Stéphane Trapier
Publié le 06/03/2012

Vache enragée


Né le 15 juillet 1790, Stéphane Trapier a toujours raté les rendez-vous de l’histoire. Ancien avant-centre de l’équipe de France, il n’a jamais gagné la coupe du Monde. Il collabore à Fluide Glacial (après le départ de Gotlib), au Monde (sans jamais croiser Beuve-Méry) ou encore à Télérama (dès la retraite de Jean-Claude Bourret). Il a illustré deux ouvrages de Jean-Michel Ribes, et son Rond-Point. Il ne connait pas personnellement Henri Guaino. 

Plus de...

Stéphane Trapier

 ! 

Partager ce billet :

À voir aussi

Le 11 février 2012 à 08:50

Sid, vicieux

Un texte "plus civilisé"

C'était en 1991, un mardi. J'étais jusque là un jeune homme enjoué et taquin. Mais un certain Sid Meier fit irruption dans ma vie. Je m'enfermai dans ma chambre 25 jours consécutifs, pour n'en ressortir, le cheveu hagard et l'œil en bataille, que pour aller me chercher de quoi me sustenter. Des témoins affirment m'avoir entendu grommeler : « Encore un dernier tour et ensuite j'éteins ». 423 derniers tours plus tard, je me mis à hurler « Foutrebleu, les Aztèques sont arrivés sur Alpha Centauri avant moi ! » Je venais de découvrir Civilization. Un jeu dans lequel tu diriges un peuple de 4000 av. J.C. à 2100, rien que ça, de la découverte de la roue à celle de la fusion nucléaire. Depuis, j'ai conquis le monde plusieurs milliers de fois, grâce à une habile stratégie (ne jamais jouer les niveaux les plus difficiles), je me suis énervé bien des fois parce que mon tank venait de se faire déculotter par un archer, j'ai dû me faire poser des pouces en téflon 670 heures après la découverte de la version pour Nintendo DS de ce jeu légèrement culte. J'ai atterri tellement souvent sur Alpha Centauri que là-bas, tous les patrons de bistrots me tutoient. Et je n'ai jamais donné la moindre technologie gratuitement parce que bon, même à la tête des Indiens, je reste Suisse. J'ai arrêté ma carrière en politique le jour où je me suis rendu compte qu'augmenter le taux de luxuries ne suffisait pas à rendre les gens contents, mais je n'ai jamais réussi à me lasser complètement de Civilization, même le jour où j'ai découvert que ne jamais découvrir l'équitation ne rendait pas mes sujets plus heureux. C'est pour ça que, quand chez nos pittoresques voisins français, le ministre des citations hasardeuses clame : « Toutes les civilisations ne se valent pas », je ne suis pas choqué outre mesure. Je ne voudrais pas être taxé de racisme ou quoi, mais franchement, le III est le moins bien de la série.

Le 28 avril 2012 à 09:30

Rouille de printemps

Le fébrile candidat sortant vient encore une fois de changer de véhicule de campagne, en optant pour cette antique "dedeuche" (cliché officiel), mythique emblème de la France, et rouillée jusqu'à l'os en illustration d'un élan éperdu vers les humbles, les petits, les pauvres gens, "les Français qui souffrent". Les chefs de la Nouvelle UMP (Union des Misérables pour le Président), assez réservés à la vue du véhicule pathétique, furent priés de laisser leurs doutes au vestiaire - s'agissant justement de vestiaire, le candidat leur fit parade de ses nouveaux atours : oubliés le beau costard à 6500 euros, les belles tatanes à beaux talons à 4500, troqués contre un costume Tati (59,99) et des souliers Eram (34,95). Juppé, le lettré de la Nouvelle UMP, ayant cru bon de susurrer qu'en latin "eram" signifiait "j'étais", le candidat hurla "J'étais! Je suis! Je serai!", fou de rage il claqua la porte et, après s'y être engouffré, la portière de sa dedeuche qui sous le choc se décrocha. Un team de mécanos la suivra désormais de très près dans une Renault gris métal. Composée en hâte une rangée de supporters, à droite de la photo, s'étire d'un landau à un senior de petite taille. Les paniers disposés sur la galerie contiennent des pin's à distribuer aux foules. Quant à l'écriteau surplombant le pare-brise, s'il n'est pas sans évoquer celui que Pilate fit mettre au-dessus de la tête de Jésus, il reste, à la différence de celui-ci, illisible. L'avenir n'est pas écrit.

Le 6 octobre 2010 à 15:21

« J'ai oublié de vous dire, j'étais l'amant de Martine aussi, mais gardez-le pour vous. »

Bernard Tapie, France Info, 6 octobre 2010

Sigmund reviens, ils vont nous rendre fous ! Rachida venait de faire fourcher sa langue sur l’inflation, lorsque l’irremplaçable Nanard nous a plongé dans la troisième dimension érotique du deuxième degré politique, à propos d’un livre faisant état d’une rencontre secrète entre Jean-Marie Le Pen et lui, avant le second tour des législatives de 1993. L’anecdote est minuscule, sa vraisemblance moyenne, mais « hénaurme » est la réaction de Tapie qui choisit France Info pour se livrer à un démenti acrobatique. Par dérision il renchérit sur les questions en assurant que, oui il a toujours été copain avec ce « gros con » de Le Pen, même qu’ils jouaient ensemble au poker, au tennis-ballon, sans oublier que…. Mais là, patatras, Tapie a beau faire désormais l’acteur, il s’est planté dans son impro en parlant d’une certaine « Martine » à la place de Marine, la fille de qui l’ont sait. Eliminons un retour de libido pour la regrettée Martine Carol, et parions à coup sûr que c’est Martine Aubry qui est lovée dans son subconscient. Martine, dont Tapie disait en 2007 qu’elle aurait fait une meilleure candidate que Ségolène, mais Martine qui, tout récemment, s’indignait du « cadeau » de 285 millions d’euros fait par l’Etat à un homme « aux pratiques pas toujours convenables ». Une maitresse femme qui ne châtie bien que ceux qui la désirent. C’est une souffrance intime que nous a livré le «sévèrement burné ».

Le 3 juin 2010 à 17:40

Le froid pour tous

Tant qu'il y aura du froid, recherche extime sur une sensation en voie de disparition

Haussmann est préoccupé par la disparition du froid. Il vient d’écrire à Napoléon : « il faut accepter la cherté des loyers et des vivres comme un auxiliaire utile pour défendre Paris contre l'invasion des ouvriers de la province ». Perdu dans ses projets d’assainissement, il se rend compte que la destruction des caves souterraines a un effet immédiat : la glace recueillie en hiver n’a plus de contenant. Privés de froid intra-muros, les habitants risquent d’aller chercher la fraîcheur de banlieue.Charles Tellier, chercheur de laboratoire farfelu, vient quémander quelques attentions au Paris éventré. Haussmann renvoie toutes ses idées mais il est touché par sa singularité et lui glisse à l’oreille : fabriquez-nous du froid !Charles Tellier s’aventure du côté de Faraday, de l’éther, et de l’ammoniac. Il construit une machine à froid dans la fabrique du maître-chocolatier Meunier. En travaillant sur la compression de gaz liquéfié, les désirs de Charles Tellier deviennent grands, très grands. Il veut le froid pour tous et partout.A ses frais, il transforme les cales d’un vieux voilier. Le 20 septembre 1876, le Frigorifique part de Rouen. Le 25 décembre, il arrive à Buenos Aires. Il prouve que l’on peut traverser l’Atlantique avec trente tonnes de viande fraîche à bord. La chaîne industrielle du froid, ainsi inaugurée, bouleversera la frileuse Europe.Poussé par la recherche absolue des basses températures, Charles Tellier va mourir dans le plus grand dénuement. Peu avant son dernier jour, il dira à un de ses proches : « Le convoi des pauvres m'attend, mais ce sort final des travailleurs ne m'effraie pas... ».

Le 16 février 2015 à 08:08

Le Professeur Pascal répond à vos questions

Peut-on être végétarien non-pratiquant ?

OUI. On peut être végétarien non-pratiquant. Pour cela, il suffit de manger de la viande tous les jours ou presque. Bon, j'entends déjà les végétariens orthodoxes s'écrier : « Mais c'est n'importe quoi ! On ne peut pas manger de la viande si on est végétarien. » Et ils ont raison. Cependant, reconnaissons qu'il n'est pas facile de trouver tous les jours de la bonne herbe fraîche et des pétales de fleurs bien croquants, meuh. L'hiver, quand on habite en ville, c'est même carrément impossible. Certes, il y a des marchands de légumes. Mais est-on bien sûr qu'il s'agisse de vrais légumes cultivés par un vrai fermier en salopette et chemise à carreaux, un fermier bio comme un camion et qui fume des Gitanes maïs ? Si ce n'est pas le cas, il vaut mieux se rabattre sur les fleuristes. Les fleuristes sont des créatures affables, mais un peu bornées. Chaque fois que vous choisissez un bouquet, elles vous demandent : « C'est pour offrir ? » On voit bien par cette question qu'elles ne sont pas végétariennes pour un sou. Si elles l'étaient, elles diraient plutôt : « C'est pour manger sur place ou à emporter ? » L'autre jour, entre nous soit dit, j'ai dévoré comme ça une brassée de tulipes. La fleuriste en est resté baba. « Elles sont un peu fades, ai-je ajouté pour la faire râler. On voit bien qu'elles viennent de Hollande. Vous n'auriez pas plutôt des roses de Picardie ? » Là, la gentille fleuriste a perdu son calme. Non contente de me vider un vase sur la tête, elle m'a envoyé promener sur les roses. Comme quoi, il peut s'avérer dangereux d'être un végétarien orthodoxe !

Le 18 mars 2011 à 10:25

« Les Français, à force d'immigration incontrôlée, ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux , ou bien ils ont le sentiment de voir des pratiques qui s'imposent à eux et qui ne correspondent pas aux règles de notre vie sociale. »

Claude Guéant, Europe 1, jeudi 17 mars 2011

Le ministre de l’Intérieur a décrété une zone d’exclusion territoriale. Son prédécesseur, Brice Hortefeux, avait déjà averti du danger de voir se multiplier les islamo-auvergnats, mais il s’en tenait à un quota de nuisance ne dépassant pas « plusieurs » individus. Désormais on n’entre plus dans le détail. L’arabe est en passe de se substituer au latin dans les églises et à l’hébreux dans les synagogues, il y a donc péril en la demeure du Seigneur ! L’ancien Père Joseph du Président Nicolas Ier détient forcément des informations très sûres sur le sujet. C’est par négligence que l’on n’a pas senti la viande du boucher prendre un arrière goût hallal, c’est par distraction encore que la pose de tapis dans les rues nous a semblé une initiative écologiquement correcte, quand l’obligation de prières va nous faire bientôt courber l’échine à heures fixes, c’est par pure inconscience enfin que la paresse de se raser tout les matins ne nous apparaît pas comme le signe ostensible d’une contamination musulmane des esprits. Paranoïa que tout ça ? Quand une « Miss France » en burqa sera élue pour la première fois, on se souviendra trop tard que Guéant l’avait bien dit ! Guéant qui ? Mais si, celui qui chantait si bien C’est moi le gars de la Marine après une cuite au thé à la menthe !

Le 24 mars 2011 à 16:27

« Heureusement, le président a pris la tête de la croisade pour mobiliser le Conseil de sécurité des Nations unies et puis la Ligue arabe et l'Union africaine. »

Claude Guéant, lefigaro.fr, lundi 21 mars 2011

Ses ailes de Guéant ne l’empêchent pas de se crasher. A croire que le ministre de l’Intérieur est un agent stipendié de Kadhafi qui, au lendemain des premières frappes aériennes sur son pays, dénonçait la « croisade » de l’Occident chrétien contre son modeste personnage, promu martyr musulman. En reprenant le même mot évoquant les expéditions moyenâgeuses pour aller « libérer » le tombeau du Christ chez les Sarrasins, Claude Guéant a dit précisément ce que le tyran de Tripoli voulait démontrer et les gens d’Al-Qaïda entendre. Avec un Guéant au micro, les islamistes n’ont plus besoin d’attaché de presse. Nicolas Sarkozy va quand même devoir calmer son thuriféraire. A trop vouloir cirer les pompes, il arrive qu’on se prenne la semelle. Promouvoir Nicolas Sarkozy en Geoffroy de Bouillon, il y a de quoi faire plier de rire la terre entière, Maghreb et Machrek compris. Et susciter d’embarrassantes comparaisons. Le chef croisé du XIème siècle était en effet nettement moins « bling-bling » que son successeur supposé, dix siècles plus tard. La légende veut qu’il reçut un jour les cheiks arabes, assis par terre car  « l'homme doit se souvenir qu'il n'est que poussière et qu'il retournera à la poussière ». Pas vraiment le profil « présidentiel », ce sacré Geoffroy. Quant à Claude Guéant, il est en passe de réussir l’impossible : faire regretter Hortefeux !

Le 11 décembre 2011 à 08:47

Idées bien reçues

Un jeune de 18 à 24 ans sur quatre, environ, déclare qu'il voterait Marine Le Pen en 2012. Ça ne vous fait peut être pas rire, et pour cause : primo, c'est pas une blague et deuzio, elle est pas de moi. On le savait, que la peau pouvait être un problème pour certains adolescents. On voit même souvent des jeunes arborer à la joue, qui une framboise cramoisie, qui une chips jaune pâle, et c'est ridicule. Mais ça c'est plutôt les jeunes de la tranche en dessous, comprenez les 12-18 ans, ceux qui, pour peu qu'on les mette en lumière sont brillants, ne serait-ce qu'en surface et à grand renfort de sébum. Et bien il semblerait qu'ayant atteint leur majorité, ce soit avec la peau des autres que certains aient des problèmes. Et la droite de les racoler en disant tout haut ce que ces gens pensent de plus bas. Comparer le chiffre annuel de l'immigration à la population de Rennes, il fallait y penser. C'est un petit pas pour l'Homme, mais un pas de Guéant pour l'UMP. Cela dit, moi non plus je n'aime guère les Bretons. Le saviez-vous, les Roms roulent en Mercedes. C'est Hortefeux qui l'a dit. L'autre fois, j'en ai croisé un, de Roumain, à un feu rouge. Je lui ai demandé pourquoi ils roulaient dans ces voitures de ministres. Il m'a répondu que c'était parce que c'étaient les meilleures, tout simplement. Ce sont les seules voitures qu'on peut pousser à plus d'un million de km au compteur. D'ailleurs, il était justement en train de la pousser.

Tous nos invités
Tous les dossiers

derniers podcasts

je m'abonne :   
Kader Aoun et des stand-uppers : "Je n'abandonnerai jamais la banlieue"
Live • 23/03/2019
Tania de Montaigne : L'Assignation
Live • 07/02/2019
Florence Aubenas au grand oral désopilant du Barreau de Paris
Live • 07/02/2019
Eric Vuillard en conversation avec Pierre Assouline
Live • 13/02/2018
Tobie Nathan : Le Parlement des dieux
Live • 13/02/2018
Tous les podcasts

ventscontraires sur Youtube

Découvrez la chaîne
La revue en ligne du Rond-Point
Auteurs maison   Vedettes etc.   Confs & Perfs   Archives   Tous les chroniqueurs
Les vidéos   Les sons   Les images   Les textes  Nous contacter   Presse
ventscontraires.net, revue en ligne, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point.
Site administré par
© 2014 - CC.Communication