Thierry Noellec
Publié le 04/03/2012

Une bien belle soirée


Certes, entre le Cola-Light, les cookies faits maison et les danses de salon, la soirée se passait plutôt bien. Mais Paulette se sentit vraiment heureuse et détendue lorsque soudain Jean-Paul fit péter le Métal à donf et qu'il sortit le Jack et les amphètes.

Depuis toujours scribouilleur en amateur, je consacre mon temps libre à écrire des romans noirs impubliables (et d'ailleurs non publiés) et à écrire des billets où l'humour potache et trash s'amuse de la médiocrité du monde. Ce qui me convient bien car on ne parle jamais aussi bien que de ce que l'on connait bien. 

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Le 4 août 2011 à 08:09

Reggae anti-nucléaire

Alors que les niveaux de radioactivité autour de la centrale de Fukushima atteignent ces derniers jours des niveaux de plus en plus inquiétants, un clip vidéo pose la question du nucléaire et de ses dangers. Le morceau écrit dans les jours qui ont suivi la catastrophe est l'oeuvre de Rankin' Taxi, un vétéran du reggae japonais, accompagné par le groupe Oki Ainu Dub Band. Et voici sa traduction en français par Mathieu Gaulène du blog "Le Japon à l'envers" (voir aussi son 2ème blog) C'est terrible, terrible, terrible, terrible, le nucléaireC'est terrible, terrible, terrible, terrible,quand un accident se produit C'est terrible, terrible, terrible, terrible,FukushimaC'est terrible, terrible, terrible, terrible,Ce que ça a fait La radioactivité est forte, la radioactivité est immense,Elle n'épargne personne, elle ne fait pas de cadeaux  La radioactivité est forte, la radioactivité est immense,Elle n'épargne personne, elle ne fait pas de cadeaux Une fois que l'accident se produit, c'est la grande panique,Juste avant le naufrage, c'est le TitanicTchernobyl aujourd'hui est une ville fantôme,Des enfants innocents ont un cancer de la thyroïde Bienvenueau célèbre Plutonium,Au mythe de la sureté,A "Fukushima, c'est terminé" On ne pourra bientôt plus manger,les produits de la fermeN'importe où, n'importe quand,la pollution se répand La radioactivité est forte, la radioactivité est immense,Elle n'épargne personne, elle ne fait pas de cadeaux  La radioactivité est forte, la radioactivité est immense,Elle n'épargne personne, elle ne fait pas de cadeaux Elle touche tout le monde comme par exemple,Kadhafi, Obama, Sarkozy, Berlusconi,Hirose Takashi, Rankin Taxi, le premier ministre,Hanshin (équipe de baseball d'Ôsaka), Kyojin (surnom des Yomiuri Giants de Tôkyô) Ceux qui sont pour, ceux qui sont contre, Tepco, Kepco, Nandenkanden (chaîne de restaurants ramen) Les hommes, les femmes, les enfants, les adultes, Asahi (journal), Bunshun (magazine), Ebisu, Kirin (marques de bière) Les Blancs, les Noirs, Seiyu, Daiei (supermarchés) Toyota, Nissan, l'Irak et l'Iran La radioactivité est forte, la radioactivité est immense,Elle n'épargne personne, elle ne fait pas de cadeaux  La radioactivité fait peur, la radioactivité ça craint,On ne peut ni la voir, ni la sentir Même si le circuit de refroidissement fuit,la centrale nucléaire va bien,Protéger la paix dans le monde 24/24h,Avec la bombe atomique,Se réveiller quand il y a une catastrophe,et n'en tirer aucune leçon,Même en faisant attention,une simple et stupide erreur peut survenir, Des publicités habiles,Dans des médias tout-puissants,Une athmosphère douce,Et des images subliminales,Des journaux accumulant l'argent,En étant remplis de publicités,Et pendant qu'on croit tout ça,Le vent souffle dans notre direction, La radioactivité est forte, la radioactivité est immense,Elle n'épargne personne, elle ne fait pas de cadeaux  La radioactivité fait peur, la radioactivité ça craint,On ne peut ni la voir, ni la sentir Elle touche tout le monde comme par exemple,Beyonce, Bae Yong-joon (acteur sud-coréen)Alien, Anpanman, Ultra Seven, Level Seven,Dub Ainu Band, Green Island, Soft Bank, Hard-Punk,Matsumoto Kiyoshi (chaîne de pharmacie), Matsumoto Hitoshi (humoriste)"Zack" (Zaccheroni, sélectionneur du Japon), McDo,Godzilla, Mothra (monstres géants), la police, les petits caïds,Le pdg, les profs, Michaël (Jackson), Maiko Haaaan!! (comédie de 2007)Tamori (humoriste), Takeshi (Kitano),Matsuya, Sukiya, (chaînes de fast-food)Takata (électroménager), Starbucks, La radioactivité est forte, la radioactivité est immense,Elle n'épargne personne, elle ne fait pas de cadeaux  La radioactivité fait peur, la radioactivité ça craint,On ne peut ni la voir, ni la sentir, personne ne peut s'enfuir Est-ce que vous voulez mourrir en avalant la radioactivité ?NON Y'A PAS MOYEN !Ils nous disent que la fuite ne s'arrrête pas ?NON Y'A PAS MOYEN !Est-ce que vous voulez que nos enfants nous reprochent de n'avoir rien fait ?NON Y'A PAS MOYEN !Est-ce que vous voulez vivre avec une grave maladie ?NON Y'A PAS MOYEN ! Est-ce que l'amour augmente avec la radioactivité ?Est-ce qu'on devient plus intelligent grâce à la radioactivité ?Est-ce qu'il n'y a plus de guerre avec la radioactivité ?Est-ce que les gens sourient plus avec la radioactivité ? La radioactivité est forte, la radioactivité est immense,Elle n'épargne personne, elle ne fait pas de cadeaux  La radioactivité fait peur, la radioactivité ça craint,On ne peut ni la voir, ni la sentir, personne ne peut s'enfuirOn ne peut ni la voir, ni la sentir, personne ne peut s'enfuir (x3)  [En fond, il est écrit sur un portique "Le nucléaire, une énergie pour un avenir brillant"] On ne peut pas fuir, pas fuir, pas fuir, pas fuir,le nucléaireOn ne peut pas fuir, pas fuir, pas fuir, pas fuir,quand il y a un accident, [Rankin Taxi en premier ministre, faisant des grands gestes] C'est pas dangereux, pas dangereux, pas dangereux, pas dangereux,le nucléaire,C'est pas dangereux, pas dangereux, pas dangereux, tant qu'il n'y a pas d'accident, C'est pas dangereux, pas dangereux, pas dangereux, pas dangereux,le nucléaire,C'est pas dangereux, pas dangereux, pas dangereux,Jusqu'à que ça le devienne Jusqu'à que ça le devienne (x4) Abruti!

Le 22 novembre 2010 à 16:01

Au bord de la Laponie, Andreas Eklöf et le silence nordique

Tant qu'il y aura du froid

Patterns for three pianos – in four parts - Andreas EklöfLe concert va commencer. Je dois jouer. Je voudrais aller jusqu’au silence, le capter, le comprendre, le donner. Comme le froid, le silence ne supporte que lui-même, un peu de rareté, et rien d’autre. Glenn Gould y est arrivé. Il est monté au nord, au plus nord qu’il lui était possible par train. Il joue. Puis il ne joue plus, il ne joue plus jamais en public, il ne donne plus aucun concert, il ne fait qu’enregistrer. Mais moi, je viens d’ailleurs ; ma radicalité, je la place ailleurs. Et puis, j’en viens du nord, ce n’est pas lui ma seule matière à silence. Ma radicalité, elle est dans le Cd que je viens de donner. Le concert va commencer. On se presse, on entre, on s’assoit. On est venu nombreux de Stockholm. Une personne lit en attendant. Elle est venue m’écouter jouer du piano, mais j’aimerais surtout qu’elle écoute le premier morceau du Cd. Nor., c’est le nom de mon album. Je ne souhaite pas qu’il soit écouté en concert, ni même dans une grande pièce. Le son doit être réglé en médium. Dans le premier morceau, il y a trois pianos, il y a des pauses et des soupirs, et peu de notes. Alors, au moment où je pense que l’on commence à m’écouter, à écouter, à s’habituer à la musicalité, je fais silence, au milieu du morceau, j’éteins tout, j’arrête de jouer, j’arrête d’enregistrer. Même les sons de la pièce sont niés, je pense que l’on s’en rend compte, j’aimerais que l’on s’en rende compte. Un simple soupir n’aurait jamais suffi à donner le silence. Et je repars, dans la pièce, dans la pièce dans laquelle je joue, dans celle dans laquelle vous l’écoutez. La personne a arrêté de lire, elle attend. Je dois commencer à jouer. Peut-être que je vais y arriver. Son attention va se porter sur les sons du piano, elle va se concentrer, ralentir, refroidir, elle va se crisper, s’intensifier. Peut-être que je vais y arriver, peut-être que pendant ce concert je vais l’emmener jusque-là, peut-être qu’il va être question de faire silence, de faire silence ensemble. 

Le 2 février 2012 à 08:20
Le 1 novembre 2012 à 17:03

Vladimir Antonov-Ovséenko (1884-1938)

Les cracks méconnus du rire de résistance

On sait que l’on doit certains des textes les plus tirebouchonnants qui existent à quelques fort tristes sires pathétiquement dépourvus de la moindre flammèche d’humour. À chaque lecture du récit historique désespéré qui suit, que m’a fait découvrir chez lui il y a presque trente ans un Jean-Patrick Manchette hilare, ça ne loupe pas, je m’étrangle de rire. C’est que l’ascétique commissaire à l’Armée Rouge Antonov-Ovséenko, qui supervisa la prise du Palais d’Hiver d’octobre 1917, retrace comme personne les événements qui l’atterrent. Et qu’on comprend au ton de ce passage tragique de ses Mémoires (1924) jusqu’à quel point de vieux rogatons stalino-léninistes de cette farine pouvaient réellement croire qu’une « saoulerie » collective démesurée était à même (grandiose nouvelle !) d’envoyer dinguer en quelques jours tous les acquis répressifs d’un nouveau régime dictatorial. L’historien Isaac Deutscher, dans le tome 2 du premier volet de son Trotski, considère lui aussi que la beuverie monstre décrite par le haut fonctionnaire bolcho « menaça un moment de mettre la Révolution en panne et de la paralyser ». « L’orgie joua également un rôle dans les événements qui préludèrent à la paix de Brest-Litovsk car une grande partie de la vieille armée russe s’y dissout littéralement dans le néant. »   L’ahurissante Saturnale de Petrograd « La garnison, qui se désintégrait complètement, donna personnellement beaucoup plus de souci que les partisans de l'Assemblée constituante... Une orgie sauvage et sans exemple déferla sur Petrograd; et il n'a pas encore été possible de dire avec quelque vraisemblance si elle fut ou non le résultat de quelque subtile provocation. Ici et là, des bandes d'émeutiers surgissaient, généralement des soldats, qui envahissaient les caves, les celliers et allaient parfois jusqu'à piller les cafés. Les rares soldats restés disciplinés s'épuisaient, comme les Gardes Rouges, en tâches de surveillance. Les exhortations n'étaient d'aucun effet. Les caves du Palais d'Hiver (ex-résidence du tsar) constituèrent le problème le plus embarrassant... Le régiment Preobrajensky, qui avait jusque-là gardé sa discipline, s'enivra complètement alors qu'il était de garde au Palais. Le régiment Pavlovsky, notre rempart révolutionnaire, ne résista pas davantage à la tentation. On envoya des gardes d'origine différente, choisis dans diverses unités. Eux aussi s'enivrèrent. Les membres des comités (de régiment : c'est-à-dire les chefs révolutionnaires de la garnison) furent alors désignés pour assumer la garde. Ils succombèrent à leur tour. On ordonna aux soldats des brigades blindées de disperser la foule − ils paradèrent un peu de long en large, puis commencèrent à vaciller dangereusement sur leurs jambes. Au crépuscule, la folle bacchanale faisait rage. « Liquidons ces débris du tsarisme ! » : ce joyeux mot d'ordre courait la foule. Nous tentâmes de l'arrêter en obstruant les portes. Elle pénétra par les fenêtres, arracha les barreaux et s'empara des stocks. On voulut inonder les caves avec des lances à incendie : les brigades de pompiers s'enivrèrent comme les autres. Seuls les marins d'Helsingfors réussirent à venir à bout des caves du Palais d'Hiver. Ce fut, dans son genre, une lutte titanique. Mais les marins tinrent bon, car ils étaient liés par un vœu sévère : « La mort pour celui qui trahit son serment » ; et bien qu'ils eussent été, dans d'autres circonstances, de magnifiques buveurs, il se tirèrent de ce mauvais pas, pavillon haut. Le combat, pourtant, n'était pas fini. La ville entière était gagnée par la folie de boire. Enfin le Conseil des Commissaires du Peuple désigna un commissaire spécial, doté de pouvoirs exceptionnels, et lui donna une forte escorte. Mais le commissaire, lui aussi, se révéla faillible... Une lutte sévère se déroula à l'île Vassilevski. Le régiment finnois, dont les chefs penchaient vers l'anarcho-syndicalisme, proclama l'état de siège sur son territoire, puis fit savoir qu'il allait faire sauter les caves à vin et abattrait les pillards, à vue. Ce n'est qu'après des efforts intenses que cette folie alcoolique fut enfin maîtrisée... »

Le 25 février 2011 à 15:12

# 2 - Mercedes Benz remix - Janis Joplin VS Chic

Seoul Juke Box

A Séoul on trouve souvent deux sortes de Mercedes dans la même famille. La voiture allemande et la femme de ménage des Philippines. Beaucoup de jeunes filles Coréennes prient le Seigneur pour obtenir au moins l’une des deux ; de préférence la voiture. Ainsi dans ces temples nocturnes que sont les bars à karaoké on entend les voix s’élever reprenant en chœur le couplet de la célèbre chanson de Janis Joplin « Oh Lord won’t you buy me a Mercedes Benz ? Celles dont les prières ne sont pas exaucées se contentent du deuxième couplet « Oh Lord, won't you buy me a color TV ? » Et là le miracle se produit chaque fois, car Séoul est le royaume de Samsung et il y a des TV partout et pour tout le monde. Il existe un rapport entre Mercedes et Samsung dans la symbolique croisée des noms et logos. L’étoile de Mercedes est à trois branches pour la terre, la mer et le ciel et Samsung signifie « trois étoiles ». Puisqu’il est question de Trinité, allons jusqu’au troisième couplet pour celles qui vraiment n’ont vraiment pas eu de chance avec les deux premiers : « Oh Lord, won't you buy me a night on the town ? » Plus facile à obtenir de la part de Lord qui ne se fait pas trop prier sur cet article. Ainsi partent dans la nuit des millions de jeunes filles en quête de grandeur et de fortune, de berlines rutilantes, de « housemaid » et d’une vie de rêve qui ressemble à un film. « I'm counting on you, Lord, please don't let me down. Prove that you love me and buy the next round » (Another Barbarian in Asia – Henry Halfwarm)

Le 3 septembre 2013 à 10:37

Bilan de l'été : encore des dizaines de morceaux de musique massacrés à la guitare sur les plages en France

Le ministère de la culture vient de publier son traditionnel bilan des morceaux de musique les plus massacrés à la guitare cet été sur les plages. Les chiffres stables par rapport à l’été 2012 restent toujours préoccupants. L’indétrônable No Woman No Cry Le standard de Bob Marley reste cette année le morceau qui a été le plus malmené sur le littoral français cet été, suivi de près par Come as you are de Nirvana et par Wonderwall de Oasis. La référence reggae a été reprise 10906 fois, dont 406 fois par la même personne, un étrange homme blanc portant des dreadlocks aperçu torse nu sur les plages du pays basque. Dans un classement qui ne connaît pas de grands bouleversements, la plus forte progression est effectuée par la chanson Over the Rainbow qui fait un bon de douze places. Le chiffre très préoccupant l’est d’autant plus avec le succès et l’arrivée massive de ukulélés constatés sur les plages, entraînant ainsi l’arrivée de nouveaux standards usant pour les oreilles. On notera un petit recul de certains morceaux vieillissants tels que Hôtel California et Stairway to heaven qui subissent de plein fouet la concurrence des titres de Christophe Maé et de Zaz, illustrant quand même la terrible augmentation du niveau sonore vocal que l’on observe depuis plusieurs années. La bonne nouvelle nous vient du coté des chansons de Gérald de Palmas. En effet, pour la cinquième année consécutive, aucun morceau du chanteur n’a été entendu sur les plages cet été. Des vacanciers qui se mobilisent Interrogés sur les plages, les touristes ne cachent pas leur désarroi. « On n’en peut plus, ce sont toujours les même qui doivent subir le comportement d’une minorité de kékés en bermudas. » déclare Claire, une parisienne venue passer trois semaines de vacances sur la côte d’Azur. La jeune femme avoue ne plus fréquenter que des plages privées ou interdisant leur accès aux personnes accompagnées d’un instrument de musique, et vouloir s’engager au sein de l’association l’Oreille Cassée, qui lutte pour la préservation sonore du littoral en France. Jacques Maroc, président de l’Association nous explique : « Il il y a toujours trop peu de prévention auprès des jeunes. Aujourd’hui, quatre accords suffisent pour jouer toute la discographie de Christophe Maé, c’est une bombe à retardement pour nos oreilles qu’on laisse dans les mains de nos enfants. Et on a aussi besoin que les pouvoirs publics puissent donner aux municipalités de vrais moyens d’action et de répression pour sanctionner les coupables». Aurélie Fillippetti a annoncé lors d’un point presse que « les bons chiffres de cette année ne faisait pas baisser la vigilance du gouvernement sur le problème ». La ministre de la culture a en outre précisé que l’opération de distribution de bouchons pour les oreilles sur toutes les plages du littoral français serait reconduite à l’été 2014. L’opposition dénonce une mesure trop laxiste en rappelant le tragique fait divers qui a vu un homme se faire lyncher par des touristes excédés après avoir entonné Imagine de John Lennon sur une plage de la Baule fin juillet. Le Gorafi  Photo:quavondo / UntitledImages /iStock  

Le 1 septembre 2010 à 11:17

Sous Les Toits 2

On s’est rencontré autour d’une boîte d’haricots verts, un soir après minuit. T’aurais pas un ouvre-boîte ? qu’elle m’a demandé comme ça. Je sortais des chiottes, et l’un dans l’autre, on a fini par déboucher une bouteille de vin, assis en tailleur sur ma moquette bleu mauve. On a discuté un peu de Bukowski, de John Fante, et puis elle a commencé à pester contre son loyer – le fameux 400 euros, 10 mètres carrés mansardés. J’ai gueulé aussi. Fumiers ! Salauds ! Et puis j’ai roulé sur le côté. Tu veux que je te suce ? Pas la peine, j’ai répondu. Ce vin dégueulasse, ce vasistas foireux – la chambre est si lumineuse, vous verrez, que du bonheur ! - toute cette merde me sapait le moral. Au réveil, elle m’a demandé si je voulais bien l’accompagner chez son proprio. Elle avait un plan. J’ai dit okay. On s’est pointée à 10 heures. J’avais une gueule de bois pas possible. Je me tenais un peu en arrière, au bord de la  gerbe. Le proprio a ouvert. Tronche de l’emploi. – Je veux que vous baissiez mon loyer, elle a attaqué, je me suis renseignée, votre chambre n’est pas dans les règles. – Pas dans les règles ? Tu veux payer combien ? – 300 euros, elle a répondu du tac au tac. – Marché conclu, il a dit. Je n’en croyais pas mes oreilles, putain ! Il m’a jaugé - je pesais pas lourd. Il a ajouté, à une condition, poulette, que tu viennes me la sucer tous les matins. Le vent s’est levé quelque part du côté de Stalingrad. Un sale vent froid, un truc à vous râper les os. Aucun doute, on était bien à Paris. Le gros lard s’est marré. Il s’est marré, et puis il nous a claqué la porte à la gueule. Elle portait un prénom allemand, prénom allemand que le temps a fini par emporter. Mais pas sa coupe de cheveux. Tout au carré. Noir de jais.

Le 19 juillet 2010 à 12:53

Sous Les Toits

Boulevard Magenta, 7e étage, 9m² mansardés jusqu’à la raie, pas de douche, robinet d’eau froide et chiottes sur le palier, 400 euros par mois. Si le soleil ne tape pas trop fort, jette un coup d’œil tout là-haut, dans l’arrondi de la toiture en taule, derrière chaque vasistas se planque un type en manque de tout. Toute la journée, il guette, sa petite radio à piles posée sur les genoux, il écoute les Grosses Têtes, les infos 15 fois par jour, il attend, il renifle, il tousse, il se marre, il dit merde, il roule sur son matelas, en écrase deux bonnes heures. Quant t’es pauvre, y’a pas grand-chose à branler, surtout à Paris. Marcher, s’asseoir sur un banc, lire deux, trois feuilles d’un journal, se rentrer, bouffer un cassoulet, descendre 3 litre d’un rouge dégueulasse, et basta. Tous les jours comme ça. Jusqu’à plus soif. Et rien en vue. Jamais. On était vendredi soir, mon voisin avait recouvert de merde les murs presque blancs des chiottes du palier, et la femme de ménage ne serait pas là avant mardi. J’ai cogné à sa porte. Il a ouvert en ticheurte calbute douteux. Il était raide. – Qu’est-ce tu me veux ? il a dit. – Pourquoi t’as fait ça ? j’ai demandé. – Pourquoi j’ai fait quoi ? il a dit. – Les chiottes, j’ai dit. – Si t’es pas content, c’est le même prix. Il m’a claqué la lourde à la gueule. Je suis retourné dans ma piaule en maudissant cet enfant de salaud. 30 ans qu’il vivait là, qu’il faisait la manche devant l’église de la gare de l’Est, ça lui donnait un certain pouvoir, quelques droits. J’ai ouvert une boutanche, me suis versé un verre, allumé une tige, et j’ai commencé à taper un poème à la machine à écrire histoire de passer le temps. Le temps d’être complètement raide. Le temps que tous les souvenirs bien vaseux me remontent à la surface, d’enclencher la radio. Et de chialer sur des musiques bien niaises.

Le 17 décembre 2015 à 08:24

Nous irons à Valparaiso

« C'est ton téléphone qui vibre, ou ton pacemaker qui est content de me voir ? » - la Ville Lumière avait su me guider vers un de ces sous-bois romantiques dont elle avait le secret. La dame posée sur mes genoux depuis quelques secondes trouvait les mots pour me remonter le moral. Elle me proposa un verre de champagne tiède, j'y vis un rituel d'accueil. Elle mit sa langue dans mon larynx, la précision anatomique vous surprend, mais moins que moi. « Je suis amoureuse », ajouta-t-elle sitôt ressortie, « il va faire de moi sa chose, voilà ce que je me suis dit quand tu as passé le rideau en lamelles plastiques de l'entrée ». J'étais au Cagibi, un bar de quartier conseillé par le gardien de nuit de l'Hôtel Le Clin d'œil où j'était descendu au hasard. « Ne demandez pas à voir Gigi », avait-il précisé, « ce n'est pas la peine ». Il devait tenir d'une grand-tante médium, parce que précisément Gigi était là, à califourchon sur mon Levi Strauss, une nouvelle bouteille pétillante dans la main – mais où était passée la première ? « Et de trois ! », s'exclama Gigi en la brandissant. Les mathématiques n'étaient pas son truc, la pauvre chérie. Je t'apprendrai l'algèbre, je serai ta chance, pensais-je. Je n'arrivais pas à savoir qui de Moët ou Chandon avait ce pouvoir euphorisant. Dehors, il faisait sombre. Nuit battante, les basses à fond sortant de tous les orifices de la rue. Les néons violets, orange, verts semblaient clignoter sur ce rythme infernal. Des gens entraient sans arrêt, et disparaissaient à l'étage d'où il ne redescendaient jamais. Gigi : « Qu'est-ce qu'on fait mon gros loup ? On se marie tout de suite ? Dis-moi oui dis-moi oui dis-moi oui ! ». Je regardai ma montre : disparue. « Et en plus je suis prestidigitatrice », souria-t-elle. Je repris du champ' éventé, je demandais qu'on y glisse des glaçons, et même là, dans le plus craspec des établissements, ça choquait. J'insistai auprès de la moustache qui servait derrière le bar, et je descendis tranquillement la bouteille. Et encore. Et encore. Le rimmel s'affaissait, Gigi se fatiguait à jouer à Gigi. Elle reposait sa tête sur ses bras croisés, sur le comptoir gras de cacahuètes. Je saisis ma dernière chance. La piquette à bulles me donnait de l'élan, je montai sur le zinc. « Gigi, ma Gigi », lui hurlai-je. Elle sursauta. « Viens, je t'emmène ! On prend l'air, définitivement ». Moustache saisit un objet long sous son évier. Gigi me faisait des signes, et les grands yeux. Mais je sentais bien qu'elle attendait la suite, même quand elle a dit : « Quel crétin, çui-là, je l'ai tout suite senti ». Alors j'ai repris : « Gigi, ma Gigi, demain matin ! Aux aurores, premier vol pour Valparaiso ! Ça sonne, non, Valparaiso ? Ça sent meilleur que le Cagibi ? On refait notre vie, amor des mis amores ! ». J'avais entendu ça dans une vieille chanson... Pan.   Oui, ça a fait pan. Ou pouf. Un bruit mi-dur mi-mou, qui a éteint la lumière. Quand celle-ci est revenue, elle était si vive qu'elle entrait en résonance avec le battement de mon sang dans ma boîte crânienne. Les yeux mi-clos, je pris conscience que j'étais allongé sur un trottoir, en plein jour. Je constatai que mes poches étaient vides. J'en sortis seulement un bout de papier froissé, sur lequel je lus : « Billet pour Valparaiso. Aller simple. Gros bisous. G. »

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