L' Amiral
Publié le 06/04/2012

Les 39 marches (vers le bas)


Contrairement aux idées reçues, tous les marins n'ont pas besoin de faire des phrases. Il y en a qui dessinent aussi.
Né quelque part en plein cœur de la Guerre froide, l'Amiral est, sans contrefaçon, un vilain glaçon. Dessinateur de presse, il croque l'actualité à froid, le plus souvent,
avec une prédilection pour le cinéma, endroit propice à la dégustation d'esquimaux et de barres glacées.
Bref, il est un peu givré.
Il jette son encre ici et là, comme un pétrolier chypriote dégaze en mer, et fait également relâche sur son blog.

 

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Le 28 mai 2010 à 11:05

« A vue de nez, ça me chiffonne un peu le nez »

Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts, Grand Jury RTL-Figaro-LCI, 16 mai 2010

Un Cyrano déclamant : « si j’avais un tel nez, il faudrait sur le champ que je me le chiffonnasse » froisserait les oreilles. La porte-parole des écolos a eu la métaphore audacieuse en attribuant en outre des affects politiques à son appendice nasal. Invitée à faire part de ses sentiments sur une  candidature de Dominique Strauss-Kahn à la présidentielle, elle a répondu en un alexandrin bancal qu’elle avait le directeur du FMI dans le nez à cause de sa fonction, reconnaissant ensuite qu’elle n’avait jamais reniflé l’homme de près. En un certain sens, tant mieux pour elle.C’est, néanmoins, une étrange alchimie celle qui confère à la relation entre le nerf optique et le nerf olfactif un tel pouvoir de suggestion, sauf à être né avec des narines en tissus ou de papier. Mais, après tout, une expression populaire n’est pas un art figuratif. Par exemple, « ça me troue le cul »  qui est la version hard de « ça me chiffonne le nez »,  présente aussi ses incohérences anatomiques.Cécile Duflot a une spontanéité rafraîchissante ; qui d’autre qu’elle, dans sa corporation, est capable, dans une émission sérieuse, de dire « Machin…truc » pour résumer à la va-vite, une démonstration supposée déjà connue de tous ? Elle est plus glaçante quand elle cède à un discours où le goût politique est commandé par des odeurs.

Le 18 juin 2010 à 18:45

Les façons dont la femme et l'enfant accélèrent le pas dans les escaliers

(Chose vue)

La main de la femme est dans le dos de l’enfant, la pousse. La femme se penche, elle voit la rame de métro stationnée depuis longtemps maintenant. L’enfant accélère le pas tant bien que mal, ses yeux s’agrandissent et deviennent ronds, ils scrutent chacune des trop hautes marches pour ses petits pieds. La femme dit quelque chose dans une langue que l’homme ne comprend pas ; l’enfant tord la bouche et ses pieds sur les hautes marches alors l’autre main de la femme se colle contre le ventre de l’enfant. Les deux mains de la femme enserrent l’enfant et la soulèvent du sol. L’enfant tout contre la poitrine de la femme s’agrippe à son cou. La femme dévale d’un pas assuré les dernières marches. La femme court vers la porte encore ouverte avec l’enfant dans ses bras. La femme crie quelque chose à l’enfant. Les paroles de la femme se mélangent au signal sonore de la rame métropolitaine, l’homme ne l’entend pas. Les portes se ferment et la femme et l’enfant restent sur le quai. La femme dépose l’enfant sur le sol. L’enfant regarde le quai et la femme, le métro qui disparaît. L’enfant enfouit les deux mains dans les poches de ses pantalons, se retourne, regarde d’une drôle de façon la volée d’escaliers. Sur le quai, la femme trépigne et tape un peu du pied, regarde l’heure à sa montre, puis caresse doucement la tête de l’enfant. La femme dit encore quelque chose à l’enfant. La femme et l’enfant rient.

Le 26 mars 2013 à 10:53

Toulouse: il se fait abattre de 46 balles dans le corps pour avoir demandé un « pain au chocolat »

C’est une histoire qu’on préférerait être une blague. Mais la tragédie, elle, est bien réelle. Hier aux alentours de 16H15, dans une boulangerie du centre-ville de Toulouse, Benjamin Malot, un jeune touriste parisien de 26 ans a été brutalement mis à mort. Son crime ? Avoir demandé à la boulangère un « pain au chocolat » et non une « chocolatine» comme on l’appelle dans le sud-ouest. Récit. Un drame à cause d’une viennoiserie Liliane, 52 ans a été le témoin privilégié de ce terrible fait divers qui s’est déroulé dans cette petite boulangerie située à deux pas de la basilique Saint-Sernin : « Le garçon est entré tout souriant dans la boulangerie. La boulangère était très gentille également. Très polie, comme à son habitude. Puis il a fait sa commande et c’est là que ça a dégénéré. » Benjamin Malot demande alors un sandwich nordique, un canette de soda mais surtout demande un « pain au chocolat ». Ignorant qu’à Toulouse et dans la région, les habitants appellent ça une chocolatine. La boulangère entre alors dans une violente colère, comme le raconte Liliane : « Elle s’est mise à lui crier dessus, en lui disant « C’est à moi que tu parles ?! C’est à moi que tu parles ?! » La patronne sort ensuite un pistolet semi-automatique 9mm et le décharge intégralement et à bout portant dans la poitrine du touriste parisien. Plusieurs minutes passent, la boulangère semble se calmer. Elle enchaîne même quelques commandes de clients entrés dans sa boulangerie entre temps. Patrick fait partie de ces clients arrivés sur place après le début de l’incident : « On la sentait encore sous pression. Je lui ai demandé ce qui se passait. Elle m’a raconté le comportement de cet homme puis elle s’est à nouveau énervée et s’est remise à tirer sur lui alors que de toute évidence il avait l’air déjà mort. » Sylvie, la boulangère enragée tire donc à nouveau sur le cadavre de Benjamin Malot. Les témoins affirment l’avoir vu recharger trois fois son arme et les policiers chargés de l’affaire ont également confirmé la présence de 46 balles dans le cadavre du jeune homme. Une province qui se radicalise ? Si cette nouvelle a semble-t-il indigné bon nombre de personnes, à Toulouse et dans le Sud-Ouest, on essaie de relativiser la gravité de ce crime : « On se renseigne un peu sur les traditions et les coutumes de l’endroit où on se rend. C’est comme si je décidais d’aller à la Mecque avec une caricature de Mahomet sur mon T-Shirt. Ce qu’il a fait là le gars, c’est plus de l’inconscience qu’autre chose. » commente un autre habitué de la boulangerie toulousaine. Ce fait divers, même s’il devrait être classé sans suite par la justice toulousaine, pourrait bien porter à conséquence à l’échelle nationale. En effet, ce genre d’incidents semble se multiplier un peu partout sur le territoire et les pouvoirs publics se disent « vraiment très très inquiets ». On se souvient notamment qu’il y a 2 mois, une famille originaire de Lille avait été lynchée à mort sur la place de la Victoire à Bordeaux pour avoir appelé par mégarde une « poche » un « sac ». Le Gorafi Photo: Luc Latour / Wikicommon

Le 27 février 2012 à 09:02

Le candidat providentiel

Il ne se recommande d'aucun parti. Il est anti-européen et anti-bureaucrate. Sur son affiche électorale, on peut lire : « Homme neuf, j'arrive avec des idées neuves. » « Loin d'être l'apanage de certains, l'Assiette au beurre doit être le privilège de tous. » « Vive la république libre et sans bureaux ! » Son programme tient en une dizaine de propositions. Il réclame la transformation en port de mer de la Place Pigalle,le nivellement de la Butte Montmartre, la suppression de la bureaucratie, celle de l'Ecole des Beaux-arts, l'abolition de l'impôt sur les bicyclettes, le transport des dépêches militaires par poissons voyageurs. Il a beaucoup voyagé. Ses titres impressionnent : vice-président du Syndicat des baleiniers de la Corrèze, animateur de la Société générale de publicité dans les W.C du Soudan...  L'homme s'enorgueillit d'être l'inventeur de l'anti-filtre qui transforme instantanément l'onde la plus pure en eau crapoteuse. Le 20 août 1893, Captain Cap qui se présentait aux élections législatives dans la deuxième circonscription du IXe arrondissement de Paris n'obtint que 176 voix, soit 2,22% des suffrages. Dommage. La candidature de ce Captain Cap qui s'appelait en réalité Albert Caperon était soutenue par les habitués de l'auberge du Clou sise rue Trudaine. A savoir Alphonse Allais, Courteline, les poètes Raoul Ponchon et Emile Goudeau. Par où l'on voit que le Clou ne manquait pas de piquant. Captain Cap prononça des discours dans des préaux d'école. Ça et là, dans le quartier Saint-Georges, on l'acclama. On expérimenta ses recettes de cocktail. Une fois dans les urnes,on le bouda. La dureté de la vie politique... Alphonse Allais garda la mémoire de ce fantaisiste,mort prématurément. Il en raconta la truculente biographie en 1902.

Le 21 novembre 2010 à 23:44

"Je suis le bruit et la fureur, le tumulte et le fracas"

Jean-Luc Mélenchon, congrès du Parti de Gauche, Le Mans, 21 novembre 2010

C’est beau comme du Shakespeare, même si Macbeth est plus lucide lorsqu’il déclame : « La vie est un conte raconté par un idiot, plein de bruit et de fureur, qui ne signifie rien » (acte V, scène V). « Méluche », comme le surnomment ses camarades de troupe, ne veut pas en tout cas qu’on le prenne pour un idiot utile, acharné qu’il est à retourner ce rôle de benêt dévolu historiquement aux compagnons de route des communistes, contre Marie-Georges Buffet et son parti enjoints à jouer les supplétifs de sa candidature élyséenne en 2012. « Méluche » encore, n’est pas davantage habité par l’absurde de la vie. Il est de ceux qui préfèrent Sartre à Camus, ce qui est bien pratique quand il s’agit de s’abriter derrière l’auteur des « Mains sales » pour justifier d’avoir traité David Pujadas de « salaud ». Un tel esprit fort ne peut donner le meilleur de lui-même que dans le tumulte et le fracas de la tempête, mais de celles qu’il provoque, comme Prospero, de sa propre volonté. Avec un tel artiste le spectacle est assuré pour une campagne présidentielle, les tournées précédentes ayant à force épuisé les grandes gueules des bords extrèmes. Dans un registre jupitérien Mélenchon veut renouveler le répertoire. Encore faut-il que la foudre déclenchée ne lui fasse pas péter les plombs, et qu’il veille bien à ne pas s’asseoir par mégarde sur le paratonnerre.  

Le 18 décembre 2011 à 08:36
Le 25 août 2010 à 08:17

Le parti du Chien à deux queues (Magyar Kétfarkú Kutya Párt)

Carte postale de Budapest

"Il est si mignon, il ne va pas te voler !"Voteriez-vous pour le nouveau parti dont les affiches ont envahi Budapest cet été ? Ce toutou à cravate qui rassemble bien visiblement sa duplicité dans une jolie double queue, promet la vie éternelle, le droit de vote aux animaux, la bière gratuite, l'abrogation des impôts, l'ouverture de relations diplomatiques avec les extraterrestres, l'entrée des virus au Parlement (sous un espace vitré pour éviter la contagion), une réforme de la météo avec neige en hiver sauf sur les routes nationales, le Rallye de Monte Carlo en Hongrie... "Le MKKP est fondamentalement différents des autres partis au sens où nos promesses ne sont clairement que des promesses. C'est un programme rationnel et urgent  pour faire décoller le pays. C'est la seule option raisonnable.", précise le programme du Chien à deux queues hongrois. Après les Turcs, les Habsbourg, une dictature fasciste qui fait alliance avec les Nazis et enfin l'occupation soviétique, les Hongrois n'expérimentent vraiment la démocratie que depuis la chute du mur. En donnant des gros coups de volant à chaque élection. Des virages de plus en plus rageurs, au vu des tombereaux de promesses non tenues par les partis qui se sont succédés au pouvoir. Cette année, le pays a fait un tête à queue à droite : les électeurs viennent de confier tous les leviers à Viktor Orban, un libéral nationaliste très sarkozyste dans sa manière de monopoliser le pouvoir. Son opposition de centre gauche s'est volatilisée au profit d'un nouveau parti populiste d'extrême droite ouvertement antisémite et bouffeur de Roms, le Jobbic ("Y'a bon à droite"). A ceux qui ne savent plus à quel bulletin se vouer, le parti du Chien à deux queues veut apporter un peu d'air frais en présentant ses candidats à la mairie de Budapest et de Szeged aux très prochaines élections municipales. Ils sont sans doute encouragés par la victoire du comique islandais Jon Gnarr à la mairie de Reykjavik en juin dernier. Après le crash qui a rendu visible à tous les Islandais la collusion entre finance et politique, son "Meilleur Parti" s'est imposé en proclamant : "Un seul Père Noël pour faire des économies, un ours polaire pour le zoo de Reykjavik, Disneyland à l’aéroport, un Parlement sans drogues d’ici 2020".Des promesses dont pourrait s'inspirer Eva Joly avec son projet de "déprofessionnalisation de la politique"...

Le 22 février 2012 à 07:00

Image de campagne

Ça l'affiche mal

La rupture ! Sacré nom de nom, la rupture, encore et toujours la rupture.Voilà le leitmotiv de l'homme qui casse tout. Garnement, il devait réduire en miettes tous ses joujoux. Il casse tout. Il nous les briserait, même, à en croire ses détracteurs de la première heure. La rupture, il la vante, s'en revendique jusque sur ses affiches de campagne.En 2007, il nous regardait en face, « Ensemble, tout devient possible » semblait-il dire. Derrière lui, un vague paysage de campagne. Il n'y avait pas âme qui vive. La campagne était floue, non identifiable, déserte. Nous avions un homme accompagné par le néant.En 1981, Mitterrand nous en avait déjà servi une, avec un village de la Nièvre et son clocher. La force était tranquille, comme la vie à la campagne. Giscard d'Estaing, quant à lui, président sortant s'apercevait devant un paysage industriel qu'« il fallait une France forte ». Il était temps.Georges Marchais, en 1981, « l'anti-Giscard », souriait devant une foule de travailleurs cégétistes, tandis que Jacques Chirac assis dans un salon possiblement Louis XV, photographié par Helmut Newton nous regardait dans le fond des yeux. Tout en haut, l'affiche proclamait « Maintenant, il nous faut un homme de parole. » et tout en bas, se terminait par ce slogan de marque de lessive « Jacques Chirac le président qu'il nous faut ». Finalement après avoir été bien rincés et bien essorés nous avions sans doute besoin de changement d'où l'idée de rupture.Nouvelle élection, nouvelle campagne, nouvelle affiche et nouvelle rupture. Cette fois, l'image rurale a disparu et est remplacée par une mer étale. L'homme ne nous regarde plus en face. Ne nous voit-il pas ? Ne peut-il plus nous voir ? Il fixe un point invisible à tous. Pas même l'horizon, qui est derrière lui, et vide de tout, comme le paysage campagnard de 2007. A bien le contempler cet horizon, on se rend compte qu'il n'y a rien à voir.

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