Bar
Publié le 15/04/2012

Sarkozy, la lettre et le néant


Dessinateur de presse et illustrateur, Bar croque l'actualité avec un trait et un humour acerbe reconnaissables entre mille. Il a fini par céder au harcèlement de la rédaction de ventscontraires.net qui a tout fait pour le débaucher.

Son blog : http://baractu.canalblog.com/ 

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Le 27 février 2012 à 09:02

Le candidat providentiel

Il ne se recommande d'aucun parti. Il est anti-européen et anti-bureaucrate. Sur son affiche électorale, on peut lire : « Homme neuf, j'arrive avec des idées neuves. » « Loin d'être l'apanage de certains, l'Assiette au beurre doit être le privilège de tous. » « Vive la république libre et sans bureaux ! » Son programme tient en une dizaine de propositions. Il réclame la transformation en port de mer de la Place Pigalle,le nivellement de la Butte Montmartre, la suppression de la bureaucratie, celle de l'Ecole des Beaux-arts, l'abolition de l'impôt sur les bicyclettes, le transport des dépêches militaires par poissons voyageurs. Il a beaucoup voyagé. Ses titres impressionnent : vice-président du Syndicat des baleiniers de la Corrèze, animateur de la Société générale de publicité dans les W.C du Soudan...  L'homme s'enorgueillit d'être l'inventeur de l'anti-filtre qui transforme instantanément l'onde la plus pure en eau crapoteuse. Le 20 août 1893, Captain Cap qui se présentait aux élections législatives dans la deuxième circonscription du IXe arrondissement de Paris n'obtint que 176 voix, soit 2,22% des suffrages. Dommage. La candidature de ce Captain Cap qui s'appelait en réalité Albert Caperon était soutenue par les habitués de l'auberge du Clou sise rue Trudaine. A savoir Alphonse Allais, Courteline, les poètes Raoul Ponchon et Emile Goudeau. Par où l'on voit que le Clou ne manquait pas de piquant. Captain Cap prononça des discours dans des préaux d'école. Ça et là, dans le quartier Saint-Georges, on l'acclama. On expérimenta ses recettes de cocktail. Une fois dans les urnes,on le bouda. La dureté de la vie politique... Alphonse Allais garda la mémoire de ce fantaisiste,mort prématurément. Il en raconta la truculente biographie en 1902.

Le 17 mai 2011 à 13:14

Vendredi, dix heures du matin...

Lettre retrouvée de Victor Hugo

Ma petite Eponine,   J’ai bien reçu ta lettre de mercredi. Malheureusement, je ne puis accéder à ta requête. Je sais que tu aimes ce Marius au sourire si doux, mais je ne veux pas changer la fin de mon roman. Ce n’est pas toi qu’il va épouser, mais la douce Cosette. Je puis maintenant te l’avouer, j’ai créé ton personnage parce que je trouvais Cosette un peu trop sage pour être vraiment intéressante. Comme nous en étions convenus, ton contrat prendra fin rue de la Chanvrerie, sur la barricade, le cinq juin. Mais c’est une belle mort, sais-tu ? Tu donneras ta vie pour Marius, et tu rendras ton dernier soupir dans ses bras, en lui avouant tes sentiments. Une amoureuse comme toi peut-elle rêver plus doux trépas ? Que reste-t-il de la vie, excepté d’avoir aimé ? Comme je t’envie, et comme je désirerais mourir ainsi, en sauvant ma Juliette bien-aimée ! Ta lettre me laisse entendre que, ta prestation terminée, tu te retrouveras sans ressources. Rassure-toi, mon enfant, j’y ai songé. Il ne sera pas dit que je te laisse ainsi dans la gène. Aussi, va trouver Flaubert de ma part, il aura une place pour toi dans son Salammbô, qui se déroule à Carthage. Je le sais, c’est bien loin, Carthage, mais c’est beau. Et ne dit-on pas que les voyages forment la jeunesse ? Ne me remercie pas, c’est normal, n’es-tu pas un peu comme ma fille ? Je dois te laisser maintenant, ma petite Eponine, car Juliette m’attend, et ce que femme veut… Je te serre dans mes bras, Ton dévoué, Victor H.Illustration : Hugo par Mérimée

Le 4 avril 2012 à 09:10

Pauvres gens !

Interrogé ce mardi dans la Matinale de Canal + sur ses relations avec André Bettencourt et les soupçons de financement illégal de sa campagne de 2007, Nicolas Sarkozy a démenti catégoriquement les accusations portées contre lui en dénonçant les « boules puantes » de ses adversaires politiques. Contredisant sa ligne de défense habituelle, le président-candidat a admis qu'il était « bien sûr » possible qu'il ait pu rencontrer l'ancien dirigeant de L'Oréal, précisant que ce dernier n'était pas un délinquant et que le « pauvre homme » était mort depuis des années.   Celui que beaucoup qualifient de « candidat des riches » révèle donc une nouvelle fois le lien particulier qu'il entretient avec les concepts de « richesse » et de « pauvreté ».   Déjà, en 2008, alors qu'un visiteur du Salon de l'Agriculture refusait de lui serrer la main, l'ancien maire de Neuilly-sur-seine lui avait lâché le désormais mythique « casse toi pov' con ».   Car dans la bouche de Nicolas Sarkozy, l'adjectif « pauvre » revêt une tonalité particulière : le pauvre est un objet de pitié ou de mépris, de condescendance et d'incompréhension.   A défaut d'éradiquer la pauvreté en France, celui qui prétendait être le président du pouvoir d'achat et dont le patrimoine personnel s'est accru de 28% en 5 ans fait donc habilement disparaître du champ sémantique de la pauvreté son étymologie première, celle de la misère et du dénuement.   Pour mémoire, en 2009, on considérait comme « pauvre » un individu dont les revenus mensuels sont inférieurs à 795 ou 954 euros. La veuve du « pauvre » André, Liliane Bettencourt, est à la tête d'une fortune estimée à 17 milliards d'euros et percevrait, excusez du peu, un revenu mensuel de plus de 34 millions d'euros. On a la pauvreté qu'on peut.

Le 13 juin 2011 à 09:53

« Il s'agissait d'humour corrézien entre républicains qui se connaissent de longue date »

Jacques Chirac, communiqué de presse, dimanche 12 juin 2011.

C’était la mise au point ou la scène de ménage. Chez les Chirac, «Maman » qui est née Chodron de Courcel ne rigole pas avec les mésalliances. Alors , quand son époux prend par l’épaule le socialiste François Hollande un samedi à Sarran (Corrèze), et lui confie à haute voix, qu’il votera pour lui à la présidentielle puisque son candidat préféré, Alain Juppé, n’est pas candidat, elle a dû rire jaune. A quoi ça sert que la Bernadette se décarcasse pour faire endosser par l’UMP, avec le feu vert du président de la République qui aspire à être réélu, les trois quarts de l’ardoise des emplois fictifs de la mairie de Paris ? Et à l’approche du procès qui doit solder l’affaire, est-il malin de le titiller, lui qui n’est pas sans influence sur les choses de Justice ? Alors Jacques Chirac  a dû signer le lendemain un acte de contrition dont on ne jurerait pas qu’il soit de sa main. Chirac connaît trop sa Corrèze pour savoir que l’humour politique, entre Brive et Ussel, ce serait plutôt dans un second degré tout en retenue, dont Henri Queuille, ancien président du Conseil, fut l’indépassable orfèvre. On lui doit : «Il n'est pas de problème dont une absence de solution ne finisse par venir à bout.» Et surtout cette maxime, dont Jacques Chirac a fait un large usage : «Les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent. » C’est une des raisons sans doute qui ont fait que François Hollande ait eu le sourire modeste.          

Le 22 février 2011 à 19:49

Comprendre le DSK sans le texte

Je doute que le président ait apprécié le score audimat de son adversaire putatif, lui qui avait clamé avoir battu « France-Brésil » en audience lors de son passage sur TF1. Des chiffres, des chiffres ! Plus de 7 millions de téléspectateurs pendus aux lèvres du directeur général du FMI et autant d’interprétations hasardeuses  de son discours en pointillés.  Il écoute sa femme ! Ça doit vouloir dire quelque chose, mais quoi ? C’est tout de même pas elle qui s’occupe du casting de ses conquêtes féminines… Vous avez dit bizarre ? Il se met à son tour à commettre des fautes de français, c’est pour faire populo ? Il s’indigne ! Yes ! Il est de gauche ! Youdelali, youdelali ! Il se passe quelque chose dans la cour de récréation des politiques et des journalistes ; ça bourdonne, ça bouillonne, ça baragouine, ça boursicote, ça bout sous la marmite, so what ? Ils ont l’air de bien s’amuser en tous cas. Le microcosme  devient autiste, aveugle, sourd et muet mais au moins ça les occupe. Ben ouais, quoi ? La téléréalité commençait juste de s’étouffer, de lasser les téléspectateurs blasés, mais là, c’est sûr, c’est un concentré du meilleur du pire qu’on nous propose : le commentaire à outrance sur le néant. C’est balèze dans le genre.  La débâcle en direct-live en mai 2012 sur vos écrans, et les larmes c’est tellement télégénique, isn’it ?  On n’a pas fini de rigoler, moi, j’vous l’dis… en attendant, la Famine Mondiale Organisée continue mais de cela, on ne parlera pas, on zappera, comme il se doit.

Le 26 février 2012 à 08:32

Tics et tocs

Nombre de nos concitoyens, voire de nos compatriotes se trouvent affligés de tics. Ce constat effectué, il convient de classifier ces petits désagréments. Nous les rangerons dans deux catégories distinctes : les tics polis ou polis tics et les tics pas polis autrement désignés sous la locution de malpolis tics.Nous traiterons ici de polis tics.Le clin d'œil. Cligner de l'œil ne représente pas un gros handicap, à part pour les borgnes. Il consiste à faire du pied avec son œil, c'est-à-dire inviter un interlocuteur à adhérer à son opinion, ou lui indiquer que l'on n'est pas aussi éloigné de lui que semblent l'affirmer les apparences. Le clin d'œil à l'adresse d'un borgne a un effet aléatoire, selon que le destinataire est susceptible de l'interpréter comme une moquerie.Le haussement d'épaules. Hausser les épaules consiste à faire dire à son corps la sottise émise par un contradicteur, ou le manque d'intérêt que suscite une question de journaliste. Il peut se verbaliser par une locution du genre « pauv' con ».Le jeter de menton. Projeter le menton en avant consiste à affirmer une position ou lancer un défi. Certains remplacent le menton par une épaule.Le raclement de gorge. Bien que peu harmonieux au micro, le raclement de gorge constitue un tic subtil. Car comme le rasoir à deux lames, il a une double utilité. Il indique en premier lieu le malaise que le locuteur ressent lors d'une prise de position contre nature, mais insiste sur son courage à l'avoir exprimée. Dans le domaine sexuel, on pourrait le comparer à la prime décomplexion du puceau.La logorrhée.Souvent assimilée à une diarrhée verbale, la logorrhée consiste à dire souvent, très fort et à n'importe quelle occasion n'importe quoi, et particulièrement des imbécillités. Elle a pour effet de marquer en amplifiant sa nature la différence entre les imbéciles de chaque camp. Elle provoque l'indignation en chaîne. Celle ou celui qui profère une énormité s'offusquera de l'indignation outrancière de celui ou celle qui, naturellement offensé, outragé, choqué aura réagi à la sortie originellement émise. On constatera par là que la logorrhée est auto-productive. Certains spécialistes rangent une certaine forme logorrhée, proche du syndrome de la Tourette, parmi les polis tocs plutôt que parmi les malpolis tics.Le lâcher de culotte, autrement appelé le baisser de pantalon. Hormis quelques cas, le baisser de pantalon ne heurte pas la morale, du moins celle que l'on accole au comportement sexuel. Il consiste à renier sa pensée profonde, se trahir et trahir ses proches, mais toujours dans la dignité en invoquant le changement des circonstances.

Le 8 mai 2012 à 10:39

"Je n'avais pas envie de la jouer à la Jospin, de créer du drame et de plomber l'ambiance"

Nicolas Sarkozy, Atlantico.fr, lundi 7 mai 2012.

Il avait commencé comme client de brasserie, il finit comme agent d’ambiance. C’est vrai qu’il a assuré le spectacle au soir de sa défaite, ce Nicolas Sarkozy qui va nous manquer à l’heure où l’on cherche des perles à enfiler pour des sites à caractère collaboratif. Au risque de ne pouvoir ressortir vivant de la place de la Bastille, on prétendra qu’il a attendu de ne plus être président pour parler ainsi que la dignité de la fonction requiert. Bon, c’est vrai qu’à la fin de son oraison, lancer: “vous êtes la France éternelle” à une palanquée d’ados branchouillés, de dames botoxées, et de bourgeois indignés, il y avait de quoi  vendre son âme au diable pour échapper à une telle éternité.  Mais, dans le genre : ‘”j’ai-paumé-j’ai-pas-l’air-con-mais-je-vais-me-tirer-avec-les-honneurs” le président sortant s’en est mieux sorti que Jospin qui, lui, se l’était plutôt jouée à la Anelka quittant encapuchonné  la Coupe du monde de football. Giscard, lui,  se l’était jouée à la Domenech attendant l’ultime moment pour mettre au défi de l’exfiltrer d’un poste où il pensait qu’on le regretterait un jour. Sarko a placé la barre très haut. Il se l’est jouée à la Messi, en assurant que ce fut un honneur de descendre parmi les hommes, mais que d’autres buts l’attendent  une fois débarrassé de ses défenseurs. L’adieu du stade, en quelque sorte.

Le 28 janvier 2012 à 09:25
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