Plonk & Replonk
Publié le 29/02/2012

Un apéro spectraculaire


L’association Plonk & Replonk Editeurs est un collectif de créateurs, fondé en 1997 basé à La Chaux-de-Fonds, Suisse.
Jacques et Hubert Froidevaux en sont les principaux membres actifs.

Nous travaillons essentiellement dans le domaine de l’image, et plus spécifiquement du photomontage humoristique.
Nos créations sont diffusées en librairies (Suisse, France et Belgique) sous formes de cartes, de livres et d'autocollants, ainsi que dans la presse.
À noter que Plonk & Replonk est un des principaux leaders sur le marché européen du nain de jardin bétonné, un secteur à forte croissance.

http://plonkreplonk.ch/

 

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Le 6 janvier 2014 à 10:45

Gaston Leroux (1868-1927)

Les Cracks méconnus du rire de résistance

On ne relève guère que le grand roman-feuilletonniste Leroux fut également un grand fantaisiste. Et un grand mutin. Qui s’accorda toute son existence durant le droit à ce qu’il appelait les « audacieuses gamineries ». Enfant de chœur, il fume comme un sapeur Camembert dans les recoins des sacristies et siffle le vin des burettes. En classe, « à l’aide de son porte-plume, il mouchette d’encre les chaussettes d’un blanc immaculé de son vénérable professeur de grammaire, le Père Dupont ». Critique dramatique, il lui arrive de démolir littéralement son strapontin quand une pièce l’horripile. À la soirée de gala béni-oui-oui du Papa Lebumard, il pète vraiment un câble. « Quel scandale ! On doit se mettre à quatre pour me relever. » Chroniqueur judiciaire, il stupéfie ses collègues par sa témérité : « Donc la presse du monde entier s’occupait du marquis de X… Mes confrères attendaient l’audience sans fièvre, moi je bouillais, je voulais voir le marquis ! Mais il était en prison et bien gardé. Cependant deux jours avant l’audience, je parvins à me procurer une feuille timbrée de la préfecture sur laquelle j’inscrivis que M. Arnauld, anthropologiste, était invité à visiter les prisons du Cher. Le directeur de la prison centrale tint à recevoir lui même M. Arnauld et me fit visiter l’établissement et même goûter à la soupe. Quand je sortis, j’avais confessé mon marquis. (…) Le lendemain, Le Matin publiait en première page une correspondance de Bourges qui… Le préfet tombait en disgrâce, le directeur de la prison recevait l’ordre de faire ses paquets. » Reporter de choc, il collectionne les exclusivités grâce à de rouletabillesques stratagèmes, il ose tenter de faire vibrer ses lecteurs pour les impitoyables mais sincères et généreux terroristes anarchistes (Auguste Vaillant, Émile Henry, Santo Ironimo Caserio) dont il est chargé de retransmettre les procès et les exécutions. Et il donne à sa façon des marques de révérence aux figures dominantes de l’actualité ainsi que le rappelle Antoinette Peské dans son panorama Les Terribles : « Vers 1900, notre reporter accompagnait à Brest un ministre. Or, un jour, montant dans la vedette qui devait le conduire au vaisseau-amiral, l’Excellence fit un faux pas et, malencontreusement, se trempa les pieds. Vite, mettant à profit l’instant bref de sa navigation vers la nef amirale, le ministre se déchausse, s’éponge, s’essuie… Un ministre tout grand qu’il soit est sujet aux rhumes de cerveau… Cependant, au moment d’accoster, il cherche, tout le monde cherche les bottines ministérielles, vainement. Plus de bottines ! Gaston Leroux les a, d’une main subreptice, laissées choir dans le flot amer. Le ministre n’en dut pas moins monter à bord du bâtiment, recevoir les honneurs, passer en revue l’équipage, en jaquette, en haut de forme et… en chaussettes ! » Romancier consacré, il ne se montre pas toujours spécialement rassurant pour son voisinage : « Quand j’avais mis le point final à un roman, je bondissais sur le balcon et je déchargeais – en l’air – force coups de revolver. C’était le signal : ma femme, ma fille, mon garçon se précipitaient sur la vaisselle. Verres et assiettes volaient à travers le jardin. Dès qu’il ne restait plus rien à casser, on prenait les casseroles et on tapait dessus : un sabbat de sauvages ! Un jour, une famille amie se trouvait à la maison. Les coups de revolver la surprirent, mais quand mes visiteurs virent tout le monde s’y mettre et la vaisselle voler en éclats, ils crurent que nous étions subitement devenus fous. » Dans son œuvre, c’est pareil, Gaston Leroux travaille constamment du citron et n’arrête pas de « cracher la bobinasse » sur « les bandits gardés par les lois, protégés par la fortune, sacrés par le succès, regrettant que son épée ne soit pas assez longue pour les embrocher d’un seul coup » (Les Mohicans de Babel). Et de vitupérer le colonialisme dans L’Épouse du soleil, la politique dans Les Fils de Balaoo où l’on kidnappe tous les chefs d’État du globe pour que cessent les guerres et les iniquités, la culture bourge dans Une mansarde en or et Le Fauteuil hanté, la religion dans Pallas et Chéri-Bibi (« Ici-bas, chacun pour soi et Dieu contre tous ! ») ou la justice de classe dans La Maison des juges (« Vous faites de la police, mes juges, pas autre chose. Vous dissipez les rassemblements, vous rétablissez la circulation, vous faites la place nette de ce qui gêne la société. Vous gardez les plates-bandes du riche, vous êtes de tragiques gardiens de squares. » Quant aux conceptions sociales loufoquement anarchisantes de Gaston Leroux, elles fleurissent dans son chef-d’œuvre La Double Vie de Théophraste Longuet (1903), incarnée par le flaquant peuple des Talpa expérimentant l’utopie révolutionnaire totale aux fins fonds des Catacombes de Paris. « — Au nom de la loi, je vous arrête ! Cette fois, je crus bien qu’ils avaient compris et que je n’aurais plus à leur expliquer ce qu’est un commissaire de police et un voleur. Mais ils conservaient, qui leur mutisme imbécile, qui leur sourire stupéfiant. (…) Damoiselle de Coucy me demanda la définition de la police. Je lui dis : — La police est une institution qui a pour but de protéger les citoyens paisibles et honnêtes dans leurs personnes et leurs propriétés ! Ils se taisaient encore comme si j’avais dit de l’hébreu. Je m’écriai : — Le commissaire des polices est le gardien des lois ! Ainsi, il y a une loi qui empêche de prendre des chapeaux dans une boutique ! Ils m’interrompirent tous en criant : —   Nennil ! —   Comment, nennil ! Vous n’avez pas de loi ? —   Nennil ! —   Ni de gardien des lois ! —   Nennil ! —   Enfin, fis-je, furieux de cette mauvaise plaisanterie, il y a un État ! —   Nennil ! —   Vous, vous êtes l’État ? —   Nennil ! —   Vous avez des chefs qui sont l’État ? —   Nennil ! Je me pris la tête dans mes deux mains et je résolus de revenir à l’exemple palpable : —   Mon ami n’a pas le droit de prendre ces chapeaux dans la boutique de ce chapelier. —   Oïl ! —   Comment ! Il a le droit de prendre ces chapeaux ? —   Oïl ! —   Ces chapeaux ne lui appartiennent pas ! —   Oïl ! —   Alors, il peut prendre tous ces chapeaux ? —   Oïl ! J’étais cramoisi. Dame de Montfort se pencha vers moi et me confia que tous ces gens me demandaient ce que mon ami comptait faire de tous ces chapeaux. Je lui dis qu’il comptait les vendre. (…) Chez les Talpa, me fit-elle, on ne vend pas, parce qu’on n’achète pas. Chacun prend ce qu’il a besoin de prendre. Et comme il n’a pas besoin de prendre dix chapeaux pour les mettre à la fois sur sa tête, mon ami passait pour un fol, pour un pauvre malheureux triste fol. — Cette plaisanterie a trop duré, fis-je, croyez-en un commissaire de police qui a pu se rendre compte souvent, par lui-même, de la nécessité des lois. Dame de Montfort me demanda à quoi servent les lois. Je lui répondis : —   À trois choses : il y a les lois qui protègent l’État ; il y a les lois qui protègent la propriété ; il y a les lois qui protègent l’individu ! Dame de Montfort me répondit qu’il n’y avait pas besoin de lois chez eux pour protéger l’État, puisqu’il n’y avait pas d’État, ni pour protéger la propriété, puisqu’il n’y avait pas de propriété ! Je l’attendais aux individus. —   Oui, mais vous avez des individus ? —   Oïl ! répondirent-ils tous. Mais dame de Montfort me fit entendre, dès que je lui eus parlé des conflits entre les individus que ces conflits, d’après ce que je lui avais dit, naissant de la propriété, du moment qu’il n’y avait plus de propriété, les conflits n’existaient plus. Pourquoi avoir des lois qui auraient protégé des individus qui n’auraient pas de conflit, puisqu’il n’y a pas de propriétés ? J’étais tellement abruti que je répondis : — Oïl ! »

Le 22 septembre 2011 à 08:00

Devenir caméléon

Pourquoi se battre ? Pourquoi faire des efforts ? Je crois que je ne vais plus bouger. Avec de la chance je vais finir par prendre la couleur de mon environnement. Je veux devenir un caméléon. Jusqu’à maintenant je me suis conduit comme si j’avais le pouvoir d’être un anti-caméléon : je voulais donner mes couleurs au monde. L’influencer, le changer, l’amender. Mais le monde est récalcitrant. C’est une lutte sans fin pour un résultat incertain. Alors il vaut mieux devenir comme le monde. Se fondre dans la masse. Ne plus bouger. Ne plus offrir sa fatigue et son énervement, ne plus sacrifier sa bonne humeur. C’était une erreur. Il faut se laisser couler. La noyade est la seule règle de vie valable. C’est à partir de ce moment que l’on peut agir, car on ne gaspille plus son énergie à tenter de rester à la surface. Se noyer, doucement, se laisser porter par les courants. On veut tout le temps prendre position et se tenir face à un monde monstrueux. Résister. Mais on est ignoré, souvent même écrasé. Nous ne changerons rien à la destruction de la planète et à la domination sociale. Nous avons passé des années à nous battre sans résultat. La lutte pour un monde meilleur nous abîme. Nos épuisements et nos cicatrices ne sont pas des victoires. Peut-être la solution est de devenir invisible. Parer les coups de l’éternelle déception, de la dureté, de la solitude, de l’incompréhension. Invisibles, non pas à nos yeux, mais aux yeux de ce qui nous opprime. Ne pas prendre le monde si sérieusement que l’on se croit obligé d’apparaître entièrement face à lui, et donc offert à ses coups. Il faudrait ne plus être honnête. Superbement mentir. Apprendre à faire disparaître des parties de nous-mêmes et les garder en secret. Les nouvelles révolutions seront menées par des hommes et des femmes qui sauront être des fantômes.

Le 27 janvier 2015 à 09:12

Un garagiste honnête avoue que le joint de culasse est une totale invention

C’est une mini-révolution qui secoue la profession des garagistes depuis ce matin, depuis que Michel Gerron, garagiste dans la Nièvre, a révélé que le joint de culasse était une invention. Enquête. Une fable inventée de toutes pièces « Le joint de culasse, ça a jamais existé, c’est une pièce qu’on a inventée pour escroquer les gogos » a déclaré le garagiste lors d’une conférence de presse organisée pour l’occasion. « C’est sûr, on peut pas faire avaler ça à n’importe qui, y a des gens qui s’y connaissent et d’autres qui se méfient » a-t-il poursuivi devant un parterre de journalistes atterrés. « On essaye de repérer les proies faciles, les intellos. Après, avec les collègues, on fait des paris, on mise sur des clients. Si t’arrives à les arnaquer, tu rafles la mise et si en plus tu inventes le nom d’une pièce, tu gagnes le double. Une fois, j’ai même fait croire à un gars qu’il fallait changer la courroie de distribution de sa roue avant, ça m’a payé l’apéro pendant un an » L’arnaque : une voie de garage Mais Michel était sans doute trop sensible pour continuer à exercer cette profession sans être titillé par sa conscience : « Un jour, j’ai vu une maman de cinq enfants fondre en larmes après avoir vu la facture de 3000 euros qu’elle devait payer. Elle disait que les huissiers allaient venir chez elle. Là, je me suis dit qu’on allait trop loin » confesse-t-il. Lorsqu’on lui demande alors de préciser ce qu’il entend par « aller trop loin », Michel est sans concession : « Je me suis dit que son chèque était sûrement en bois et avec la crise, j’ai eu peur qu’y ait plein d’autres cas comme ça » Quant à savoir s’il craint la réaction de ses collègues, Michel se montre catégorique : « Pas du tout. Avec tout ce que j’ai déjà empoché en acceptant les interviews des magazines, j’vais pas moisir ici. » Une bien belle histoire qui n’est pas sans rappeler celle de ce serrurier déclarant au micro d’une chaîne de télévision il y a quelques mois qu’il avait décidé de faire une facture non-abusive la veille de sa retraite, « pour voir ce que ça faisait ».

Le 23 septembre 2010 à 16:32

Les chroniqueuses de ventscontraires.net sur les tables des libraires

Ventscontraires.net vous le dit parce qu’elles-mêmes sont trop modestes pour vous en parler. Plusieurs de nos chroniqueuses viennent de publier un livre dans cette rentrée littéraire dont on cause. Marie Nimier est la chouchou des médias, il faut dire qu’elle a du métier et n’en est pas à son coup d’essai. Son Photo-photo, qu’elle a écrit à partir d’une séance photo avec l’énigmatique et énervant Karl Lagerfeld, bénéficie du soutien amoureux d’une presse fidèle de livre en livre. Judith Perrignon est plus discrète, mais pas moins appréciée par ceux qui ont su dépasser la liste des sept ou huit livres qu’on voit partout. Avec Les chagrins, elle mêle ses qualités de journaliste à sa plume de romancière et plonge ses lecteurs dans la France des années 70, sur les pas d’une jeune femme détenue à la prison pour femmes de la Petite Roquette. Il y a aussi Nathalie Kuperman, dont le nom ne vous aura pas échappé, sans doute, dans la rubrique de Klemperer Jr, chez qui elle défendait le mot chômeuse (voir sa chronique). Nous étions des êtres vivants, son sixième ouvrage, fait partie de cette catégorie que la presse appelle le « roman d’entreprise ». Ici, on préfère le désigner comme roman tout court, et vous engager à le lire, comme les deux précédents.Photo-photo, Marie Nimier, Ed. GallimardLes chagrins, Judith Perrignon, Ed. StockNous étions des êtres vivants, Nathalie Kuperman, Ed. Gallimard

Le 8 mars 2011 à 12:35

Françoise G., par Laure A.

Une biographie tout en nuances d'une journaliste par une journaliste

« La femme sera vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignera une femme incompétente ». Françoise GiroudQuand on est femme et qu'on exerce le métier de journaliste (au passage, un journaliste sur deux est une femme en France, c'est bon à rappeler en ce 8 mars), Françoise Giroud, forcément, est une icône. Laure Adler est femme et journaliste, et après avoir raconté les vies de Marguerite Duras, Hannah Arendt et Simone Veil, elle nous en dit davantage sur cette autre femme d'exception, qui a commencé comme scripte au cinéma, a participé à la naissance du magazine Elle, a créé L'Express avec Jean-Jacques Servan-Schreiber, est devenue secrétaire d'état dans le gouvernement Giscard, a écrit de nombreux livres, dont autant de best-sellers et… a pas mal de zones d'ombre.Car Laure Adler pourrait n'être qu'admirative de ce parcours sans faute, mais elle tente de garder la distance nécessaire à un bon biographe. Son livre s'intitule simplement Françoise. Elle n'a gardé que le prénom de l'icône, qu'elle nous présente avec ses forces et aussi avec ses faiblesses : Françoise qui a aimé passionnément un homme, celui pour qui elle est presque morte, celui avec qui elle a enfanté l'Express. Quand Giroud se battait, pour les femmes, pour l'indépendance de l'Algérie, pour Mendès France, Françoise soupirait pour l'ambitieux JJSS. On disait Giroud dure, elle l'était, parce qu'elle s'était sortie de sa condition, et qu'elle ne voulait pas y retourner. On la disait parfois méchante, on a du mal à le croire. Mais Françoise, pendant ce temps, était femme, femme aimante, femme souffrante. Giroud a renié ses racines juives au point de les oublier, Françoise, bien des décennies plus tard, les a retrouvées, par amour pour son petit-fils (devenu grand rabbin). Si la femme publique se tenait droite, et parfois raide, c'était pour empêcher la femme secrète de vaciller, puis de tomber. Ce qu'elle a fait, et elle ne s'est jamais vraiment relevée. On a tous en mémoire l'image d'une Françoise Giroud froide, élégante, brillante ; le livre de Laure Adler, qui est un succès de librairie, nous la montre humaine, sensible, fragile. Et on est bien triste, à la fin, de la quitter.

Le 29 octobre 2011 à 08:47

Albert Cossery, clochard céleste

Portrait 27

Albert Cossery est né le 03 novembre 1913 au Caire et il est mort 94 ans plus tard à Paris. Entre temps il s’est beaucoup assis, a beaucoup lu et a un peu écrit. Sous les rides d'Albert Cossery, se cachait l’élégance fripée des corbeaux qui ne se laissent pas apprivoiser. Il vient d’une famille bourgeoise d’Egypte et débarque à Paris juste après la seconde guerre. Il s’installe alors dans une minuscule chambre d’Hôtel  et y reste. Jusqu’à la fin. Albert Cossery pratique la paresse (tout comme Perros) comme un art martial. Celui de la contemplation séditieuse. Albert Cossery sait que les choses ne tournent pas rond et que ce n’est pas en allant pointer que la terre se remettra sur ses pieds. Albert Cossery se fait aider par Henry Miller pour publier son premier livre. Il est du côté de l’ironie de la vie et de l’insolence des mendiants. Dans ses romans la fange est noble et  belle. Elle triomphe toujours des servitudes de l’ordre établi. Mais il ne l’idéalise pas. Il est de son côté. C’est tout. Les titres de ses romans sont  beaux comme des poèmes dans la fumée d’un narguilé : Les Morsures, Les Hommes oubliés de Dieu, Les Fainéants dans la vallée fertile, Mendiants et orgueilleux, Un complot de saltimbanques,  Une ambition dans le désert, etc. Lorsqu’on lui demandait « Pourquoi écrivez vous ? » Il répondait : « Pour que quelqu'un qui vient de me lire n'aille pas travailler le lendemain »...> Illustration Frederico Penteado

Le 9 novembre 2010 à 10:00

Martin Page et "La mauvaise habitude d'être soi"

Le chroniqueur de ventscontraires.net publie deux nouveaux livres

Martin Page fait partie de l'escadre de ventscontraires.net depuis le début, on peut lire ses drôles de billets là et les chroniques de Klemperer Jr, un projet qu'il a initié là. Mais ce sont loin d'être ses seules activités d'écriture. Il est aussi romancier, et vient de le prouver à nouveau avec un roman jeunesse à lire même si on a dépassé la date-limite de l'adolescence, Le club des inadaptés (Ed. L'Ecole des Loisirs). Et il est novelliste. Son dernier ouvrage paru aux Editions de l'Olivier est un recueil de sept nouvelles irrésistibles de loufoquerie, réunies sous le titre énigmatique de La mauvaise habitude d'être soi. Sept bijoux d'absurdité à l'implacable logique qui vous tournent la tête, dont voici un extrait pour ventscontraires.net. (Les illustrations du livre, tout aussi loufoques que les textes, sont signées du "Requin Marteau" Quentin Faucompré)."Je suis bien plus proche des autres depuis que je vis à l'intérieur de moi-même. La conscience de mon insularité m’a permis de réaliser qu'il est nécessaire de construire des ponts pour aller vers autrui ; qu'il n'y a rien de naturel ni d'évident. Ce n’est pas parce que l’on habite le même monde que l’on peut se comprendre et être proches les uns des autres. Au contraire. Les gens qui pensent ainsi se trompent. Il y a des zones d'ombres à l'intérieur de moi-même et cela m'effraie. J'ai peur de ce qu'elles renferment, je crains de m'y perdre. Mais comme je suis curieux et aventureux, je les explore doucement, pas à pas, avec une lampe de poche et mon appareil photo. Je fais des découvertes : des choses oubliées, qui me reviennent en mémoire quand je les vois, des choses inédites aussi, qui me surprennent. J'ai ainsi retrouvé des jouets d'enfance, des vieux meubles, des fruits en bocaux et des animaux empaillés, des nounours et des vêtements poussiéreux, des armes (revolver, fusil de chasse, piège à loup, dague) et des fioles contenant des liquides vert, mauve et rouge, des photos jaunies, des mannequins en plastique vêtus démodés, des coquillages et des pièces en or dans une boîte en fer.Habiter à l'intérieur de soi-même, c'est à la fois vivre dans un lieu familier et côtoyer l'étrangeté. Il n'y a pas de ciel, pas d'horizon, cela ne paraît pas très grand et pourtant il n'y a pas de limites. Je ne veux pas dire que j'y suis confronté à l'infini, mais, plutôt, que l'espace s'étend au gré de mes pas. Mon domicile dépend de mes explorations."(extrait de la nouvelle "A l'intérieur de moi-même" / illustration : Quentin Faucompré)

Le 23 février 2013 à 09:23
Le 8 juillet 2010 à 07:00

Maman (1)

Dialogues de quartier

- J’ai lu ton livre… Ça m’a un peu secouée.- Je t’avais prévenue, maman, ce n’est pas une histoire très divertissante. - Non, c’est le moins qu’on puisse dire. C’est loin de la vie que nous avons bâtie, ton père et moi. - C’est sûr. - Mais déballer l’histoire des quenelles, quand même, c’est un peu dur à avaler. - Quelles quenelles ? - Non, je sais, tu ne dis pas explicitement que ce sont mes quenelles de poisson, mais je suis ta mère et je sais lire entre tes lignes. Quand tu dis que tu es devenu ce que tu es devenu parce que je faisais tous les dimanches la même chose… Je ne sais plus ce que tu as inventé… « sempiternelle », tu dis… Et que c’était chaque fois aussi dégueulasse …  « Dégueulasse » ce mot là je l’ai en travers de la gorge ! - Mais maman, la mère de mon bouquin ce n’est pas toi, c’est la mère du personnage. C’est un roman noir ce n’est pas une autobiographie. - Peut-être, mais ça, les gens ne le savent pas ! Je faisais la panade, moi-même je te signale, dès le samedi soir et le poisson venait tout frais du marché. Alors jeter ça comme ça, « dégueulasse », en pâture aux voisins et à tout le monde… - Je ne pense pas que les voisins, s’ils en viennent à lire mon roman, cherchent un rapprochement avec toi et surtout avec moi. Je ne suis pas comme le personnage : violeur et psychopathe.- Je n’en sais rien ! Personne n’en sait rien. C’est ta vie ça ! Tu ne nous dis pas tout et c’est normal. Mais que tu n’ais jamais aimé mes quenelles, ça au moins tu aurais quand même pu me le dire… Dégueulasse ?!

Le 22 septembre 2010 à 19:20

Desarthe Vs Despentes : c'est la première qui gagne

Des tuyaux pour ne pas perdre son temps dans le grand fatras de la rentrée littéraire

Amateurs de littérature, friands des nouveautés de la rentrée littéraire, ne perdez pas votre temps avec le nouveau Despentes, dont toute la presse parle — c’est un peu le même phénomène qu’avec Houellebecq, on attend du shocking, mais il n’y en a guère —, un livre qui se lit sans véritable déplaisir, certes, mais sans aucun intérêt non plus. Non, lisez plutôt un outsider, un livre passé complètement inaperçu et c’est très injuste, le nouveau roman d’Agnès  Desarthe, Dans la nuit brune. Dans ce livre qui enchante, qui émeut, qui remue, il est aussi, comme chez Despentes, question de la disparition d’un adolescent. Définitive, celle-ci, dans un accident de moto. Ce tout jeune homme, c’était un garçon idéal, à qui, sans le savoir, le père de son amoureuse était très attaché. Car cette mort violente plonge Jérôme, terne agent immobilier de la petite province française, dans un tourbillon de sentiments, de bouleversements conduisant loin, bien loin, « dans la nuit brune ». On y croise une jeune veuve éplorée, une Anglaise complètement jetée, un ancien flic homosexuel, et surtout, surtout, Jérôme, qui garde enfouie en lui l’empreinte de son passé d’enfant sauvage… Ça a l’air fouillis, comme ça, ça pourrait même être ridicule ; avec les mêmes ingrédients, quiconque d’autre qu’Agnès Desarthe aurait pu faire une affreuse et chichiteuse mélasse. Mais ce livre, je vous le dis, est un enchantement, dans le sens premier du terme. Ne boudons pas le petit Poucet qui sommeille en nous.  Dans la nuit brune, Agnès  Desarthe, Editions de l’Olivier

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