Yorick Sirdon
Publié le 28/03/2012

La guerre des roses n'aura pas lieu


Voici un petit extrait de mon essai intitulé : L'amour de A à z. Comprenez, de l'Amour avec un grand A des tragédies shakespeariennes aux zamours avec un petit z, où les idylles merdiques de nos semblables exposent sur un plateau ce qu'elles ont de plus banal et triste. La rose, depuis que l'homme est homme et la femme sa femme, est le symbole de l'amour par excellence. La rose qu'on m'a vendue dans un bar, cette vesprée, ne transige pas à la règle. Plus inodore qu'un verre d'eau du robinet, elles est à l'image de mes passions insipides. Comme si, à les côtoyer, elle en avait pris le parfum. Afin de ne pas me faire mal, on a pris soin d'en enlever les épines. Qui voudrait d'une fin à la Roméo et Juliette, ce couple qui n'a, à y regarder de près, rien de meetic ? La pauvre fleur sue sous un tel carcan de plastique transparent que les plis de sa robe pourprée étaient déjà fanés avant même qu'elle fût offerte. La plupart du temps, le Cupidon qui les propose, pauvre hère, est accueilli avec la mine de cent pieds de long qu'on réserve d'ordinaire à un huissier de justice sadique. On ne voudrait pas se faire offrir ce genre de rose, pas même lors de l'entretien d'embauche de sept minutes d'un speed dating, pour lequel on a investi ce qu'on avait de meilleur en nous, un peu d'argent. Je suis un célibataire exigeant. Pléonasme ? Mais non, moi aussi, Monsieur, j'ai droit au bonheur d'un CDD au SMIC de vie sentimentale. La patronne du MEDEF, nouvelle Ronsard, l'a dit : aujourd'hui, même l'amour est précaire.

Je suis né à Nantes le 21 août 1984. S'ensuit une enfance absolument quelconque qui me mène directement à une adolescence marquée par une pyromanie maladive, canalisée tant bien que mal par mon tabagisme excessif. Après un cursus universitaire en Histoire contemporaine, je me sens à même d'analyser les raisons structurelles pour lesquelles je suis actuellement au chômage.

 

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Yorick Sirdon

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Le 19 juin 2014 à 07:19

L'amour dure des millions d'années

Histoires d'os 49

N’en déplaise à notre versatilité moderne, ils s’aiment depuis 47 millions d’années. Une constance amoureuse que même Baucis et Philémon leur jalousent secrétement. Héros de cette intrique : neuf couples de tortues lacustres, aujourd’hui disparues vue la lenteur extravagante de leur procréation. On les a retrouvés, fossilisés en pleins ébats, sur de belles  plaques de schiste. Cas pour le moins exceptionnel d’érotisme paléontologique, tant il est vrai que la fossilisation surprend assez rarement ses victimes en pleine action. Les couples se sont formés à la surface de l’eau où le mâle, obstinément, a tenté d'enjamber la carapace glissante de sa docile partenaire. Puis, enfin parvenu à arrimer son impatience, il a aimé sa belle sans prendre la peine de dégrafer son encombrant corset d’écailles. Les amants satisfaits sont ainsi demeurés dans cette étreinte sportive, assez peu favorable à l’exercice de la nage. Lentement, ils ont coulé vers les eaux plus profondes où la mort les attendait sous forme de vapeurs toxiques. Ces amants éternels n’ont qu’assez peu de points communs avec Roméo et Juliette et il est douteux que le grand Shakespeare aurait daigné écrire le moindre vers sur leur infortune. Mais leur étreinte post mortem les rapproche des grands destins tragiques qui alimentent notre vision poétique de l'amour. Comment ne pas songer aux estampes japonaises devant cet émouvant Kamasutra zoologique ? A moins de laisser la parole à la sagesse de La Fontaine : qui veut voyager loin, ménage sa monture ? A défaut de septième ciel, la course de l’amour peut conduire au Musée. 

Le 29 juin 2014 à 11:07

Premières fois...

Et au lit, comment ça se passe ? C'est à peu près la question que j'avais posée à une quarantaine de personnes lors d'entretiens anonymes qui avaient nourri Sous ma peau, mon précédent spectacle. Je poursuis cette plongée dans l'intime en m'entretenant à présent avec des adolescents. Ils me confient leur "première fois".  Charlotte (15ans)– Moi je croyais que j’allais avoir un feu d’artifice à l’intérieur, alors j’ai pensé : Je suis infirme...! je ne trouve pas le plaisir …Anna (18ans)– Je ne lui ai pas dit que j'étais vierge ... On parlait pas la même langue, il était Libanais. Déjà c'est pas des sujets faciles à aborder, mais en plus dans une autre langue... Ça a été atroce parce que j'ai eu super mal. Mais ce qui était trop cool, c'est que quand il s'en est rendu compte, Il m'a dit : « Eh ben, eh ben... mais pourquoi tu me l'as pas dit ? »Il était très touché, il a fait vachement gaffe après. Comme il y avait du sang, il m'a emmenée à la salle de bain, il m'a lavée.... il m'a habillée… il m'a pris dans ses bras… il m’a câliné… C'était très joli...Joe (16ans)– Moi la première fois que j’ai failli réussir à ne plus être puceau, j'étais avec un pote à moi, Victor et sa copine et il y avait aussi une très jolie fille blonde, Clémence : des gros seins, un beau cul, une danseuse, cool... On buvait... on parlait cul.Victor, il paie pas de mine, hein, il est moche. C'est mon pote mais il est moche, il est petit et gros mais il se tapait des boulets de canon.A un moment il a dit : « Bon ben nous, on va baiser. » Ils y vont.Clémence et moi on se regarde et on monte aussi dans la chambre.« – On va essayer de faire l'amour aussi. »  Ah ! ben oui, d’acc ! Faites l'amour. »Ils étaient là, nous on était là. J'ai la trique, tout va bien. J'enfile la capote, on commence à s'embrasser, j'entendais l'autre jouir derrière, c'était énorme . Putain, ça va le faire ! Et là elle me regarde dans les yeux et elle me dit : « C'est ma première fois, donc t'y vas doucement. »Euh !!!! Bon d'accord, OK. J'essaie de rentrer, j'arrive pas à rentrer. Beppp je débande. Victor et sa copine, ils arrêtent :« Qu'est ce que t'as mon pote ? T'arrives pas à bander ? »Clémence elle dit : « – Tu veux te regarder un film de cul, Joe ? Peut être ça va te redonner la trique. »« – Oh…!!! Ben non, t'es là à côté de moi, t'es magnifique, je vais pas regarder un film de cul! »Je me souviendrais toute ma vie de ce jour-là, toute ma vie... Illustration : Sous ma peau, Geneviève de Kermabon DR

Le 15 janvier 2013 à 09:55

Pour dissuader les homosexuels, l'UMP veut des stages obligatoires sur les ravages du mariage

Dimanche après-midi se tenait la « Manifestation Pour Tous » contre le mariage homosexuel. Une mobilisation à laquelle ont participé plusieurs ténors de l’UMP qui reste partagée sur le projet du mariage gay. Mais les pro et les anti de droite semblent être tombés d’accord sur une position commune. A savoir la volonté de rendre obligatoire, pour les homosexuels désirant se marier, le suivi d’un stage abordant les ravages du mariage sur le couple. Reportage Une formation d’une semaine « Ce que nous proposons, c’est qu’à l’avenir, les gays qui souhaitent se marier suivent pendant 5 jours un stage sur la déchéance du couple dans le cadre du mariage. » Voilà le message qu’ont martelé à l’unisson les membres de l’UMP présents à la Manifestation Pour Tous qui se tenait hier à Paris. Une proposition qui montre clairement la volonté de réalisme des élus de droite, comme l’expliquait Gérard Larcher, descendu protester dans la rue hier : « On ne se voile pas la face. On sait que le Mariage Pour Tous risque d’être adopté. Soit. Mais dans ce cas- là, on veut au moins qu’il soit le plus encadré possible.» Selon Christian Jacob, président du groupe UMP à l’Assemblée Nationale et fervent opposant au mariage gay, ce stage obligatoire reposerait sur 3 axes : « Nous voulons que les homosexuels qui expriment le souhait de se marier prennent conscience des difficultés et des souffrances occasionnées par le mariage civil. Il serait donc judicieux que, dans un premier temps, ils visionnent sur 2-3 jours des reportages, des documentaires ou toute autre forme de témoignage de personnes hétérosexuelles ayant vu leur couple détruit à cause du mariage. » Les participants à ce stage d’information seraient alors soumis à une série de questionnaires sous la forme de QCM pour contrôler la bonne assimilation des informations qui leur ont été transmises. Le 2e temps fort du stage consisterait ensuite en une succession de mises en situation, de jeux de rôles visant à donner aux stagiaires gays un semblant de vécu de ce que peut être une vie de mariés qui s’effondre. Interrogé par le Gorafi, Laurent Wauquiez, à l’origine de cette proposition, explique l’importance de cette étape : « On ne pourra jamais reproduire véritablement le désastre du mariage. Mais grâce à des ateliers de mise en situation, les gays pourront appréhender les problèmes de belle-famille, de routine. Ils auront la possibilité d’expérimenter ce que c’est vraiment que de passer une nuit sur un canapé parce qu’on s’est disputé le soir en rentrant du boulot.» Un test final Une succession d’ateliers pédagogiques que les anti-mariage gay de l’UMP voudraient voir se terminer par un test final dans les conditions réelles : un examen de 4 heures où les deux membres du couple désirant se marier devront, en présence de deux véritables avocats, tenter de procéder à un partage imaginaire des biens du couple. Objectif: dégoûter du mariage? C’est bien ce qui est reproché aujourd’hui à la droite après cette proposition comme le confie ce député socialiste resté anonyme: « Si une telle mesure devait être adoptée, le nombre de demandes de mariage diminuerait inévitablement chez les homosexuels. Avec cette tentative, La droite cherche juste à dissuader les gays.». Côté UMP, l’ensemble des soutiens à ce projet nie toute volonté de dissuasion. Interrogé sur la question Christian Jacob répond laconiquement  «…» .   Le Gorafi Illustration :  iStock /  govicinity

Le 3 juin 2015 à 08:26

L'Homme sort du classement des meilleurs amis du chien

Très attendu chaque année, le classement annuel des espèces amies des chiens marque cette année un tournant historique dans les relations entre les Hommes et les canidés. L’espèce humaine qui sort du classement, toujours dominé par les tortues, paye selon Kékette, une femelle caniche qui a participé aux délibérations, « son manque d’investissement pour entretenir cette soi-disant amitié ». Se faisant porte parole de son espèce lors d’une conférence de presse improvisée, Kékette n’y va pas avec le dos de la cuillère. « Un vrai meilleur ami se soucie vraiment de vous, de vos besoins et de votre bonheur. Il est là dans les bons, comme dans les mauvais moments » explique-t-elle tout en tentant d’attraper sa queue. Kékette dit se sentir elle-même lésée dans la relation qu’elle entretient avec son maître. « C’est toujours lui qui décide pour moi, sans me demander mon avis » explique-t-elle. « Si la relation était vraiment une amitié d’égal à égal, j’aurais le droit de l’attacher avec une corde lorsqu’il n’est pas sage, non ? » ajoute-t-elle avant de demander aux journalistes présents s’ils voulaient lui grattouiller le ventre. Le caniche affirme que son espèce attend un geste fort de la part des humains pour prouver leur statut de meilleur ami. « Nous espérons que cela agira comme un électrochoc. La baballe est dans votre camp » conclut-elle en évoquant plusieurs pistes parmi lesquelles la stérilisation de tous les punks à chien, ou l’interdiction totale des chats.

Le 20 août 2011 à 08:58

Marche à l'ombre

Il y a différentes méthodes pour ausculter la célébrité chronique d’un écrivain : un éditorial dans un grand hebdomadaire saluant chaque nouvelle parution, le score des ventes en poche de ses romans, leurs traductions à l’étranger, la faveur des jurés littéraires en automne, l’engouement des plagistes en été, une notice dans les dictionnaires, la curiosité des thésards… et l’inscription de son nom sur une plaque en émail accrochée au coin d’une rue. La voirie parisienne qui trace, indifférente, son bonhomme de chemin, ne suit pas toujours cette logique. La postérité n’est pas fille de la Poste. Sade ? Aux oubliettes de la toponymie. Sartre ? Inconnu au cadastre. Kafka, Shakespeare ? A la trappe. Georges Bataille et Alfred Jarry errent aussi dans le no man’s land des âmes perdues. Lot de consolation, leurs homonymes sont honorés : Henry Bataille (1872-1922), dramaturge nîmois, et Jarry, le calligraphe de Louis XIV. Le palmarès de Voltaire qui appelait à cultiver notre jardin est en béton : un boulevard parmi les plus longs de la capitale, une cité, une rue, une impasse, un quai, une station de métro. De quoi rendre asthmatique ses lecteurs piétonniers. Stendhal, qui dispose d’un passage, d’une villa, d’une rue est le seul à se voir décerner une plaque pour l’un de ses personnages, en l’occurrence Lucien Leuwen. La circulation parmi nos grandes plumes n’est pas exempte d’embouteillages et de fulgurants raccourcis. Siècles et mouvements esthétiques se carambolent allègrement. La rue Cazotte prend sa source rue Charles-Nodier et se jette rue Ronsard. La rue Albert-Camus s’accoude à la place Robert-Desnos. Lord-Byron fait la liaison entre Chateaubriand et Arsène-Houssaye. L’avenue Molière meurt impasse Racine tandis que Gérard-de-Nerval débouche sur le boulevard périphérique. Les surréalistes auraient gouté ce jeu des cimaises, cousin du cadavre exquis.

Le 6 décembre 2010 à 07:23

Avis de recherche

Un homme de 38 ans, Christophe M., a disparu depuis lundi soir. Il semble qu’il ait quitté le domicile conjugal à la suite d’une altercation avec son épouse à qui il reprochait une certaine frigidité. L’homme semblerait s’être rendu ensuite chez son meilleur ami qui est actuellement absent pour plusieurs mois en raison d’une délocalisation de son entreprise en Arabie Saoudite. La femme de celui-ci déclare que Christophe M. lui a effectivement rendu visite dans la soirée de lundi mais qu’il l’a quittée vers deux heures du matin. Christophe M. a ensuite été aperçu au domicile de Monique G., secrétaire de l’entreprise qui l’emploie, où il n’est, semble-t-il resté que deux heures. « Il est venu chercher un certificat de travail » nous a déclaré Monique G qui l’a vu se diriger vers le pavillon de sa voisine, une femme célibataire, qu’il connaissait et que nous n’avons pu joindre. Un peu plus tard, une troupe de majorettes nous révèle que Christophe M. s’est rendu à leur local qu’il a quitté plusieurs heures plus tard en annonçant qu’il comptait se rendre au foyer de jeunes filles de la rue voisine.  La dernière trace que l’on ait relevée de Christophe M. se situait aux alentours du bois de Boulogne où un témoin prétend l’avoir vu s’introduire successivement dans plusieurs camionnettes en stationnement. Depuis plus rien. La famille est anxieuse et lance un avis de recherche. Merci de bien vouloir rassurer une femme et des parents terriblement inquiets.

Le 10 août 2015 à 09:35

Des Male Tears

- He bébé, tu te rends pas compte, mais la place des hommes dans la société c’est quand même super difficile. - Yo mon frère, on va causer un peu.   Une terminologie qualifie ces plaintes et récriminations, terminologie inventée par les féministes anglo-saxonnes : « les male tears » (alors, même moi qui suis une quiche en anglais j’ai saisi le truc, je te fais donc grâce de la traduction). Quand un représentant du sexe masculin (je précise : un homme blanc cisgenre hétérosexuel de 30 à 60 ans, grosso modo) commence à dire qu’il souffre de la moindre place qui lui est accordée en tant qu’homme et que sa position est difficile, tu peux le regarder bien gentiment (n’agresse pas, même quand tu en as par-dessus la tête, ça sert à rien, sauf à t’épuiser) et lui asséner : « Male tears, mec » Parce que l’homme blanc cisgenre hétérosexuel de 30 à 60 ans est – même s’il ne l’a pas choisi – tout en haut de l’échelle de domination de notre société. Nombreux en sont conscients, mais beaucoup sont encore dans le déni ou trouvent cela insupportable, cette vérité, parce que cela les empêche d’être dans la plainte. Il y a 3 grandes catégories de plaintes. - injonction à la virilité : un homme doit se comporter…. « en homme ». On ne pleure pas, on est un battant, on a de l’ambition, on est courageux et fort, etc. - les difficultés professionnelles, dans un pays où l’hyper compétitivité ainsi qu’un certain immobilisme laissent énormément de gens sur le carreau de l’emploi, - les plaintes de l’ordre de la séduction ou de la sexualité, parce que « aujourd’hui ça devient très compliqué de séduire les femmes, elles sont trop exigeantes », la solitude, les frustrations sexuelles, etc.   Je vais être extrêmement claire : je n’ai jamais dit qu’être un homme c’est facile. Et je n’ai jamais nié ces difficultés. En revanche, ce qui est mis en balance, c’est qu’être une femme est encore plus difficile.   - L’injonction à la féminité. HUHUHUHUHUHUHUHUHU.Hem, pardon. C’est nerveux. - Les difficultés professionnelles. Dans un pays où le travail à temps partiel est celui des femmes, où le chômage des femmes est nettement supérieur à celui des hommes, où les salaires ont un écart de 15 à 20% à postes égaux, et où les hautes fonctions sont investies par les hommes à plus de 80%, je ne vais pas me lancer dans un cours : j’ose espérer que je n’aurai pas à subir de malhonnêteté intellectuelle de qui que ce soit. Parce que je ne crierai pas (voir plus haut), mais ça va me faire énormément fulminer. « Oui mais attends Marie, t’es bien gentille, mais comprends le souci : qui va garder les gosses ?! »… Parce que voilà, il y a ÇA aussi.   - La séduction et la sexualité. « Tu sais, si tu cherches un mec, dans une soirée, ou sur internet (ou n’importe où), toi en tant que femme tu auras bien plus de chances que moi (homme blanc, etc.) de pouvoir vivre une relation SEXUELLE ». Ok. Peut-être bien. Et encore ça reste à prouver, mais j’accepte le postulat (et après on dira que je ne fais pas d’effort…). Et alors ? Parce que clairement, je n’ai strictement rien contre le fait que l’on puisse chercher des partenaires de sexe pour et uniquement dans cette optique, mais encore faut-il que cela soit a minima de qualité…. Or dire : « Mets des photos de toi à poil sur le net et tu vas pécho grave », je vais être extrêmement claire sur le fait que cela intéresse finalement assez peu de femmes et souvent si tel est le cas, dans des contextes ou périodes spécifiques de leur vie (je répète « chacun fait ce qu’il lui plaît », je ne porterai jamais un quelconque jugement de valeur sur la sexualité de qui que ce soit, je m’en fous pour tout dire, je ne fais que rapporter des faits généraux). Mais pour trouver une relation – même si elle n’est basée que sur l’attrait sexuel – un tant soit peu intéressante (quel que soit le point de vue d’où l’on se place) les choses ne semblent pas plus simples pour les femmes que pour les hommes. Et je ne parle même pas des critères liés au physique, à l’âge, à la situation socio-professionnelle, etc. Nous aurions besoin d’un tableau excel. J’ai pas envie. Donc ok, je veux bien admettre que c’est plus simple de se faire choper à l’arrière d’une voiture pour une femme que pour un homme, si le désir nous en prend, mais comme ce n’est pas dans la très grande majorité ce qui est recherché par ces mêmes femmes, je ne peux le valider comme argument du « c’est plus simple pour vous ». Ah oui, une dernière chose sur ce point : arrêtez définitivement de nous parler de vos « pulsions ». Franchement, passé 14 ans, ce n’est plus entendable.   Ma vie est assez facile. Je suis une femme blanche de 40 ans, qui correspond à des critères sociétaux valorisés sur plein de points, j’ai un contexte familial d’ascendance et de descendance protecteur. Je suis assez haut dans l’échelle de domination sociétale (et dans ce cadre il me semble que le féminisme intersectionnel est une urgence absolue et je suis extrêmement admirative de celles qui s’y collent parce que ce chemin est bien plus ardu que le mien). Or je fais attention à ne pas faire de MGBV Tears face à des personnes bien plus dominées que je le suis ; et si cela se produit malgré-moi (puisque personne n’est exempt d’égocentrisme et de Caliméro style), d’écouter ce que l’on me dit. Pour y réfléchir. Tout simplement.   Alors Messieurs, s’il vous plaît, arrêtez de plaindre votre petit nombril en permanence, il se porte plutôt bien, et entendez un peu ce qui vous est dit. Ce sera déjà un énorme pas vers notre égalité.   Dessin : James

Le 18 juin 2010 à 18:45

Les façons dont la femme et l'enfant accélèrent le pas dans les escaliers

(Chose vue)

La main de la femme est dans le dos de l’enfant, la pousse. La femme se penche, elle voit la rame de métro stationnée depuis longtemps maintenant. L’enfant accélère le pas tant bien que mal, ses yeux s’agrandissent et deviennent ronds, ils scrutent chacune des trop hautes marches pour ses petits pieds. La femme dit quelque chose dans une langue que l’homme ne comprend pas ; l’enfant tord la bouche et ses pieds sur les hautes marches alors l’autre main de la femme se colle contre le ventre de l’enfant. Les deux mains de la femme enserrent l’enfant et la soulèvent du sol. L’enfant tout contre la poitrine de la femme s’agrippe à son cou. La femme dévale d’un pas assuré les dernières marches. La femme court vers la porte encore ouverte avec l’enfant dans ses bras. La femme crie quelque chose à l’enfant. Les paroles de la femme se mélangent au signal sonore de la rame métropolitaine, l’homme ne l’entend pas. Les portes se ferment et la femme et l’enfant restent sur le quai. La femme dépose l’enfant sur le sol. L’enfant regarde le quai et la femme, le métro qui disparaît. L’enfant enfouit les deux mains dans les poches de ses pantalons, se retourne, regarde d’une drôle de façon la volée d’escaliers. Sur le quai, la femme trépigne et tape un peu du pied, regarde l’heure à sa montre, puis caresse doucement la tête de l’enfant. La femme dit encore quelque chose à l’enfant. La femme et l’enfant rient.

Le 12 septembre 2010 à 17:20

« Vous frappez les femmes qui ont déjà des durées de vie incomplètes »

Ségolène Royal, « A vous de juger » sur France 2, jeudi 9 septembre 2010

La dame du Poitou n’y va pas de main morte pour illustrer son propos sur la malfaisance, à l’égard des femmes, du projet de réforme gouvernemental reportant l’âge du départ à la retraite de 60 à 62 ans. Au pied de la lettre ce n’est même plus  SOS-femmes battues, mais on achève bien les femmes foutues. C’était au cours de la seule grande émission de la télévision sur les retraites, dont François Fillon était la tête d’affiche et Ségolène Royal la « guest star. » Une prestation sans peur, saluée par la critique, mais pas sans reproches. Il est fréquent en politique que les mots se bousculent dans la bouche de l’orateur qui veut écraser l’interlocuteur de toute la force de ses convictions. Le risque est alors maximum, de lapsus ravageurs ou d’ellipses obscures. Chez Ségolène Royal on a bien sûr compris que le verbe « frapper » métaphorisait la brutalité de la réforme et que par « durées de vie » il fallait entendre « durées de cotisation ». D’autant que l’indignation féministe succédait à l’indignation sociale pour les ouvriers « frappés » également par les 62 ans. Mais, justement, si la réforme est globalement injuste, les femmes sont plutôt plus pénalisées encore par le passage de 65 à 67 ans du droit à la retraite à temps plein.  Précisément à cause des carrières « incomplètes ». L’intention était bonne, l’exécution malhabile, le ségolénisme reste un art à parfaire.

Le 3 décembre 2014 à 09:17

Le Professeur Pascal répond à vos questions

Langue de bois et dérivés.

Tout le monde connaît la langue de bois, mais on ignore ses dérivés. En voici quelques uns : La langue de bois vernis. Essentiellement parlée dans les soirées mondaines, la langue de bois vernis se susurre entre deux coupes de champagne. Elle ne parle que de choses élégantes et futiles, qui sont pourtant essentielles à la survie du luxe. C'est la langue des gens bien nés et particulièrement vernis. Les pauvres n'y ont pas accès. La langue de sous-bois. Un brin gauloise et libidineuse, la langue de sous-bois se pratique aux abords des aires autoroutières et du bois de Boulogne. On la croit fleurie, mais elle dit les choses comme elles sont. Une chatte est une chatte, une pipe est une pipe, nom d'une pipe ! Souvent, la langue de bois se réduit à une série de râles virils et broussailleux pour s'achever en formules de politesse assez conventionnelles : « Merci, Madame. Je vous souhaite une bonne journée. » La langue de bois de chauffage. Langue de nos terroirs bien de chez nous, c'est autour d'un feu de bois et d'une bouteille de gnôle qu'elle s'épanouit vraiment. Elle rassemble aussi bien des chasseurs après une battue que des bobos parisiens venus s'encanailler dans un bled perdu de La Creuse. Les moustaches et la chemise à carreaux en coton gratté s'accommodent bien avec cette langue. La langue de bois-que-je-me-chauffe. Souvent réduite à des apostrophes agressives comme « putain » ou « enculé », la langue de bois-que-je-me-chauffe s'exprime vertement dans les embouteillages et devant un pauvre imbécile qui s'échine à respecter les limitations de vitesse. A noter que « enculé » est souvent associé à « sale pédé ». La langue de bois de cerf. Idiome préféré des chasseurs, il se débite en différentes parties appelées communément « la curée ». Le cerf n'a pas son mot à dire. Les biches et les faons observent le spectacle, interloqués. On offre les parties nobles à ceux qui ont organisé la chasse à courre. Pour les gueux, il reste les sabots. Ça fait toujours classe dans un salon, accroché à côté du berger allemand en tapisserie. La langue en aggloméré de bois. Uniquement parlée dans les magasins Ikea, cette langue résulte d'un mélange audacieux de mots suédois, de chiffres et de pictogrammes expliquant à quoi ressemble un clou et un marteau. C'est une langue lisse comme un plan de travail de cuisine. Attention quand même à ne pas la parler n'importe comment, sinon vous risquez de vous prendre les étagères sur le coin de la gueule. La langue de sciure. Ce qui reste de la langue précédente, quand on a décidé de tout bazarder à la déchetterie pour se meubler en style Louis XV. Recyclable, la langue de sciure se transforme en litière pour chats et lapins nains. La langue de bois de rose. C'est la langue des amoureux un peu gnangnan. Elle se réduit à des mots simples comme « je t'aime », « j'ai envie de toi », « tu es l'amour de ma vie », « je veux bien prendre une douche avec toi ». Avec le temps cependant, elle peut devenir râleuse ou carrément hostile : « Pauvre naze ! Et dire que je t'ai épousé ! » est une de ses formules préférées. La langue de bois de sapin. Pratiquée par les employés des Pompes funèbres, la langue de bois de sapin sent le sapin et l'after-shave bon marché. La gueule de l'emploi est requise pour la parler, le costume un peu long aux manches. C'est une langue qui parle de la mort en termes techniques : « Le défunt mesure combien environ ? » ; « Pour la toilette mortuaire, on met un parfum bio ou pas ? » Pour autant, cela n'interdit de faire un petit geste commercial en direction des familles dans le besoin, à condition qu'elles soient solvables. La langue des bois de justice. Celle-là vous coupe le sifflet en moins de deux. Disparue en France depuis 1981. Certains nostalgiques la parlent encore ; on dit même qu'ils apprécient la tête de veau.

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