Stéphane Trapier
Publié le 06/03/2012

Vache enragée


Né le 15 juillet 1790, Stéphane Trapier a toujours raté les rendez-vous de l’histoire. Ancien avant-centre de l’équipe de France, il n’a jamais gagné la coupe du Monde. Il collabore à Fluide Glacial (après le départ de Gotlib), au Monde (sans jamais croiser Beuve-Méry) ou encore à Télérama (dès la retraite de Jean-Claude Bourret). Il a illustré deux ouvrages de Jean-Michel Ribes, et son Rond-Point. Il ne connait pas personnellement Henri Guaino. 

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Le 7 février 2012 à 09:23

Au théâtre ce soir

Indéniablement, le spectacle est touchant. Ne gâchons pas notre enthousiasme, laissons nos petits cœurs de midinettes prendre le pas sur la raison puisqu'ils ont des raisons que la tiède et paisible réflexion ignore. Et applaudissons. Applaudissons. Applaudissons, car le spectacle est beau et nous ne comprenons rien à rien. Comment avons-nous pu nous fourvoyer à ce point en collant à cet homme doux une étiquette de matamore colérique, ambitieux au-delà du supportable, fort en gueule, d'histrion dévolu à l'emploi de troisième rôle. Valet fourbe et traître, ce n'était pas Scapin, c'était Iago. Ce n'était pas Matti, c'était Mosca. Finalement, on lui trouvait davantage des ressemblances avec un Puntila dégrisé, un Arturo Ui en pleine forme ou un roi Ubu ivre de lui-même. Indubitablement on se trompait. Méchants que nous sommes. Ce que c'est que l'aveuglement. Car on l'a vu, ces temps-ci, offert aux foules, rieur, blagueur, onctueux comme une crème anglaise, sucré comme le miel, faire risette aux enfants et aux ouvriers, des ouvriers que les méchantes langues disent triés sur le volet pour jouer les utilités ; on l'a vu, complice avec eux, franc du clin d'œil, amical de la tape sur l'épaule. Il se confierait à eux s'il n'y avait la malencontreuse présence des tendeurs de micros et autres porteurs de caméras. D'ailleurs, il leur dit, aux ouvriers, lorsqu'impatients ceux-ci lui demandent s'il a l'intention de se présenter à l'élection, et ne craint pas de l'affirmer devant les micros et les caméras. En son for intérieur, l'homme n'aime pas la surexposition. Modeste, tempéré, simple. Il n'y a qu'à entendre sa voix, regarder son sourire plein de compréhension et d'indulgence. Mais courageux. Au point de ne pas craindre de prendre des mesures « impopulaires » risquant par le fait d'écorner sa popularité, comme il ne craindra pas de faire son mea culpa, de confesser « le moment venu » les quelques faiblesses dont il aura pu faire preuve, les erreurs de jugement qu'il n'aura su éviter. On se trompait en tout. Ni Puntila, ni Ui, ni Ubu, c'est Tartuffe qui est à l'affiche en ce mois de février. Richesse du répertoire !

Le 26 avril 2012 à 08:31

Rouleau de printemps

Nous dévoilons en exclusivité le tout nouveau véhicule de campagne jaune vif, armé de phares puissants, à fort pouvoir hypnotique, que le candidat sortant a finalement élu pour son tour de France (celle qui se lève tôt) en vue du scrutin du 6 mai. Il fait encore nuit mais il est déjà aux commandes, prêt au départ, couvé des yeux par un Xavier Bertrand au garde-à-vous, en grand uniforme, futuriste et pimpant, de la Nouvelle UMP (Union pour Ma Pomme), d'un vert moins environnemental que printanier, renaissant, avec deux bandes blanches pour suggérer ces "lignes blanches" que le hardi conducteur d'engin n'hésitera pas à franchir, quitte à tout écrabouiller ? A droite de la photo, à moitié rogné, dans une posture qui semble soumise, contrite – contrainte ? -, on reconnaîtra Dominique de Villepin, au surplomb du caniveau où naguère il manqua de choir. Il est prévu que tout du long du tour de France électoral grands et petits dignitaires de la Nouvelle UMP aient ainsi à s'échelonner, aux fins de laisser s'exprimer une joie volontairement contenue sur la ligne de départ. L'allégresse devrait être totale quand à la veille du scrutin décisif le héros remontera les Champs, le scénario prévoyant même que les deux figures les plus glamour de la Nouvelle UMP, Rachida et Rama, grimpent dans la cabine pour couvrir de baisers et de fleurs le petit Timonier, en un spectaculaire contraste avec les énormes rouleaux électoraux, couverts de boue et tachés de sang.

Le 2 février 2012 à 09:03
Le 22 avril 2011 à 01:14

« Un "Armageddon mondial" sur les monnaies de papier »

Marine Le Pen, communiqué, mercredi 20 avril 2010

"Déficits, dettes, inflation, insolvabilité des banques et des Etats, futur choc pétrolier, austérité sociale, tous les symptômes de la crise monétaire, annoncée dès 2008 par le FN, se mettent progressivement en place pour former un prochain Armageddon mondial  sur les monnaies de papier »  Elle a lu Marx sur papier bible, la dauphine du FN. L’effondrement du capitalisme dans l’embrasement de l’ultime bataille entre forces du Bien et du Mal, telle que prédite  dans l’Ancien Testament (« Apocalypse », chapitre 16, verset 16), c’est l’histoire de la lutte des classes racontée en chaire, à Saint-Nicolas-du-Chardonnet. A l’avant-garde révolutionnaire se substitue l’armée du Christ, boutant hors du royaume de Dieu les troupes de l’Antechrist. Enfin, en gros. Car à lire le communiqué jusqu’au bout « le modèle économique patriote » pourrait quand même éviter cet affrontement d’Armageddon conduit par un Messie vengeur. « Lepénisme ou barbarie », en quelque sorte. Reste quand même une question : pourquoi une telle alarme, maintenant ? La menace lancée par l’agence de notation Standard & Poor’s de placer le "AAA" des Etats-Unis sous perspective négative aurait-elle affolé le FN ?  A moins que ce ne soit tout bonnement un coup de chaud. La famille Le Pen semble sujette aux humeurs de saison. Le papa, la veille dans France-soir, s’était inquiété que les immigrés puissent un jour venir « sodomiser » le président de la République. C’est dire que le monde, selon les Le Pen, est vraiment cul par dessus tête.

Le 28 février 2013 à 09:54
Le 11 avril 2011 à 12:36

« C'est un gode... c'est un code finalement qui sera un code des bonnes pratiques pour avoir effectivement une laïcité, principe fondateur de notre République qui sera respectée dans la meilleure mesure possible. »

Rachida Dati, LCI, 1er avril 2011

Eh ! non, Mme Miché, ce « gode » n’est pas celui que vous croyez. C’est agaçant que Rachida Dati ne puisse plus ouvrir la bouche sans qu’on l’emplisse de cochoncetés. Déjà qu’elle fut chambrée pour une « fellation »  mal à propos alors qu’elle avait voulu, dans sa langue à elle, stigmatiser le capitalisme prédateur, voilà qu’on se gausse d’un mot intempestif pour promouvoir la laicité. Elle s’exprimait en ces termes un 1er avril, ce qui a pu mettre l’hésitation lexicale au compte d’une bonne blague pour piéger les gogols. Mais la vidéo ayant été malignement ressortie une semaine plus tard sur Canal +, bien obligé d’y prêter attention. Pour être juste, il fallait avoir un vibro-masseur dans l’oreille pour entendre « Gode » à la place de «God ». Oui, God, celui de « Oh my God ! » que l’on peut certes ouïr dans les films X non traduits, mais qui est quand même d’abord une formule pieuse. Rachida pense à Dieu quand elle parle de laïcité. C’est rafraîchissant et parfaitement républicain. La croyance en Dieu n’est-elle pas affaire privée et la foi en la Laïcité, affaire publique ?   D’aucuns chicaneront l’usage du « God » par une députée francophone. Mais c’est sans sans doute qu’elle fréquente trop le Parlement européen, une enceinte où l’anglais est largement véhiculaire. Jusque dans les transports amoureux ?Extrait vidéo sur le site lepost.fr

Le 16 mars 2012 à 08:22

Éros et Tomatos

Le jour même, dimanche 12 mars, du "meeting-monstre" du candidat-sortant à Villepinte, on aura appris que "Louis Sarkozy lance des billes et une tomate sur une policière", en faction devant l'Élysée. En 2007, âgé de 10 ans, le bambin lançait son fameux "Bonne chance mon papa!". En 2012, l'ado lance des tomates sur les forces de l'ordre! Crise pubertaire, sans doute, que le délinquant voudrait endiguer, s'étant récemment inscrit dans une académie militaire aux USA. Reste que le contexte familial est préoccupant, entre la toute-puissante image du Père-Président, et la dangereuse proximité, quand Louis est à Paris, d'une belle-mère people, délurée, sexy … Comment ne pas songer à cet autre adolescent : Hippolyte, confronté pour son malheur aux avances de sa belle-mère, la Reine, Phèdre, et voué à être immolé à l'aveugle courroux de son père, Thésée ? Ainsi, du palais d'Athènes au palais de l'Élysée, d'un Roi à un Président, d'une Reine à une first lady, et d'Hippolyte à Louis il n'y aurait qu'un pas, mais un abîme quand ce dernier cherche à se dépêtrer du drama par le lancer de tomates, aux dépens d'une factionnaire qui, femme et flic, conjoint deux pointes du triangle oedipien. Une tomate ne fait pas le printemps. Louis tournera-t-il racaille ? trader ? anar ? yachtman ? Toujours est-il que l'on peut souhaiter, dans son intérêt, que l'Élysée lui soit bientôt clos, pour cause de non-renouvellement de bail.

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