A plus tard Toutou
Au sein de la masse profuse des 480 romans, ou
supposés tels, qui vont s'abattre comme un vol d'étourneaux (ou autres
volatiles) sur les librairies, je m'en voudrais de ne pas signaler celui qui
aurait de quoi les dominer tous de très haut : A plus tard Toutou, de Victorin-Irénée Pluchet (Éditions de
l'Apocalypse), "VIP" pour ses proches, un statut que la force et
l'éclat de ce premier roman devrait lui conférer bientôt.
On ne raconte pas A plus tard Toutou, tant ce roman mixe,
tresse, enlace sur moins de 130 pages – et ce n'est pas son plus mince exploit –
une bonne centaines d'histoires, tout à la fois chatoyantes et sombres, en un
Nœud unique dont seul l'œil d'un lecteur idéal, pour ne pas dire : divin –
celui qui, dans sa tombe, regardait Caïn? – pourrait pénétrer les
arcanes. Et pourtant l'admirable phrase de Pluchet, nervurée, aérienne, dense, n'est
pas sans produire un effet de glissement mais trompeur, tant les failles,
d'abord subreptices, se creusent dans sa texture où, lecteur ingénu, tu
pourrais t'abîmer.
Car Pluchet est dangereux, il semble guider là où il égare,
c'est un roman au risque de la folie. Les libraires le pressentent, sans doute,
qui n'auront pas forcément tort de placer A
plus tard Toutou sur quelque étagère lointaine, ou de le remiser sous une
table, et s'ils le laissent dans son colis, à la bonne heure! car celle de
Pluchet peut attendre, à supposer qu'elle vienne à sonner jamais.