
Pour éviter, l’ami, cette mise au placard
Devance la mêlée comme tout bon briscard.
Fais-toi des tous premiers, au mot d’ordre lancé,
A saisir cette info pour la faire passer.
Fais suivre les e-mails, mais surtout improvise
Un accompagnement qui les personnalise ;
Un petit mot de toi : « Amis et camarades,
Plus on sera nombreux…» Ce genre de salade.
Ayant montré ainsi ton implication
Qui pourra se douter de ta défection
Et si tu mobilises et que la foule est dense
Bien malin qui pourra affirmer ton absence.
Remets-en une couche à deux jours d’y aller
En prenant soin surtout de ne pas étaler.
Il serait, en effet, tout à fait embêtant
D’être soudain perçu comme un grand militant.
On te ferait marcher aux côtés des ténors
Et tu dirais adieu à ton jour de confort
Ou pire et ce serait, avoue-le, pas de bol
Il te faudrait, l’ami, porter la banderole.
Venons-en maintenant au jour de la manif.
Bien qu’au chaud dans ton lit, tu dois rester actif.
En fin d’après-midi, appelle un vieux copain.
Un de ces bons grognards qui sont sur le terrain ;
Distributeurs de tracts, adhérents de toujours
Qui mangent la saucisse au moment des discours.
Tu lui demandes alors ce qu’il en a pensé
Et tu as les détails de ce qui s’est passé,
De quoi, le lendemain, tenir la dragée haute
A tous ceux qui pourraient vouloir te mettre en faute.