Jean-Michel Helvig
Publié le 12/04/2012

Nicolas Sarkozy, héros rimbaldien et "oxymore sur pattes" ?


Dire ceci et son contraire, n'est-ce point ce qui caractérise les sincérités successives dont le peuple a le secret ? Être « Je » et « l'autre », n'est-ce point la prophétique intuition de Rimbaud qui s'est capillarisée dans la vie quotidienne postmoderne. C'est en ce sens, pour le dire d'une manière tout à la fois familière et rhétorique, que Sarkozy est un « oxymore sur pattes. (Michel Maffesoli, sociologue, Atlantico.fr, 12 avril 2012)

 

Cet éminent professeur à la Sorbonne, spécialiste des imaginaires sociaux, a puisé loin dans sa vaste intelligence pour expliquer combien l’antisarkozysme était la haine du peuple, la négation de la vie, la défaite de la poésie. Avec en guise de bouquet final, cette définition du président sortant en  “oxymore sur pattes” dont on se demande bien comment ça peut lui permettre d’avancer droit en campagne. En fait, derrière cet audacieux plaidoyer pour une unité motrice des contraires, se profile l’implacable réquisitoire visant la normalité prudhommesque de François Hollande, identifiable à un pléonasme à roulettes.  Sarkozy en héros rimbaldien, c’est fort. Mais Maffesoli sait ce qu’extra-lucidité veut dire. N’est-ce pas lui qui avait dirigé la thèse de doctorat d’Elisabeth Teissier ? Cette même astrologue aux sincérités successives qui avait prédit que Martine Aubry gagnerait la primaire socialiste et que Nicolas Sarkozy perdrait la présidentielle (Morandini, Direct 8, le 13/10/2011). 

Du coup, c’est notre sociologue de la postmodernité où le vrai avance masqué derrière le faux, qui pourrait bien retomber sur…ses pattes.

 

 

Journaliste longtemps fournisseur exclusif à Libération avant de diversifier ses livraisons (La République des Pyrénées, Le Républicain Lorrain, Mediapart), a ouvert une succursale dans l’édition où il a proposé divers ouvrages à caractère notoirement politique, dont un « Bêtisier raisonné de la campagne 2007 » (Robert Laffont) qui est loin d’avoir épuisé le sujet. 

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Le 26 juin 2011 à 10:16

« Quand on n'a qu'un seul objectif dans la vie, on perd le cap »

Martine Aubry, compte rendu de mi-mandat à la mairie de Lille, 23 juin 2011

Présidente de la République, ministre de la Culture, maire de Lille, première secrétaire du PS, bonne copine ou supportrice du LOSC, il fallait choisir en cette veille d’annonce de candidature aux primaires socialistes. Angoisse de la gardienne de Solferino, au moment du tir aux pigeons de la campagne présidentielle ? Martine Aubry qui entretient avec la syntaxe académique les rapports conflictuels de tout énarque plongé dans le grand bain populaire, a donc énoncé cette maxime abyssale. Dans l’esprit on peut l’entendre comme une salutaire incitation aux richesses de la vie et à l’imagination eschatologique. A la lettre c’est le manuel du parfait petit naufragé. Les marins savent ce que cap veut dire, ils se garderaient bien de laisser aller la barre un coup vers le port, un autre vers le large, ou encore un mouillage abrité ou une régate disputée. Sur l’eau, le compas ne ment pas. Si l’on se fixe un cap c’est qu’on a un objectif et un seul.  L’objectif change ? Mieux vaut infléchir le cap, sinon c’est la mauvaise surprise assurée.  Mais elle est comme ça Martine Aubry, elle ne veut pas paraître « habitée » par une seule ambition élyséenne (« Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain »). Si elle se résigne à concourir, c’est pour la France et les Français. Pas moins, mais pas plus non plus. On ne l’amputera pas du reste. Même si, à son corps défendant, elle doit faire taire ses détracteurs : « Même pas cap’ ! »

Le 13 octobre 2011 à 10:09

"Ma grand-mère disait: quand c'est flou, c'est qu'il y a un loup."

Martine Aubry, RTL, 13 octobre 2011.

Du coup il devient clair que « l’impétrante » au second tour de la primaire socialiste a vu le loup, et que cette bête a le poil de l’autre « impétrant », François Hollande. Croustillant aveu de sa part alors que, dans leur débat de la veille sur France 2, elle se la jouait Mère-Grand plutôt que Petit Chaperon rouge. Il y aurait donc eu, à notre insu, un rapport textuel précipité entre eux si l’on en croit sa propre confidence : "J'ai essayé de mettre le doigt sur certains de ses loups". Oh ! mon grand Flou… Comme on n’a rien vu, restons en à la maxime de l’aïeule dont on imagine qu’elle appartient à la branche paternelle. Dans la famille Delors, la maire de Lille, a ainsi abattu une autre carte qui fait la paire, celle de son papa  dont elle aurait hérité de l’idée européenne d’une « Confédération d’Etats-Nations. » Aïe ! Jacques Delors a toujours parlé de « Fédération d’Etats-nations. » S’il avait eu la répartie d’un vieux renard, plutôt que des manières de jeune loup, François Hollande aurait pu relever le flou de la référence. Martine Aubry qui prétend réconcilier le « non » et le « oui » au référendum constitutionnel de 2005 a pris en effet le risque  - pour obliger  Montebourg sans désobliger Guigou ? – d’un plaisant oxymoron : la confédération suggère que les Etats n’abandonnent rien de leur souveraineté, alors que la fédération supposent qu’ils en déléguent une part. L’Europe serait-elle appelée à devenir la nef des flous ?        

Le 5 octobre 2011 à 18:25

Tu veux pas appeler Carla ?

Actutweets : #tuveuxpastwitterbarbier

Quoi de neuf sur les réseaux sociaux ? Pas la peine de vous déplacer : Eole Contrario vous livre les dernières tendances en direct du front. Quand on est journaliste, que l'on soit éditorialiste ou reporter de guerre sous les bombes, il faut savoir prendre des risques. Les serviteurs les plus zélés de l'information sont prêts à tout pour satisfaire à cette mission sacrée. Ainsi, lorsque l'actualité l'exige, le directeur de la rédaction de l'Express, Christophe Barbier, est capable de décrocher son téléphone pour aller à la source, au cœur de l'info la plus brûlante. Le 4 octobre dernier, au péril de sa vie (et de sa crédibilité journalistique), il a ainsi osé contacter la première dame de France pour lui poser des questions cruciales et écrire sur son blog une des plus belles pages de l'histoire de la presse : « Ayant la chance de connaître Carla Bruni-Sarkozy, je lui ai parlé ce matin au téléphone. Elle n’est absolument pas à la clinique et, comme toute femme enceinte, ne connaît pas au jour près le terme de sa grossesse. Par ailleurs, elle est désolée que l’actuel emballement médiatique trouble le travail et le quotidien du personnel de la Clinique de La Muette. » Instantanément, les commentateurs de son blog ont exprimé leur admiration pour cet insolent usage de la liberté d'informer. Bien sûr, il s'en est trouvé quelques uns pour critiquer un prétendu journalisme de connivence et pour menacer de suspendre leur abonnement au magazine.   Pour répondre à ces critiques, Christophe Barbier a repris son clavier aujourd'hui pour expliquer la motivation profonde de son appel de la veille : n'écoutant que son sens du dévouement, il a répondu au SOS d'un collègue « las de faire le pied de grue devant la clinique de la Muette ».   Devant tant d'abnégation, la communauté Twitter s'est empressée de saluer le geste de l'homme à l'écharpe rouge en créant, à l’initiative du compte @Solferishow, le hashtag #tuveuxpasappelerCarla pour transmettre à Christophe Barbier ses soucis du quotidien : lave-linge en panne, recherche de colocation, demande de conseil vestimentaire... Les invocations twittesques ont pris rapidement de l'ampleur et le sujet s'est installé dans le peloton de tête des tendances françaises sur le réseau social. Sûr qu'avec un tel intercesseur auprès de Carla Bruni-Sarkozy, les doléances des internautes ne manqueront pas d'être entendues. Vive le journalisme libre. Et vive la France.  

Le 23 mai 2011 à 16:02

« Quand Sarkozy expliquera qu'il en a parlé à Obama, vous répondrez que vous en avez parlé à Gérard Dugenou, ramasseur de champignons en Corrèze ? »

Anonyme UMP, p.c.c. Patrick Cohen, France Inter, 23 mai 2011.

François Hollande donné favori aux primaires socialistes est dans le collimateur des « snipers » sarkozystes. Une « gâchette » encagoulée de l’UMP a balancé une première salve dans le Journal du dimanche, ravalant le prétendant du Limousin au rang d’amateur mycophile. La détonation serait restée assourdie, si elle n’avait reçu l’écho providentiel de France Inter le lendemain, à une heure de grande écoute, par la voix du journaliste questionneur relayant le compliment à l’intéressé. Celui-ci a eu beau jeu de moquer ce mépris pour la France des sous-bois. Il est vrai qu’il n’est jamais très malin, de se la péter quand on entre en campagne. Qu’on se souvienne du « Qui connaît ce monsieur Besson ? » de Ségolène Royal. Ca a boosté la vente des confessions imprimées du transfuge socialiste. Obama, qui ne connaît sans doute pas Gérard Dugenou, se rappelle, lui, de Hillary Clinton sa rivale lors des primaires démocrates, quand elle avait diffusé sur les chaines de télévision un spot publicitaire dit des « Trois heures du matin. » On entendait le téléphone sonner à la Maison blanche pour cause de crise grave. Qui saurait répondre, alors que les petits n’enfants américains dormiraient ? Celle qui a été associée aux mandats présidentiels de son époux, ou l’ancien animateur social de Chicago ? On sait qui des deux postulants les électeurs ont envoyé aux fraises.

Le 7 mars 2012 à 10:54
Le 13 juin 2011 à 09:53

« Il s'agissait d'humour corrézien entre républicains qui se connaissent de longue date »

Jacques Chirac, communiqué de presse, dimanche 12 juin 2011.

C’était la mise au point ou la scène de ménage. Chez les Chirac, «Maman » qui est née Chodron de Courcel ne rigole pas avec les mésalliances. Alors , quand son époux prend par l’épaule le socialiste François Hollande un samedi à Sarran (Corrèze), et lui confie à haute voix, qu’il votera pour lui à la présidentielle puisque son candidat préféré, Alain Juppé, n’est pas candidat, elle a dû rire jaune. A quoi ça sert que la Bernadette se décarcasse pour faire endosser par l’UMP, avec le feu vert du président de la République qui aspire à être réélu, les trois quarts de l’ardoise des emplois fictifs de la mairie de Paris ? Et à l’approche du procès qui doit solder l’affaire, est-il malin de le titiller, lui qui n’est pas sans influence sur les choses de Justice ? Alors Jacques Chirac  a dû signer le lendemain un acte de contrition dont on ne jurerait pas qu’il soit de sa main. Chirac connaît trop sa Corrèze pour savoir que l’humour politique, entre Brive et Ussel, ce serait plutôt dans un second degré tout en retenue, dont Henri Queuille, ancien président du Conseil, fut l’indépassable orfèvre. On lui doit : «Il n'est pas de problème dont une absence de solution ne finisse par venir à bout.» Et surtout cette maxime, dont Jacques Chirac a fait un large usage : «Les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent. » C’est une des raisons sans doute qui ont fait que François Hollande ait eu le sourire modeste.          

Le 20 mai 2012 à 12:37

Président normal, mon oeil

Ce François Hollande, moi je dis ce type il est pas net.   Pour ne rien faire comme son prédécesseur et surtout pour bien sonner le glas du soi-disant « bling bling », le nouveau président a commencé par renoncer à avoir un corps. Rien que ça. Uniquement, parce que Nicolas Sarkozy était peut-être un peu « physique », avec ses footings, ses tics, ses talonnettes, sa montre, ses photos de vacances, sa femme nue dans les magazines, la petite veine sur sa tempe et l’envie, parfois, d’en venir aux mains avec ses adversaires. Il avait un corps, Sarkozy, c’était un vrai mec, quoi.   Puis, arrive cet Hollande qui s’acharne à afficher le contraire : lui, c’est l’éthique, l’efficacité, la sobriété exacerbée du fonctionnaire. Voilà, « fonction »,  « fonctionner », Hollande se réduit volontairement à un petit robot en costume cravate au service du peuple ! Ce type n’a pas de corps. Et tout le monde applaudit ! Vous y croyez ?   Bon, il pourrait s’arrêter là, le socialiste, mais non, une fois que tout le monde a bien compris à quel point il est un pur symbole, VLAN, il nous fout un rebondissement de dernière minute, un truc spectaculaire et totalement malhonnête : quelques heures après son investiture, il est frappé par la foudre ! Non, mais ! Pas en marchant dans le rue, trop facile, pas assez gros : il est frappé par la foudre dans le CIEL, dans un AVION. Et d’un seul coup, ce type désincarné nous rappelle que lui aussi a un corps, mais attention, pas un corps qui fait du footing dans un pull à rayures trop grand ! Lui, c’est un corps carrément attaqué par le feu, un corps qui risque de tomber du ciel, c’est un demi-dieu, un héros de film américain, le Bruce Willis du PS ! Un homme au sommet, seul, mortel, courageux ! Putain. Si ça ce n’est pas du gros gros storytelling symbolique, j’y connais rien ! Et vous savez combien ça coûte, une foudre ? Hein ? Alors, la fin du bling bling, mon œil.

Le 5 janvier 2012 à 11:24

« C'est carrément carton rouge, on n'insulte pas le président de la République »

Valérie Rosso-Debord, déléguée générale adjointe à l'UMP, BFM-TV, mercredi 4 janvier 2012

Elle a même failli en avaler son sifflet le nouvelle wonder girl de la cellulle « riposte » du parti du Président. On le croit pas ! L’ignoble Vizir socialiste venait d’être surpris en train de traiter de « sale mec » le Vizir légitimement en fonction. Le recours à la vidéo pouvait pourtant éviter à Valérie Rosso-Debord l’erreur de jugement. Les images enregistrées auraient montré un François Hollande ( celui qui veut prendre la place de qui l’on sait) parodiant devant des journalistes supposés l’écouter en « off » un Nicolas Sarkozy se présentant bientôt devant les électeurs : "Je suis le président de l'échec, je suis un sale mec, mais dans cette période difficile, je suis le seul capable, j'ai le courage..."  Un résumé plaisant de la seule carte qui reste à jouer pour un candidat à réélection au bilan quinquennal désastreux, mais qui se rappelle que dans le film Titanic, la panique était telle que personne n’a songé à faire passer le commandant par-dessus bord. Bref, François Hollande a fait de l’humour. Et ça c’est une arme déloyale aux yeux d’une Valérie Rosso-Debord qui admet qu’on peut rire de tout, mais pas du Président. Parce que sinon,  elle est une sacrée farceuse  la Valérie. Un jour qu’elle était invitée au Petit Journal de Canal + il lui fut demandé ce qu’elle avait fait le matin même en tant que femme de droite. Elle répondit : « J’ai fait une tarte. »

Le 2 décembre 2010 à 07:40

"On est quand même dans un monde de schtroumpfs!"

Vincent Peillon, Radio J, dimanche 28 novembre 2010.

Bienvenue chez les Schtroumpfs !  Peillon n’a pas tort d’invoquer Peyo. L’agitation du village socialiste fait penser aux petits lutins bleus de l’illustre auteur de BD, avec leurs fantasques querelles et leur langue codée. Vincent Peillon, député socialiste européen, c’est un peu lui même le Schtroumpf à lunettes (qu’il ne porte pas, mais ça doit être une ruse !), celui qui ramène toujours sa science (de philosophe en l’espèce) et agace tout le monde tout le temps. Mais il ne croyait pas si bien dire. Son ironie, ce jour-là, visait ceux qui voulaient pousser Dominique Strauss-Kahn (le Grand Schtroumpf caché) à précipiter sa candidature aux primaires socialistes alors qu’il a bien plus important à faire à la tête du FMI, que de venir batailler ici avec François Hollande (Le Schtroumpf Farceur), Arnaud Monteboug (Le Schtroumpf Frimeur) ou Manuel Valls (Le Schtroumpf Joueur). Or le lendemain, stupeur et tremblements dans la forêt, c’est la Schtroumpfette Ségolène Royal qui annonçait sa propre candidature, frôlant même l’outrage à Grand Schtroumpf caché en lui promettant un poste de premier ministre si elle devenait Présidente. Certes elle a nuancé ensuite, mais la zizanie régnait à nouveau dans le monde des Schtroumpfs roses. Et tout ça pour un mot malheureux de Martine Aubry (La Schtroumpftaine ?) laissant croire que les primaires étaient pliées d’avance avec la complicité de la Schtroumpfette. Schtroumpf qui pourra !  

Le 2 mars 2012 à 18:49

« Moi je n'ai pas 40 hectares, OK ? OK ? »

Nicolas Sarkozy, Itxassous, jeudi 1er mars 2012.

C'est la réplique (agri) culte du Président-candidat à un couple de paysans basques qui avait osé l'interpeller : « On n'a pas le même salaire. » Comment qu'il leur a rivé le clou, Nicolas Sarkozy, à  ces croquants qui se la pétaient damnés de la terre. Ils avaient omis de dire qu'ils possédaient  du bien. Et 40 hectares, ce n'est pas une paille. Savent-ils seulement, ces intempestifs ce qu'il en coûterait de posséder autant de terres cultivables dans les Hauts-de-seine ? Bon, c'est vrai que 40 hectares au Pays basque ça ne va chercher que dans les  200 000 neu-neu (5000 euros l'hectare de valeur vénale moyenne selon le J.O de 2009.) Pour ce prix là t'achètes à peine une chambre de bonne à Neuilly-sur-Seine. Pour dix fois plus t'aurais bien pu acquérir l'appartement de Nicolas et Cécilia, il y  a cinq ans, sur l'Ile de la Jatte. Mais justement ils divorçaient. Il a fallu partager, et avec cinq ayants droits il te reste quoi ? Il faut une mauvaise foi de socialiste pour voir le pognon dans l'oeil du voisin, mais pas le lingot dans le sien. La vérité, c'est que les « services » secrets hollandais n'avaient pas seulement déguisé des militants du PS en « abertzale » forcenés ce jeudi 1er mars dans le vieux quartier de Bayonne, que Nicolas Sarkoy était venu reconquérir comme « un territoire de la République ? » Ils avaient aussi travesti deux agents en paysans insolents. Demain, on vous le jure, ce sont des stations d'épuration qu?ils vont installer dans les campagnes.Illustration : d'après l'Ile de la Grande Jatte de Georges-Pierre Seurat

Le 4 avril 2012 à 10:33

"Le torrent révolutionnaire des Français est sorti de son lit"

Jean-Luc Mélenchon, meeting à Vierzon, mardi 3 avril 2012

Filer la métaphore, c’est prendre le risque de faire des nœuds à sa pensée. Que nous dit-il cet homme de « conviction » (Sarkozy dixit), qu’est le candidat du Front de gauche ? Le peuple possède une force hydraulique désormais activée par la turbine mélenchonienne. Soit. C’est au moins une énergie renouvelable. Pour les megawatts, on évaluera le  22 avril. Mais n’empêche qu’il nous suggère aussi, cet homme à « l’identité forte » (NKM dixit), que par le passé le « torrent » était resté dans son « lit. ». Ou bien il roupillait, ou alors, bordé par les soins de la Réaction, il se tenait allongé dans une position inoffensive. Pas terrible, le sous-texte. C’est que depuis Karl Marx qui a vu les Communards monter « à l’assaut du ciel », l’imaginaire révolutionnaire peine à retrouver une telle hauteur. On serait plutôt dans le mimétisme : 1917 en Russie s’inspirait, précisément, de 1848  en France, tandis que par un plaisant retour des choses Mai 68 plagiait octobre 1917, dans ses déclinaisons lénino-trotsko-maoïstes. Et Jean-Luc Mélenchon, cet homme « sincère » (Morano dixit), il se la joue comment la Révolution ? Dans le style, on voit bien qu’il emprunte au tonitruant Marchais des années 70. Pour le fond ce serait plutôt entre Thorez et Chavez. Deux grands défenseurs de l’énergie nationale. Le charbon pour l’un, le pétrole pour l’autre. Mélenchon c’est peut-être la Révolution accédant enfin à l’âge de l’électricité. Un vrai bond en avant.

Le 28 juin 2012 à 10:24

" Il n'y aura pas d'euro-obligations aussi longtemps que je vivrai. "

Angela Merkel, Bundestag, Berlin, 26 juin 2012

Et le lendemain elle était invitée à diner par François Hollande à l’Elysée. Angela, ce soir-là, avait dû emmener avec elle un goûteur. Des fois que le président français la prenne au mot pour faire passer cette idée d’une mutualisation de la dette publique des européens. On a beau être entre gens civilisés, il y a des coups de pouce qu’on préfèrerait donner au destin plutôt qu’au SMIC. Mais il faut reconnaître à la chancelière allemande une foi chevillée au corps. On n’en connait pas beaucoup de ses collègues qui iraient mourir pour un emprunt. Certes si elle s’oppose à ces “euro obligations” c’est parce qu’elle ne veut pas que ses compatriotes se retrouvent  avec des créances pourries et leurs yeux pour pleurer des larmes de bière. Dans le système des euro-obligations chacun devrait en effet apporter une garantie à la hauteur de ses moyens, et les moyens allemands sont très au dessus de la moyenne communautaire. Quand l’on sait que l’opposition social-démocrate à la chancelière ne serait pas  hostile à cette “mutualisation”, ce qu’elle suggère en définitive à ses compatriotes c’est de la réélire à vie, afin de ne pas être les dindons de l’euro. Ce n’est cependant pas faire injure à la médecine d’outre-Rhin, que de lui prédire une fin inéluctable à la chancelière. Ce serait alors la revanche des euro-obligations ? Même pas. L’économie européenne c’est un match qui se joue à 27, mais où c’est toujours l’Allemagne qui gagne.

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