis Dieu reprit sa réflexion. Après avoir créé la terre et les cieux, séparé la lumière des ténèbres, fait pousser les montagnes et les déserts de sable, après avoir inventé les océans et le pâté de lapin, Dieu n'avait plus rien à faire et s'emmerdait menu. Il s'abandonnait à la contemplation et cherchait à comprendre le sens des choses, même des plus futiles comme cet œuf. Vingt-et-un jours plus tard, la coquille de l'œuf se fendilla, un poussin naissait.Devant cet extraordinaire événement, Dieu pondit de nouveau un œuf. Il n'attendit pas vingt-et-un jours. Il inventa alors la mouillette. Et Dieu vit que cela était bon.

Le 10 février 2015 à 09:47
Le 9 décembre 2014 à 08:52

Vie sur Terre - Dieu parle d'un malheureux concours de circonstance

C’est un des mystères les plus anciens que notre monde connaît. Dieu a accepté de faire quelques révélations au sujet de l’apparition de la vie sur la planète Terre lors de son traditionnel point presse du mercredi. Moins silencieux que de coutume, le grand Créateur évoque un acte involontaire et un enchaînement malheureux du cours des événements. Si Dieu admet avoir manqué de discernement et parle d’une bête erreur de manipulation, il précise qu’il n’envisageait pas de telles conséquences à ce qui reste selon lui « la plus grosse boulette de toute sa carrière ». « A l’époque j’étais jeune, je jouais à l’apprenti sorcier et je créais des mondes à un rythme effréné. Quasiment un pas semaine » explique-t-il en tentant de réorganiser ses souvenirs. La boulette Dieu donne des détails précis de ce moment où tout a basculé « Ça faisait deux jour que je travaillais sur un monde pas trop pourri. Mais le troisième jour, j’ai fait une grossière erreur de dosage dans mes produits sans m’en rendre compte. À partir de là, les choses m’ont échappé. » confesse-t-il en faisant mine d’être désolé. Tandis que les premières formes de vie primitive se développent sur Terre , Dieu n’a semble-t-il pas pris la mesure de son erreur puisqu’il avoue s’être contenté d’observer sans tenter d’intervenir pour endiguer le processus. « Au début, ça ressemblait à un phénomène tout à fait sans danger. C’est quand j’ai constaté que certaines formes de vie avaient pris conscience de ma propre existence que j’ai compris que j’avais fait une connerie » explique-t-il. Dieu avoue toujours hésiter à intervenir aujourd’hui pour corriger son erreur. « Vous savez, toutes mes tentatives pour améliorer les choses n’ont fait qu’empirer la situation » reprend-il avec fatalité. « J’ai même tenté plusieurs fois sous la colère de faire disparaître toute forme de vie, rien n’y fait, il en reste toujours un peu » ajoute-t-il. Le grand Créateur termine en précisant qu’il a quand même pris des dispositions afin d’isoler ce monde et éviter toute propagation de la vie en dehors de celui-ci. Une mesure de sécurité qui lui aurait été imposée par ses supérieurs lorsqu’ils ont découvert son incroyable raté.

Le 16 avril 2012 à 08:28

Chronique rurale

Huitième jour : l'enterrement de ma mère.

> Premier épisode                    > Episode suivant   Ce matin au petit jour, j’ai enterré maman sur la plage. Je l’ai récupérée après que la poule l’ait traînée toute la nuit et lui ait bouffée consciencieusement toutes les parties les plus grasses. Elle ne lui a laissé que les os et les poils. Beurk. J’ai dit une prière en espérant que quelqu’un l’entende, même si j’ai renoncé depuis longtemps à l’idée d’un Dieu « utilitaire ». J’ai l’impression en effet que la présence du Créateur est toute relative, c’est une sorte d’absence finalement. Ca ne me gêne pas outre mesure, d’ailleurs, puisque j’ai bien compris que vivre seul était précisément le principe de la condition humaine. Dieu nous propose de faire avec. Croire en Dieu est donc un acte purement gratuit, un des derniers encore possibles sur cette Terre. De cela je l’en remercie. Il faudra que j’en touche deux mots au Curé.   Après avoir sauté sur le sable à pieds joints pour bien tasser, j’ai quitté le corps de ma mère vers 9h30, et me suis dirigé vers le Nord. C’est ici que vous me retrouvez. Un vent saharien et radioactif me balaie gentiment la frange. Je croise un restaurant routier dont le toit, soufflé par l’explosion, a été entièrement recouvert de  cadavres d’ouvriers polonais employés par un sous-traitant de Bouygues sur l’ex-chantier de l’EPR, avant l’accident. Je les salue amicalement. Pas de réponse des polaks, belle mentalité !   Un peu plus loin, un peu plus tard. Dans une zone hyper- radioactive - comme l’est maintenant cette partie sinistrée de la Manche -, la sensation du temps est décidément très étrange. Je confirme même une nouvelle fois que je suis le témoin –et la victime- d’une véritable accélération du temps, une sorte de micro-climat spatio-temporel, encore un truc pas prévu par Einstein… Si je dis ça, c’est que mon ventre ne cesse de s’arrondir davantage, une journée semble être à minima l’équivalent d’un mois, et ce que je dois bien désigner comme mon utérus - malgré les doutes persistants sur ma féminité - est sujet à des contractions de plus en plus fréquentes. Je  suppose que j’approche du 7ème mois de grossesse. Je culpabilise un peu de n’avoir pas prévenu le Père et Nadine. Il me suffit pourtant de fermer un instant les yeux, et je les visualise tous les deux : l’un debout en chaire, éclairant les foules béates de la Maison de Retraite par ses enseignements contemplatifs ; l’autre assise en caisse n°4, éclairant pareillement la clientèle par l’évangile de ses deux seins fièrement dressés, son badge d’hôtesse ornant le droit tel un sermon sur la montagne.

Le 13 décembre 2011 à 08:02

Jésus, reviens, ils sont devenus fous

Ah ! Les vilains méchants, les sombres iconoclastes ! Mécréants, incrédules, apostats. A deux semaines de Noël, vous faites de la peine au petit Jésus qui a tant souffert pour nous, sur sa croix. Et à sa maman qui a enduré les souffrances des mamans sans en connaître les plaisirs. C'est-y pas un crève-cœur ? Pour qui c'était, les contractions ? Pour sa pomme. Pour qui c'était la précarité ? Pour sa pomme. Va-t-en accoucher dans la paille entre des bestioles qui puent, toi qui manies le blasphème avec tant d'aisance, et qui prétend de surcroît ramasser de la monnaie avec, alors qu'ils vivaient comme des cloches, ceux que tu injuries. Et pour qui c'était les larmes de la maman devant le cadavre de son enfant unique ? Tout ça pour racheter vos vilains penchants, vos fautes inavouées. Les croisades, les guerres de cent ans, les guerres de trente ans, les guerres où l'on meurt à vingt ans, les conquêtes colonisatrices, les inquisitions, les misères, les holocaustes, les tortures, le mépris des autres, les viols, les assassinats, l'amour de l'or qui est aussi mauvais pour l'homme que le phylloxéra l'est pour la vigne, c'est pour quoi qu'il est mort, le petit Jésus ? Pour vos museaux. Pour vos vilaines trognes de jouisseurs. Bien sûr, les guerres, la misère, les mauvais sentiments. Mais il en faut bien pour prendre conscience de ce qu'est le mal. Et à qui pourrait-on donner à la sortie de la messe s'il n'y avait pas de pauvres ? La pauvreté des autres permet aux personnes bien d'être gentilles. Deux mille ans que l'on vous dit que Dieu est amour et vous ne comprenez toujours pas ? Va-t-y falloir qu'on vous casse les dents, qu'on vous caresse les côtes et l'épine dorsale avec des gourdins, qu'on vous fasse brûler vifs pour vous faire comprendre ce qu'est l'amour universel ? Sales gens. Vous n'avez pas de coeur. Quelle injustice. Jésus, reviens, ils sont devenus fous.

Le 13 août 2015 à 09:10

Et Dieu, dans tout ça ?

Pubologie pour tous

Dans la pub, rien n’est laissé au hasard. Il y a par exemple des gens payés pour choisir, au milieu de 50 petits rochers en chocolat, quel petit rocher en chocolat est l’archétype des petits rochers en chocolat, et saura à lui seul être le petit rocher en chocolat porte-parole de tous les petits rochers en chocolat. Ces mêmes gens passent des heures entières à tourner le petit rocher en chocolat dans tous les sens pour trouver quelle répartition des noisettes dans le rocher en chocolat sera l’archétype de la répartition de noisettes, le porte parole de toutes les répartitions de noisettes de tous les petits rochers en chocolat. Je ne vous la fais pas avec la table laquée noire, vous aurez compris. Alors pour ce qui est du texte, vous l’imaginez, on pèse, on soupèse, on trapèse, on djainifeurlopèse chaque mot, chaque virgule. Pour atteindre au final un haut degré de précision. C’est comme pour les tirs chirurgicaux dans les guerres propres. Sauf que là, il n’y a pas de civils qui meurent par centaines, mais sinon c’est pareil. Pour arriver à cette merveille. Merveille qu’on peut paraphraser ainsi : oh là là, dans ce monde réac et bien-pensant, on ne peut même plus montrer une femme à poil sans se faire enquiquiner (ce qui, premièrement, n’a rien à voir et ensuite, est faux et sera prouvé prochainement dans un billet féministo-énervé de base, je cherche juste l’image de fesses qui sera l’archétype de toutes les images de fesses), heureusement nous on a un truc super sensuel à vous proposer et c’est sans danger pour la morâle des foules. Ouf. Notez ensuite le « Dieu merci ». Dieu, merci. Merci Notre Père qui êtes au cieux, oui, lui. Merci Dieu quoi ? Merci Dieu de nous permettre, à nous les gens qui font des petits rochers en chocolat, d’abreuver les masses de super pubs trop brillantes où on a trouvé une super idée pour vendre un produit, idée qui consiste à montrer le produit, oui on sait c’est révolutionnaire, merci Dieu, c’est un peu grâce à vous, bisous. Car vous aurez appris quelque chose aujourd’hui : Dieu existe, et il est avec nous, les publicitaires. Ce qui explique tout. Sauf cette affiche.

Le 28 décembre 2014 à 08:26
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