Duanra
Publié le 26/02/2012

Les teckels illusionnistes


Durant les 30 dernières années  de ma vie j'ai fait ce rêve récurrent où j'essayais en vain de repasser mon BAC, (non je n'ai pas mon BAC).
Ce n'est que depuis quelques mois que je ne le fais plus, ce qui me permet enfin de dessiner sans culpabiliser, c'est à dire sans me dire que je devrais réviser au lieu de perdre mon temps.
 
 

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Le 26 février 2013 à 08:57

En plein débat à l'Assemblée, un député fait un avion en papier vraiment aérodynamique

C’est un évènement comme on en voit rarement à l’Assemblée Nationale. Hier après-midi, alors que les députés de tous bords planchaient sur des questions de société, l’un d’eux, Dominique Dord, s’est mis à construire un avion en papier. L’anecdote pourrait s’arrêter là si l’avion en question n’avait pas été d’une très grande qualité. Ce qui a laissé bouche bée les élus de la majorité comme de l’opposition. Décryptage. Un pliage de haute précision Des lignes fines, un pliage net et précis et une forme qui n’est pas sans rappeler celle du célèbre Concorde. Dominique Dord, député UMP de Savoie a produit hier en plein débat à l’Assemblée, ce qui semble être un avion en papier d’une excellente facture. Après quelques minutes de confection, ce dernier s’est élancé dans le ciel de l’hémicycle, dansant par-dessus la tête des députés avec un aérodynamisme digne des plus grands avions de chasse. En face, sur les bancs de la gauche, alors qu’on cherche d’habitude le moindre prétexte pour déstabiliser l’opposition, les députés de la majorité étaient pour une fois impressionnés par une telle œuvre. Rémi Pauvros, député PS du Nord était présent sur place : « C’était vachement impressionnant. On était en train de débattre sur la régulation des activités bancaires et là je l’ai vu passer sous mes yeux. Il fendait l’air tel un sabre. » Réaction identique chez  Pierre-Alain Muet, autre parlementaire socialiste : « C’est vraiment du bel ouvrage. Et on a beau parfois se chamailler pour des raisons politiques, il faut savoir reconnaître quand son adversaire entreprend quelque chose d’admirable. » Un président impressionné Michel est huissier à l’Assemblée Nationale. Il fait partie du fameux personnel chargé d’apporter des missives aux députés présents dans l’hémicycle : « En 22 ans de service c’est la 1ère fois que je vois un pliage d’une tel qualité. D’habitude les députés parviennent au mieux à faire de grosses boulettes très compactes, pratiques et faciles à projeter sur les députés de l’autre camp. ». Pour cet autre fonctionnaire, l’instant restera gravé à jamais dans sa mémoire : « C’est comme une parenthèse de poésie dans le tumulte de l’arène politique. C’était si beau à voir que je me souviens avoir entendu Claude Bartolone, le président de l’Assemblée hésiter à proclamer une suspension de séance. »   Le Gorafi

Le 25 juin 2012 à 08:46

Mon petit pan de mur gris

Yves-Noël Genod : exercice d'admiration numéro 11

> premier épisode "Pourquoi être heureux quand on peut être normal ?" C'est le titre du dernier livre de Jeannette Winterson, lecture conseillée par Patrice. Je lis, j'aime beaucoup et tandis que je découvre Winterson ils sont dans la dernière semaine de Je m'occupe de vous personnellement. Dimanche prochain, dans quelques heures, ce sera fini, tout va disparaître. La salle Roland Topor va retrouver son gris bleuté et fini pour moi les exercices d'admiration. Cette dernière semaine ne parachève rien, au contraire, Yves-Noël recommence, de plus belle, c'est encore un nouveau spectacle, neuf comme tous les matins du monde. Je sens monter une vague de nostalgie, elle me prend à la gorge, je bois la tasse salée. La nostalgie n'est que l'angoisse du futur et l'appréhension du vide après le plein. Bientôt, dimanche en fin d'après-midi, dans quelques heures donc, un petit pan de ma vie - petit pan de mur jaune - va s'estomper, disparaître, s'évanouir. J'aurais vécu avec eux, les acteurs d'Yves-Noël, je les aurais aimé d'amour. Tant pis si on me trouve sentimental ou naïf, c'est l'amourre qui fait ça. Je crois que je n'ai jamais offert autant de fleurs qu'à Valérie Dréville, je crois que je n'ai jamais offert autant de pastèque qu'à Dominique Uber. Tous ensemble et chacun en particulier, je les ai caressés du regard, je les ai écoutés, tendrement contemplés. J'ai admiré Yves-Noël, je l'ai supporté, parce qu'il peut être infernal YVES-NOËL GENOD, infernal dans le sens que Duras donnait à ce mot, infernal comme est infernal ce qu'il a fait et tenu, tout seul pendant trois semaines, un spectacle différent chaque soir, mettre tant de liberté à la fois sur un plateau, gérer les fauves, ne pas leur couper les griffes ou les endormir. Je pense au premier spectacle de Rabeux que j'ai vu : Les Enfers Carnaval. Correspondances.  Yves-Noël cite souvent Peter Handke : "Regarde le miracle, et oublie-le". Je ne sais pas comment je vais oublier le miracle que fut ce spectacle mais comme souvent quand j'ai un problème, je relis Proust : "L'oubli est un puissant instrument d'adaptation à la réalité parce qu'il détruit peu à peu en nous le passé survivant qui est en constante contradiction avec elle."  Et j'ai encore envie de faire une citation, parce que ceci sera ma dernière chronique et je sens que ma bouche s'assèche déjà : "Bien sûr nous eûmes des orages, vingt ans d'amour c'est l'amour fol. Mille fois tu pris ton bagage, mille fois tu pris ton envol. Et chaque meuble se souvient dans cette chambre sans berceau, des éclats des vieilles tempêtes. Plus rien ne ressemblait à rien, tu avais perdu le goût de l'eau et moi celui de la conquête." Dominique Uber, chère Catherine Deneuve du Sauvage et de Possession réunis, je vous aime. Anne Issermann, chère Virginia Woolf à l'ovale lumineux, je vous aime.  Alexandre Styker, mon Marilyn, mon Marcello, mon jeune faon diaphane, je vous aime.  Lorenzo De Angelis, mon cher nageur prodige, toi qui porte bien ton nom de famille, je vous aime.  Marlène Saldana, chère délicate et fine figure du réel, je vous aime.  Philippe Gladieux, mon cher faiseur et défaiseur de lumières et de sons, je vous aime.  Simon Bourgade, mon cher "garçon naturel", je vous aime.  Valérie Dréville, pour tout ce que j'ai déjà écrit et pour le reste, je vous aime.  Yves-Noël Genod, mon cher chat blond, de gouttière et angora, qu'est-ce que je peux ajouter ?  J'avais de grandes ambitions avec mes chroniques pour Vents Contraires, j'aurais voulu suivre le spectacle, en rendre compte de la manière la plus précise qui soit. Une sorte de spectacle littéraire dans le spectacle. Pas sur le spectacle mais dedans, exactement, sous le soleil. Je n'y suis pas arrivé. Il y aura eu 22 représentations, je n'ai fait que 11 chroniques. On ne suit pas à pieds dans la vase un pur sang lancé au galop. Au final il y aura eu autant de Je m'occupe de vous personnellement que de têtes et de mémoires de spectateurs. Ce que j'ai vu, je l'ai vu par le trou de ma serrure personnelle, tout petit point de vue, l'instant d'un regard. Mais un regard qui s'est dilaté à la mesure de toute la vie.  Je vais moins vivre désormais. J'aurai moins de vie vécue. Dimanche soir, après la dernière, je me mettrai sérieusement dans mon second livre. Je suis prêt pour l'apnée. J'ai eu beaucoup d'oxygène ces-temps-ci.

Le 11 décembre 2014 à 10:06

Mystères et boules de gomme

J’ai appris à nager dans un bénitier. Enfant, je tombais en oraison devant le moindre signe de la nature : un rayon de soleil et hop : extase – j’avais une vie bien compliquée. A cet âge quand on dit à son chien « allez viens Toutou on va sortir » et qu’il remue la queue, on croit au miracle. Un été alors que je jouais au scaphandrier dans la mer, j’ai croisé un poisson qui ressemblait à mon ancêtre. Soliste dans le Chœur des Petits Enfants de Clermont-Ferrand, je suis entré, après ma mue, dans le Chœur des amis de l’Auvergne. Un jour, en Anatolie, j’ai été poursuivi par le chien d’un pope qui était la réincarnation d’un canard que j’avais mangé au réveillon de 1972. A 30 ans je me suis retiré dans un monastère pour réfléchir à mes 20 ans, quand je suis sorti, j’en avais 40. J’aime quand il pleut placer mon parapluie au-dessus de la tête des passants pour qu’ils croient à la Providence. Au cours d’une retraite bouddhiste, après avoir jeuné pendant quarante-huit heures, je me suis tapé un poulet. Un jour que je dansais dans une rue de Paris en robe safran et agitant des clochettes, un homme s’est approché de moi et m’a demandé l’heure. Quand je bois un verre de Lacryma Christi, au bout d’un moment, j’en vois deux. Lors de la dernière sortie de mon corps astral, je suis allé au rayon lingerie des Galeries Lafayette. L’autre jour dans le RER après avoir donné deux euros à un paralytique, je l’ai vu sauter de joie sur le quai en agitant sa béquille. Une fois, au milieu d’un oratorio de Bach, je me suis mis à léviter et a voleter dans l’église jusqu’à me coller en haut de la nef les bras en croix. Il n’est pas rare qu’à la station Saint-Lazare une voix impérieuse me commande de me lever et de marcher vers la sortie. Quand je dors il m’arrive de rêver que je prie, mais je ne sais pas qui.

Le 15 mai 2014 à 07:03

Chez les Colson, le chien fait partie de la famille

Charlenry, un chien à qui parler Alors ces vacances, comment ça se présente ? Tu y as pensé ? Je t’avais demandé d’y réfléchir. Tu te souviens ? On en avait parlé. Tu n’as pas eu le temps peut-être ? Ah ! Je m’en doutais. C’est dommage. Je constate une fois de plus qu’il ne sert à rien avec toi de s’y prendre à l’avance. J’avais sollicité ton avis sur l’organisation de tes vacances parce que, me semblait-il, cela te concernait au premier chef, et je vois que tu as négligé de t’en préoccuper. C’est incompréhensible. Je suis très déçu, je le dis sans détour, ni vouloir te fâcher. Il est clair que ta désinvolture ne me dispose pas favorablement à ton endroit, tu le comprends je suppose. Aussi vais-je devoir, là où j’aurais tant préféré avoir avec toi un dialogue horizontal, d’égal à égal en somme, je vais devoir disais-je agir de façon autoritaire et verticale, ce à quoi je répugne. Comme tu le sais, je n’ai pas l’âme d’un maître-chien, mais tu en as décidé autrement. Bien. Examinons maintenant la situation. Cet été, Éléonore donnera une série de concerts dans le Luberon puis à Venise, ensuite elle s’envolera pour le Japon où elle doit enregistrer son prochain disque. Je serai moi aussi à l’étranger, à Ottawa en juillet pour la Conférence Internationale de Pragmatique, en août à Los Angeles chez Oswald W. Brody. Tu te souviens d’Oswald ? C’est ce grand barbu sympathique qui est venu à la maison en février. Je dois réviser sa traduction de Ruses du sous-entendu dans les énoncés performatifs, mon dernier essai. Bref, tu as compris. Cet été, ni Éléonore ni moi ne pouvons te garder. Mme Gachautin a ses congés, la maison sera fermée. Et cette année, Hubert ne va pas dans les Alpes. Voilà. Tu seras donc mis en pension au chenil LES CROCS BLANCS du 15 juin au 30 septembre. C’est tout. Merci. Tu peux disposer.

Le 30 octobre 2010 à 10:20

Pour votre sauvetage demandez un devis !

Conseil Citoyen 10

Un hasard malheureux et qui reste un mystère Te fait te retrouver bloqué cent pieds sous terre, Ne pouvant accuser que ta seule imprudence A vouloir pimenter un peu plus tes vacances. Le problème l’ami, ainsi enseveli, C’est que tu es français, on n’est pas au Chili, Et même dans le cas de ta prise en otageTu risques de payer les frais de sauvetage. Rappelle-toi le prix du baptême de l’air Offert à ta maman pour son anniversaire. Multiplie-le par cent ou, que dis-je, par mille, Compte les spéléos, les maîtres cynophiles… C’est à se demander s’il vaut mieux remonter Respirer, à l’air libre, à jamais endetté Ou finir, dans le fond, comme un aventurier, Toi qui n’étais, là-haut, qu’un blafard employé. Toi pour qui l’aventure était, assis peinard, De regarder des gens sauter du Fort Boyard.   Si malgré tout tu tiens à retrouver ta vie, Demande aux sauveteurs de te faire un devis. Comment le demander ? Mais en morse bien sûr ! En tapant quelque part avec une chaussure. Refuse absolument l’emploi d’hélicoptères ! Aucun professionnel, juste des volontaires Et un chien et demi : un berger, un caniche. Le premier pour trouver l’endroit où tu te niches L’autre pour la photo, car soyons réalistes Ceux qu’il te faut avoir, ce sont les journalistes. Si tu joues bien ton jeu, tu pourras faire en sorte Qu’au lieu de te coûter, tout cela te rapporte.   S’ils te trouvent trop tôt, planque-toi, fais le mort, Le temps que les médias s’installent au dehors. L’idéal, il est vrai, pourquoi te le cacher, Ce serait d’être deux et que l’autre amoché Périsse à tes côtés. Tu en manges un morceau, Tu deviens nécrophage et là c’est le grand saut. Avec une bouchée, un peu de peau de coude, Tu vendras ton histoire aux studios d’Hollywood. Signe-toi en sortant ! Ça fera le spectacle. Les médias relaieront en parlant de miracle.   Quand enfin tombera, de là haut, la facture Fais valoir l’audimat de ta mésaventure, L’argent qu’ont rapporté, chaque jour, tes tracas Et comment, en soudant le pays sur ton cas L’info s’est détournée de dossiers plus sensibles. Ne cesse plus jamais de rester bien visible.

Le 15 mai 2012 à 09:45

Le triangle d'or

Yves-Noël Genod : exercice d'admiration numéro 1

> épisode suivant   Paris paraît petit depuis la salle de répétiton. Bientôt, dans quelques jours, le 31 mai si je ne m'abuse, ça commence. C'est au Rond-Point et Yves-Noël Genod va s'occuper de vous, personnellement. En bon génie du titre qu'il est, Yves-Noël a appelé son prochain spectacle Je m'occupe de vous personnellement. 22 réprésentations, ce qui est beaucoup pour YvNo, 22 comme "22, v'là les flics" - au fait, personne ne sait vraiment d'où vient ce 22, c'est peut-être une déformation du juron "vain dieu" ou bien ça vient de l'argot "vingt-deux" qui signifiait "couteau" au 19ème siècle - Bref, tout ça pour dire qu'hier soir, j'ai pu assister à une répet. Yvno préfère dire audition ou filage ou recherche d'apparition ou mieux, rien. Silence total dans la salle, deux / trois personnes dont Alexandre Styker qui mange un sandwich. YN est d'un calme insensé, un calme que je ne lui connais pas dans la « vraie vie », impressionnant. Je suis dans mes petits souliers. Je lui demande à quelle heure ça se termine (car j'ai un rendez-vous après), il me répond : "ça ne se termine pas". Sur le plateau gris, tee-shirt gris et boxer noir, le petit M. Pas de danse sans musique, lumière du jour. M. traverse le plateau en déchirant une feuille de papier alu, YN dit « magnifique », dans ma tête, je pense « ouais, bof ». M. s'approche de la fenêtre - nous sommes au premier étage, il y a trois fenêtres qui donnent sur la rue. Depuis le dehors, Dimitri chante un air d'opéra russe. La voix entre dans la salle, par la fenêtre. YN me demande si ce n'est pas un peu faux, je réponds que oui, que c'est faux, mais que c'est pas mal, ce faux-là. Et là, catastrophe, M. se met à jouer un truc un peu comique genre Charlie Chaplin, un truc vraiment destiné au 4ème mur. YN éclate de rire et va sur le plateau. Très doux, souriant, il dit à M. : « Mais qu'est-ce qui se passe ? Encore une rechute ? C'était quoi ce petit moment « Au théâtre ce soir » ? Il n'y a pas de public, on n’a rien à jouer ici (quand YN dit « jouer », j'entends « démontrer »). » C'est simple, c'est dit avec beaucoup de tendresse, YN connaît M. depuis qu'il a 7 ans. M. recommence. Il fait des choses avec les murs. Il est un peu perdu. Et Yvno lance une chose improbable : joue "triangle d'or", ici, le quartier, c'est le triangle d'or : l'Elysée, les Champs, l'avenue Montaigne, le fric et le pouvoir, c'est ici, joue avec ça". Pauvre petit M., je me demande ce qu'il va faire avec une telle indication. M. s'exécute. Et ça vient, ça devient sublime. YN accompagne M. d'une voix faible : « Oui, somptueux, oui, très beau, ça marche, ça, oui. » Et M. le fait, il y va, dedans, le fil d'or se déroule. Quelle veine ! M. est solaire, ça coule de source, il est triangle d'or, contre, tout contre. Tour à tour isocèle, équilatéral et scalène. C'est dans ces moments-là que je me dis qu'Yvno est un magicien, cette façon de trouver les mots justes, au bon moment, c'est fou. M. va du déséquilibre à l'agilité la plus grande. Je pars sur la pointe des pieds, toujours mon rendez-vous... Dans le métro je me dis qu'YvNo n'a pas son pareil pour célébrer la jeunesse. Et je pense à Catherine Deneuve dans Indochine : « C'est peut-être ça, la jeunesse, croire que les choses sont inséparables : les montagnes et les plaines, les humains et les dieux... Olivier Steiner

Le 2 août 2010 à 08:50

Saleté de chien qui n'a pas fait le job !

Coyotte ! Bon Dieu, viens ici ! Faut qu’on ait une explication. Ici, je te dis. Tu vas pas y couper. Le cambriolage, oui, là, ce week-end, Stéphanie en est malade, tu t’en doutes. Furieuse. Pour elle, t’es un TRAÎTRE. Rassure-toi, j’en ai pris moi aussi plein la gueule. Sauf que c’est toi le chien de garde, pas moi. Et t’as pas fait le job. Tu t’es laissé surprendre. Les types t’ont neutralisé. Bravo. Bijoux, argenterie, meubles anciens, tout est parti. Son bas de laine a également disparu. Non, il ne s’agit pas de bonneterie, bougre de beste ! Un bas de laine, c’est une épargne en liquide. Une somme importante, selon Stéphanie. Eh bien, envolé, pfuit ! Plus rien. Merci, le chien. Va falloir rendre des comptes. Tu vas pas t’en tirer comme ça. Stéph’ est pas du genre qui pardonne. Tu verras. Elle va exiger l’euthanasie. Tes billes sur un plateau lui suffiraient pas. Et je la comprends. On a payé bonbon pour avoir un cerbère, on a eu un mouton. Y a tromperie, en plus du vol. Tout ça est mauvais pour toi. Au mieux, je peux essayer de te revendre à un laboratoire. Ils doivent pas payer cher mais ça compenserait un peu les pertes. Tu ferais des expériences. Des tests. Tu te donnerais à la vivisection. Pour une fois tu servirais à quelque chose. Ah, tu fais grise mine. Eh oui, adieu les beaux jours ! Pour toi, l’avenir se présente mal. Que veux-tu, il y a eu faute professionnelle grave, ça entraîne sanction, faut assumer. Ça te consolera pas, mais sache que nous non plus ne sommes pas au bout de nos emmerdements. Tu vas voir les assurances. Ils vont diligenter un expert, lequel passera ton génome et ton pedigree au peigne fin, il en conclura que tu es un veau et on sera pas remboursés. Tu vois, par ta faute on va être deux fois volés. Stéphanie a raison : tu n’es pas un chien, t’es une merde.

Le 10 février 2015 à 09:47
Le 28 juin 2014 à 09:17

Rocco, un chien à qui parler

C’est pas bientôt fini de frétiller comme ça ? Qu’est-ce que tu as ? Du calme. J’ai dit du calme ! Tu as chaud ? Tu veux sortir ? J’ai pas le temps. Qu’est-ce que tu t’imagines ? Que je suis à ta disposition ? Ben voyons ! Si c’était le cas, c’est moi qui serais à quatre pattes ! Or, est-ce que j’ai l’air d’être à quatre pattes ? Eh non ! Tu vois, ici c’est moi qui commande. Alors sois gentil, fiche-moi la paix. Je vais prendre une douche. Toi tu attends là gentiment. Mais hé, où vas-tu ! Descends de là ! Bas les pattes, je te dis ! Descends ! Tu vas me faire tomber, grand con ! Ma parole, qu’est-ce qui t’arrive ? Ho là là ! Ben c’est du propre ! Qu’est-ce qui te met dans cet état-là ? Pas moi, quand même ! Cochon ! On te dirait un cheval. Ça alors, c’est extraordinaire ! Arrête, je suis pas la femelle que tu crois. Arrête, je te dis ! Idiot. Mais ce qu’il est bête ! J’ai jamais vu ça. Allez, du calme. Tiens-toi tranquille. Ça va maintenant. Sois sérieux. Tu sais que je suis une femme mariée ? Bon d’accord, c’est inexact : je suis veuve. Mais il y a Jean-Louis. Tu es au courant pour Jean-Louis, alors suffit le chien ! J’ai pas besoin de toi. Si encore tu gagnais gros et offrais de m’entretenir, hé ! je ne dirais pas non. Mais là, c’est plutôt toi qui es à charge. Allez, assez joué ! Descends ! Zut à la fin, j’en ai marre ! C’est qu’il a de la suite dans les idées, et il est démonstratif. Quel obsédé ! Ça devient pénible. Je te préviens, si tu continues ça, je dirai tout à Jean-Louis. C’est un monsieur très jaloux. Il ne sera pas content. Il te tirera les oreilles, tu auras mal. Alors, ça y est cette fois, il est calmé ? Toujours pas ? C’est qu’il a vraiment les nerfs, l’animal. Pauvre bête. Bon, ça va ! Je t’accorde dix minutes, mais arrête de baver. Allez, dépêche-toi ! Et ce soir, si le Jean-Loulou a des soupçons, toi tu mouftes pas.

Le 11 juin 2014 à 09:30

Rêves lointains

Rêvons un peu, voulez vous... Une certaine ethnie maya, vivant dans la forêt entre le Guatemala et le Mexique, est connue des anthropologues pour le rapport si particulier qu'elle entretient avec ses rêves. Chez eux, pas de théâtre, pas de chant, pas de danse ni de peinture. Bref, rien, à première vue, de ce que notre société appelle « Art ». Là-bas, l’essentiel de la créativité a lieu au lit.  De quoi rêve-t-on chez les Mayas ? D’abord, de plantes, de fleurs, d'animaux. Chacun ayant une signification bien particulière.Rêver de voir un jaguar signifie que l’on verra prochainement arriver de (dangereux) touristes. Si l’on rêve d’un pied humain, c’est en fait le pied d’un animal. Et si l’on rêve d’un pied animal, c’est forcément un pied humain. Dans le monde du rêve, tout est inversé, et les apparences sont toujours trompeuses. Parfois, leur sommeil ne met en scène que des animaux.Les Mayas sont eux-mêmes, le temps de la nuit, incarnés en animal.Au matin, un des rares rituels qu'on leur connaît par ailleurs, est de se raconter mutuellement leurs rêves.Ce qu'il y a d'étrange dans ce processus, c'est lorsque l'on s'aperçoit que ces derniers se répondent. Parfois même, un habitant racontera qu'il a rêvé rencontrer un certain habitant d'un autre village, qui racontera lui-même avoir rencontré le premier durant son rêve.Comme si l'espace du rêve était réellement un monde parallèle, commun à tous. Un "autre réel". Extrait d’une petite discussion matinale entre deux enfants, rapporté par une amie ethnologue : L'enfant : Cette nuit, j'étais un poisson. J’étais dans le lac et je disais : « l’eau est froide, c’est bien. »Sa soeur : Oui, l’eau est froide le matin. Que faisais-tu dans l’eau froide ?L'enfant : J’étais un poisson, j’étais avec ma femme.La soeur : Que faisait ta femme ?L’enfant : Elle criait. Rires. L’enfant : Je criais sur ma femme parce quelle avait brûlé mon repas, des courges grillées. Rires. La soeur : Ta femme crie parce que les enfants pleurent, ils pleurent parce qu'ils ont froid sous l’eau !L’enfant : Oui, je criais sur elle, ensuite je mangeais du maïs en grain.La soeur : Ah non! C’est impossible, tu es un poisson! Les poissons ne mangent pas de maïs.L’enfant : Si, je mangeais des tortillas que m'a femme m’a préparées. Ensuite, le crocodile est arrivé pour me chasser, j’ai nagé près de la rive pour lui échapper.La soeur : Mais non, les crocodiles ne mangent pas de poisson, ils mangent du gibier. Moi, cette nuit, j’étais le singe hurleur. Je suis descendue pour boire au lac, et c’est vrai, j’ai vu le crocodile s'approcher pour me manger.L'enfant : C'est vrai, j’ai vu le singe hurleur sur la rive, mais ce n'était pas toi, c’était mon père qui était venu pêcher. Etonnant, non ? Le plus surprenant dans tout cela, peut-être, c'est que la plupart des étrangers ayant séjourné plusieurs semaines chez les Mayas, admettent qu'au bout d'un certain temps, leurs rêves évoluent, jusqu'à ce qu'ils ne contiennent eux aussi plus que des mondes constitués de jaguars, de serpents, etc... Comme si le surréel finissait toujours par s'imposer. Lorsque nous pénétrons dans un endroit, nous pénétrons aussi dans tout ce qui dépasse l'espace du visible. Sur ce, je vous souhaite de beaux rêves bien franchouillards.

Le 22 mai 2012 à 08:26

Hyper précision de la liberté

Yves-Noël Genod : exercice d'admiration numéro 4

> premier épisode           > épisode suivantRien de ce qui est humain ne lui est étranger. Humain, trop-humain, inhumain, ce sont des notions encore floues. Hier soir je dînais avec Noël, Frédéric et Pierre. Frédéric se plaignait du cul, la chair triste, il en a marre de certains plans, coups d'un soir, plans directs, ni bonjour ni au revoir... Frédéric a dit "fatigué de ces relations inhumaines". Et moi je n'étais pas d'accord. Quoi, inhumain ? Si ce n'est pas humain, c'est quoi ? Animal, robotique ? Pierre, plus sage que tout le monde, a fini par dire que ce n'était peut-être pas ainsi qu'il fallait poser le problème, de cette façon binaire. La déshumanisation, ça existe. Oui. Certes. Certes signifiant là : certainement. Pierre a souvent le mot juste. Humain, trop-humain, donc. Filage, samedi, giboulée de mai, du mois de mars mais en retard. Pierre est chez Disney Store sur les Champs. Demain c'est l'anniversaire de Clélie, elle a commandé la robe de la Belle dans La Belle et la Bête. Je suis au fond de la salle, en haut des gradins. La boule du hasard peut commencer. Elle avance sur le plateau, s'approche de la servante, regarde le public, doucement, et dit : "Femme seule de trente ans cherche dame de compagnie pour promenade." Ouille ! Sorry Yves-Noël, je décris encore, je raconte ! Yves-Noël, je sais, tu m'as demandé de ne pas décrire, surtout pas. Oui mais mince, comment je vais faire ? Comment écrire mes chroniques ? Philosopher, contempler ? Il faudrait que je trouve le moyen de contempler en écrivant. Je ne sais que contempler en me taisant, en laissant mes mains inactives. Comment faisait Victor Hugo ? La boule du hasard amasse la mousse. Comprenne qui pourra. La boule du hasard c'est Lucrèce parlant ainsi de la planète Terre. Tiens, une idée me vient, une piste à expérimenter : il faudrait que je décrive tout ce qui se passe dans Paris en ce moment, je veux dire tout, dans la rue, les bus, les maisons, les boutiques, musées, ministères. Ensuite, dire dans le menu tout ce qui se passe dans la tête des gens, décrire leurs corps, chaque personne, chaque Parisien. Faire cela avec chaque arrondissement, quartier, square, chaque coin de rue en excluant la salle Roland Topor du Théâtre du Rond-Point. Une fois que cela serait fait, après des années d'écriture et des millions de pages, finir le texte en écrivant : Mais je n'ai pas parlé de l'essentiel, ce qui se passe en ce moment dans la Salle Roland Topor. Ce qui s'y passe, now, c'est d'la vie. Vous me diriez, et vous auriez raison : mais d'la vie, j'en ai chez moi, dans ma tête et dans mon slip, pourquoi aller au théâtre et payer genre vingt euros ? Sur le moment je trouverais la remarque percutante. Après un court moment de réfléxion je vous répondrais : Oui, mais là c'est d'la vie visible, palpable et audible. Pas sûr que chez vous ou dans votre slip ce soit aussi pur. Entiendes ? Donc, ici, c'est d'la vie. Faut me croire sur parole. Rien à attendre du théâtre d'Yves-Noël, attendre, rien, parce que c'est encore de la vie, attendre. La vie, tu vois, ça parle, tout le temps. La vie, ça vit, sans droits d'auteur. "Calme plat, asocial." Ouch, là, là, comment continuer ? Je regarde et rien ne me vient, je me sens sec aujourd'hui et je pense à Pierre qui est chez Disney. YvNo m'a peut-être un peu coupé les youques avec ses exigences. Il faut qu'elles repoussent. Direct live depuis le plateau : Sacré nom de Dieu, elles sont vachement bien aujourd'hui, les poules idem, elles jouent vachement bien, Wao, elles sont belles et présentes et vivantes, les Présidentes. Et lui, là, le petit blondinet, il a oublié et ses jambes et sa plastique, fichu en l'air son manteau de séduction, YvNo y est arrivé, qu'il est bien le diaphane jeune faon ! "No milk today." Il a quand même un côté fin de monde, ce spectacle, le tragique en moins. Avant on distinguait, on opposait, la comédie de la tragédie. Après, bourgeoisie oblige, il y a eu le drame. Yves-Noël, c'est encore ailleurs, une quatrième dimension. Je ne sais pas comment dire. Ici et maintenant. Voilà, on pourrait dire "ici et maintenant" mais ce serait un peu court jeune homme. Une définition possible serait : Ici Pour l'Instant mais pas n'Importe Où Maintenant Bien Sûr mais pas n'Importe Comment. Voilà ! Fiat lux ! Le contraire du n'importe quoi. YvNo, rien à voir avec la ligue de l'impro. Ce que l'on voit ici est hyper précis, aussi précis que les douze pieds de Racine. C'est de la précision sans formalisme. Ou alors le formalisme de la jungle de Borneo. Une précision toute suisse, et sauvage, et rampante. Ce n'est pas non plus de l'hyper réalisme, non, c'est vraiment de l'hyper précision, hyper précision de la liberté. Bingo, orgasme, j'ai ma quatrième chronique ! Du coup je vais pouvoir me reposer. Me reposer et partir "me promener à Lausanne. Lausanne c'est la ville riche, avec un lac riche, avec des maisons riches, avec un tramway riche, avec des postiers et des facteurs tous vêtus de gris, qui est une couleur riche."

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